La mort de Youssouf Ibn Hajjaj ath-Thaqafi

 

 

 

La mort de Walid Ibn ‘Abdel Malik

 

Au mois de Joumadah Thani de l’année 96 de l’Hégire (714), mourut à Damas, le sixième calife omeyyade al-Walid Ibn ‘Abdel Malik et ‘Abdel ‘Aziz pria sur lui.

 

Al-Walid Ibn ‘Abdel Malik fit beaucoup de bonnes choses dont nous mentionnerons quelque unes :

- C’était un homme extrêmement jaloux et il dit : «  Si Allah Exalté n’avait pas mentionné le peuple de Loth dans le Qur’an, je ne me serais jamais imaginé que quelqu’un puisse faire de telle chose ».

- Il était aussi énormément préoccupé par la construction des mosquées et l’entraide aux pauvres, aux nécessiteux, aux malades et aux gens qui demandaient une attention particulière et que nous appelons de nos jours : les handicapés.

 

Al-Walid était aussi puissant que tyran. Il avait désisté son frère Souleyman du califat pour mettre à la place son fils ‘Abdel ‘Aziz. Souleyman avait refusé de se laisser faire mais al-Walid refusa de changer d’avis.

Al-Walid voulut faire comme son père, ‘Abdel Malik Ibn Marwan, lorsqu’il voulut désister son frère ‘Abdel ‘Aziz pour transmettre le califat à son fils al-Walid mais ‘Abdel ‘Aziz Ibn Marwan mourut avant son frère ‘Abdel Malik.

Al-Walid écrivit aux gouverneurs de l’état islamique pour leur demander de faire porter allégeance aux gens pour son fils ‘Abdel ‘Aziz Ibn Walid. Mais personne n’accepta de lui porter allégeance, y compris ‘Omar Ibn ‘Abdel ‘Aziz qui s’éleva contre lui.

Et ce fut une raison supplémentaire pour Souleyman de rapprocher de lui ‘Omar Ibn ‘Abdel ‘Aziz, de lui demander conseil et de suivre ses recommandations. Les relations entre les eux hommes avaient toujours été excellentes.

 

Quant à al-Hajjaj Ibn Youssouf ath-Thaqafi avant sa mort, et Qoutaybah Ibn Mouslim al-Bahili répondirent à l’appel du calife pour nommer ‘Omar Ibn ‘Abdel ‘Aziz calife à la place de Souleyman.

Al-Walid Ibn ‘Abdel Malik eut 19 enfants, en plus de ‘Abdel ‘Aziz et pratiquement tous de mères d’enfants.

 

 

En l’an 96 de l’Hégire, (715), Bishr Ibn al-Walid revint de sa campagne hivernale après la mort d’al-Walid sous le règne duquel de massives conquêtes furent effectuées. Moussa Ibn Noussayr conquit l’Andalousie et Muhammad Ibn al-Qassim conquit l’Inde.

Qoutaybah Ibn Mouslim al-Bahili conquit Kashgar et attaqua la Chine. Kashgar était la ville la plus éloignée du centre de la Chine et la plus proche au-delà du fleuve de l’Oxus.

Son attaque sur la Chine n’était que le prélude à de futures conquêtes pour observer le nouveau pays et leur population. La Chine est un immense territoire et Qoutaybah stationna près de ses nouvelles conquêtes.

 

 

Qoutaybah Ibn Mouslim en Chine et son histoire avec le roi de Chine

 

 

 

L’organisation de l’état sous le règne des Omeyyades

 

L’organisation de l’état sous le règne des Omeyyades était renforcée par le calife qui était à la tête de l’état et qui était aussi responsable de tous les ministères.

Néanmoins, on peut dire que dans beaucoup de cas, le calife ne pouvait pas s’impliquer comme par exemple dans les affaires relevant de la justice. Et bien souvent les juges craignaient l’injustice du calife ou celle de ses gouverneurs.

C’est pour cela que beaucoup de savants et d’hommes véridiques refusaient le poste de juge (qadi) qu’il leur était offert.

 

Puis après le calife, il y avait le secrétaire[4] (katib) ou plus tard appelé aussi le ministre (wazir) particulièrement sous le règne des Abbassides.

Une des plus importantes fonctions du secrétaire était qu’il devait connaitre parfaitement les registre financiers de l’état, ou étaient consignés toutes les entrées et sorties d’argent, des revenus, des impôts, de la Zakat, etc.

Il se devait de connaitre aussi les registres de paies des soldats et des gens employés par l’état mais aussi toutes les dépenses relatives aux armées. Le secrétaire comptable devait donc un homme de confiance absolue, sérieux et exceller dans l’écriture.

Il était aussi chargé d’écrire les courriers du calife adressés à ses gouverneurs, ses généraux et à d’autres. Il devait donc exceller dans la connaissance des règles établies en matière d’étiquette, d’honneurs, de préséances dans les cérémonies officielles et chargé de les appliquer mais aussi des règles dans les palais, les casernes, le trésor public concernant les soldats, la garde ou l’ensemble des citoyens.

 

N’oublions pas que l’état musulman n’était plus comme à l’époque du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) et ne s’arrêtait pas à la Péninsule Arabique (hijaz) mais qu’il s’étendait de l’est à l’ouest, en Chine, en Inde, en Asie Mineure et jusqu’aux confins de l’Afrique et de l’Andalousie.

 

Puis après le Katib (secrétaire), venait le juge qui dépendait tant du calife que du  Katib. Le juge devait avoir une vaste connaissance en matière de religion mais aussi de science et devait être totalement indépendant.

Puis après le Qadi (juge) venait le chef de la police (sahib shorta) ou le ministre de la police qui était vitale dans la protection du calife mais aussi de la sécurité et des biens des gens.

Ensuite venait le ministère de la poste et des registres qui avait aussi une grande importance dans la structure de l’état sur lequel reposait la distribution du courrier et son acheminement.

Grace à ce ministère, l’information était transmise dans tout l’empire musulman. Par lui, le calife envoyait ses lettres et en recevaient mais aussi tous les Musulmans pouvait disposer de ce service. Le premier à avoir créé ce poste dans l’état islamique fut le premier calife omeyyade, Mou’awiyah Ibn Abi Soufyan (qu’Allah soit satisfait d’eux).

Sous le règne de ‘Abdel Malik Ibn Marwan, alors qu’il y avait partout des révoltes, il prit un essor considérable car les gens eurent grandement besoin de ce service pour être informé sur les situations de leurs familles.

 

Parmi les autres départements (diwan) d’importance vitale dans la structure de l’état omeyyade, il y avait celui de l’armée qui était le pilier de l’état islamique. Le principal but de l’armée est le combat dans la voie d’Allah (jihad fis-sabilillah) et la vaste superficie de l’empire islamique sous le règne des Omeyyades et de ceux qui les suivront, nous prouvera que ces armées étaient dument préoccupées par ce devoir. Le Jihad fis-Sabilillah n’est pas limité au seul combat comme on pourrait le croire mais il concerne tout ce qui touche à la défense des Musulmans et de leurs terres de près ou de loin comme par exemple, la surveillance des frontières, l’espionnage, l’acheminement des armes, leurs achats et fabrication, l’entrainement, les finances, la levées des armées, l’information, la technologie, l’entretien etc.

 

Le petit état islamique de départ est devenu un empire grâce aux conquêtes entreprises par les Compagnons du Messager d’Allah (Saluts et bénédictions d’Allah sur lui) et les Musulmans pour faire valoir, élever et transmettre la Parole du Très Haut aux gens pour leur donner la possibilité de connaître et d’adorer le Seigneur et d’être admis eux aussi au paradis.

Comme nous l’avons vu précédemment, les enfants et les frères des califes commandaient les troupes qui n’avaient d’autres buts que la victoire ou le martyr. Les armées étaient composées pour la plupart d’entre elles de tribus arabes et par la suite beaucoup de convertis vinrent grossir leurs rangs et poursuivre leur but. Mais la base des troupes resta toujours essentiellement composée de tribus arabes.

 

Le ministère de l’armée comprenait le département de la défense et le registre des combattants dont la principale tâche était de procéder à leurs paies et aussi de pourvoir à tous leurs besoins, inhérents à leurs missions, et à ceux de leur famille.

Les soldats pouvaient avoir une vie familiale mais lorsqu’ils étaient ordonnés de rejoindre leurs casernes, ils devaient le faire sans attendre. Chaque caserne avait un commandant qui connaissait tous ses soldats et ou les trouver et malheur à celui qui s’attardaient quand venait l’heure de la sortie pour le combat !

Pour clore ce petit chapitre sur la structure de l’état nous devons parler du ministère des finances sous l’état Omeyyade.

 

Le ministère des finances était divisé en plusieurs départements dont l’un relatif aux produits agricoles. Des gens compétents et connaisseurs de l’agriculture occupaient les postes et définissaient, chaque année, les revenus payables à l’état en fonction des quantités plantés.

Puis, il y avait aussi le département chargé de la Zakat[5] sur les différents cheptels chargés de collecter cette aumône légale chaque année.  

Quant à l’aumône sur les biens, l’or et l’argent, les Musulmans étaient chargés de la donner à ceux qui étaient en mesure d’en bénéficier parmi les gens de leur connaissance et de leur entourage immédiat.

Il y avait aussi le département de la Jizyah ou tribut de guerre payable par les gens conquit en échange de leur protection par les Musulmans. Une fois par an, les gens de la Dhimmah (sous contrat) devaient payer ce tribut.

A l’époque du Farouk ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui), il était prélevé quarante-huit dinars des gens de la Dhimmah riches, vingt-quatre dinars des gens aisés et douze dinars des pauvres.

 

Il y avait aussi les départements :

- Relatif aux gens qui mouraient et qui ne laissaient derrière eux personne et dont les biens revenaient au trésor public.

- Le département chargé de la paie, due à l’apparition de chaque nouvelle lune.

- Le registre des fonctionnaires de l’état ainsi que de la frappe de la monnaie.

- Le département chargé de la bonne distribution de l’argent car si l’argent était mal géré et que les fonctionnaires étaient corrompus, ils pouvaient s’ensuivre le désordre dans la gestion et qu’une partie de l’argent soit détournée.

 

Ces informations n’entrent pas dans le cadre de l’Histoire mais nous vous les avons données pour vous montrer que l’état islamique était parfaitement organisé et que tout était scrupuleusement consigné sur des registres par des scribes dont voici une liste.

 

 

Les scribes depuis le début de l’Islam

 

 

 

La mort de Qoutaybah Ibn Mouslim

 

 

 

Les expéditions contre Constantinople

 

En l’an 97 de l’Hégire (716), les raids des Musulmans en terre byzantines, ne s’arrêtèrent point.

Le calife Souleyman Ibn ‘Abdel Malik équipa une grande armée sous le commandement de son fils Daoud Ibn Souleyman qu’il envoya à la conquête de Constantinople. Cette campagne entraîna la capture de la forteresse « de la femme » (hisn al mar'ah)

 

De son côté, ‘Omar Ibn Houbayrah al-Fazari commanda une expédition navale contre Byzance[9].

 

Selon al-Waqidi, Maslamah Ibn ‘Abd al-Malik attaque les terres de Byzance et conquit la forteresse qui avait déjà été prises par al-Waddah, le chef des Waddahiyah[10].

 

Cette année le calife guida le pèlerinage comme il était de coutume chez les califes précédents et c’était une obligation à remplir pour eux comme nous l’avons vu par exemple pour le calife al-Walid ‘Abdel Malik lorsqu’il revint du pèlerinage, il visita la mosquée du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) alors que ‘Omar Ibn ‘Abdel ‘Aziz était gouverneur de Médine.

Lorsque Souleyman Ibn ‘Abdel Malik revint du pèlerinage, il désista Talha Ibn Daoud al-Hadrami et nomma à sa place ‘Abdel ‘Aziz Ibn ‘Abdillah[11] Ibn Khalid Ibn Assid Ibn Abi al- ‘Iss Ibn Oumayyah Ibn ‘Abd ash-Shams.

Et si vous vous rappelez, ‘As et Abou al-‘As, ‘Is et Abi al-‘Is, sont les fils d’Oumayyah Ibn ‘Abd ash-Shams et sont surnommés al-‘Iyas.

 

 

En l’an 98 de l’Hégire (717), Souleyman Ibn ‘Abdel Malik envoya son frère Maslamah Ibn ‘Abdel Malik à la tête d’une grande armée vers Constantinople ou il lui ordonna d’y rester jusqu’à la conquête de la ville ou qu’il reçoive d’autres ordres. Maslamah y resta tout l’hiver et l’été.

D’après Muhammad Ibn ‘Umar Thawr Ibn Yazid Souleyman Ibn Moussa, quand Maslamah approcha de Constantinople, il ordonna à chaque cavalier de charger deux Mouds de nourriture sur le dos de son cheval pour le siège de Constantinople. Sur son ordre, la nourriture fut empilée, et il dit aux Musulmans :

- « Ne mangez aucune de cette nourriture, mais attaquez leurs terres et semez votre propre nourriture ».

Il fit construire des maisons de bois pour y passer l’hiver avec ses soldats. Les soldats cultivèrent la terre tandis que la nourriture susmentionnée resta dans le désert, totalement exposée. Les soldats mangèrent ce qu’ils récupèrent durant leurs raids et, plus tard, de ce qu'ils avaient semé.

Maslamah assiégea Constantinople et harassa ses habitants. Il était accompagné des plus illustres commandants de l’armée syrienne : Khalid Ibn Ma’dan, ‘Abdallah Ibn Abi Zakariyyah al-Khouza’i et Moujahid Ibn Jabr. Et, il resta à Constantinople jusqu’à ce qu’il apprit de la mort de son frère Souleyman.

 

Selon Ahmad Ibn Zoubayr Ibn Ali Ibn Muhammad : Quand Souleyman devint calife, il attaqua les Byzantins, établit le camp des Musulmans à Dabiq d’où il envoya Maslamah au combat. Les Byzantins le craignaient et Léo, l’empereur des Byzantins, revenu d’Arménie dit à Maslamah :

- « Envoie quelqu’un pour négocier avec moi ».

Maslamah envoya Ibn Houbayrah qui demanda à Leo :

- « Qu’est-ce que vous considérez de plus stupide ? »

- « L’homme qui remplit son estomac de tout qu’il trouve ».

- « Nous sommes des hommes de religion, et notre religion nous ordonne l’obéissance à nos chefs ». Leo dit :

- « Vous avez raison. Dans le passé, nous nous combattions les uns les autres pour la religion. Cependant, aujourd’hui, nous combattons pour les conquêtes et la souveraineté. Si vous vous retirez, nous donnerons un dinar pour tous ceux d’entre vous qui partiront ».

 

Ibn Houbayrah revint le lendemain chez les Byzantins et leur dit :

- « Notre chef, refuse votre proposition. Je l’ai approché après qu’il eût mangé le repas du matin, rempli son estomac et fait un somme. Quand il s’est réveillé, il était embrumé et n’a pas compris ce que je lui ai dit ».

Les généraux byzantins dirent à Leo :

- « Si vous nous débarrassez de leur chef, nous vous ferons empereur. Et ils s’engagèrent auprès de lui par un serment ».

Leo alla voir Maslamah et lui dit :

- « Les gens de Constantinople savent bien que vous ne pouvez pas mener une attaque jointe contre eux et que vous escomptez de prolonger le siège tant que vous avez de la nourriture. Mais si vous brûlez votre nourriture, ils se soumettront ».

Maslamah ordonna de brûler la nourriture et Léo agit par la suite de manière hostile si bien que Maslamah comprit qu’il avait été trompé au moyen d’une ruse qui humilierait même une femme.

L’ennemi devint alors fort tandis que les Musulmans furent sur le point de mourir de faim. Ils furent réduits à manger les rongeurs, les peaux des animaux, les racines et les feuilles des jusqu’à la mort de Souleyman qui résidait à Dabiq et qui ne put envoyer des renforts à cause de l’hiver et de la neige.

 

Cette même année, la ville des Slaves[12] fut conquise.

D’après Muhammad Ibn ‘Omar : Bourjan attaqua Maslamah Ibn ‘Abdel Malik qui était à court d’hommes. Souleyman Ibn ‘Abdel Malik détacha Mas’adah (ou ‘Amr Ibn Qays selon d’autres sources) avec des renforcements, mais les Slaves les trompèrent.

Puis Allah Exalté donna la victoire à Ses serviteurs après que les slaves furent mit en déroute après avoir tué Sharahil Ibn ‘Abd Ibn ‘Abdah.

 

D’après al-Waqidi, durant cette année, al-Walid Ibn Hisham et ‘Amr Ibn Qays attaquèrent les Byzantins et plusieurs soldats de l’armée d’Antioche furent tués. Al-Walid tua des gens qui habitaient à la périphérie de Byzance, et prit beaucoup de captifs.

 

Nous allons faire maintenant une pause pour parler de la lutte des Musulmans au Maghreb et en Andalousie bien que le prochain volume sera totalement consacré à ce sujet. Voici donc une brève chronologie de ces évènements.

 

 

Les Musulmans au Maghreb et en Andalousie

 

En l’année 20 de l’Hégire (640), l’Egypte fut conquise par le respectable compagnon et le grand général conquérant ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui). Lorsqu’il eut assis son pouvoir sur l’Egypte, il envoya le fils de sa tante, ou selon d’autres versions, le frère de sa mère, ‘Ouqah Ibn Nafi’ al-Fihri, à la tête d’une armée vers l’ouest (le maghreb).

‘Ouqah Ibn Nafi’ al-Fihri est ‘Ouqbah Ibn Nafi’ Ibn ‘Abdel Qays Ibn Naqit Ibn ‘Amir Ibn Oumayyah Ibn Walid Ibn Harith Ibn Fihr al-Qourayshi.

‘Ouqbah Ibn Nafi’ conquit Zouillah et Bourqah tandis que le Maghreb à cette époque dépendait de l’état byzantin ou de l’état romain de l’Est. La plupart de ses habitants étaient des tribus berbères et les tribus berbères sont d’origines arabes Himiriyah Qahtaniyah, les tribus Sanhajirah et Bouhtanan bien que certains historiens et généalogistes ne soient pas tous d’accord[13].

Les Musulmans combattaient les Romains à l’Est, en Byzance et la Syrie étaient leur base de départ. Ils combattaient aussi les Romains au Maghreb et pour faire face à cette tâche, l’Egypte leur servait de base de la même manière que l’Iraq servait de base arrière pour les Musulmans qui combattaient dans le sentier d’Allah, les Turcs, ce qui restait des Perses, et d’autres peuples au Khorasan, au-delà du fleuve de l’Oxus et au Turkestan.

 

Lorsque ‘Ouqbah Ibn Nafi’ conquit Zouillah et Bourqah il s’arrêta et fut rejoint par ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) qui conquit en l’an 23 de l’Hégire (943) Tripoli (tarablous). Puis il écrivit au Farouk, ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) pour lui demander la permission de poursuite ses conquêtes mais ‘Omar refusa par compassion pour lui et les Musulmans du fait de cet immense pays qui s’ouvrait devant eux et dont ils n’avaient aucune connaissance.

Lorsque ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) fut assassiné par l’infâme Abou Lou'lou le mage (al-majoussi), qu’Allah Exalté l’avilisse, en l’an 23 de l’Hégire (943), et que Dzoul Nourayn[14] ‘Uthman Ibn al-‘Affan (qu’Allah soit satisfait de lui) prit sa succession, il désista ‘Amr Ibn al-‘As de son poste de gouverneur d’Egypte et nomma à sa place ‘AbdAllah Ibn Sa’d Ibn Abi as-Sarh et ‘Abdallah Ibn Sa’d al-‘Amiri al-Qourayshi était des Banou ‘Amir Ibn Wahil al-Qourashiyine.

Et ce n’est qu’après un certain temps, surtout dû à la mansuétude envers les Musulmans, qu’il ordonna à ‘AbdAllah Ibn Sa’d Ibn Abi as-Sarh de conquérir l’Ifriqiyah ou la Tunisie. Il y avait dans ces armées conquérantes beaucoup de Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Lors de cette conquête, la bataille de Soubateylah, ils battirent l’armée du Patriarche romain Grégorius (jarjis) qui fut tué par le respectable compagnon ‘Abdallah Ibn Zoubayr Ibn al-‘Awwam (qu’Allah soit satisfait d’eux).

 

 

En l’an 38 de l’Hégire (658), lors de la grande sédition, ‘Amr Ibn al-‘As fut de nouveau nommé gouverneur d’Egypte et il envoya aussitôt les armées musulmanes combattre les ennemis de l’Islam. Car tous ce que les Musulmans avaient conquis avec été perdu suite aux évènements de la grande sédition, entre l’assassinat de ‘Uthman Ibn ‘Affan (qu’Allah soit satisfait de lui), puis les problèmes qu’encourut ‘Ali ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait de lui) suite à cet assassinat.

 

 

En l’an 43 de l’Hégire (663), décéda le gouverneur d’Egypte ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) et Mou’awiyah Ibn Abi Soufyan (qu’Allah soit satisfait d’eux) le remplaça par le respectable (jalil) Compagnon ‘Ouqbah Ibn ‘Amir al-Jouhani (qu’Allah soit satisfait de lui) de la tribu des Jouhaynah. 

‘Ouqbah Ibn ‘Amir al-Jouhani (qu’Allah soit satisfait de lui) nomma ensuite le respectable Compagnon Mou’awiyah Ibn Houdayj as-Sakouni al-Kindi (qu’Allah soit satisfait de lui) commandant en chef des armées d’Ifriqiyah.

 

 

En l’an 45 de l’Hégire (665), Mou’awiyah Ibn Houdayj as-Sakouni (qu’Allah soit satisfait de lui) à la tête d’une immense armées comprenant beaucoup de Compagnons du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) dont ‘Abdallah Ibn ‘Amr Ibn ‘al-‘As, ‘AbdAllah Ibn Zoubayr Ibn al-‘Awwam (qu’Allah soit satisfait d’eux) et ‘Abdel Malik Ibn Marwan conquirent beaucoup de villes et parmi elles, Sous (soussa), Bizerte (binzart) et l’ile de Sicile (jazirat saqaliyah).

 

 

En l’an 48 de l’Hégire (668), le calife remplaça Mou’awiyah Ibn Houdayj as-Sakouni par ‘Ouqbah Ibn Nafi’ al-Fihri qui resta gouverneur sur ces pays conquis durant sept années durant lesquelles il construisit la ville de Kairouan (qayrawan). Pour de plus amples détails sur tous ces évènements, veuillez consulter notre abrégé historique sur l’Histoire du Maghreb et de l’Andalousie.

Puis Mou’awiyah Ibn Abi Soufyan (qu’Allah soit satisfait de lui), désista ‘Ouqbah Ibn Nafi’ al-Fihri tandis qu’à cette époque le gouverneur d’Egypte était le respectable Compagnon Maslamah Ibn Moukhallad Ibn as-Samit al-Khazraji al-Ansari (qu’Allah soit satisfait de lui) à qui fut donné par la suite le commandement de l’Ifriqiyah.

Maslamah nomma alors son serviteur Abi al-Mouhajir Dinar député sur l’Ifriqiyah qui combattit les Berbères qui s’étaient alliées avec les Romains pour combattre les Musulmans. Abi al-Mouhajir Dinar gouverna sept années avant d’être remplacé une nouvelle fois par ‘Ouqbah Ibn Nafi’ sous le règne de Yazid Ibn Mou’awiyah.

 

Lorsque ‘Ouqbah Ibn Nafi’ arriva en Ifriqiyah, il y avait dans son armée vingt-cinq Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux), qui avaient quitté Médine jusqu’à ces contrées éloignées pour le combat et la recherche du martyr dans la voie d’Allah alors qu’ils étaient d’un âge déjà bien avancés ! 

‘Ouqbah Ibn Nafi’ n’était pas un fin politicien quant à ses relations avec les Berbères. Il offensa (ihanat) Kathilah Ibn Lamzam, le chef de la tribu Ourbah qui était une puissante tribu, en rigolant lorsque celui-ci se couvrit la barbe du sang des moutons qu’il dépeçait.

On lui demanda :

- « O berbère, pourquoi fais-tu cela à ta barbe ? » Il répondit :

- « C’est bon pour elle ».

 

Puis, le grand conquérant ‘Ouqbah Ibn Nafi ‘, à la tête de vingt-cinq-mille combattants, partit conquérir les autres villes du Maghreb. Il était tellement concentré dans ses conquêtes qu’il finit par arriver à Tanger (tanja) au bord de l’océan atlantique (mouhit atlassi).

Rendez-vous compte de la distance de Kairouan jusqu’à Tanger soit 1.400 kilomètres avec une armée de vingt-cinq mille combattants ! Par combien de villes et de villages sont-ils passés ? Combien de batailles ont-ils du mener ? Qu’en était-il de leur armement et de leurs provisions de route ?  Ou était le dernier bastion des Musulmans ?

Ce fut certainement un grandiose exploit qu’il accomplit, puisse Allah Exalté lui faire miséricorde mais il arrivait d’Egypte à dos de cheval et ce n’est plus 1.400 kilomètres dont il est question mais de 3.500 kilomètres ! Puisse Allah, Exalté et Loué soit-Il, vous faire miséricorde et vous octroyer les suprêmes degrés ô porteurs du Message Révélé, combattants, martyrs et serviteurs dans Sa voie (moujahidin fis-sabilillah) pour que Sa Parole soit élevée. Par Allah ! Comme nous aurions aimé partager vos joies et vos peines.

 

Alors ce grand combattant (moujahid) et cavalier musulman entra dans l’océan avec son cheval et leva la tête vers le ciel et dit une parole que les siècles ont conservés, que les mémoires ont enregistrées et que les plumes ont gravées pour l’éternité :

- « O Grand Seigneur atteste ! Je suis arrivé au terme de l’effort. N’était-ce cette mer, j’aurais poursuivi ma route pour combattre celui qui Te renie jusqu’à ce que nul ne soit adoré hormis Toi ! (allahoumma ash had ! Anne quad balaghtoul majhoud. Wa lawla adhal bahr la maditou fil bilad nouqatilou man kaffara bika hatta la you’bad ahadoun illa siwak) ».

Quelle sublime parole ! Ce ne fut pas une parole prononcée sur un Minbar, une assemblée ou écrite confortablement installé ni même prononcée lors d’une leçon mais bel et bien sur un cheval. Il est sorti combattre dans la voie d’Allah Exalté, après avoir traversé cette immense distance à travers ces dangereuses contrées, contre des féroces tribus jusqu’à la mer des ténèbres, comme elle était appelée, puis dans la mer il est entré jusqu’à ce que l’eau atteigne le poitrail de son cheval élancé. Et ce respectable compagnon des Compagnons (tabi’i), leva sa tête vers le ciel puis dit cette parole qui avec l’encre d’or doit être gravée à l’entrée des mosquées pour que les gens se rappellent chaque jour des efforts déployés par nos ancêtres bien aimés.

Ainsi était le Jihad (effort) et après cela nulle question et ni aucun commentaire n’est nécessaire.

 

Après de longs mois de conquêtes et sur la demande des combattants fatigués de son armée, ‘Ouqbah Ibn Nafi’ libéra une grande partie de son armée qui partit aussitôt pour Kairouan tandis qu’il resta avec environ cinq cents combattants. Lorsqu’il arriva près de Tahoulah dans le Maghreb Central, qui correspond à l’Algérie de nos jours, une immense armée de cinquante-mille Berbères alliés aux Byzantins, commandée par Kathilah Ibn Lamzam lui coupa la route et l’affronta.

‘Ouqbah Ibn Nafi’ et son groupe de combattants furent pratiquement tous tués au cours de la bataille qui s’ensuivit après être descendu de leurs montures et lutté héroïquement. Mourut aussi Abi al-Mouhajir Dinar et la majorité des combattants et ceux qui échappèrent à la mort furent fait prisonniers. Puis les Berbères poursuivirent leur chemin vers Kairouan ou ils entrèrent au mois de Mouharram de l’année 64 de l’Hégire (683) tandis que les Musulmans sous le commandement de Zouhayr Ibn Qays al-Balawi, s’étaient retirés de la ville avant leur arrivée.

 

 

En l’an 69 de l’Hégire (688), Zouhayr Ibn Qays al-Balawi revint à Kairouan à la tête d’une nouvelle grande armée après que ‘Abdel Malik Ibn Marwan lui ai envoyé des renforts. Et dans un lieu proche de Kairouan au sud de la ville nommé Mams, eut lieu une bataille ou les Berbères alliés aux romains furent décimés et Kathilah Ibn Lamzam tué.

Lorsque Zouhayr Ibn Qays al-Balawi se retira du champ de bataille avec son armée pour retourner à Kairouan, il fut attaqué et tué par une armée romaine et son armée mise en déroute. 

Le calife ‘Abdel Malik Ibn Marwan qui était occupé à lutter contre ceux qui s’étaient rebellé contre lui, ne put rien faire pour le Maghreb avant qu’il n’ait réussit à ramener de l’ordre dans l’état. Alors aussitôt, il envoya une nouvelle armée de quarante-mille combattants sous le commandement de Hassan Ibn Nou’man al-Ghassani qui réussit à vaincre successivement les Romains et les Berbères Boute après un certain nombre de batailles ou il tua leur chef qui était une femme du nom dal-Kahinah en l’an 82 de l’Hégire (701).

Puis Hassan Ibn Nou’man al-Ghassani établit le camp des Musulmans à Carthagène (kartajanna) ou il construisit près d’elle, la ville de Tunis.

 

 

En l’an 85 de l’Hégire (704), ‘Abdel ‘Aziz Ibn Marwan qui était le gouverneur d’Egypte de l’époque, désista Hassan Ibn Nou’man qui était gouverneur du Maghreb et nomma à sa place Moussa Ibn Noussayr al-Lakhmi, des serviteurs des Bani Lakhm, qui était un Tabi’i.

Moussa Ibn Noussayr est né en l’an 19 Hégire (639) et décéda en l’an 97 de l’Hégire (715). Il réussit à conquérir l’intégralité du Maghreb grâce à ses actions militaires permanentes contre les Berbères qui se révoltaient régulièrement. Il ne procédait à aucune nouvelle conquête avant d’avoir assis fermement les structures des villes et des régions conquises.

La seule ville qui lui résista fut Ceuta (sabta) qui était peu accessible du fait qu’elle se trouvait dos à la mer et quelle était extrêmement fortifiée. Le gouverneur de cette ville se prénommait Julian (youlyan) qui était un chef Goth chrétien (qot nassrani) qui avait un différend avec le roi des Goths Rodéric (rodriq).

Moussa Ibn Noussayr ordonna à Tariq Ibn Ziyad, un Berbère de la tribu Nafzah, et à un groupe de dix-sept Arabes qui étaient avec lui, de rester à Tanger et d’apprendre aux Berbères le Qur’an et la Shari’ah islamique.

Tariq Ibn Ziyad voulut profiter de la division entre le gouverneur de Ceuta et Rodéric pour mener des actions en Andalousie. Il écrivit donc à son maitre Moussa Ibn Noussayr qui se trouvait à Kairouan pour lui faire part de ses ambitions.

Moussa Ibn Noussayr écrivit au calife al-Walid Ibn ‘Abdel Malik à Damas pour lui demander la permission de procéder mais le calife lui demanda d’envoyer seulement un petit détachement en mission de reconnaissance, ce que Moussa fit.

 

 

Au mois de Ramadan de l’année 91 de l’Hégire (709), cette petite force de cinq-cents hommes sous le commandement de Tarif Ibn Malik embarqua sur une petite flotte mise à leur disposition par Julian et débarqua sur l’ile Los Palmas en mer méditerranée qui fut connut par la suite sous le nom de l’ile de Tarif. 



[1] Qur’an, Sourate 4, verset 120.

[2] Qur’an, Sourate 8, verset 60.

[3] A ne pas confondre avec les Bani Kalb Ibn Wadarah al-Qouda’iyine.

[4] Chambellan ou le scribe.

[5] Aumône légale.

[6] Scribe ou secrétaire.

[7] Le mot Diwan a plusieurs interprétations : Livre, recueil dans lesquels sont consignés les affaires relatives au département en question. Dans les sociétés islamiques (Ottomans), un centre du ministère des finances, le bureau du chef administratif, ou le conseil régional d’administration, le cabinet royal, le cabinet ministériel, etc.). C’est de ce sens originel que vient le mot français douane.

[8] Inclus toute propriété qui génère des revenus, terre cultivée, maison, marché, moulin, etc.

[9] Les historiens musulmans utilisaient le mot « Roum » tant pour les Byzantins que les Romains.

[10] Al-Waddahiyah étaient un régiment distinct de combattants musulmans non-arabes, nommé d’après leur commandant berbère al-Waddah

[11] Le nom ‘Abdillah ou ‘Abdallah, ne font aucune différence et peuvent être employés différemment pour le même nom. Ainsi ‘Abdillah Ibn ‘Omar ou ‘Abdallah Ibn ‘Omar (qu’Allah soit satisfait d’eux), est la même personne.

[12] Nous n’avons aucune autre indication sur la nature de cette ville.

[13] Le sujet sera traité plus en détail dans « Moukhtassar at-Tarikh lil Maghreb wal Andalous » qui est le second volume de cette série.

[14] L’homme aux deux lumières : Il fut surnommé ainsi car il épousa deux des filles du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).