La perfidie de Nizak et pourquoi il fut vaincu

 

 

 

La capture de Nizak Tarkhan et sa mort

 

Durant cette année Qoutaybah Ibn Mouslim tua Nizak Tarkhan.

Lorsque les gens d’Abrashahr, d’Abi Ward, de Sarakhs et d’Herat le rejoignirent et que son armée fut de nouveau au complet, et qu’il nomma Hammad Ibn Mouslim responsable des affaires militaires et son absence et ‘AbdAllah Ibn al-Ahtam responsable des revenus, Qoutaybah Ibn Mouslim marcha vers Marw ar-Roudh. Quand les nouvelles de son entrée dans son territoire parvinrent au Marzban de Marw ar-Roudh, il fuit vers les terres de Fourrures. Qoutaybah rentra dans Marw ar-Roudh, captura deux de ses fils, les tua puis les crucifia. Alors il alla à at-Talaqan ou il captura des brigands qu’il tua et crucifia. Il nomma sur at-Talaqan ‘Amr Ibn Mouslim avant de marcher sur al-Faryab ou le roi sortit à sa rencontre pour se soumettre et confirmer son obéissance. Qoutaybah en fut satisfait et ne tua personne. Il nomma un homme des Banou Bahilah gouverneur de la ville.

 

Ces nouvelles parvinrent au roi d’al-Jouzjan qui quitta son territoire. Qoutaybah alla à al-Jouzjan ou les gens sortirent à sa rencontre soumis et obéissants. Qoutaybah Ibn Mouslim accepta leur soumission et ne tua aucun d’entre eux et avant de partir, il nomma ‘Amir Ibn Malik al-Himmani gouverneur de la ville. Lorsque Qoutaybah arriva à Balkh, l’Isbahbadh et les gens sortirent à sa rencontre. Il ne resta qu’un jour dans la ville avant de rejoindre ‘AbderRahmane Ibn Mouslim jusqu’à ce qu’il arrive au défilé de Khoulm.

Nizak l’avait quitté et campait à Baghlan mais il laissa des détachements armés pour protéger chaque entrée et interdire à quiconque de traverser. Il laissa aussi une garnison dans une des forteresses à la sortie du défilé pour le défendre. Qoutaybah passa quelques jours à les combattre sans faire de réels gains. Il fut incapable de pénétrer dans le défilé qui était traversé par une vallée et il ne connaissait pas le moindre autre chemin pour arriver à Nizak autre que ce défilé excepté le désert qui ne supporterait pas les troupes. Il resta à l’entrée du défilé perplexe en en tournant la tête à droite et à gauche à chercher des solutions.

Il était dans ce dilemme quand le Rou’b Khan, le roi d’ar-Rou’b et de Siminjan, vint le trouver pour lui demander un sauf-conduit en échange d’une voie de passage et d’un accès à la forteresse. Qoutaybah lui accorda un sauf-conduit et ce qu’il demandait et à la tombée de la nuit, il envoya avec lui des hommes qu’il emmena dans la forteresse qui était derrière le passage de Khoulm. Durant la nuit, ils attaquèrent les hommes de la forteresse, qui se sentaient parfaitement à l’abri de toute attaque, et les tuèrent. Ceux qui survécurent et ceux qui étaient dans le défilé s’enfuirent et Qoutaybah et son armée purent traverser la passe et atteindre la forteresse. Puis, il marcha sur Siminjan tandis que Nizak se trouvait à Baghlan près d’une source d’eau appelée Fanj Jah. Entre Siminjan et Baghlan il y avait un désert pas particulièrement difficile.

Qoutaybah resta à Siminjan quelques jours avant de repartir vers Nizak. Il envoya son frère ‘AbderRahmane  à la tête de l’avant-garde qui fit contact avec Nizak. Alors, Nizak quitta sa maison, traversa la vallée de Ferghana, envoya ses bagages et ses richesse au Shah de Kaboul et poursuivit sa route avant de s’arrêter à al-Kurz, toujours poursuivit par ‘AbderRahmane Ibn Mouslim. ‘AbderRahmane s’arrêta à son tour et prit contrôle des défilés d’al-Kurz, tandis que Qoutaybah sur ses talons s’arrêta à Iskimisht, huit kilomètres plus loin. Toutes les routes étant désormais fermées devant lui, et les seules voies de sorties impraticables pour les montures, Nizak se refugia à al-Kurz.

 

Qoutaybah assiégea Nizak deux mois, jusqu’à ce que la réserve de grain de Nizak soit devenue insuffisante et affligés par la variole que Jabghouyah contracta. Qoutaybah craignit l’hiver proche alors il demanda Soulaym an-Nassih et lui dit : « Va trouver Nizak et ruse avec lui pour qu’il vienne à moi sans sauf-conduit. S’il fait des problèmes et refuse, donne-lui un sauf-conduit. Sache que, si tu reviens sans lui, je te crucifierai. Travaille donc pour ta propre sauvegarde ». Soulaym dit : « Écrit à ‘AbderRahmane et demande lui de ne me pas désobéir » et Qoutaybah accepta. Soulaym alla voir ‘AbderRahmane et lui dit : « Envoie des hommes et quand je passerai avec Nizak qu’ils s’interposent entre nous et l’entrée du défilé ».

‘AbderRahmane envoya la cavalerie, et Soulaym les disposa là où il voulut puis, partit, chargé de nourritures pour quelques jours jusqu’à ce qu’il arrive à Nizak. Nizak lui dit :

- « Tu m’as abandonné, O Soulaym ». Et Soulaym lui répondit :

- « Je ne t’ai pas abandonnés, mais tu m’as désobéi et tu t’es fait du tort à toi même. Tu as désavoué Qoutaybah et agi perfidement ».

- « Que devrais-je faire ? »

- « La meilleure chose à faire est d’aller le voir. Tu l’as mis en colère avec ta lutte, et il est décidé à passer l’hiver ici et ne quittera pas cette place que tu sois mort ou vif ».

- « Dois-je aller le voir sans sauf-conduit ? »

- « Je ne pense pas qu’il t’en accordera un, à cause du ressentiment qu’il a à ton encontre. Je pense que tu devrais placer ta main dans la sienne sans avant qu’il ne s’en rende compte et j’espère que, si tu fais cela, il sera gêné et te pardonnera ».

- « C’est ce que tu penses ? »

- « Oui ». Nizak dit :

- « Je ne peux pas me résoudre à accepter cela. Si Qoutaybah me voit, il me tuera ».

- « Je suis venu seulement pour te conseiller de faire cela. Si tu le fait, j’espère que tu seras sauf et ta position près de lui reviendra à ce qu’elle était. Si tu refuses, je dois partir ».

- « Laisse-moi t’offrir le déjeuner ». Soulaym lui répondit :

- « Je soupçonne que tu es trop occupé à préparer de la nourriture ; nous avons beaucoup de nourriture avec nous ».

Soulaym demanda que le déjeuner soit servi, et ses domestiques apportèrent une abondante nourriture que les hommes de Nizak avaient été peu familiers depuis le début du siège. Les Turcs la dévorèrent cela chagrina Nizak. Soulaym dit :

- « O Abou al-Hayyaj, je suis un de tes conseillers les plus sincères. Je vois que tes compagnons sont épuisés. Si le siège continue une longue période et que tu restes ainsi, je ne suis pas sûr qu’ils ne cherchent pas un sauf-conduit en dehors de toi ».

- « Pars et retourne à Qoutaybah. Je ne me suis jamais senti sûr avec lui, et je n’irai pas à lui sans un sauf-conduit. Je reste persuadé qu’il va me tuer même s’il me donne un sauf-conduit, et le sauf-conduit me donne plus d’excuse de reproche que d’espoir ». Soulaym dit :

- « Il t’a donné un sauf-conduit : as-tu des doutes sur moi ? »

- « Non ».

- « Viens avec moi ». Ses compagnons dirent : « Accepte ce que Soulaym a dit ; il ne l’aurait pas dit si ce n’était pas vrai ». Il demanda sa monture et partit avec Soulaym.

Quand il atteignit l’endroit où il pouvait s’esquiver dans la plaine, il dit :

- « O Soulaym, personne ne peut savoir quand il mourra, sauf moi et je mourrai quand je verrais Qoutaybah ».

- « Impossible, est-ce qu’il te tuera alors que tu as un sauf-conduit ? » Alors Nizak se mit en route accompagné de Jabghouyah, qui s’était remis de la variole, de Soul et ‘Uthman, les fils du frère de Nizak, de Soul Tarkhan l’adjoint de Jabghouyah et de Khans Tarkhan qui était le chef de la police.

Quand ils  émergèrent du défilé, la cavalerie laissée par Soulaym s’interposa entre les Turcs et le défilé. Nizak dit à Soulaym : 

- « C’est le premier mauvais signe ». Soulaym dit : 

- « Ne pense pas cela. Le fait que ces gens soient derrière nous est meilleur pour vous ». Soulaym continua avec Nizak et ceux qui étaient sortis avec lui, jusqu’à ce qu’ils arrivent en présence de ‘AbderRahmane Ibn Mouslim qui envoya un messager à Qoutaybah pour l’informer. Qoutaybah envoya ‘Arar Ibn Abi Mihzam à ‘AbderRahmane avec le message : « Apporte-les-moi » et ‘AbderRahmane les lui apporta. Qoutaybah emprisonna les compagnons de Nizak et donna lui-même Nizak à Ibn Bassam al-Leythi. Il écrivit alors à al-Hajjaj pour lui demander son autorisation pour tuer Nizak.

 

Ibn Bassam mit Nizak dans son yourte[2], creusa une tranchée autour du yourte qu’il fit surveiller par des gardes. Qoutaybah envoyé Mou’awiyah Ibn ‘Amir Ibn al-‘Alqamah al- ‘Oulaymi qui ramena les marchandises et les gens qu’il y avait dans al-Kurz à Qoutaybah. Qoutaybah emprisonna ces gens quarante jours, jusqu’à l’arrivée de la réponse d’al-Hajjaj qui lui ordonna de tuer Nizak.

Qoutaybah demanda à Nizak :

- « As-tu un engagement de moi, de ‘AbderRahmane ou de Soulaym ? »  Il dit : 

- « J’en ai un de Soulaym ». Qoutaybah lui dit :

- « Tu mens ! ». Puis, Qoutaybah se leva et rentra dans sa tente tandis que Nizak fut ramené dans sa tente ou il resta trois jours à l’intérieur sans paraître aux gens.

Al-Mouhallab Ibn al-Iyas al- ‘Adawi a dit : « Les gens parlèrent au sujet de Nizak. Quelques-uns dirent : « Ce n’est pas légal pour Qoutaybah de le tuer » tandis que d’autres ont dit : «  Ce n’est pas légal de le laisser vivre » ».

Le quatrième jour Qoutaybah sortit, s’assis et donna l’autorisation aux gens d’entrer en sa présence. Puis, il dit : 

- « Devons-nous tuer Nizak ? » Certains ont dit : « Tue-le », d’autres ont dit « Tu lui as donné un engagement, ne le tue pas », et d’autres encore ont dit : « Nous ne sommes pas sûrs qu’il ne fera ne fait pas du mal aux Musulmans ».

Dirar Ibn Houssayn entra et Qoutaybah lui dit :

- « Qu’est-ce que tu en dis ô Dirar ? Il dit :

- « Je dis que je t’ai entendu faire le serment que si Allah Exalté te livrait Nizak, tu le tuerais, et que si tu ne fais pas ainsi c’est comme si tu avais souhaité qu’Allah Exalté ne t’aide pas ». Qoutaybah s’assit silencieusement et resta les yeux baissés un long moment et dit :

- «  Par Allah, s’il ne me restait de vie à vivre que le temps de prononcer trois mots, je dirais : « Tuez-le, tuez-le, tuez-le ». Il ordonna que Nizak et ses compagnons au nombre de sept-cents soient tués et ils le furent.

 

Certains ont rapportés que ni Qoutaybah et ni Soulaym ne lui ont donné un sauf-conduit. Quand Qoutaybah projeta de le tuer, il fit demander un sabre Hanafi. Il l’a dégainé, retroussé ses manches et l’a exécuté de sa propre main. Il ordonna à ‘AbderRahmane de décapiter Soul, à Salih de tuer ‘Uthman, appelé Shaqran, le fils du frère de Nizak. Il demanda à Bakr Ibn Habib as-Sahmi, de Bahilah : 

- « As-tu assez de force pour négocier avec le reste ? » Il répondit : 

- « Oui, plus qu’assez », il y avait de la dureté dans Bakr. Qoutaybah lui dit : 

- « Prends ces dihqans ».

Qoutaybah envoya la tête de Nizak avec Mihfan Ibn al-Jaz al-Kilabi et Sawwar Ibn Zahdam al-Jarmi à al-Hajjaj qui dit : « Qoutaybah aurait dû envoyer la tête de Nizak avec un de ses fils (sous-entendu un des fils de Qoutaybah Ibn Mouslim) ».

 

Qoutaybah demanda un jour à Nizak alors qu’il était emprisonné :

- « Quelle est ton opinion à propos d’as-Sabal et ash-Shadh ? Penses-tu qu’ils viendront si j’envoie quelqu’un les chercher ? » Nizak dit : 

- « Non ».

Qoutaybah envoya les chercher et ils vinrent. Il appela Nizak et Jabghouyah, et quand ils entrèrent il y avait as-Sabal et ash-Shadh assit devant lui. Nizak et Jabghouyah s’assirent en face d’eux et ash-Shadh dit à Qoutaybah : 

- « Jabghouyah, bien qu’il soit mon ennemi, est plus vieux que moi et il est le roi tandis que je suis son sujet. Donne-moi l’autorisation pour m’approcher de lui ». Qoutaybah lui donna l’autorisation, et il s’approcha de lui, embrassa sa main et se prosterna devant lui.

Alors As-Sabal demanda l’autorisation à son tour par respect de Jabghouyah. Qoutaybah lui donna l’autorisation, et il s’approcha de lui et embrassa sa main. Nizak dit à Qoutaybah : 

- « Donnez-moi l’autorisation de m’approcher près d’ash-Shadh, car je suis son serviteur ». Il lui donna l’autorisation, et il approcha à lui et embrassa sa main. Alors Qoutaybah donna la permission à as-Sabal et ash-Shadh, de retourner chez eux.

Qoutaybah tua Nizak, et az-Zoubayr, le Mawlah de ‘Abbas al-Bahili, pris une botte de Nizak dans laquelle il y avait un bijou. Grace à ce bijou qu’il acquit de la botte de Nizak, il devint le plus riche de sa région. Qoutaybah le lui alloua et il resta riche jusqu’à sa mort à Kaboul sous le règne du gouverneur Abou Daoud.

 

Qoutaybah libéra Jabghouyah, le nantis généreusement et l’envoya à al-Walid ou il resta en Syrie jusqu’à la mort d’al-Walid. Qoutaybah revint à Merv et nomma son frère ‘AbderRahmane sur Balkh. Les gens dirent que Qoutaybah se comporta perfidement avec Nizak.

Quand Qoutaybah Ibn Mouslim revint à Merv après avoir tué Nizak, il chercha le roi d’al-Jouzjan, qui avait fui son pays. Le roi envoya un message à Qoutaybah, en demandant un sauf-conduit, et Qoutaybah le lui donna à condition qu’il vienne en personne faire la paix avec lui. Le roi lui demanda des otages, qu’il retiendrait tandis que lui-même en retour donnerait des otages. Qoutaybah lui remit Habib Ibn ‘AbdAllah Ibn ‘Amr Ibn Houssayn al-Bahili, et le roi d’al-Jouzjan lui donna des otages de sa famille. Le roi d’al-Jouzjan laissa Habib dans al-Jouzjan, dans une de ses forteresses, et vint à Qoutaybah et fit la paix avec lui. Alors il retourna et mourut à at-Talaqan. Les gens d’al-Jouzjan dirent : « Ils l’ont empoisonné », et ils tuèrent Habib. Alors Qoutaybah tua les otages qui étaient avec lui.

 

Durant cette même année 91de l’Hégire, Qoutaybah fit sa deuxième campagne dans Shouman, Kish et Nassaf, et fit la paix avec Tarkhan.

 

 

La campagne de Qoutaybah en Transoxiane

 

 

 

Al-Walid Ibn ‘Abdel Malik visite Médine et sa rencontre avec Sa’id Ibn al-Moussayab

 

 

 

La mort du roi de Kham Jird et le renouvellement de la paix avec Khwarizm

 

Le roi de Khawarizm était faible, et son plus jeune frère Khourrazadh prit le pouvoir. Si le roi avait une l’esclave, une monture ou des marchandises de luxe Khourrazadh les voulait pour lui-même et s’il avait une fille, une sœur ou une belle femme, il le contraignait par force, et prenait et laissait ce qu’il voulait. Personne ne pourrait lui tenir tête ni même protéger le roi contre lui. Quand le roi parla de cela il dit : « Je ne suis pas assez fort pour négocier avec lui ».

Cela dura tellement longtemps que Khourrazj Madh écrivit à Qoutaybah, pour l’inviter à prendre possession de ses terres. Il lui envoya les clefs de la ville de Khwarizm, trois clefs en or, sous la condition que Qoutaybah devrait lui remettre son frère et tous ceux qui s’était opposé à lui, afin qu’il puisse les juger. Il envoya donc les messagers sans informer aucun de ses marzbans ou dihqans. Ses messagers arrivèrent chez Qoutaybah à la fin de l’hiver, quand les campagnes militaires commençaient pour les Musulmans. Qoutaybah s’était déjà préparé pour faire campagne, et il fit paraître comme s’il se dirigeait vers Soughd. Les messagers du Shah Khwarizm revinrent avec des bonnes nouvelles de Qoutaybah qui nomma sur Merv, Thabit al-A’war, son Mawlah.

 

Le Shah Khwarizm rassembla ses rois, ses chefs religieux et ses dignitaires et leur dit : « Qoutaybah se dirige vers Soughd et ne fera pas campagne contre vous, venez-vous détendre dans notre printemps ». Ils vinrent et commencèrent à boire et prendre leur aise se pensant à l’abri des campagnes.

Puis, ils apprirent que Qoutaybah s’était arrêté à Hazarasp, de l’autre côté de la rivière. Le Shah Khwarizm demanda à ses compagnons : 

- « Qu’est-ce que vous en pensez ? » Ils répondirent : 

- « Nous pensons que nous devrions le combattre ». Il dit : 

- « Ce n’est pas ce que je pense. Les gens forts et plus puissant que nous ont été impuissants devant lui. Je pense que nous devrions le renvoyer en lui donnant quelque chose. Nous le renverrons pour cette année puis nous verrons de nouveau ce qu’il convient de faire ». 

- « Nous sommes d’accord avec votre vue » lui répondirent-ils.

 

Le Shah Khwarizm parti en conséquence et s’arrêta dans la ville d’al-Fil de l’autre côté du fleuve. Les villes du Shah Khwarizm étaient au nombre de trois, entourées par un seul fossé. La ville d’al-Fil était la plus fortement fortifiée d’entre elles.

Le Shah Khwarizm s’arrêta à al-Fil pendant que Qoutaybah était à Hazarasp, de l’autre côté du fleuve. Il ne l’avait pas traversé, et en effet seul le fleuve de Balkh qui est l’Oxus était entre lui et le Shah Khwarizm qui fit la paix avec lui en échange de dix-mille esclaves, de l’or et des marchandises à condition que Qoutaybah l’aide contre le roi de Kham Jird et accomplirait ce dont ils avaient précédemment convenus entre eux. Qoutaybah accepta et accompli ce qu’il avait dit qu’il ferait pour lui. Il envoya au roi de Kham Jird qui était hostile au Shah Khwarizm, son frère ‘AbderRahmane, qui le combattit, le tua et prit possession de ses terres avant de revenir à Qoutaybah avec quatre-mille prisonniers que Qoutaybah fit tuer. Quand son frère ‘AbderRahmane les apporta, Qoutaybah ordonna que son trône soit sorti afin que les gens s’assoient dessus.

Les épées des nobles furent prises ce jour, et les têtes furent tranchées avec. Parmi elles, il y avait des épées qui ne pourraient ni couper ni blesser. Ils prirent mon sabre avec lequel rien n’a été frappé sans être parfaitement tranché. Un membre de la famille de Qoutaybah me l’envia et il indiqua à celui qui exécutait qu’il devait couper avec. Il l’essaya en frappant la molaire de l’homme mort qui se brisa. Abou ad-Dayyal dit: « J’ai l’épée ».

Qoutaybah donna au Shah Khwarizm son frère et ceux qui lui avaient été défavorable, et il les tua, s’appropria leur richesse qu’il envoya à Qoutaybah qui revint à Hazarasp.

 

Abou Ja’far a dit : « Durant cette année après son départ de Khwarizm Qoutaybah fit campagne et conquit Samarkand.

 

 

La conquête de Samarkand 

 

 

 

La campagne de Qoutaybah dans ash-Shash et Ferghana

 

En l’an 94 de l’Hégire (712), Qoutaybah traversa le fleuve et imposa une réquisition de vingt-mille soldats des gens de Boukhara, Kish, Nassaf et Khwarizm. Ils allèrent avec lui à Soughd avant d’être envoyé à ash-Shash, pendant que Qoutaybah lui-même marcha sur Ferghana et alla aussi loin que Khoujandah ou les gens se rassemblèrent contre lui et le combattirent. Il s’ensuivit une série de batailles ou les Musulmans furent à chaque fois victorieux.

Puis Qoutaybah alla à Kassan, la ville principale de Ferghana où il fut rejoint par les troupes qu’il avait envoyées à ash-Shash, qu’ils conquirent et incendièrent. Alors Qoutaybah revint à Merv. Al-Hajjaj écrivit à Muhammad Ibn al-Qassim : « Envoie des Irakiens comme toi à Qoutaybah, et envoie leur Jahm Ibn Zahr Ibn Qays, car il est meilleur avec les Irakiens que les Syriens ». Muhammad aimait beaucoup Jahm Ibn Zahr et lorsque ce dernier lui fit ses adieux, il pleura et dit : 

- « O Jahm, c’est le moment de partir ». Jahm dit :

- « Cela est inévitable » puis, il partit et rejoignit Qoutaybah en l’an 95 de l’Hégire (713).

 

 

La mort de Sa’id Ibn Joubayr

 

Au mois de Sha’ban de l’année 95 de l’Hégire (713), al-Hajjaj Ibn Youssouf at-Thaqafi tua le respectable compagnon des Compagnons (tabi’i), Le Sheikh et Qourah de la ville de Koufa Sa’id Ibn Joubayr, le serviteur des Banou Assad.

Il le tua pour avoir participé à la révolte d’Ibn Ash’at. Sa’id Ibn Joubayr avait fui avec d’autres personnes en Azerbaïdjan mais il avait fini par revenir à La Mecque où il vivait dans la clandestinité. Il avait fini par tomber entre les mains de Khalid Ibn ‘Abdillah al-Qassimi le tyran et gouverneur de La Mecque.

 

Sa’id Ibn Joubayr fut capturé et envoyé à al-Hajjaj en Iraq car auparavant il avait envoyé un message à son gouverneur de La Mecque, dont la mère était Chrétienne, et lui avait dit : « Puisse Allah maudire le fils de la Chrétienne ! Je connais l’endroit à La Mecque ou il (Sa’id Ibn Joubayr) se cache et même la maison dans laquelle il vit ».

Les services de renseignements à l’époque d’al-Hajjaj étaient vraiment  efficients.  

 

Al-Hajjaj avait honoré et respecté Sa’id Ibn Joubayr et l’avait envoyé avec l’armée d’Ibn al-Ash’ath combattre Routbil mais lorsque ‘AbderRahmane Ibn Muhammad Ibn al-Ash’ath Ibn Qays s’était soulevé pour déposer al-Hajjaj, Sa’id Ibn Joubayr l’avait suivi.

Al-Hajjaj demanda à Sa’id :

- « O Sa’id, qu’est-ce qui t’a amené à te rebeller contre moi ? »

- « Qu’Allah arrange les affaires de l’émir ! Je suis comme le commun des Musulmans et il m’arrive de me tromper et de faire le bien ».

La réponse plut à al-Hajjaj et son visage s’éclaircit. Il espéra donner une suite convenable à ce différent sans qu’il ait besoin de le tuer. Puis la discussion se poursuivit entre eux jusqu’à ce que Sa’id dit :

- « Mais c’est que j’étais engagé par mon allégeance ».

Lorsqu’al-Hajjaj entendit cela il fut pris de rage et lui dit :

- « O Sa’id n’as-tu pas porté allégeance à l’émir des croyants, ‘Abdel Malik Ibn Marwan, avec les gens de La Mecque après la mort d’Ibn Zoubayr ? »

- « Si ! »

- « Et lorsque j’ai été nommé gouverneur d’Iraq, j’ai pris l’allégeance pour l’émir des croyants, ne lui as-tu pas porté aussi allégeance à cette occasion ? »  

- « Si ! »

- « As-tu renié deux allégeance à l’émir des croyants pour une au comploteur fils du conspirateur ». Puis il ordonna de le tuer et son coup fut immédiatement tranché !

 

Plusieurs version ont été rapporté sur cette discussion entre al-Hajjaj et Sa’id Ibn Joubayr mais celle nous suffira. Puisse Allah faire miséricorde à Sa’id Ibn Joubayr.



[1] 2.4 Miles ou 3.9 km.

[2] Une yourte est l’habitat traditionnel (tente en peau ou en feutre) des nomades mongols et turcs qui vivent en Asie centrale, notamment au Kirghizstan, au Kazakhstan et au Karakalpakistan. L’étymologie du mot yurt est d’origine turque.

[3] Tabi’i : Compagnon des Compagnons du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

[4] Qur’an Sourate 48, verset 10.

[5] Qur’an Sourate 48, verset 21.

[6] Qur’an Sourate 37, verset 177.

[7] Les Soughdians étaient des mages, adorateurs du feu.

[8] Avoir un père arabe et une mère esclave non-arabe.