De l’exhortation du calife pour le Jihad fi-Sabilillah et la chute de Qal’at ar-Roum

 

Au mois de Rabi’ Awwal de cette année, le souverain des Tatars, Arqoun mourut et son frère Kaykhatou lui succéda mais ce dernier se livra à la pédérastie et s’attira la haine de ses sujets. Argoun laissa deux fils Kazan et Rharbinda. 

Toujours cette année Talabougha, le fils de Mango Timour fut assassiné par Baghiyah, le fil de Nahal, de Tatar, de Joushi Khan, fils de Shinjiz Khan et fut succédé par Taktouqa son frère.

 

 

 

Le 14 du mois de Safar de l’année 691 de l’Hégire (1292), un des dépôts de la citadelle de la Montagne prit feu et une immense quantité de livres et d’objets furent consumés par les flammes.

 

Le vendredi 28 de ce même mois, le calife Hakim Bi-Amrillah prononça dans la mosquée de la citadelle de la Montagne, un prêche éloquent dans laquelle il exhorta vivement les Musulmans à combattre dans la voie d’Allah avant de guider Salat al-Joumou’a.

Ce même jour, le départ pour lutter dans la voie d’Allah fut décrété et à la huitième heure du samedi 8 du mois de Rabi’ Thani, le sultan al-Malik Ashraf Salah ad-Din al-Khalil se mit en marche à la tête de son armée au complet après avoir été informé que les Tatars avaient fait une incursion du côté de Rahbah et enlevé un grand nombre de troupeaux. Un détachement quitta Damas pour aller les combattre et le samedi 6 du mois de Joumadah Awwal, le sultan entra à Damas ou toutes les troupes musulmanes se trouvèrent rassemblées le lundi 8 de ce même mois.

Quelques jours plus tard, al-Malik al-Mouzaffar, le souverain de Hamah arriva ainsi que l’armée de Syrie qui prit aussitôt la route d’Alep. Le sultan passa alors ses troupes en revue et à la cinquième heure du lundi 16, il quitta Damas et fit son entrée à Alep, le 28. Il quitta cette ville le 4 du mois de Joumadah Thani et se dirigea vers Qal’at ar-Roum ou il arriva le mardi 8 de ce même mois et établit son camp sous les murs de la forteresse puis, il fit déployé vingt catapultes avec lesquelles il martela les remparts tandis que les sapeurs s’activèrent à miner la muraille. L’émir Sanjar ash-Shouja’i fit fabriquer une chaîne qui fut fixée d’un côté aux créneaux de la citadelle et l’autre solidement dans le sol que les soldats utilisèrent pour donner l’assaut après avoir combattu avec le plus grand courage.

Après un siège de trente-trois jours, le samedi 11 du mois de Rajab avec la grâce d’Allah à Lui les Louanges et la Gloire, la forteresse fut prise par la force des armes, la garnison éliminée et les habitants pris en captivité dont le patriarche des Arméniens. Le sultan renomma la ville Qal’at al-Mouslimin et c’est sous ce nom quelle fut désormais connue. La forteresse fut approvisionnée et mille-deux-cents prisonniers y furent enfermés.

Lorsque la nouvelle de la prise de Qal’at ar-Roum arriva à Damas, la ville fut décorée et les tambours de la victoire furent dument frapper pour marquer l’évènement. Le sultan ordonna à l’émir Sanjar ash-Shouja’i, le gouverneur de la Syrie, de rebâtir la forteresse Qal’at al-Mouslimin. Le sultan retourna alors à Alep ou il resta jusqu’au mois de Sha’ban avant de repartir ver Damas, où il entra à la deuxième heure du mardi 26 de ce même mois, précédé par un grand nombre de prisonniers dont le patriarche arménien.

 

 

 

Au mois de Rajab de l’année 692 de l’Hégire (1293), il tomba sur Baalbek des pluies continuelles qui formèrent des torrents qui dévastèrent les vignes, les champs et les maisons. Les pertes s’élevèrent a à plus de cent mille dinars.

 

A cette même époque, des envoyés du roi Tatar Kaykhatou arrivèrent porteurs d’une lettre dans laquelle le roi faisait savoir qu’il voulait prendre résidence dans la ville d’Alep qui avait été conquise par son père Houlakou. Il menaça en cas de refus de s’emparer de toute la Syrie. Le sultan lui fit répondre : « Les intentions du Khan sont en tout point conforme aux miennes. J’avais justement l’intention de reprendre Baghdad, de tuer la garnison et en refaire la capitale de l’Islam comme jadis. Nous allons voir qui sera le premier d’entre nous à pénétrer sur les terres de son ennemi. » Puis le sultan envoya aussitôt des ordres en Syrie pour préparer des vivres et passer les troupes en revue.

 

Cette même année, les pèlerins ne firent pas la prière du vendredi par crainte de la soif et à cause du manque d’eau.

 

 

 

Au mois de Mouharram de l’année 694 de l’Hégire (1295), arrivèrent les nouvelles que Kaykhatou, le fils de Houlakou qui avait succédé à Arqoun, avait été assassiné après un règne d’environ quatre années et succédé par Baldou, le fils de son frère qui le fut à son tour après avoir régné environ huit mois. Qazan, le fils d’Arqoun et petit-fils d’Abaghah, le gouverneur du Khorasan se rebella contre lui, le vainquit et lui prit son empire. Qazan embrassa alors l’Islam entre les mains du Sheikh Sadr ad-Din Ibn Joubali al-Jouwayni.

 

Au mois de Joumadah Awwal, la population de Damas accompagné du gouverneur sortit pour faire la prière de la pluie car elle n’était pas tombée depuis bien longtemps. Le prix des vivres ne cessa de monter et les greniers du sultan étaient vides de grains du fait qu’il les avait distribués aux émirs et à d’autres personnes.

 

Au mois de Rabi’ Awwal, une terrible maladie se déclara dans toute l’Égypte particulièrement au Caire et à Foustat. Le niveau du Nil resta faible et  les maux se multiplièrent. La province de Barkah fut également frappée de sécheresse et la famine se répandit dans toutes les contrées de l’est et de l’ouest de même qu’au Hijaz. La mortalité s’éleva rapidement et au mois de Dzoul Hijjah, le nombre des morts dont les noms furent inscrits sur les registres du divan s’éleva à dix-sept-mille-cinq-cents, sans compter les étrangers et les pauvres dont le nombre était bien plus supérieurs.

A cause de la famine, les habitants mangèrent les charognes, les chiens, les chats et les ânes et certains allèrent même jusqu’à manger leurs semblables. Chaque jour, le nombre des morts s’élevait à un millier d’hommes sans compter ceux qui ne furent pas enregistrés sur les divans (registres). Lorsque la misère fut arrivée à son comble, le sultan al-Malik al-‘Adil Zayn ad-Din Kitbougha al-Mansouri répartit les pauvres entre les hommes riches en fonction de leur possibilités.

 

 

La famine et la mortalité ravage de nouveau l’Egypte et la Syrie

 

 

 

 

D’une affaire qui porte à réflexion

 

En l’an 697 de l’Hégire, la nouvelle suivante arriva par la poste. Un homme du village de Janin en Palestine perdit sa femme et elle fut enterrée. Lorsqu’il rentra chez lui, il se rendit compte qu’il avait oublié dans le tombeau un mouchoir contenant une somme de plusieurs dirhems. Il alla trouver le juriste du village et ensemble allèrent au tombeau qu’il ouvrit puis descendit à l’intérieur pour retrouver son argent tandis que le juriste était resté sur le bord de la fosse. L’homme trouva sa femme assise, les mains liées derrière son dos avec ses cheveux et ses pieds étaient également attachés avec ses cheveux. L’homme voulut alors dénouer les liens mais en fut incapable. Il redoubla d’efforts quand tout à coup la terre s’ouvrit et l’engloutit avec sa femme si bien que l’on entendit plus parler d’eux. Lorsque le juriste vit cela, il s’effondra choqué et resta évanouit durant un jour et une nuit.

Le sultan informa alors le Sheikh Taqi ad-Din Muhammad Ibn ad-Daqiq à propos de cet événement qui le rapporta à tout le monde afin qu’il soit un sujet de réflexion.

 

Du raid musulman en Arménie

 

 

 

Malik an-Nassir Muhammad Ibn Qalawoun est nommé une seconde fois sultan

 

Au début du mois de Mouharram de l’année 698 de l’Hégire (1299), le sultan fut informé que les Tatars s’apprêtaient à conduire une expédition contre la Syrie. Il donna alors l’ordre aux troupes de se mettre immédiatement en marche suivie bientôt par l’émir Aqoush al-Afram.

Hamdam Ibn as-Salqay et ‘Ala' ad-Din Idaqdi ash-Shoukayr furent envoyés sur les chevaux de la poste pour donner l’ordre à l’émir Kanjak, le gouverneur de la Syrie, de se rendre à Alep, à la tête de son armée. Les deux messagers arrivèrent à Damas le 7 du même mois et Kanjak après avoir fait ses préparatifs, quitta la ville à la tête de ses troupes et des Mamalik Bahris, le mercredi 14. Peu après, Kanjak se rendit compte que c’était une fausse alerte qui avait eu pour but de l’écarter ainsi que d’autres émirs. Ce fut donc le motif qui le poussa à se réfugier chez les Tatars.

 

Cette année, Malik an-Nassir Muhammad Ibn Qalawoun succéda au sultanat pour la seconde fois.

 

Des nouvelles d’Alep informèrent que Kanjak et ses compagnons étaient arrivés sur les terres des Mongols et que Baqay et Taktay s’étaient affronté lors d’une bataille ou périt un grand nombre de Mongols et que Qazan, le fils d’Argoun se préparait à conduire une expédition en Syrie et qu’il avait donné l’ordre aux armées mongoles de se préparer. Il donna le commandement d’environ vingt-cinq mille cavaliers Salamish, le fils d’Afal, fils de Manjou le Tatar et l’envoya vers le pays de Roum.

Les émirs se préparèrent pour la bataille et levèrent les troupes qu’ils confièrent aux émirs Sayf ad-Din Bilban al-Habashi, Jamal ad-Din ‘AbdAllah as-Silahdar, Moubariz ad-Din Siwar at-Roumi, ash-Shiqar et donnèrent le commandement général des troupes à Jamal ad-Din Aqoush Kattal as-Sabah. Des ordres furent aussi envoyés à Damas pour l’envoi de quatre émirs commandants. Les émirs envoyés d’Égypte quant à eux arrivèrent à Damas le 7 du mois de Rajab.

 

Comment les croisés tentèrent de débarquer près de Beyrouth

 

De même, on fut informé par des nouvelles venant de Damas que dans les derniers jours du mois de Sha’ban, environ trente galères croisées avaient tenté d’accoster sur les côtes de Beyrouth mais que les habitants s’étaient rassemblés pour combattre l’ennemi. Allah Exalté à Lui les Louanges et la Gloire fit alors souffler un vent violent qui fracassa les navires en les repoussant sur le rivage. Les habitants de Beyrouth saisirent alors prisonniers tous ceux qui avaient échappé au naufrage soit quatre-vingts croisés francs.

 

L’arrivée de Qazan le roi tatar en Irak

 

 

La première invasion de la Syrie du roi tatar Qazan

 

Alors que l’année 699 de l’Hégire débutait (1300), le sultan quitta Le Caire pour la Syrie suite aux intentions belliqueuses de Qazan. Bientôt les informations se succédèrent rapidement et de nombreuses vagues de fugitifs arrivèrent successivement. Les soldats employèrent la gratification qu’ils reçurent pour acheter ce dont ils avaient besoin et tout se vendait à des prix élevés à cause des rumeurs qui annonçaient la prochaine défaite de l’armée.

 

Des informations venant d’Alep annoncèrent que l’avant-garde de Qazan avait quitté les rives de l’Euphrate et traversé ce fleuve et que tous les habitants des villages sans exception avaient pris la fuite.

L’armée de Damas quitta alors la ville suivie par le sultan et ses troupes et se dirigea vers Homs ou le camp fut établit près de la ville après que des éclaireurs arabes aient été envoyés pour ramener des informations sur les troupes ennemies qui étaient arrivés près de Salamiyah. Les troupes restèrent en armes durant trois jours tandis que les prix des denrées étaient exorbitants.

Dans la matinée du mercredi 28 du mois de Mouharram, le sultan monta à cheval et pressa la marche de l’armée jusqu’à la quatrième heure du jour quand on vit apparaitre l’avant-garde tatare. Un mot d’ordre fut alors crié à l’armée de laisser de côté leurs lances et de ne se fier qu’à leur masse de guerre et leurs sabres, ce que firent tous les soldats.

 

La bataille de Majmou’ al-Mourouj

 

 

La marche des Tatars sur Damas

 

Lors de la bataille, les Tatars, perdirent environ quatorze mille hommes de leur côté. Qazan, après la déroute de l’armée égyptienne marcha sur Homs où il trouva les trésors du sultan et les bagages des troupes qu’il enleva et confia à l’émir Nassir ad-Din Muhammad-Ibn as-Sarim avant de se diriger vers Damas, laissant ses soldats piller toute la région et qui recueillirent un immense butin.

 

Le samedi 1 du mois de Rabi’ Thani à l’heure de midi, un tumulte effrayant se fit entendre dans la ville de Damas.  Les femmes sortirent de leurs maisons, le visage découvert tandis que les hommes abandonnèrent leurs boutiques et leurs biens pour s’enfuir hors de la ville. La foule était si grande, qu’un très grand nombre de personnes moururent écrasées aux portes de la ville. Une partie des habitants se réfugièrent sur le sommet des montagnes et dans les villages tandis que d’autres se dirigèrent vers l’Égypte.

Dans la nuit du dimanche, les prisonniers s’échappèrent et le pillage de la ville commença puisqu’il n’y avait plus personne pour garder la ville. Le lendemain matin, les habitants qui étaient restés se réunirent devant la grande mosquée et envoyèrent une députation vers Qazan.

Le Qadi al-Qoudat Badr ad-Din Muhammad Ibn al-Jima’ah et le Sheikh ash-Shouyoukh Taqi ad-Din Ahmad Ibn-Taymiyah partirent à la rencontre du roi tatar le lundi 3 de ce même mois accompagnés d’un nombreux cortège de personnages distingués, de juristes et de lecteurs. Arrivés au lieudit an-Nabl, ils rencontrèrent Qazan, qui était en marche. Les envoyés demandèrent l’amnistie pour les habitants de Damas et offrirent les présents qu’ils avaient apportés. Qazan n’y prêta aucune attention et leur dit : « J’ai déjà envoyé l’acte que vous demandez. » Après quoi, il les congédia et ils retournèrent le vendredi après le ‘Asr. Ce jour-là aucune invocation ne fut dite pour aucun souverain.

La capitulation accordée par Qazan était déjà parvenue à Damas, le jeudi, sixième jour du mois. Le vendredi, sept, Isma’il le Tatar arriva à la tête d’une troupe et le samedi entra dans la ville, afin de lire le traité dans la grande mosquée ou toute la population était réunie. Un des Perses, qui arriva à la suite de l’émir Isma’il, lut l’acte qui assura à tout le monde d’être sans inquiétude. Isma’il retourna dans son logement après avoir fait la prière de ‘Asr.

 

Kanjak, Baktimour et leurs suites s’établirent dans le Maydan al-Akhdar tandis que les Tatars se dirigèrent vers Jérusalem et Karak pour piller et faire des prisonniers.

 

Le vendredi 14 la Khoutbah fut faite à Damas au nom de Qazan à qui les titres suivants furent attribués : « Le sultan suprême, le sultan de l’Islam et des Musulmans, Mouzaffar ad-Dounia wa ad-Din Mahmoud Qazan » et un grand nombre de Mongols firent la prière du vendredi.

 

Le pillage et la ruine de Salahiyah

 

Le 15 du mois de Rabi’ Thani, les Tatars commencèrent à piller Salahiyah et enlevèrent tous les tapis et les lampes qui décoraient la grande mosquée, les collèges et les tombeaux. Ils creusèrent la terre pour chercher les trésors enfouis qu’ils découvrirent en grande quantité comme s’ils avaient connu d’avance les lieux où ils étaient entreposés. Ibn Taymiyah suivit d’une foule nombreuse sortirent pour se plaindre et, à sa vue, les Tatars prirent la fuite.

Voici les raisons du motif qui amena le pillage de Salahiyah. Le roi de Sis voulu détruire Damas, en représailles des ravages commis dans ses états mais l’émir Kanjak (ou Kabjak) s’opposa à sa ruine et donna Salahiyah au roi tatar qui incendia la ville, les mosquées, les écoles après avoir tué neuf-mille-neuf-cents personnes et prit un nombre considérable de prisonniers avant de ravager la ville. Puis, après ruiné de Salahiyah, les Tatars se dirigèrent vers Mizzah et Daria qui subirent le même sort.

 

La résistance de la citadelle de Damas