‘Ayn Jalout

 

Le vendredi 25 du mois de Ramadan, le soleil se leva sur la vallée pleines de troupes ou les deux armées se faisaient face et sur le battement persistant des tambours du sultan et des émirs. Les Tatars montèrent alors à cheval et engagèrent la bataille. Une des ailes de l’armée du sultan fut enfoncée et al-Malik al-Mouzaffar retira son casque qu’il jeta à terre et cria de toute ses forces : « Ya Islama, ya Islama, ya Islama ! » avant de se jeter en personne sur l’ennemi, accompagné de ceux qui l’entouraient et combattit avec une extrême bravoure. Et Allah Exalté seconda ses efforts.

Kitbougha, le général des Tatars, fut tué dans l’assaut ainsi qu’al-Malik as-Sa’id al-Houssayn l’apostat qui combattait dans l’armée des Tatars. Allah Exalté à lui les Louanges et la Gloire mit en fuite le reste de leurs troupes poursuivit par les Musulmans qui massacrèrent un très grand nombre d’entre eux et en prirent autant prisonniers. L’émir Baybars se distingua particulièrement par son courage lors de la bataille.

L’armée égyptienne poursuivit les Tatars jusqu’à Balsan ou ces derniers firent volte-face et livrèrent un combat plus violent que le premier mais par la grâce d’Allah sur Ses serviteurs, ils furent de nouveau écrasé et mis en déroute après avoir perdu leurs commandants et un grand nombre de leurs soldats. A trois reprises durant la bataille, le sultan cria encore de manière à être entendu par tous : « Ya Islama ! Ô Grand Seigneur, protège Ton serviteur Qoutouz et fait le triompher des Tatars ! » Lorsque ces derniers furent vaincus la seconde fois, le sultan descendit de sa monture et se prosterna dans la poussière dont il se couvrit le visage pour rendre grâce à Allah Exalté de la victoire qu’Il lui avait accordé.

 

 

La vengeance des Musulmans de Damas

 

 

Les Musulmans reprennent toutes les villes de Syrie tombées aux mains des Tatars

 

L’émir Rouqn ad-Din Baybars qui avait été envoyé par le sultan à Homs, massacra et fit prisonniers un grand nombre de Tatars avant de rentrer victorieux à Damas. Al-Malik-Mouzaffar reconquit toutes les villes de Syrie, depuis les rives de l’Euphrate jusqu’à la frontière de l’Egypte.

 

Al-Malik al-Ashraf Moussa, le prince de Homs, et qui avait exercé le pouvoir au nom d’Houlakou, demanda des garanties qui lui furent accordées.

 

Les Tatars qui s’étaient enfuis se virent poursuivis jusqu’à Homs, ils abandonnèrent leurs bagages et relâchèrent leurs prisonniers et prirent la route vers la Palestine cependant, les Musulmans les surprirent et en tuèrent un certain nombre et tous les autres furent fait prisonniers.

 

Lorsqu’al-Malik an-Nassir Youssouf Ibn al-Malik al-‘Aziz, le prince de Damas se rendit chez Houlakou, il fut honoré et un salaire lui fut alloué. Le commandant tatar le rapprocha et le fit asseoir sur un trône auprès de lui. Il le nomma alors souverain des royaumes de la Syrie et de l’Égypte et lui offrit des robes d’honneur, un grand nombre de chevaux et des richesses considérables avant de lui ordonner de partir pour la Syrie quand il fut informé de la défaite de son armée et de la mort de son lieutenant Kitbougha. Il éprouva un vif chagrin, leva aussitôt son camp et repartit vers ses terres sans avoir fait rappeler auparavant le prince de Damas qu’il fit tuer.

 

Le 12 du mois de Shawwal, al-Malik az-Zahir al-Ghazi Ibn an-Nassir, al-Malik as-Salih Ibn Shirkouh, et plusieurs autres princes, partagèrent le même sort. L’épouse de Houlakou, Toukouz Khatoun, intercéda en faveur d’al-Malik al-‘Aziz Ibn an-Nassir et il fut le seul qui échappa à la mort. Houlakou retourna dans ses États.

 

La mort d’al-Malik al-Mouzaffar Qoutouz et Baybars devient le nouveau sultan

 

 

Des travaux ordonné par le sultan al-Malik az-Zahir Baybars

 

 

 

Raids sur les terres occupées par les croisés

 

 

La mort al-Moustansir Billah, le premier calife abbasside du Caire

 

 

L’arrivée de Tatars convertis à l’Islam

 

 

Les Tatars prennent Mossoul

 

Cette même année aussi, le général tatar Sadaghoun à la tête de ses troupes arriva devant la ville de Mossoul et déploya vingt-cinq mangonneaux et comme la place n’était fournie ni en armes et ni en provisions, la famine ne tarda pas à se faire sentir. Lorsque le siège se prolongea, le vendredi 15 du mois de Sha’ban, al-Malik as-Salih Isma’il, le fils de l’atabek Lou'lou' fit une sortie mais fut fait prisonnier avec tous ceux qui l’accompagnaient. Lorsque les remparts de la ville furent en partie ruinés, les Tatars entrèrent dans celle-ci et tuèrent tous les habitants après neuf jours consécutifs de massacres. ‘Ala' ad-Din Ibn al-Malik as-Salih fut coupé en deux et la ville pillée. Les vainqueurs tuèrent tous les hommes, prirent en captivité les femmes et les enfants, détruisirent les édifices et transformèrent la ville en décombre avant de partir avec al-Malik as-Salih qu’ils tuèrent par la suite.

 

L’émir Shams ad-Din Aqoush al-Baraki quitta Alep au secours d’al-Malik as-Salih. Les Tatars le rencontrèrent près de Sinjar et le combattirent. Forcé de fuir, il se réfugia dans la ville de Bira, le 14 du mois de Joumadah Thani et après avoir demandé la permission de se retirer en Égypte, il prit la route du Caire où il arriva le premier jour de Dzoul Qi’dah. Le sultan l’accueillit avec honneur et lui attribua le grade d’émir et soixante-dix cavaliers.

Le gouvernement d’Alep fut donné à l’émir ‘Izz ad-Din Aydamouri ash-Shahabi qui attaqua les Arméniens de Sis et fit un grand nombre de prisonniers qui furent envoyés en Égypte ou ils furent exécutés.

 

Cette même année, peu de temps après la défaite d’al-Moustansir, les Sheikh des tribus arabes de ‘Abadah et de Khafajah, dont le territoire s’étendait d’Hit et d’Anbar jusqu’à Hillah et Koufah, dont Khidr Ibn-Badran al-Abadi, Shihri Ibn Ahmad al-Khafaji, Mouqbil Ibn Salim, ‘Ayash Ibn al-Hadithah al-Wishah arrivèrent à la cour du sultan qui les combla de présents car ils lui servaient d’espions auprès des Tatars.

 

 

Le 15 du mois de Joumadah Thani de l’année 661 de l’Hégire (1263), suite à l’invitation qui lui avait été envoyée, al-Malik al-Ashraf, le souverain de Homs, arriva chez le sultan qui sortit à sa rencontre, l’honora et lui envoya soixante-dix gazelles en lui disant : « Je les ai chassé aujourd’hui et réservées pour toi. »

 

 

 

L’emprisonnement d’al-Malik al-Moughith, le seigneur de Karak

 

 

Les agressions répétées des croisés

 

 

Le sultan Baybars assiège Acre

 

 

 

 

Au mois de Mouharram de l’an 662 de l’Hégire (1264), il fut proclamé dans les villes du Caire et de Foustat, qu’aucune femme ne devrait porter de turban ni s’habiller de vêtements pour homme et que si après trois jour l’une d’entre elle le faisait, elle se verrait ôter ces habits.

 

Cette année, les croisés demandèrent au sultan la permission de cultiver les terres qu’ils avaient en Syrie, et pour la circonstance, une trêve de quelques jours leur fut accordée.

 

La marche du roi d’Arménie sur Konya

 

Cette année aussi, la nouvelle arriva que Haythoum, le roi d’Arménie avait rassemblé des troupes, marché sur Konya et établit son camp devant la forteresse de Sarfand. Des courriers de la Citadelle de la Montagne arrivèrent à Hamah et à Homs qui ordonnaient aux troupes de se rendre à Alep. Les troupes musulmanes se mirent en route et tombèrent sur l’armée arménienne qu’ils écrasèrent et firent un grand nombre de prisonniers ennemis. Les Arméniens s’enfuirent et demandèrent de l’aide aux Tatars qui étaient campés dans le Sultanat de Roum qui envoyèrent plusieurs centaines de cavaliers mais lorsqu’ils arrivèrent sous les murs de Harim, la neige tomba et les contraignit à rebrousser chemin après qu’un grand nombre d’entre eux mourut.

 

Au mois de Joumadah Awwal, l’émir Sayf ad-Din al-Bilban az-Zayni partit pour la Syrie pour inspecter les forteresses et passer en revue les troupes de Hamah, d’Alep et des frontières ainsi que d’ordonner aux émirs d’avoir leurs effectifs au complet ainsi que leurs armements et leurs munitions toujours prêts et de ne pas tenir compte des excuses de ceux qui refusaient de pas participer à la guerre. D’autre part, il lui fut confié un importante somme d’argent qu’il devait transporter de Damas à Bira pour les dépenses de la ville.

Plusieurs Arabes de la tribu de Khafajah arrivèrent au même moment avec des lettres des membres de leur tribu qui habitaient l’Irak et qui informaient qu’ils avaient conduit un certain nombre de raids sur les terres des Tatars et jusqu’aux portes de Baghdad. Ces messagers furent honorés

 

Ce même mois, des messagers furent envoyés au prince Barakah et un grand nombre de Tatars qui étaient arrivés en Égypte, embrassèrent l’Islam sur l’invitation du sultan suivit par un certain nombre de croisés qui se soumirent de leur plein gré ainsi que des émirs nubiens qui avaient été envoyés par leur roi. En un seul jour, l’émir trésorier Badr ad-Din leur distribua cent quatre-vingts chevaux.

 

Au mois de Joumadah Thani, deux espions apostats envoyés par les Tatars furent arrêtés.

 

Ce même mois, la construction de la tour que le sultan avait fait construire à Kara fut achevée et les travaux d’une plus grande, qui devait servir à protéger les routes contre les incursions des croisés, débutèrent.

 

Cette année, le roi d’Arménie, qui envisageait de déclarer la guerre en Syrie, fit préparer mille manteaux et mille coiffes tatars qu’il fit vêtir à ses troupes pour faire croire qu’ils avaient été envoyés par les Tatars. Dès que la nouvelle fut reçue, des courriers furent envoyés à Damas et à Hamah ordonnant aux troupes de ces villes de marcher sur Homs. Les armées se mirent en marche et livrèrent un certain nombre de batailles au cours desquelles, les Arméniens furent une nouvelle fois écrasés. Les troupes vinrent alors camper sous les murs d’Antioche ou ils tuèrent ou firent prisonniers un grand nombre d’ennemis et prirent un immense butin. Un autre corps de troupe pénétra en Palestine pour attaquer les croisés et marcha jusqu’aux portes d’Acre et entreprit de rebâtir la ville de Shaqif Tiroun, qui était en ruine depuis l’année 658 de l’Hégire (1259). Dès que les travaux de rénovation furent achevés, la ville fut approvisionnée en armements et en vivres. Le sultan envoya aux troupes de Palestine deux cent mille pièces d’argent qui furent partagée entre les soldats.

 

Un message fut envoyé à l’émir Nassir ad-Din al-Qaymari lui ordonnant de faire des incursions et des raids sur les territoires de Césarée et de ‘Atlit. Il fit donc ce qui lui était demandé et pilla, tua et prit un grand nombre de prisonniers. Les croisés qui étaient en marche pour attaquer Jaffa furent saisis de crainte et retournèrent sur leurs pas cependant, un peu plus tard des nouvelles arrivèrent que ces derniers avaient pillés les Musulmans et prit un butin considérable. Le sultan écrivit aux gouverneurs de Syrie et leur ordonna de ne ménager aucun effort pour récupérer ce qui avait été pris. Bientôt, une lettre de l’émir Nassir ad-Din al-Qaymari arriva pour informer que les croisés avaient rendu tout ce qu’ils avaient capturé et qui consistait en un grand nombre d’hommes et d’animaux.

 

L’empereur byzantin intercepte les messagers envoyés à Barakah

 

L’affaire des cadavres

 

Toujours cette même année, des cadavres d’hommes assassinés apparurent sur l’un des canaux du Caire. Plusieurs personnes disparurent sans que l’on pût découvrir la cause de leur mort et après un mois d’enquête, il apparut qu’une femme d’une grande beauté nommée Jaziyah sortait quotidiennement dans une parure attrayante en compagnie d’une vieille femme. Lorsqu’un inconnu s’approchait d’elle et lui faisait des propositions galantes, la vieille femme lui disait alors : « Ma maîtresse ne peut aller chez personne mais celui qui a des vues sur elle peut venir dans notre logement. » Et dès que le malheureux était entré dans cette maison, des hommes embusqués se jetaient sur lui, le tuait et enlevaient tout ce qu’il avait sur lui. Cette femme changeait continuellement de demeure. Alors qu’elle habitait à l’extérieur de la Porte de Shari’ah, sur les bords du canal, la vieille femme alla un jour trouver une célèbre coiffeuse du Caire et l’invita à venir pour un mariage. La coiffeuse partit avec elle, portant suivant l’usage, une quantité de bijoux et accompagnée d’une jeune fille qui était à son service. Lorsqu’elles arrivèrent à la maison, la coiffeuse entra et la jeune esclave s’en retourna. Les hommes cachés tuèrent la coiffeuse et prirent tout ce qui était sur elle. Lorsque la jeune servante revint au logis pour demander sa maîtresse on lui dit répondit qu’on ne l’avait pas vue. Elle se rendit alors chez le Wali et lui raconta l’histoire.

Ce dernier se rendit aussitôt et entra à l’improviste dans la maison qui lui avait été désignée où il surprit la vieille et la jeune femme qu’il arrêta et tortura. Bientôt, elles avouèrent leurs crimes et furent emprisonnées. Un homme venu s’informer du sort de ces deux femmes fut saisi et torturé à son tour si bien qu’il dénonça son associé qui était le propriétaire des fours à briques qui fut immédiatement arrêté et questionné. Il apparut, suite à leurs aveux, que dès qu’ils avaient tué un homme, ils le jetaient dans la fournaise afin de le faire disparaitre puis, ils indiquèrent des caves sous la maison et qui étaient remplies de cadavres. Tous les coupables furent crucifiés et deux jours après, la jeune femme fut remise en liberté mais elle ne tarda pas à mourir.

 

Cette même année, l’empereur de Constantinople, fit arrêter ‘Izz ad-Din Kaykaous Ibn Kaykhousrou Ibn Kaykoubad, le souverain du Sultanat de Roum qui était en guerre contre son frère Rouqn ad-Din Kilij Arsalan qui le vainquit et le força de fuir. ‘Izz ad-Din se retira chez l’empereur qui lui accorda asile et le reçut dans son palais avec tous les gens de sa suite. Cela dura quelque temps, jusqu’à ce qu’il fut informé qu’ils avaient l’intention de l’assassiner et de s’emparer de son royaume. Il les fit alors arrêter, emprisonna ‘Izz ad-Din et fit aveugler, au moyen d’un fer chaud, tous ses compagnons.

 

Du siège de Bira par les Tatars

 

Au mois de Mouharram de l’année 663 de l’Hégire (1265), le sultan al-Malik az-Zahir Baybars quitta la citadelle de la Montagne pour la chasse. Après avoir séjourné quelques temps à Wassim, il se rendit à ‘Abbassah ou il s’exerça à tirer à l’arquebuse quand il fut informé que les Tatars assiégeait Bira. Le sultan fit aussitôt partir sur les chevaux de la poste, l’émir trésorier Badr ad-Din avec l’ordre d’envoyer quatre mille cavaliers des troupes de Syrie. Puis, il retourna à la citadelle de la Montagne ou il séjourna une seule nuit alors que les chevaux étaient dans les pâturages.

Le sultan donna alors le commandement de son avant-garde à l’émir ‘Izz ad-Din al-‘Iqan surnommé Sam al-‘Arab à qui il attribua les émirs Fakhr ad-Din Hamsi, Badr ad-Din Bilik al-Idmouri et ‘Ala' ad-Din Kistajoudi ash-Shamsi. Cette avant garde quitta aussitôt la ville du Caire, le 4 du mois de Rabi’ Awwal puis, sur ses ordres, les émirs Jamal ad-Din Mahmoudi et Jamal ad-Din al-Ijoudi al-Hijabi, à la tête d’également quatre mille soldats se mirent en marche, deux jours après le départ de l’émir Izz ad-Din al-‘Iqan, et établirent leur camp hors du Caire. Enfin, le 10 de ce même mois, ils partirent sur les traces de l’avant-garde.

Le sultan qui voulut personnellement prendre part à cette expédition, quitta le Caire, le 5 du mois de Rabi’ Thani, à la tête d’une armée nombreuse. Une épidémie toucha alors les montures qui périrent en grand nombre et furent abandonnées sur la route avec leur chargements malgré cela, le sultan ne ralentit pas sa marche et lorsqu’on se plaignit à lui du manque de bêtes de charge, il répondit : « Mon souci majeur est la défense de l’Islam et non pas les chameaux. »

Il arriva à Gaza où il établit son camp, le vingtième jour du mois quand il fut informé que l’ennemi avait dressé contre la ville de Bira dix-sept mangonneaux. Il tint la nouvelle secrète et n’en informa que les émirs Shams ad-Din Sounqour ar-Roumi et Sayf ad-Din al-Qalawoun. Il écrivit à l’émir al-‘Iqan et lui : « Puisque tu n’es pas encore arrivé à Bira, je vais m’y rendre en personne, à la tête d’une troupe légère. »

Il quitta alors aussitôt Gaza et vint camper près de Sa’idah ou il partit chasser mais il tomba de sa monture et se meurtrit le visage cependant, cela ne l’empêcha pas de poursuivre sa marche. Le prince de Jaffa vint alors lui offrir des présents. Le sultan Baybars arriva à Bana le vingt-sixième jour du même mois et alors qu’il prenait un bain dans sa tente, un courrier arriva de Damas. Le prince, sans attendre un instant, se fit lire la lettre qui disait qu’un message envoyé par al-Malik al-Mansour le souverain de Hamah et relayé par pigeon avait été reçu et qui annonçait son arrivée et celle de ses troupes à Bira, accompagné de l’émir Izz ad-Din al-‘Iqan et de quelques autres émirs, le lundi précédent. Et, que les Tatars, à la vue de l’armée du sultan, avaient pris la fuite, détruit leurs machines, et coulé leurs navires. Entre le temps où ce message avait été écrit à Bira et le moment de son arrivée à Bana, il s’était écoulé quatre jours. Peu après, d’autres lettres envoyés par les émirs, confirmèrent ces nouvelles, qui furent transmises au Caire et ailleurs.

Le sultan ordonna alors de rebâtir tout ce que l’ennemi avait détruit dans la ville de Bira. Il y fit transporter d’Égypte et de Syrie, des machines de guerre, des armes, des munitions et tout ce qui pouvait être utile à la population, pour soutenir un siège de dix ans. Il écrivit aux émirs et au prince de Hamah pour leur ordonner de rester à Bira jusqu’à ce que le fossé fût complètement vidé de ce que l’ennemi y avait jetés pour le combler. Par conséquence, et durant quelque temps, les émirs participèrent aux travaux en personne et en informèrent le sultan. Lorsque le prince reçut le message du sultan, il était debout sur le rempart de Césarée ou il aidait à la démolition de sa muraille et tenait un instrument tranchant. Il se blessa la main ce qui ne l’empêcha pas de lui écrire cette réponse : « Louanges à Allah ! Chacun de nous est occupé nuit et jour à faire la guerre, à transporter des pierres, et à surveiller les mouvements des mécréants. »

 

Le sultan écrivit au Caire, pour faire venir deux cent mille pièces d’argent et deux cent robes d’honneur et à Damas, cent mille pièces d’argent et cent robes qui furent tous et sur son ordre, envoyés à Bira. Le prince ordonna à l’émir al-‘Iqan de sommer les habitants de la forteresse de Bira et de revêtir chacun d’entre eux, émir, soldat, serviteur et civil, d’une robe d’honneur et une gratification en argent, et de n’oublier personne, ni les gardes ou les hommes préposés à l’éclairage, ce qui fut exécuté à la lettre.

 

 

Plus tard, le sultan envoya en Egypte un ordre pour proscrire l’usage de la bière, de supprimer totalement cette boisson, de détruire les maisons de sa vente et les instruments servant à sa fabrication, et de rayer des registres financiers les taxes en provenant. Ceux qui en tiraient un revenu devraient recevoir en échange, un dédommagement pris sur des fonds licites. Tout cela fut exécuté et ceux qui touchaient des revenus sur la bière reçurent d’autres allocations.