De la prise de Jaffa par al-‘Adil, la prise de Beyrouth et le siège de Tibnin par les croisés et leur retrait

 

 

 

De la conquête de Dvin par le roi des Géorgiens

 

 

 

Comment Constantinople fut prise aux Byzantins

 

De l’incursion des croisés en territoire islamique de Syrie et la paix avec eux

 

 

Des émeutes à Baghdad

 

Le 17 du mois de Ramadan de l’année 601 de l’Hégire (1204), il y eut des troubles entre les habitants de Bab al-Azaj et ceux d’al-Ma'mouniyah parce que les gens de Bab al-Azaj avaient tué un lion et voulait parader avec mais les gens d’al-Ma'mouniyah les empêchèrent. Des émeutes éclatèrent entre eux et de nombreuses personnes furent blessées et plusieurs autres tuées. Le responsable, Sahib al-Bab sortit pour calmer l’émeute mais son cheval fut blessé et il se retira.

Le lendemain, les habitants d’al-Ma'mouniyah marchèrent contre ceux de Bab al-Azaj et de graves émeutes s’ensuivirent entre eux et ils luttèrent utilisant des épées et des arcs et des flèches. La situation s’aggrava et les maisons voisines furent pillées. Roukn ad-Din Ibn ‘Abdel-Qadir et Youssouf al-‘Ouqab firent de leur mieux pour calmer les gens. Les Turcs furent mobilisés et maintinrent une garde de nuit au-dessous du Belvédère. Les émeutiers furent alors empêchés de se rassembler et se calmèrent.

 

Le 20 de ce même mois, des émeutes similaires et pour les mêmes raisons eurent lieu entre les habitants de Qoutouftah et d’al-Qaryah sur la rive ouest qui en vinrent aux mains et un certain nombre d’entre eux furent tués. Une force leur fut envoyée du Diwan pour calmer la situation et arrêter les émeutes qui s’arrêtèrent en temps voulu.

 

 

Le 9 du mois de Ramadan, il y eut des émeutes entre les gens du marché du Sultan et d’al-Ja’fariyah. Des hommes furent envoyés du Diwan pour rétablir et calmer l’affaire puis après de nombreuses émeutes, un émir aîné, un des Mamalik du calife, fut nommé pour régler cette affaire et une grande armée lui fut confiée. Il patrouilla alors la ville saisit plusieurs suspects qu’il fit exécuter et le calme régna de nouveau.

 

D’une incursion géorgienne en territoire islamique

 

Au cours de cette année, les Géorgiens envahirent le territoire islamique à travers la province d’Azerbaïdjan ou ils causèrent beaucoup de peine, destruction, pillage, et réduisirent en esclavage un grand nombre de personnes. Ils attaquèrent la région de Khilat en Arménie et pénétrèrent profondément dans les terres aussi loin que Malazgirt. Pas un seul Musulman ne sortit pour s’opposer à eux. Ils reconnurent les terres, pillèrent, prirent des prisonniers et des captives et chaque fois qu’ils avançaient, les forces musulmanes se retiraient jusqu’à leur retrait en Géorgie.

Puisse Allah Tout Puissant considérer l’Islam et son peuple et leur donner quelqu’un pour protéger leurs terres et leurs frontières et faire la guerre à leurs ennemis.

Quand les Géorgiens envahirent Khilat cette année, ils arrivèrent à Arjish et ses régions qu’ils pillèrent, prirent des captives et ruinèrent le pays. Puis ils se rendirent dans le fort des Figues (Hisn at-Tin), un quartier de Khilat proche d’Erzurum. Le seigneur de Khilat rassembla son armée et se dirigea vers le fils de Kilij Arsalan, le seigneur d’Erzurum, pour lui demander son aide contre les Géorgiens. Il envoya toute son armée avec lui et ils partirent à la rencontre des Géorgiens qu’ils affrontèrent lors d’une bataille ou les Géorgiens furent défaits. Zakari as-Saghir (le Petit), un de leurs plus grands commandants fut tué. Il était le commandant de cette armée géorgienne et leur chef dans la bataille. Les Musulmans pillèrent tous leurs biens, des armes, des montures et autres après avoir tué un grand nombre d’entre eux et prit même des prisonniers avant de retourner dans leurs terres.

 

 

 

 

Du conflit entre l’émir de La Mecque et l’émir de Médine

 

 

Au cours de cette année, deux aveugles attaquèrent un autre aveugle à Baghdad et le tuèrent dans une mosquée pour lui voler quelque chose pour constater qu’il n’avait rien à prendre. Lorsque le matin arriva, ils s’enfuirent de peur avec l’intention d’aller à Mossoul. L’homme fut découvert mort et nul ne sut qui l’avait tué. C’est par prédestination qu’un des hommes du préfet sortit donc du Haram (palais) suite à un différend qui avait eu lieu. Il vit les deux hommes aveugles et dit à ceux qui l’accompagnaient en plaisantant : « Ce sont eux qui ont tué l’aveugle ». Alors l’un des aveugles répondit : « Par Allah, c’est lui qui l’a tué (en voulant dire son compagnon) » et l’autre dit : « Non, c’est toi qui l’a tué ». Ils furent donc tous les deux emmenés au responsable de la Porte (Sahib al-Bab ou le chef de la police) et ils avouèrent. L’un d’entre eux fut tué et l’autre fut crucifié à l’entrée de la mosquée où ils avaient tué l’homme.

 

 

Récit d’un désordre civil à Herat

 

Au mois de Mouharram de l’année 602 de l’Hégire (1205), les habitants se soulevèrent à Herat et un trouble majeur se produisit entre les habitants de deux marchés, celui des forgerons et celui des chaudronniers. Plusieurs personnes furent tuées, les propriétés furent saccagées et les maisons détruites. L’émir de la ville sortit pour les empêcher mais la foule le frappa avec une pierre qui lui donna de graves douleurs. Les agitateurs se rassemblèrent contre lui et il fut emmené dans le palais de Firouzi où il garda un profil bas pendant quelques jours jusqu’à ce que les troubles se soient calmés puis il réapparut.

 

Du raid du fils de Léon sur les districts d’Alep

 

 

Comment les Géorgiens pillèrent l’Arménie

 

Cette année, les Géorgiens, après avoir rassemblés leurs armées au complet, envahirent la région de Khilat en Arménie qu’ils pillèrent, tuèrent, réduisirent en esclavage de nombreux habitants et parcoururent tout le pays sans être inquiétés. Personne ne sortit de Khilat pour les arrêter, ils furent laissés libres de poursuivre leur pillage et saisir des captives alors que le pays était dépourvu de tout défenseur depuis que son souverain était un garçon et que le régent n’était pas suffisamment obéit par les soldats.

Lorsque la souffrance du peuple augmenta encore plus, ils protestèrent et s’encouragèrent mutuellement à agir. Les troupes musulmanes de cette région se réunirent toutes et furent rejoints par de nombreux bénévoles avant de partir terrifiés à la rencontre des Géorgiens. Un certain soufi pieux vit dans un rêve le défunt Sheikh Muhammad al-Bousti, un des justes, et le soufi lui dit : « Est-ce toi que je vois ici ? » « Je suis venu », répondit-il, « pour aider les musulmans contre leur ennemi. » Il se réveilla, fou de joie de la position d‘al-Bousti pour l’Islam et vint trouver le chef de l’armée et lui raconta son rêve. Ravit, le commandant fut déterminé à attaquer les Géorgiens, marcha sur eux avec les troupes et prit position.

Les Géorgiens furent informés de leur arrivée et se préparèrent à surprendre les Musulmans. Ils se déplacèrent de leur position dans la vallée vers les hauteurs où ils s’arrêtèrent pour être en mesure de surprendre les Musulmans à la tombée de la nuit. Les Musulmans informés de leur mouvement se déplacèrent vers les Géorgiens et tinrent l’entrée de la vallée et sa partie inférieure contre eux. C’était une vallée qui n’avait que ces deux routes. Quand les Géorgiens virent cela, ils furent convaincus qu’ils étaient perdus et leur volonté se brisa. Les Musulmans, plein de confiance, les engagèrent de près et tuèrent un grand nombre d’entre eux et prirent aussi beaucoup de prisonniers. Seuls quelques-uns Géorgiens s’échappèrent et Allah Exalté sauva les Musulmans de leur mal après avoir été sur le point d’être détruits.

 

 

Cette année, un agneau fut apporté d’Ouzbékistan avec un visage d’être humain et un corps d’agneau, ce fut vraiment une merveille.

 

 

Compte rendu de la capture de Kars par les Géorgiens et la mort de la reine géorgienne

 

En l’an 603 de l’Hégire (1206), les Géorgiens capturèrent la forteresse de Kars, l’une des dépendances de Khilat, qu’ils avaient assiégé pendant un long moment, pressé dur sur les habitants et recueillit les revenus de cette région pendant plusieurs années.

Nul de ceux qui avaient régné sur Khilat ne fournirent de défenseurs, d’aide ou firent un quelconque effort pour se soulager d’eux. Son gouverneur envoya un flux de messagers demandé de l’aide pour chasser les Géorgiens assiégeants mais ses demandes restèrent sans réponse.

Lorsque cette situation dura longtemps et qu’il ne vit aucune aide venir, il soumit des conditions aux Géorgiens pour la reddition de la forteresse en échange d’une grosse somme d’argent et d’un fief qu’il recevrait d’eux. Ainsi, il devint une maison de polythéisme après avoir été une maison d’unicité. En vérité, nous sommes à Allah et à Lui nous revenons. Nous prions Allah Exalté d’accorder Son aide à l’Islam et ses adeptes car les princes de notre époque sont occupés par leurs plaisirs, leurs passe-temps, leurs tyrannies jusqu’à l’abandon de la garde des frontières et de l’entretien des terres.

 

En fin de compte, Allah Tout Puissant vit combien peu étaient ceux qui aidaient l’Islam et Il se montra Lui-même Son ami (de l’Islam) en provoquant la mort de la reine des Géorgiens qui les fit tomber dans des conflits internes. Allah Exalté se chargea d’eux jusqu’à la fin de l’année.

 

 

Cette année, à Baghdad, un jeune homme tua un autre jeune homme. Ils avaient été des amis proches et tous deux étaient âgés d’environ vingt ans. L’un dit à l’autre en plaisantant : « Maintenant, je vais te frapper avec ce poignard. » Il se précipita vers lui avec le poignard mais il lui perça le ventre et il mourut. Le coupable s’enfuit mais il fut rattrapé et ordonné qu’il soit tué. Quand ils furent sur le point de le mettre à mort, il demanda un plumier et un peu de papier et écrivit ce qui suit :

« Je m’approche du Généreux sans bonnes œuvres mais avec un cœur pur.

C’est une mauvaise idée de préparer des provisions lorsque ton voyage est vers Le Généreux. »

 

 

Des raids croisés en Syrie

 

 

De la prise d’Arjish par les Géorgiens puis leur retrait

 

 

 

Du pillage de la caravane des pèlerins à Mina

 

 

 

Compte de l’arrivée des croisés en Syrie, leur voyage en Egypte, leur conquête de la ville de Damiette et de son retour aux Musulmans

 

Cette crise depuis son début jusqu’à sa fin dura quatre ans moins un mois. Nous l’avons mentionné ici parce que ce fut l’année où ils firent leur apparition et nous avons fait un récit ininterrompu de façon à ce que les diverses parties puissent se succéder.

 

En l’an 614 de l’Hégire (1217), des renforts de croisés, qu’Allah les maudisse, arrivèrent par mer de Rome et d’autres endroits de leurs terres, à l’est et à l’ouest. Celui qui les organisa fut le pape de Rome, parce qu’il jouissait d’un statut élevé aux regards des croisés qui considéraient que ni ses ordres et si ses décrets ne pouvaient être désobéi pour le meilleur ou pour le pire. Il équipa en personne les armées commandées par plusieurs chefs croisés et ordonna à d’autres princes soit d’aller en personne ou d’envoyer une armée. Ils firent ce qu’il ordonna et se rassemblèrent à Acre sur la côte syrienne.

 

Al-‘Adil Abou Bakr Ibn Ayyoub était en Égypte. Il partit pour la Syrie puis à Ramlah et de là à Lydda. Les croisés quittèrent Acre pour l’attaquer et al-‘Adil partit à leur rencontre. Il arriva à Naplouse, avec l’intention de se rendre aux frontières de ses terres près d’Acre avant eux pour les défendre contre eux. Cependant, les croisés sortirent et arrivèrent avant lui. Al-‘Adil fit son camp à Bayssan dans la vallée du Jourdain. Les croisés avancèrent pendant le mois de Sha’ban avec l’intention de l’engager dans la bataille car ils savaient qu’il avait peu de troupes avec lui et qu’il avait dispersés les autres à travers ses terres.

Lorsque al-‘Adil vit qu’ils étaient près, il pensa qu’il ne serait pas en mesure de les affronter avec le détachement qu’il avait craignant la défaite et il était prudent et très circonspect. Il quitta donc Bayssan pour aller vers Damas et attendre à proximité ayant envoyé des messagers pour quérir ses troupes. Puis, il se rendit à Marj as-Souffar ou il campa.

Quand les gens de Bayssan et des régions avoisinantes virent qu’al-‘Adil étaient avec eux, ils devinrent confiants et ne quittèrent donc pas leurs terres, pensant que les croisés ne viendraient pas contre eux. Quand ces derniers avancèrent, al-‘Adil partit, prenant les habitants par surprise et seuls quelques-uns d’entre eux purent se mettre en sécurité.

Les croisés prirent toutes les réserves qui avaient été collectés dans Bayssan et elles étaient importantes. Ils saisirent une bonne partie du butin et pillèrent la région de Bayssan à Naplouse. Ils envoyèrent des raids dans les villages aussi loin que Khisfin, Nawah et les zones frontalières. Ils descendirent à Banyas ou ils restèrent trois jours avant de se retirer vers Acre courbés sous leur butin, leurs captives et des prisonniers de guerre au-delà de tout nombre sans compter tous ceux qu’ils tuèrent, ce qu’ils incendièrent et détruisirent. Ils restèrent plusieurs jours dans la ville où ils se reposèrent.

Puis ils revinrent à Tyr avec Beaufort comme objectif. Ils établirent leur camp à environ douze kilomètres de Banyas et pillèrent la région, Sidon et Beaufort, avant de revenir à Acre. Tout cela eut lieu entre le milieu du mois de Ramadan et la fête. Tout survivant de ces terres devait être agile et subtil pour être en mesure de s’échapper.

 

J’ai entendu dire que, lorsque al-‘Adil alla à Marj as-Souffar, il vit sur la route un homme portant une charge qui marchait pendant un moment et ensuite s’asseyait pour se reposer. Al-’Adil se tourna vers lui et dit : « O vieil homme, ne te presse pas. Prends soin de toi. » L’homme le reconnut et répondit : « O sultan des Musulmans, ne te presse pas toi-même ! Mais quand nous t’avons vu partir pour tes terres et nous avoir laissé à l’ennemi, pourquoi ne devrions-nous pas être pressé ! »

En fin de compte, ce que fit al-’Adil fut prudent et ce qu’il y avait de mieux à faire afin de ne pas risquer une rencontre alors que ses troupes étaient dispersées. Lorsqu’al-‘Adil campa à Marj as-Souffar, il envoya son fils al-Mou’azzam ‘Issa, le seigneur de Damas, avec un large détachement de l’armée à Naplouse pour protéger Jérusalem des croisés.