La conquête de Mounaytirah

 

 

Le retour d’Assad ad-Din Shirkouh d’Egypte

  

Comment Assad ad-Din prit Alexandrie et revint ensuite en Syrie

 

 

La prise de Safithah et ‘Ouraymah par Nour ad-Din

 

 

 

Comment Nour ad-Din prit Qal’at Ja’bar

 

En l’an 564 de l’Hégire (1168), Nour ad-Din Mahmoud Ibn Zanki prit le contrôle de Qal’at Ja’bar après l’avoir ôté à son souverain Shihab ad-Din Malik Ibn ‘Ali Ibn Malik al-‘Ouqayli et qui avait été entre ses mains et celles de ses ancêtres avant lui depuis les jours du sultan Malik Shah, comme cela a déjà été rapporté. C’était un des forts les plus puissants et les plus fortifiés qui donnait sur la rive est de l’Euphrate.

Le fort tomba quand son souverain le quitta pour aller chasser et qu’il fut saisit par les Banou Kilab qui le ramenèrent à Nour ad-Din au mois de Rajab de l’année 563 de l’Hégire (1168). Il fut emprisonné mais bien traité et encouragé à accepter l’offre d’un fief et d’argent en échange du château mais comme il refusa, il y eut un changement dans son traitement qui devint dur et cruel suivit de menaces. Il refusa encore et Nour ad-Din envoya une armée commandée par l’émir Fakhr ad-Din Mas’oud Ibn Abi ‘Ali al-Za’farani qui assiégea le fort pendant quelque temps mais aucun succès. Nour ad-Din le renforca avec une autre armée et il donna le commandement des opérations à l’émir Majd ad-Din Abou Bakr plus connu sous le nom d’Ibn ad-Dayah, qui était son frère du lait et son émir aîné. Il poursuivit le siège mais ne voyant aucun espoir de prendre la place, il suivit une ligne douce avec le souverain et lui conseilla de prendre ce que Nour ad-Din lui offrait en échange et de ne pas risquer sa vie en s’y accrochant. Le souverain accepta son conseil et abandonna le château prenant en échange Sarouj, ses dépendances et al-Malalah, se situant entre le territoire d’Alep et la porte de Bouza’a ainsi que la somme de 20 000 dinars comme acompte. C’était un très grand fief sauf qu’il ne possédait aucun fort.

Cela marqua la fin du pouvoir des Banou Malik dans Qal’at Ja’bar. Chaque puissance atteint une limite et chaque souverain à une fin. J’ai entendu dire que l’on demanda à son souverain : « Quel fief préfères-tu et qui offre un meilleur rang, Sarouj et la Syrie ou Qal’at Ja’bar ? » Il répondit : « Celui-là est plus riche, mais pour l’honneur, celui que j’ai laissé à Qal’at Ja’bar. »

 

Les ruines de Qal'at Ja'bar en Syrie près d'ar-Raqqah

 

 

Récit de la conquête de l’Egypte par Assad ad-Din et de l’assassinat de Shawar

 

 

 

 

De la mort d’Assad ad-Din Shirkouh

 

Quand Assad ad-Din fut fermement établi et qu’il estima qu’il n’avait aucun rival, son destin le rattrapa et il décéda le samedi 22 Joumadah Awwal de l’année 564 de l’Hégire (1169) après un règne de deux mois et cinq jours, puisse Allah Exalté lui faire miséricorde.

 

A propos du début de sa carrière et sa relation avec Nour ad-Din, lui et son frère Najm ad-Din Ayyoub, les deux fils de Shadi, étaient de la ville de Dvin et étaient d’origine kurde Rawadi qui est le lignage le plus noble des Kurdes. Ils vinrent tous les deux en Irak et servirent Moujahid ad-Din Bahrouz, le préfet de Baghdad qui vit dans Najm ad-Din qui était plus vieux que Shirkouh, de l’intelligence, beaucoup de bon sens et une excellente conduite. Il en fit le châtelain de la citadelle de Tikrit ou Najm ad-Din se rendit dûment accompagné par son frère Shirkouh. Quand le martyr Atabeg Zanki Ibn Aqsounqour fut vaincu en Irak par Qarajah as-Saqi, comme nous l’avons raconté en l’an 526 de l’Hégire (1131), il entra dans sa déroute à Tikrit où Najm ad-Din le servit bien et lui fournit des bateaux sur lesquels il traversa le Tigre. Ses hommes le suivirent ils furent aussi bien reçus par Ayyoub qui les mit sur leur voie.

Plus tard, Shirkouh tua un homme à Tikrit à cause des insultes qu’ils avaient échangées entre eux. Bahrouz expulsa les deux frères de la citadelle qui se rendirent chez le martyr Zanki, qui les reçut aimablement et reconnu dûment leur précédent service en donnant à chacun d’entre eux des fiefs généreux. Et quand il prit la citadelle de Baalbek, il y nommé Ayyoub comme châtelain.

Quand le martyr fut tué, l’armée de Damas assiégea Baalbek alors qu’Ayyoub s’y trouvait et sa situation devint difficile. Sayf ad-Din Ghazi Ibn Zanki était trop occupé à s’établir sur ses terres pour l’aider si bien qu’Ayyoub fut contraint d’abandonner Baalbek aux Damascènes en échange d’un fief qu’il spécifia. Cela lui fut accordé et il devint un des plus grands émirs à Damas.

 

Son frère Assad ad-Din Shirkouh rejoignit Nour ad-Din Mahmoud après que Zanki fut tué, puisqu’il l’avait servi pendant le règne de son père. Nour ad-Din le favorisa et le fit progresser car il vit en lui une bravoure dont les autres étaient incapables. Il le combla de récompenses jusqu’à ce qu’il vienne à tenir Homs, Rahbah et d’autres endroits et le rendit le commandant effectif de son armée. Quand Nour ad-Din voulut prendre Damas, il lui ordonna de se mettre en contact avec son frère Ayyoub, qui était là et lui demander de coopérer dans sa conquête. Il accepta ce qui lui était demandé en échange d’un fief qu’il nomma pour lui et son frère ainsi que quelques villages. Nour ad-Din leur donna tout ce qu’ils demandèrent et conquit Damas, comme nous l’avons rapporté. Il tint sa parole à leurs égards et ils devinrent les plus grands émirs de son état. Quand il projeta d’envoyer des troupes en Egypte, il vit que seul Shirkouh était capable pour cette grande affaire et cette position importante. Il l’envoya donc et il accomplit ce que nous avons décrit.

 

Comment Salah ad-Din devint le souverain d’Egypte

 

 

Récit de la bataille des Noirs au Vieux Caire

 

Au début du mois de Dzoul Qi’dah cette année, Mou’tamin al-Khilafah fut tué. Il était un eunuque dans le palais d’al-‘Adid qui avait de l’autorité et commandait tous les gens qu’il contenait. Lui et un groupe d’Egyptiens, acceptèrent d’écrire aux croisés pour les inviter dans le pays et utiliser leur puissant soutien contre Salah ad-Din et ses partisans. Il envoya les lettres avec un homme à qui il faisait confiance et resta en attente d’une réponse. Ce messager alla à al-Bir al-Bayda où il rencontra un Turcoman qui vit qu’il portait deux sandales neuves. Il les lui prit et se dit à lui-même : « Si celles-ci ont faisait partie des vêtements normaux de cet homme, elles seraient en pièce puisqu’il est vêtu comme une loque. » Il se méfia de l’homme et des sandales puis les ramena à Salah ad-Din, qui les déchiqueta et trouva les lettres dedans qu’il lit mais garda le silence.

 

Le plan de Mou’tamin al-Khilafah  consistait en ce que les croisés, qu’Allah les maudisse, devait aller en Egypte et que lorsqu’ils seraient arrivés, Salah ad-Din marcherait pour lutter contre eux avec ses troupes et ensuite Mou’tamin al-Khilafah se lèverait avec ses Egyptiens contre ceux qui étaient restés en arrière et les tueraient puis avec toutes ses forces, ils poursuivraient Salah ad-Din et tomberait sur ses arrières pendant que les croisés étaient devant lui et personne ne serait épargné.

Lorsque Salah ad-Din lut la lettre, il demanda qui l’avait écrite et il lui fut répondu : « Un Juif[3]. » Il fut alors convoqué et battu pour avouer. Il déclara immédiatement sa conversion à l’Islam pour sauver sa peau et raconta l’histoire entière que Salah ad-Din garda secrète. Cependant, Mou’tamin al-Khilafah devint inquiet et resta dans le palais, trop effrayé pour sortir. Quand il le fit, il n’alla pas loin et pendant ce temps Salah ad-Din ne lui fit aucune allusion que Mou’tamin aurait voulu pour éviter la critique.

Quand cette situation dura quelque temps, il quitta le palais pour aller dans un de ses villages appelé al-Kharqaniyah pour quelques loisirs. En apprenant cela, Salah ad-Din lui envoya quelques hommes qui le saisirent et le tuèrent puis envoyèrent sa tête à Salah ad-Din qui renvoya alors tous les eunuques qui dirigeaient les affaires du palais califal et nomma à leur place Baha ad-Din Qaraqoush, un eunuque blanc. Rien de petit ou de grand ne fut alors entreprit dans le palais sans son ordre ou sur son autorité.

 

Les esclaves noirs dans le Vieux Caire furent furieux de l’assassinat de Mou’tamin al-Khilafah par loyauté et parce qu’il les avait fortement soutenus. Ils rassemblèrent leurs forces qui s’élevèrent à plus de 50 000 avec l’intention de faire la guerre aux troupes Salah ad-Din dont les armées se rassemblèrent et les affrontèrent à Bayn al-Qasrayn ou il y eut beaucoup de tués de chaque côté. Salah ad-Din envoya un escadron vers leur quartier connut sous le nom d’al-Mansourah qu’ils incendièrent sur leurs biens, leurs femmes et leurs enfants. Quand ils en furent informés, ils s’enfuirent et furent harcelés par les sabres mais comme les entrées et les sorties des voies d’accès étaient fermés contre eux, ils furent stoppés et demandèrent des termes après qu’un très grand nombre d’entre eux périrent. Les conditions furent accordées et ils furent renvoyés du Vieux Caire à Giza. Ensuite Shams ad-Dawlah Touranshah, le frère de Salah ad-Din traversa le Nil avec un détachement de l’armée et les passa par le sabre si bien que seuls quelques rares fugitifs s’enfuirent. Allah Tout Puissant se chargea de leur malice, et Il est le Plus Savant !

 

 

Cette année, un étranger fut aperçu avec un petit couteau sur son avant-bras et un autre grand couteau dans sa main sur une route que le calife al-Moustanjid Billah avait l’habitude d’emprunter près du palais califal, Il fut saisi et questionné puis répondit : « Je suis d’Alep. » Il fut emprisonné et le portier puni, bien qu’il ne sut pas comment par où il était entré.

 

Ibn al-Baladi, le vizir du calife arrêta al-Houssayn Ibn Muhammad surnommé Ibn as-Sibi et son plus jeune frère. Ils étaient des cousins de ‘Adoud ad-Din, le majordome. Le plus jeune qui était le garçon de l’hôpital eut sa main et son pied tranchés. On prétendit qu’il avait des poids (de balance) qui étaient plus lourds que la norme et c’est pour cette raison qu’il fut arrêté. Ils furent emportés au Diwan pour les comparer avec les vrais poids standard. D’autres raisons furent aussi données. Il fut emmené à l’hôpital où il mourut. Il était un poète et parmi ses poésies sont ces vers qu’il écrivit durant son incarcération :

« Salutations à ma famille, mes amis et mes compagnons,

Dont la mémoire est fixée et ancrée dans mon cœur.

Avec vous je fais face à chaque problème et ne vois pas

Pour la maladie de mes soucis d’autre consolation que votre vue.

Le destin a suscité pour moi tous les malheurs,

Qui rendent les foies gris, sans parler de la tête.

O fille de ‘AbdAllah, patiente à supporter mon sort.

Ce jugement est celui du Souverain de l’humanité.

Si vos yeux pouvaient voir mon humiliation, vous pleureriez pour moi des larmes jaillissantes comme des fontaines.

Je parle à mon cœur alors que les soins s’en emparent

Et mon esprit lui a parlé de détresse et de désespoir.

Si un fantôme de mon imagination voulait vous visiter,

Mes gardes l’arrêteraient avant les portes fermées.

Mon souci est seulement pour moi et pas pour autre chose,

Parce que je suis un allié de la pauvreté et de la misère. »



[1] C’est exactement ce qui se passe dans tous les pays musulmans de nos jours.

[2] « Et ils [les autres] se mirent à comploter. Allah a fait échouer leur complot. Et c’est Allah qui sait le mieux leur machination ! » Qur’an 3/54.

[3] Louange à Allah, ces gens furent toujours dans l’histoire dans tous les coups fourrés et les complots !