Le conflit entre Nour ad-Din Mahmoud et les croisés

 

En l’an 547 de l’Hégire (1152), les croisés, qu’Allah les maudisse, se réunirent ensemble et rassemblèrent leurs cavaliers et leurs infanteries avant de marcher contre Nour ad-Din alors qu’il était dans les terres occupées par Josselin et pour l’empêcher de les reprendre. Ils arrivèrent alors qu’il était à Doulouk et quand ils s’approchèrent de lui, il leur fit face pour les rencontrer. Une bataille rangée s’ensuivit entre eux et ils livrèrent le plus violent affrontement qui n’ait jamais été vu. Les deux côtés tirent ferme mais les croisés furent brisés et beaucoup d’entre eux tués ou capturés. Nour ad-Din revint alors à Doulouk qu’il prit et occupa.

Les vers suivants furent composés après cette bataille :

« Dans ce resplendissant âge qu’est le tien, tu as répété,

Les victoires du Prophète[1] et leurs temps.

Tu as égalé - si merveilleusement - leur Ouhoud

Et réjouit leur Badr avec un Badr (une pleine lune).

Leurs Mouhajirin étaient tes partisans

Et les partisans de ton projet leurs Ansar (Aide).

Vous avez restauré l’Islam de leur Salman

Et ton succès a restauré leur ‘Ammar.

Le jour à Inab était tout comme ceux-ci ;

Non, il dépassa leur durée avec toute sa portée.

Tu écrasas son ‘Ouraymah avec un coup

Qui dissout ses roches dans son eau.

À Tall Bashir tu leur fis face directement,

Avec un assaut qui redimensionna ses murs.

Si Doulouk leur donna une correction,

Tu agis avec rigueur et fit devenir son histoire réalité[2]. »

 

 

Durant cette année, le Secrétaire Ya’qoub qui avait été un pensionnaire de la Madrassah Nizamiyah mourut à Baghdad. L’administrateur des domaines vint et cacheta la pièce qu’il avait habitée dans la Madrassah. Les étudiants en droit se soulevèrent alors, battirent le fonctionnaire et prirent la propriété laissée comme cela était leur pratique lorsque quelqu’un décédait sans laisser d’héritier. Le chambellan du palais arrêta deux des juristes, les tortura et les emprisonna. Les Juristes fermèrent alors la Madrassah et jetèrent la chaire du prêcheur dans la rue puis grimpèrent la nuit sur le toit de la Madrassah et appelèrent à l’aide abandonnant toute bonne conduite. À cette époque, leur professeur était le Sheikh Abou an-Najib qui vint et s’agenouilla devant at-Taj pour s’excuser et il fut pardonné.

 

De la capture de ‘Annaba par les croisés, la mort de Roger et la succession de son fils Guillaume

 

En l’an 548 de l’Hégire (1153), la flotte de Roger, le roi des croisés en Sicile navigua vers ‘Annaba (en Algérie actuelle). Leur commandant était son eunuque Philipe d’al-Mahdiyyah, qui assiégea la ville et chercha l’aide des Arabes contre la ville qu’il prit au mois de Rajab. Il asservit la population et pilla toute la ville sauf qu’il ferma les yeux sur un certain nombre de ‘Oulama et de religieux qui purent partir avec leurs familles et leurs possessions pour aller dans les villages locaux. Il resta dix jours dans ‘Annaba et revint ensuite à al-Mahdiyyah avec certains captifs puis retourna alors en Sicile où Roger l’emprisonna à cause de son traitement indulgent envers les Musulmans de ‘Annaba.

Philip, dont il fut dit qu’il ainsi que tous les eunuques de Roger étaient des Musulmans, dissimula ce fait. Cependant, le témoignage fut donné qu’il ne jeunait pas avec le roi et qu’il était un Musulman. Donc, Roger rassembla les évêques, les prêtres et les chevaliers, qu’Allah les maudisse, qui jugèrent qu’il devrait être brûlé vif et cela fut fait au mois de Ramadan. Ce fut la première calamité qui arriva aux Musulmans en Sicile néanmoins, Allah Exalté permit un petit répit à Roger avant qu’il ne meurt à son tour de diphtérie dans le premier tiers du mois de Dzoul Hijjah de cette année alors qu’il était âgé de quatre-vingts ans et après avoir régné environ soixante ans. Après sa mort, il fut succédé par son fils Guillaume qui était un administrateur corrompu et un homme de vils desseins. Il nomma Mayou al-Boursani comme son ministre et qui prouva être un mauvais administrateur. Quelques forteresses en Sicile et en Calabrie contestèrent sa position et la contagion se propagea en Ifriqiyah, comme nous le rapporterons.

 

Comment les croisés prirent Ascalon

 

Durant cette année, les croisés en Syrie prirent la ville d’Ascalon qui faisait partie du royaume d’az-Zafir Billah, le ‘oubaydi égyptien. Les croisés l’avaient attaqué et harcelé chaque année sans trouver le moyen de la prendre.

En Egypte, les vizirs avait autorité dans le pays tandis que califes à côté d’eux n’avaient qu’un pouvoir insignifiant sans substance. Chaque année, le vizir avait l’habitude d’envoyer des provisions, des hommes, des armes et de l’argent à Ascalon pour maintenir sa défense. Cependant cette présente année, Ibn as-Sallar le vizir fut tué comme nous l’avons rapporté. Les buts et les objectifs étaient tous en désaccord en Egypte. ‘Abbas devint vizir et avant qu’il ait une quelconque autorité, les croisés profitèrent de l’abandon d’Ascalon, rassemblèrent leurs forces et mirent la ville sous siège. Les habitants tinrent ferme et luttèrent violemment durant quelques jours à l’extérieur de la muraille et repoussèrent les croisés,  les reconduisirent vaincus dans leurs tentes en les poursuivant. À ce stade, les croisés désespérèrent de prendre la ville.

Alors qu’ils étaient en train de se décider pour se retirer, ils reçurent les nouvelles qu’une dispute avait éclaté entre les habitants et qu’ils s’étaient entretués et décidèrent donc de rester où ils étaient.

 

La raison (stupide) de cette discorde est que lorsqu’ils revinrent victorieux et triomphant de la bataille avec les croisés, un parti prétendit que la victoire était venue d’eux et qu’ils étaient ceux qui avait repoussé et vaincu les croisés. Leurs arguments s’envenimèrent jusqu’à ce qu’il y ait une fatalité d’un côté. Alors une crise sérieuse survint et le mal s’aggrava. Une bataille s’ensuivie et des hommes furent tués. Les croisés saisirent alors leur chance, donnèrent l’assaut et comme ils ne rencontrèrent aucune résistance, ils conquirent la ville.

 

Cette année, des navires vinrent de Sicile avec une force de croisés qui débarquèrent dans la ville de Tinnis en Egypte et la ravagèrent.

 

Toujours cette année, il y eut une bataille rangée et un combat féroce entre les Géorgiens en Arménie et Saltouq, le seigneur d’Erzeroum. Saltouq fut vaincu et fait prisonnier par les Géorgiens avant d’être libéré.

 

La conquête de de Damas par Nour ad-Din Mahmoud

 

 

Comment les hashashiyine attaquèrent le Khorasan et comment ils furent écrasés

 

De la prise de Tall Bashir par Nour ad-Din

 

 

Récit de la rébellion des îles et de l’Ifriqiyah contre le roi croisé sicilien et quelles furent les conséquences

 

 

Comment Nour ad-Din assiégea le château de Harim

 

Cette année, Nour ad-Din Mahmoud Ibn Zanki marcha sur le château de Harim qui se trouvait à l’est d’Antioche et était occupé par les croisés et plus précisément par Bohémond le souverain d’Antioche puisqu’il était proche. Nour ad-Din l’assiégea et renforca le siège. C’était un puissant château et une arrête dans les gorges des Musulmans. Les croisés près et éloignés se rassemblèrent et marchèrent à leur tour sur le fort pour forcer Nour ad-Din à lever le siège.

Il y avait dans la forteresse un de leurs démons dont l’intelligence était reconnue et ses opinions prise en compte. Il leur envoya un message disant : « Nous pouvons tenir le château. Nous ne sommes pas impuissants. Ne vous mettez donc pas en danger par un engagement. S’il vous vainc, il le prendra et d’autres avec. Le bon choix est de jouer l’attente. » À la fin, ils envoyèrent un messager à Nour ad-Din et vinrent à des conditions lui offrant la moitié des terres de Harim. Ils firent donc la paix sur cette base et Nour ad-Din se retira.

 

 

Au mois de Rabi’ Thani, il y avait un feu ravageur à Baghdad. Le feu se propagea dans les rues de Firashah, d’ad-Dawabb, d’al-Labban, d’Ibn Jarada, d’az-Zafariyah, d’al-Khatouniyah, le palais califal, la Porte d’Azaj et le marché du sultan.

 

Au mois de Shawwal de cette même année, les hashashiyine attaquèrent Tabas dans le Khorasan ou ils causèrent de grands préjudices et prirent prisonniers plusieurs des principaux hommes d’état du sultan. Ils pillèrent leurs propriétés, leurs écuries et tuèrent certains d’entre eux.

 

Le compte de tremblements de terre en Syrie

 

Au mois de Rajab de l’année 552 de l’Hégire, il y eut un grand nombre de puissants tremblements de terre en Syrie qui détruisirent une grande partie du pays et qui provoquèrent la mort de plus de personnes qu’il pourrait être compté.

En un instant, Hama, Shayzar, Kafartab, al-Ma’arrat, Homs, Hisn al-Akrad, ‘Arqa, Lattaquié, Tripoli et Antioche furent ruinés. Toute la Syrie subit des dommages dans la plupart de ses parties même si certaines régions échappèrent à la destruction. Les murailles et les citadelles furent détruites. Nour ad-Din Mahmoud s’en occupa de manière exemplaire. Il craignit pour les terres depuis que les murailles furent détruites. Il rassembla les troupes et campa sur les frontières de sa terre razziant le territoire croisé tout en travaillant à la reconstruction des murs dans le reste de ses terres. Il resta ainsi jusqu’aux réparations de toutes les murailles.

Le grand nombre de gens qui furent tués est suffisamment illustré par le fait qu’un enseignant qui était dans sa ville, à savoir Hama, laissa l’école coranique pour une affaire qui l’avait retenu quand survint le tremblement de terre et détruisit la ville. L’école s’effondra sur tous les enfants. L’enseignant dit : « Pas une seule personne n’est venue s’enquérir de son enfant[4]. »

 

Comment Nour ad-Din prit le fort de Shayzar

 

 

Comment le souverain du Tabaristan attaqua les hashashiyine

 

Cette année, le Shah de Mazandaran, Roustoum Ibn ‘Ali Ibn Shahriyar, réunit ses troupes et marcha sans avoir dévoilé à personne sa destination. Il traversa les défilés et se dirigea vers Alamout qui appartenait aux hashashiyine.

Il razzia alors et incendia les villages et la campagne. Il tua un grand nombre d’entre eux, pilla les propriétés, saisit leurs femmes et asservit leurs enfants qu’il vendit sur la place du marché avant de revenir en toute tranquillité et avec un riche butin. Les hashashiyine furent durement touchés et submergés par une impuissance dont ils n’avaient pas connu de pareil. Il ruina aussi leurs terres qui restèrent improductives pendant plusieurs années. 

 

Comment les pèlerins du Khorasan furent saisis

 

Au mois de Rabi’ Awwal de cette année, les pèlerins du Khorasan se mirent en route et après qu’ils aient quittés Bistam, un parti des troupes du Khorasan qui avaient attaqué le Tabaristan, les assaillirent, prirent certaines de leurs marchandises et tuèrent un petit nombre d’entre eux. Le reste qui survécu quitta cet endroit et alors qu’ils voyageaient, les hashashiyine les interceptèrent. Les pèlerins luttèrent férocement contre eux et tinrent vaillamment mais leur chef fut tué et ils perdirent courage, cédèrent et capitulèrent en demandant des conditions puis ils jetèrent leurs armes pour leur sauvegarde mais les ismaéliens les saisirent et les tuèrent épargnant seulement un petit nombre. Parmi les tués se trouvaient un grand nombre de ‘Oulama, d’ascètes et d’hommes dévots. Ce fut un grand désastre qui toucha toutes les terres d’Islam et particulièrement le Khorasan.

Il n’y eut pas de ville qui ne pleura pas pour une perte. Le jour suivant, un vieil homme marcha parmi les morts et les blessée en pleurant : «  Musulmans, pèlerins ! Les hérétiques sont partis. Je suis un Musulman. » Et quiconque répondit, il l’acheva. Tous périrent à part certains qui s’enfuirent en courant, et ils furent très peu.

 

De la prise de Baalbek par Nour ad-Din

 

Cette année, Nour ad-Din prit possession de Baalbek et sa citadelle qui était tenu par un homme nommé Dahhak al-Biqa’ (nommé en référence du Biqa’ de Baalbek) et dont la charge lui avait été confié par le seigneur de Damas. Lorsque Nour ad-Din prit Damas, Dahhak continua de tenir la ville. Nour ad-Din avait été incapable de l’assiéger à cause de sa proximité avec les croisés et ne put rien faire jusqu’à ce temps présent, quand il la saisit et en prit le contrôle.

 

Durant cette année, le calife al-Mouqtafi Li-Amrillah enleva la porte de la Ka’bah et l’a remplaça avec une porte plaquée d’argent doré. Quant à la porte originale, il en fit pour lui un cercueil dans lequel il demanda à être  enterré à sa mort.

 

Il y eut aussi cette année dans le Khorasan une sévère crise de famine si bien que toutes les bêtes de somme furent mangées et même les gens. A Nishapour, un cuisinier coupa la gorge d’un homme, le fit cuire et le vendit parmi ses marchandises. Cependant ce qu’il fit fut découvert et il fut donc exécuté. La crise prit fin et la condition des gens s’améliora.

 

 

Du conflit entre les Turcomans et les ismaéliens au Khorasan

 

En l’an 553 de l’Hégire (1158), un groupe de Turcomans s’étaient établis dans la région du Qouhistan quand une force de 1 700 ismaéliens descendirent de leurs forteresses et tombèrent sur eux mais ils ne trouvèrent pas les hommes parce qu’ils étaient absents de leurs tentes. Ils pillèrent leurs troupeaux, saisirent leurs femmes et leurs enfants et brûlèrent tous ce qu’ils furent incapable d’emporter.

Quand les Turcomans retournèrent et virent ce qu’ils avaient fait, ils suivirent la piste des ismaéliens, qu’Allah les maudisse ainsi que leurs amis, et les rattrapèrent alors qu’ils étaient en train de se partager le butin. Avec le cri d’Allahou Akbar, ils les chargèrent et les passèrent par le sabre en les tuant à volonté. Les ismaéliens s’enfuirent mais les Turcomans les poursuivirent jusqu’à ce qu’ils soient morts ou captifs et les anéantirent pratiquement totalement et seul neuf de ces maudits réussirent  à s’échapper.

 

 

Le Pèlerinage fut exécuté cette année et quand les gens arrivèrent à Médine, la ville du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui), ils reçurent des nouvelles que les bédouins s’était rassemblé pour les surprendre. Ils abandonnèrent alors le Pèlerinage et prirent la route de Khaybar. Ils furent alors sévèrement éprouvés mais échappèrent aux bédouins.

 

Comment ‘Abdel Mou’min reconquit la ville d’al-Mahdiyyah des croisés et prit toute l’Ifriqiyah

 

 

 

 

Comment Baghdad fut inondée

 

Le 8 du mois de Rabi’ Thani de cette année, le niveau du Tigre monta dramatiquement et fit une brèche dans le Qouraj au-dessus de Baghdad. L’eau montante s’approcha de la ville, inonda la campagne et remplit les douves de la ville avant de saper le mur et le samedi 19 de ce même mois, fit une brèche. La partie du mur s’effondra et bloqua l’eau mais elle fit une autre ouverture qu’ils laissèrent en espérant que la force du mur l’empêcherait de s’écrouler complètement. Cependant, la pression de l’eau devint si écrasante qu’il s’avéra impossible de la retenir. L’eau inonda alors le verger de Zafar, al-Ajmah, al-Moukhtarah, al-Mouqtadiyah, l’aire de jeu, la décharge d’Ibn Jarada, ar-Rayyan, le verger du Qadi, une partie d’al-Qati, une partie de la porte d’Azaj, une partie d’al-Ma'mouniyah, le verger d’Abou ash-Shahm, une partie du verger d’Ibn Razin et une partie d’az-Zafariyah.

L’eau s’infiltra sous le sol de certains sites qui s’effondrèrent alors. Les habitants commencèrent à traverser sur la rive ouest mais le tarif des ferrys atteignirent plusieurs dinars, prix qui était bien trop cher pour beaucoup. Finalement, les eaux descendirent et la muraille s’effondra. L’eau qui était dans la ville continua de s’étendre vers des terres qui n’avaient pas été atteintes auparavant. La destruction fut immense. Les quartiers devinrent méconnaissables et rien d’autre que des monticules de boue et les habitants définirent les limites de leurs maisons par hasard.

 

Sur la rive ouest, le cimetière d’Ahmad Ibn Hanbal et d’autres cimetières furent inondés. Les tombeaux pourtant solidement construits se désintégrèrent et les morts montèrent à la hauteur de la surface de l’eau. La même chose arriva au sanctuaire et à al-Harbiyah. Ce fut un terrible désastre.

 

 

Cette année aussi, Assad ad-Din Shirkouh Ibn Shadi, le commandant des armées de Nour ad-Din Mahmoud Ibn Zanki, le seigneur de la Syrie, partit pour le Pèlerinage. Ce Shirkouh est l’homme qui conquit l’Egypte et un compte rendu sera donné si Allah Exalté le veut.



[1] Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui.

[2] Qu’Allah Exalté soit satisfait de tous les respectables Compagnons. J’évite en général de traduire les poésies parce que je suis incapable de les traduire pour la bonne raison que je ne les comprends tout simplement pas. J’ai l’impression que l’Arabe utilisé est différent et si je ne me trompe pas l’Arabe des poésies me parait l’authentique ancestrale langue arabe. Et ici s’arrête mes misérables connaissances car comme je vous l’ai dit je ne suis malheureusement pas arabisant. Alors vous qui connaissez l’Arabe et ne faites rien, vous devrez rendre des comptes un jour pour avoir laissé les gens dans l’ignorance.

[3] La fameuse tribu turque qui allait donner jour aux Ottomans. 

[4] Ce qui veut dire que tous les parents trouvèrent la mort lors du tremblement de terre.