La position des batini à Ispahan et le meurtre d’Ibn ‘Attash

 

 

Comment le vizir du sultan fut tué et Ahmad Ibn Nizam al-Moulk nommé à ce poste

 

Au mois de Shawwal de cette année, le sultan Muhammad arrêta son vizir, Sa’d al-Moulk Abou al-Mahasin, saisit ses richesses et le crucifia à la porte d’Ispahan en compagnie de quatre de ses principaux associés qui étaient ses clients. Le vizir fut accusé de traîtrise envers le sultan et ses associés de conviction batini. Il était vizir depuis deux ans et neuf mois et au début de sa carrière, il avait été un associé de Taj al-Moulk Abou al-Ghana'im, après qui il avait été sans emploi. Alors Mouayyad al-Moulk Ibn Nizam al-Moulk le nomma chef du Bureau du Contrôle Financier ou il excella au service du sultan Muhammad quand son frère le sultan Barkyarouq l’assiégea dans Ispahan. Quand Muhammad quitta Ispahan, il tint son poste admirablement et avec succès. Muhammad le nomma vizir et le récompensa avec des larges fiefs et lui donna pleine autorité dans l’état, mais il le déchut - et c’est le résultat final des services pour les princes ! Combien est excellent l’adage de ‘Abdel-Malik Ibn Marwan qui a dit : « L’homme le plus béni dans la vie est celui qui a assez pour vivre, une femme qui lui plaît et qui connaît pas ces machiavéliques cours que les nôtres et le mal qu’elles peuvent faire. »

 

Après avoir arrêté le vizir, le sultan consulta pour l’appointement d’un successeur. Plusieurs noms furent mentionnés et le sultan dit : « Mes ancêtres comblèrent de bénédictions Nizam al-Moulk et il leur devait beaucoup. Ses fils sont nourris par notre générosité. Ils sont indispensables. » Il ordonna alors qu’Abou Nasr Ahmad soit nommé vizir et on lui donna les titres de son père, Qiwam ad-Din Nizam al-Moulk Sadr al-Islam.

 

 

Au mois de Dzoul Hijjah de l’année 501 de l’Hégire (1107), les ruines d’Ibn Jarada prirent feu et beaucoup de personnes périrent. Quant aux marchandises, les biens et les meubles, la perte fut au-delà de toute mesure. Une foule de gens s’enfuirent par un trou qu’ils percèrent dans le mur du district dans le cimetière de la porte Abraz. Un certain nombre de Juifs s’y trouvaient et ils ne sortirent pas à cause de leur Sabbat. Certains des habitants qui avaient traversé sur la rive ouest  pour les loisirs selon leur coutume le samedi retournèrent pour trouver leurs maisons en ruines, leurs familles calcinées et leurs biens détruits.

 

Les feux dans se propagèrent plusieurs endroits, par exemple, dans la rue des marchands et le jardin d’Ibn Razin. Les gens s’inquiétèrent, abandonnèrent leurs occupations et passèrent jours et nuits à surveiller leurs maisons dans les allées et sur les toits tout en gardant de l’eau près d’eux prêts à éteindre n’importe quel feu. Il apparut que la cause du feu fut due à une domestique-fille, qui tomba amoureuse d’un homme et prit des dispositions pour qu’il passe secrètement la nuit avec elle dans la maison de son maître. Elle prépara quelque chose qu’il pourrait voler quand il  partirait et en l’emmenant elle aussi avec lui en mettant derrière eux le feu à la maison, mais Allah Exalté révéla leur culpabilité et apporta une rapide honte sur eux. Ils furent saisis et emprisonnés.

 

Durant cette année Baldwin, le roi des croisés, qu’Allah les maudisse, rassembla une armée et marcha sur la ville de Tyr pour l’assiéger. Il ordonna de construire un fort près de la ville sur la colline d’al-Ma’shouqah tandis qu’il assiégea la ville durant un mois. Baldwin fut acheté par le gouverneur pour 7 000 dinars et après avoir pris l’argent, il quitta les lieux et se dirigea vers Sidon qu’il assiégea par terre et mer et érigea une tour de bois pour l’attaquer. La flotte égyptienne arriva pour défendre la ville et protéger les habitants mais ils furent retenus par la flotte croisée cependant les Musulmans s’avérèrent victorieux. Les nouvelles atteignirent alors les croisés que l’armée de Damas aidait les habitants de Sidon et ils quittèrent les lieux sans rien gagner.

 

Cette année, une grande comète avec une queue apparut et resta plusieurs nuits avant de disparaitre ensuite.

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Comment Mawdoud et l’armée du sultan conquirent Mossoul et Mawdoud devint le gouverneur

 

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Comment Jawouli libéra le comte croisé

 

Après la fuite d’Ilghazi, Jawouli se mit en route pour ar-Rahbah et lorsqu’il arriva à Maksin, il libéra le comte Baldwin qui avait été son prisonnier à Mossoul et qu’il avait pris avec lui. Il était resté en captivité et bien qu’il ait offert de grandes sommes d’argent, il ne fut pas libéré. Jawouli le libéra et lui donna une robe d’honneur après un séjour de presque cinq années en prison après la stipulation d’un paiement d’une rançon, de libérer les captifs musulmans qu’il retenait en prison et qu’il devrait apporter son aide en personne et celles de ses troupes puis de l’argent, quand il lui serait requis de le faire.

 

Quand cela fut conclu, Jawouli envoya le comte à Salim Ibn Malik le gouverneur de Qal’at Ja’bar jusqu’à l’arrivée de Josselin, son cousin et un des chevaliers des croisés, le souverain de Tall Bashir. Josselin avait été pris prisonnier avec le comte dans la même bataille mais il s’était rançonné  pour 20 000 dinars. Il resta donc à Qal’at Ja’bar en otage en échange du comte qui partit pour Antioche. Jawouli libéra Josselin de Qal’at Ja’bar et prit à sa place le frère de sa femme et le beau-frère du comte et l’envoya au comte pour le renforcer et pour l’encourager à libérer les prisonniers, envoyer l’argent et ce qu’il avait garanti. Quand Josselin atteignit Manbij il l’attaqua et la ravagea, bien qu’il avait avec lui un détachement des hommes de Jawouli qui objectèrent et qualifièrent de traitrise son comportement mais il répondit : « Cette ville n’est pas la vôtre. »

 

De ce qui s’est produit entre Baldwin et Tancrède le seigneur d’Antioche

 

 

Ce qui arriva à Jawouli après la libération du comte

 

 

De la bataille entre Jawouli et les croisés

 

Au mois de Safar cette année, une bataille eut lieu entre Jawouli Saqaou et Tancrède, le souverain d’Antioche. La raison est que le prince Ridwan correspondit avec Tancrède et l’informa du comportement traître, sournois et fourbe de Jawouli et le mis en garde qu’il avait l’intention d’attaquer Alep et que, s’il l’a prenait, les croisés ne pourraient plus maintenir leur présence en Syrie. Il proposa une alliance à Tancrède ainsi que de l’aide pour s’opposer à lui. Tancrède répondit à sa demande et quitta Antioche tandis que Ridwan lui envoya 600 cavaliers. En entendant ces nouvelles, Jawouli envoya un messager au seigneur d’Edesse et l’invita à lui fournir de l’aide et renonça à la grande somme d’argent de la rançon. Le comte procéda alors pour rejoindre les forces de Jawouli qui était à Manbij. Dans cette situation, Jawouli reçut des informations que l’armée du sultan avait conquis Mossoul et saisit sa trésorerie et ses propriétés. Cela lui fit beaucoup de peine et un grand nombre de ses partisans l’abandonnèrent dont l’Atabeg Zanki Ibn Aqsounqour et Baktash an-Nihawandi.

 

Jawouli se retrouva donc avec mille cavaliers mais une grande foule de volontaires le rejoignit et il campa devant Tall Bashir quand arriva Tancrède à la tête de 1 500 cavaliers croisés et des 600 soldats du prince Ridwan sans compter les fantassins. Jawouli donna le commandement de l’aile droite aux émirs Aqsiyan, Altountash al-Abari et d’autres et l’aile gauche à l’émir Badran Ibn Sadaqah, au commandant général Sabawah et Sounqour Daraz tandis que le centre fut donné aux comtes croisés Baldwin et Josselin. La bataille débuta et les hommes d’Antioche chargèrent le comte. Le combat fut féroce et Tancrède enfonça le centre. Alors l’aile gauche de Jawouli chargea l’infanterie du seigneur d’Antioche et tua un grand nombre d’entre eux. Alors que la défaite du seigneur d’Antioche semblait imminente, les hommes de Jawouli se tournèrent vers les chevaux de rechange des croisés, le comte et ceux de Josselin, les enfourchèrent et s’enfuirent. Jawouli se lança vers eux et les rappela mais ils ne revinrent pas. Son autorité sur eux s’était rompue après la chute de Mossoul et quand il vit qu’ils ne reviendraient pas avec lui, il ne pensa qu’à lui-même et craignant pour sa vie s’il restait, il s’enfuit suivit par le reste de l’armée.

Le commandant Sabawah partit pour Damas, Badran Ibn Sadaqah à Qal’at Ja’bar, le fils de Joukarmish disposa pour Jazirat Ibn ‘Omar et Jawouli pour ar-Rahbah. Une foule de Musulmans furent tués et le seigneur d’Antioche pilla leurs affaires et leurs bagages et le reste souffrit énormément des croisés. Le comte et Josselin s’enfuirent à Tall Bashir et un grand nombre de Musulmans y cherchèrent aussi refuge et ils furent bien traités. Les blessés furent soignés, les nus habillés avant d’être envoyé dans leurs propres terres.

 

La bataille entre Toughtakin et les croisés et le traité subséquent

 

Il y eut une féroce bataille cette année entre Toughtakin l’Atabeg et les croisés quand Toughtakin se rendit à Tibériade à cause de l’arrivée du neveu de Baldwin pour ouvrir des hostilités. Toughtakin commandait 2 000 cavaliers et un grand nombre de fantassins tandis que le neveu du roi Jérusalem commandait  400 chevaliers et 2 000 fantassins.

 

Après un combat intense, les Musulmans se retirèrent. Toughtakin descendit de sa monture et s’adressa aux Musulmans avec des mots d’encouragement puis, ils revinrent à la bataille et écrasèrent les croisés, en capturant le neveu du roi qui fut emmené à Toughtakin. Toughtakin lui proposa la conversion à l’Islam mais il refusa, offrit la rançon de 30 000 dinars et la libération de 500 captifs pour sa libération. Toughtakin n’accepta rien hormis sa conversion et comme il refusa, il le tua de ses propres mains et envoya au calife et au sultan les prisonniers qu’il fit. Plus tard Toughtakin et Baldwin, le roi des croisés se mirent d’accord pour une cessation des hostilités pour une durée de quatre ans. Ce fut une bénédiction d’Allah Tout Puissant pour les Musulmans et n’était-ce traité, les croisés, qu’Allah les maudisse, auraient remporté un grand succès sur les Musulmans après la défaite qui est sur le point d’être mentionnée.

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Comment Toughtakin fuit les croisés

 

 

Récit de la réconciliation entre les Sounnis et les shiites à Baghdad

 

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Comment les croisés capturèrent Tripoli et Beyrouth en Syrie

 

Le 11 du mois de Dzoul Hijjah de l’année 503de l’Hégire (1109), les croisés, qu’Allah les maudisse, capturèrent Tripoli et cela arriva comme suit. Tripoli était sous le contrôle de l’Egypte et en avait reçu des provisions comme nous l’avons mentionné durant l’année 501 de l’Hégire (1107).

Au mois de Sha’ban de cette (présente) année arriva une grande flotte en provenance des terres des croisés et commandée par un comte nommé Raymond Ibn St Gilles. Les navires débarquèrent des hommes, les armes, des provisions qui assiégèrent Tripoli qui avait été auparavant assiégé par le comte de Cerdagne, le neveu de St Gilles et qui n’est pas le neveu de ce Raymond. Au contraire, il est un autre comte cependant, il y eut  une dissension entre eux qui provoqua des problèmes et finalement un combat. Tancrède, le souverain d’Antioche, vint à Tripoli pour aider le comte de Cerdagne mais Baldwin, le roi de Jérusalem, vint avec son armée et fit la paix entre eux.

Au mois de Sha’ban, Tous les croisés descendirent ensemble sur Tripoli et commencèrent l’attaque et pressèrent durement sa population. Ils amenèrent leurs tours au contact de la muraille et quand la garnison et le peuple les virent, ils désespérèrent et leur volonté sombra. La dernière livraison de la flotte égyptienne avec des provisions et des renforts augmenta leur état vulnérable. La flotte était en retard, et bien que tout était prêt et le nécessaire fourni, ils se disputèrent durant plus d’une année et quand ils mirent les voiles, le vent les repoussa et ils ne purent arriver à Tripoli, afin qu’Allah Exalté puisse réaliser Son plan prédéterminé.

Les croisés intensifièrent leur combat et leurs assauts par les tours de siège et finalement assaillirent la ville qu’ils prirent par la force des armes le lundi 11 du mois de Dzoul Hijjah. Ils ravagèrent la ville, prirent prisonniers les hommes, asservirent les femmes et les enfants et saisirent les biens. La quantité d’argent, de marchandises et de livres des institutions d’apprentissage qu’ils pillèrent des habitants fut au-delà de tout calcul ou d’estimation. La population locale était l’une des plus riches et les plus commercialement développée. Le gouverneur et la petite garnison qui demandèrent des conditions avant que la ville ne tombe, quittèrent la ville en toute tranquillité et pour Damas. Les croisés soumirent le peuple à toutes sortes de torture pour qu’il livre les endroits ou leurs trésors étaient cachés et ils furent enlevés des endroits où ils les avaient cachés.

 

La conquête de Joubayl et de Banyas

 

 

La capture de Sidon par les croisés

 

Au mois de Rabi’ Thani de l’année 504 de l’Hégire (1110), les croisés prirent possession de la ville de Sidon sur la côte de la Syrie après le débarquement de soixante navires croisés chargés d’hommes et des provisions, accompagnées par un de leurs princes qui avaient l’intention de réaliser un pèlerinage à Jérusalem et pour mener la guerre, comme il l’affirma, contre les Musulmans. Baldwin, le roi de Jérusalem, les rencontra et un arrangement fut fait entre eux pour attaquer le territoire islamique. Ils quittèrent Jérusalem et assiégèrent durement par terre et mer la ville de Sidon le 3 du mois de Rabi’ Thani. 

 

La flotte égyptienne bien qu’ancrée à Tyr fut incapable d’aider Sidon. Les croisés, qu’Allah les maudisse, construisirent une solide tour de bois qu’ils couvrirent d’une couverture protectrice contre le feu et les pierres et qu’ils avancèrent pour un assaut. Quand les habitants de Sidon la virent, leurs cœurs flanchèrent et ils craignirent que la même chose qui était arrivé aux gens de Beyrouth ne leur arrive. Ils envoyèrent donc un certain nombre de Qadi et de Sheikhs aux croisés qui demandèrent des conditions au roi, qui leur donna la sécurité pour leurs vies et leurs biens ainsi qu’à la garnison. Ils accordèrent la sécurité à ceux qui voulurent rester avec eux ainsi qu’à ceux qui décidèrent de partir et un serment à cet effet leur fut donné. Le gouverneur ainsi qu’un grand nombre de notables quittèrent la ville le 20 du mois de Joumadah pour aller à Damas tandis qu’un grand nombre resta dans la ville sous garantie. Le siège dura quarante-sept jours.

Baldwin partit alors pour Jérusalem mais revint peu de temps après à Sidon et imposa aux Musulmans qui étaient restés le paiement de 20 000 dinars ce qui les appauvri et englouti leur richesse.

 

 

Comment les Egyptiens prirent le contrôle d’Ascalon

 

Ascalon avait appartenu aux ‘oubaydi d’Egypte quand le calife al-Amir Bi-Ahkamillah y nomma un gouverneur appelé Shams al-Khilafah qui entra en contact avec Baldwin, le roi des croisés en Syrie, et arrangea une trêve avec lui, lui donna des cadeaux d’argent et de marchandises puis avec le soutien de Baldwin, il échappa au contrôle égyptien.

Cependant, al-Amir Bi-Ahkamillah, le souverain d’Egypte et son vizir, al-Afdal l’émir al-Jouyoush en furent informés et ils furent si outragés qu’ils levèrent une force qu’ils envoyèrent à Ascalon avec un de leur grand général et annoncèrent que son but était de faire la guerre contre les croisés mais l’informèrent secrètement qu’il devrait arrêter Shams al-Khilafah quand il se présenterait devant lui et qu’il devrait lui-même rester en poste à Ascalon comme l’émir. L’armée se mise en route mais Shams al-Khilafah se douta de quelque chose et refusa d’apparaître devant l’armée égyptienne. Il proclama alors ouvertement sa rébellion et expulsa les troupes égyptiennes qu’il était avec lui de peur d’eux.

 

Quand al-Afdal fut informé, il craignit qu’il puisse abandonner Ascalon aux croisés et il lui envoya un messager qui le réconcilia et a calma ses craintes. Il le confirma à son poste et lui restitua son fief en Egypte. Puis, Shams al-Khilafah s’effraya des gens d’Ascalon et réunit un groupe d’Arméniens qu’il recruta pour en faire ses troupes. Les choses restèrent dans l’état jusqu’à la fin de l’année 504 de l’Hégire (1111) et tandis que les citadins étaient forts mécontents de la situation, certains notables bondirent sur lui alors qu’il était sorti et le blessèrent. Il s’enfuit dans sa résidence mais ils le poursuivirent et le tuèrent puis  pillèrent sa maison et son contenu ainsi que d’autres maisons appartenant à des hommes de riches, sur ce prétexte. Ils envoyèrent alors en Egypte un rapport de l’affaire à al-Amir et à al-Afdal, qui furent ravis et généreux envers ceux qui apportèrent ces bonnes nouvelles. Ils envoyèrent un nouveau gouverneur pour y résider et exercer la bienveillance et l’équité envers le peuple. Cela fut fait et les peurs furent tranquillisées.

 

La prise de la forteresse d’al-Athrib et d’autres par les croisés

 



[1] Un Atabeg est un titre de noblesse d’origine turc et en général attribué à un gouverneur et le premier à qui fut attribué ce titre fut le vizir Nizam al-Moulk.