Comment les croisés prirent la ville d’Antioche

 

Au mois de Rajab de l’année 490 de l’Hégire (1097), ils (les croisés) arrivèrent dans les terres de Kilij Arsalan Ibn Souleyman Ibn Qoutloumish, dont  Konya et d’autres villes. Ils furent interceptés par Kilij Arsalan et son armée qui les attaquèrent et les mirent en déroute cependant ils réussirent à sortir de ses terres et parvinrent dans celle d’Ibn Arman (fils de l’Arménien) qu’ils traversèrent avant d’arriver à Antioche qu’ils assiégèrent.

Lorsque Yaghi Siyan le gouverneur d’Antioche fut informé de leur arrivée, il craignit les chrétiens de la ville. Il envoya donc uniquement des Musulmans et leur ordonna de creuser les douves puis le jour suivant, il envoya les chrétiens à leur tour si pour creuser sans être accompagné par un seul musulman. Ils creusèrent jusqu’au soir et quand ils voulurent entrer dans la ville il les empêcha et leur dit :

- « Vous ne pourrez entrer tant que je n’aurais pas vu comment les choses seront entre nous et les croisés. » Ils demandèrent :

- « Qui prendra soin de nos fils et de nos femmes ? »

- « Je le ferais à votre place », leur répondit-il.

Alors ils partirent et s’établirent dans le camp croisé. Les croisés (qu’Allah les maudisse) assiégèrent la ville durant neuf mois. Yaghi Siyan déploya un grand courage, d’excellents conseils, une forte résolution et des plans minutieux comme il n’a jamais été vu auparavant si bien que la plupart des croisés périrent. S’ils étaient restés aussi nombreux que lorsqu’ils avaient quittés leur pays, ils auraient submergé les terres d’Islam. Yaghi Siyan protégea les familles des chrétiens de la ville qu’il avait empêché d’enter et retint les mains de ceux qui auraient pu leur faire du mal.

Comme le siège d’Antioche dura longtemps, les croisés contactèrent un des hommes gardant la tour, par une fenêtre près de la vallée, qui était un armurier nommé Rouzbah et lui offrirent de l’argent et des terres. Lorsqu’ils prirent leurs dispositions avec cet armurier maudit, ils grimpèrent vers la fenêtre ouverte à l’aide de corde et entrèrent. Quand ils furent plus de cinq cents, ils soufflèrent dans leur trompette à l’aube tandis que les défenseurs étaient si fatigués de tant de nuits sans sommeil et de garde. Yaghi Siyan se réveilla et demanda ce qui arrivait. On lui  dit :

- « Ce son vient de la citadelle et il ne fait aucun doute qu’elle a déjà été prise. » Cependant, ce n’était pas de la citadelle, mais simplement de cette tour. Il fut soudain terrifié, ouvrit la porte de la ville et s’enfuit avec trente serviteurs. Quand son député vint s’enquérir des nouvelles, il fut informé que le gouverneur s’était enfui et il fit de même par une autre porte, une bénédiction pour les croisés. S’il avait tenu juste patienté un peu plus, les croisés auraient tous périt mais ils entrèrent dans la ville qu’ils ravagèrent après avoir tué tous les Musulmans qui s’y trouvaient au mois de Joumadah Awwal de cette même année.

 

Quand le jour suivant se leva, Yaghi Siyan qui s’était affolé retrouva la raison. Il se regarda après avoir couvert plusieurs kilomètres et dit à ceux qui étaient avec lui :

- « Où suis-je ? »

- « Vingt-deux kilomètres d’Antioche », lui répondit-on. Il regretta alors sa fuite vers la sécurité et de ne pas avoir lutté jusqu’à ce qu’il les ait reconduits de sa ville ou qu’il ait trouvé la mort. Il  commencé à pleurer et se lamenta d’avoir abandonné sa femme, ses enfants et la population musulmane. À cause de la violence qui l’affligea, il s’évanouit et tomba de son cheval. Quand il tomba à terre, ses serviteurs le remontèrent mais il fut incapable de tenir sa monture car il était près de la mort. Ils le laissèrent alors et quittèrent la place. Un Arménien, qui ramassait du bois de combustion le trouva alors qu’il rendait son dernier souffle. Il le tua alors et trancha sa tête qu’il ramena aux croisés à Antioche.

 

Les croisés, qu’Allah les maudisse, écrivirent aux souverains d’Alep et de Damas, en leur disant qu’ils n’avaient aucun  dessein sur les terres autre que celles qui avaient appartenu aux Byzantins et qu’ils n’avaient nulle autre ambition. C’était une ruse et une tromperie pour leur faire cesser d’envoyer de l’aide vers Antioche.

 

 

Le massacre d'Antioche - Gustave Doré

 

Comment les musulmans marchèrent contre les croisés et ce qui leur est arrivé

 

 

Récit de la conquête de Ma’arrat an-Nou’man par les croisés

 

Après leur victoire sur les Musulmans, les croisés marchèrent sur Ma’arrat an-Nou’man ou ils établirent leur camp et assiégèrent la ville. Les habitants luttèrent violemment contre eux et les croisés furent éprouvés et connurent des difficultés face à la résistance acharnée et l’opposition âprement menée. Ils construisirent alors une tour de bois qu’ils approchèrent le long de la muraille et la bataille qui s’ensuivit près de la tour ne causa pas de mal aux Musulmans. Quand la nuit tomba, certains Musulmans devinrent effrayés et tombèrent dans le défaitisme et l’abattement. Ils pensèrent que s’ils se fortifiaient dans certaines des grandes maisons, ils pourraient tenir et ainsi descendirent des remparts qu’ils gardaient et abandonnèrent l’endroit qu’ils avaient défendu. Un autre groupe de garde les virent et firent comme eux abandonnant la surveillance et tous les gardes firent de même si bien qu’aucun mur ne fut plus protégé. Les croisés grimpèrent avec des échelles et pénétrèrent dans la forteresse tandis que les Musulmans perdus entrèrent dans leurs maisons. Durant trois jours les croisés, qu’Allah les maudisse, les passèrent par l’épée et tuèrent plus de cent mille d’entre eux. Le reste fut pris en esclavage et les croisés prirent possession de la ville.

 

Ils restèrent quarante jours avant de marcher sur ‘Arqa, qu’ils assiégèrent durant quatre mois. Ils minèrent plusieurs endroits mais sans toutefois pouvoir prendre la place. Mounqid, le gouverneur de Shayzar envoya des messagers et parvint à un accord avec eux. Ils marchèrent alors sur Homs, qu’ils assiégèrent, jusqu’à ce que le souverain, Janah ad-Dawlah conclus aussi un traité avec eux. Puis empruntant la passe (défilé) de Naqourah, les croisés partirent pour Acre mais qu’ils furent incapables de prendre.

 

Cette même année, Tamim Ibn al-Mou’iz Ibn Badis, le souverain d’Ifriqiyah conquit l’île de Djerba, l’île de Kerkennah et la ville de Tunis. Il y eut une famine sévère en Ifriqiyah au cours de laquelle beaucoup de personnes périrent.

 

Toujours cette année, le calife envoya un envoyé au sultan Barkyarouq pour chercher de l’aide contre les croisés, soulignant l’importance de cette affaire et du besoin de s’en occuper d’urgence avant qu’elle ne devienne plus dramatique.

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Scène de cannibalisme lors de la prise de Ma’arrat an-Nou’man (rapporté par les historiens occidentaux)

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Comment les croisés (qu’Allah les maudisse) prirent Jérusalem

 

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Récit de la guerre entre les croisés et les Egyptiens

 

Au cours du mois de Ramadan de cette année, il y eut une bataille entre les troupes égyptiennes et les croisés. La raison est que lorsqu’al-Afdal, l’émir al-Jouyoush (armées), entendit ce qui était arrivé aux gens de Jérusalem, il rassembla et mobilisa ses forces avant de marcher sur Ascalon. Il envoyé un message aux croisés condamnant leurs actions et les menaçant. Ils transmirent leur réponse à l’envoyé qui partit, les croisés sur ses talons qui tombèrent sur les Egyptiens peu après l’arrivée de l’envoyé. Les Egyptiens n’eurent aucune intelligence de leur arrivée ou de leurs mouvements et n’étaient donc pas prêts pour la bataille. Le cri « à cheval » résonna mais les croisés étaient trop rapides pour eux et les mirent en fuite après leur avoir infligé des pertes. Les croisés prirent tout ce qui était dans le camp, propriétés et armes comme butin.

 

Al-Afdal s’enfuit et entra dans Ascalon. Un certain nombre de soldats mis en déroute se cachèrent dans un bosquet d’arbres de sycomore, qui se trouvait en grande quantité dans la région. Les croisés l’incendièrent si bien qu’une partie péri et ceux qui tentèrent de s’enfuir furent tués. Al-Afdal revint en Egypte avec sa garde rapprochée tandis que les croisés assiégèrent Ascalon et renforcèrent le siège. La population paya alors un tribut de 12 000 dinars, bien qu’un autre rapport dise 20 000 et les croisés, maudit soient-ils, revinrent à Jérusalem.

 

Cette même année Abou al-Qassim, le fils de l’Imam des Deux Sanctuaires Abou al-Ma’ali al-Jouwayni, fut tué à Nishapour, où il était le prêcheur. Les gens du commun pensèrent qu’Abou al-Barakat ath-Tha’labi avait conspiré pour le faire tuer et ils l’attaquèrent donc, le tuèrent et mangèrent sa chair.

 

Il y eut aussi une grande famine au Khorasan ou les provisions furent introuvables durant deux années. La raison est que la pluie détruisit toutes les récoltes et qu’ensuite une épidémie virulente toucha le peuple. Le nombre de morts fut si important qu’ils ne purent être enterrés.

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Compte-rendu de la victoire des musulmans sur les croisés

 

 

De ce qui arriva au Qadi de Jabalah

 

Son nom était Abou Muhammad ‘Oubaydallah Ibn Mansour et il était connut sous le nom d’Ibn Soulayhah. Son père était le chef de Jabalah quand les Byzantins gouvernèrent les Musulmans et il fut leur Qadi. Quand le pouvoir du Byzantins s’affaiblit et que les Musulmans prirent le contrôle, la ville se retrouva sous l’autorité de Jalal al-Moulk Abou-Hassan ‘Ali Ibn ‘Ammar, le seigneur de Tripoli ou Mansour conserva sa position de juge. Quand ce dernier mourut, son fils Abou Muhammad lui succéda. Il aimait la vie militaire et favorisait les soldats. Son énergie ambitieuse était parfaitement claire et Ibn ‘Ammar voulu l’arrêter. Conscient de cela, Abou Muhammad se révolta et rétablit la Khoutbah (sermon) en faveur des Abbassides. Ibn ‘Ammar offrit de l’argent à Douqaq Ibn Toutoush pour l’attaquer et l’assiéger ce qu’il accepta de faire toutefois sans succès. Son compagnon, l’Atabeg Toughtakin, fut atteint d’une flèche au genou qui eut un effet durable.

 

Abou Muhammad resta maitre jusqu’à l’arrivée des croisés, qu’Allah les maudisse, qui l’assiégèrent. Il lança la rumeur que le sultan Barkyarouq était en route pour la Syrie, et obtint l’effet escompté puisque les croisés se retirèrent. Quand il leur fut confirmé que le sultan était occupé ailleurs, ils reprirent leur siège. Jabalah lanca de nouveau la rumeur que les Egyptiens étaient en route pour les affronter et ils se retirèrent une deuxième fois mais revinrent peu après. Il se mit donc d’accord avec les Chrétiens locaux qu’ils devraient communiquer avec les croisés et leur promettre la capitulation d’une des tours de la ville et de la capture de la ville. Quand le message leur parvint, ils expédièrent 300 de leur chefs et hommes les plus braves qui se présentèrent à ladite tour et qu’ils grimpèrent les uns après les autres et où les attendaient Ibn Soulayhah qui finalement les tua tous et quand le matin se leva, il lanca les têtes en bas aux croisés, qui partirent alors.

 

Plus tard, ils revinrent pour assiéger Jabalah et érigèrent une tour de bois pour l’attaquer. Ils détruisirent une tour de la ville mais avant le matin Abou Muhammad l’avait reconstruit. Alors ils minèrent le mur de la cité mais il fit une sortie, les attaqua et feignit la fuite. Les croisés le poursuivirent mais ses hommes émergèrent des mines et les prirent à revers. Ils s’enfuirent alors mais leur commandant nommé Constable fut capturé et il se rançonna contre une grande somme d’argent.

 

Abou Muhammad se rendit alors compte qu’ils ne renonceraient pas à leurs attaques et qu’il n’avait pas la force nécessaire pour résister. Il envoya donc un messager à l’Atabeg Toughtakin lui demandant d’envoyer quelqu’un à qui il se fiait pour reprendre le fort de Jabalah et le défendre, pour qu’il lui-même puisse venir à Damas avec ses biens et sa famille. Sa demande fut accordée et Toughtakin lui envoya son fils, Taj al-Moulouk Bouri. Abou Muhammad lui abandonna la ville et se mis en route pour Damas d’où il demanda d’être envoyé à Baghdad, ce qui lui fut accordé. Il fut accompagnée par des hommes pour le garder tout le long du voyage jusqu’à ce qu’il arriva à Anbar.

 

Après son arrivée à Damas, le seigneur de Tripoli, Ibn ‘Ammar, avait envoyé au prince Douqaq, un message disant : « Livrez-moi Ibn Soulayhah, nu. Prenez toutes ses possessions et je vous donnerai 300 000 dinars », mais cela ne fut pas fait.

 

Après son arrivée à Anbar, Abou Muhammad y resta quelques jours avant de partir pour Baghdad, où se trouvait le sultan Barkyarouq. A son arrivée, le vizir al-A’azz Abou al-Mahassin le convoqua et lui dit :

- « Le sultan est dans le besoin. Les troupes lui demandent ce qu’il n’a pas. Donne-nous 30 000 dinars. Ce sera une grande faveur que tu lui feras, qui te vaudras récompense et remerciement. » Il répondit :

- « J’entends et obéis » sans lui demander de réduire la somme. Il continua :

- « Mes bagages et possessions sont dans Anbar dans la maison dans laquelle je me suis arrêté. » Le vizir envoya plusieurs hommes et ils trouvèrent beaucoup d’argent et d’objets précieux dont 1 100 articles d’or et en argent merveilleusement faits, des vêtements et des turbans rares.

 

La suite de ces événements couvre plusieurs mois et pour éviter toute coupure, nous continuons la narration avant de revenir à notre chronologie.

 

Quand Taj al-Moulouk Bouri prit le contrôle de Jabalah, lui et ses hommes traitèrent les habitants de mauvaise manière. Ils leur firent des choses que les gens critiquèrent. Ils écrivirent au Qadi Fakhr al-Moulk Abou ‘Ali ‘Amrar Ibn Muhammad Ibn ‘Ammar, le seigneur de Tripoli et se plaignirent de ce qui leur était fait. Ils lui demandèrent d’envoyer certains de ses hommes à qui ils pourraient abandonner la ville. Il accepta et envoya une force, qui entra dans Jabalah et, s’unissant avec les habitants, lutta contre Taj al-Moulouk et ses hommes. Les Turcs furent vaincus et les troupes d’Ibn ‘Ammar prirent le contrôle de Jabalah. Ils prirent Taj al-Moulouk prisonnier et l’envoyèrent à Tripoli, où il fut bien reçu par Ibn ‘Ammar et traité avec bonté. Ibn ‘Ammar l’envoya à son père à Damas avec ses excuses, en lui expliquant la situation, et lui disant combien il craignait que les croisés prennent Jabalah.

 

Le massacre des batini

 

 

Comment les gens du commun réagirent à Ispahan

 

Après que cette affliction eut touché un grand nombre de gens à Ispahan, Allah le Tout Puissant permit l’humiliation et la vengeance contre les auteurs. Il arriva qu’un homme entra dans la maison de son ami et remarqua des vêtements, des sandales et des sous-vêtements qu’il ne reconnut pas. Il ressortit et parla de cette affaire aux gens qui enquêtèrent et apprirent qu’ils appartenaient aux hommes qui avaient été tués. Les citoyens se mirent en colère, cherchèrent qui avait été tué et demandèrent des renseignements. Puis, ils prirent le contrôle du quartier des batini. Ces derniers, chaque fois qu’un homme passait près d’eux, ils l’emmenaient de force dans une de leurs maisons, le tuait et ensuite le jetait dans une fosse dans une des maisons qui avait été préparée.

 

Un homme aveugle entra dans leur quartier et se tint près d’un mur. Quand quelqu’un arriva, il lui demanda de le mener quelques pas jusqu’à la porte du quartier. L’homme l’accompagna quelques pas et le fit entrer dans une maison, ou il fut saisit et tué. Le juriste Shafi’i Abou al-Qassim Mas’oud Ibn Muhammad al-Khoujandi se consacra alors à le venger. Il rassembla une foule considérable avec des armes et leur ordonna de creuser des tranchées et de les remplir de combustibles et d’y mettre le feu. Les gens commencèrent apporter des batini, un par un ou en groupe et les jetèrent dans les flammes. Ils confièrent la charge des fosses à un homme qu’ils surnommèrent Malik et une multitude de batini furent ainsi massacré.

 

Les forteresses qu’ils conquirent dans les terres perses

 

Comment Jawouli Saqaou traita les batini

 

Durant cette année Jawouli Saqaou exécuta une grande multitude d’entre eux du fait qu’il gouvernait la région entre Ramhourmouz et Arrajan. Quand les batini prirent les forts dans le Khouzistan et Fars et qui ont déjà été mentionnés, en augmentant leurs dommages, car ils interrompirent les voyages sur les routes de ces régions, il concerta un plan avec un groupe de ses disciples, qui feignirent être en désaccord avec lui, le quittèrent et rejoignirent les batini, en faisant semblant d’être avec eux et de leurs point de vues. Ils restèrent ainsi avec eux jusqu’à ce que la confiance leur fût accordée.

 

Alors Jawouli annonça que les émirs, les fils de Boursouq, projetaient de l’attaquer et prendre ses terres et qu’il était déterminé à partir et aller à Hamadan parce qu’il ne pouvait pas leur résister. Lorsque cela fut connu, il se mit en route et ses suivants qui étaient avec les batini et dans le complot dirent : « Laissez-nous aller là où il passera et nous saisirons tous ses biens. » Ils se mirent en route avec trois cents de leurs chefs et champions et quand ils rencontrèrent les hommes de Jawouli dans leurs rangs se retournèrent contre eux et les passèrent par le sabre. Seul trois individus s’enfuirent en grimpant une colline. Jawouli prit leurs chevaux, leurs armes et leurs effets comme butin.

 

Le meurtre du seigneur de Kirman, un batini et le changement de gouverneur

 

Touranshah Ibn Touranshah Ibn Qawourt Beg fut celui qui tua les isma’ili (et non pas les ismaéliens) turcs qui ne doivent pas être associés à la secte batini. Ils furent simplement appelés ainsi d’après un de leur émir nommé Isma’il et ils étaient Sounnis. Il tua 2 000 d’entre eux de sang-froid et trancha les mains de 2 000 autres.

 

Un homme appelé Abou Zour, qui était un employé de bureau dans le Khouzistan, vint à Touranshah et le convainquit avec succès des avantages de la doctrine batini. Il y avait avec Touranshah, un juriste Hanafi appelé Ahmad Ibn al-Houssayn al-Balkhi, qui était beaucoup respecté par les gens. Il le convoqua une nuit et tint une longue séance avec lui. Quand il partit, Touranshah envoya des hommes après lui pour le tuer. Le matin suivant, lorsque les gens vinrent le trouver et avec eux, son commandant militaire, il dit à Touranshah :

- « O prince, qui a tué ce juriste ? » Il répondit :

- « Tu es le préfet de la ville et tu me demande qui l’ai tué ! »

- «  Je connais son tueur » dit-il en se levant et en quittant l’assemblée. Il quitta alors son service avec trois cents cavaliers et alla à Ispahan. Touranshah envoya 2 000 cavaliers pour le pister et le rapporter mais il se défendit et les vaincus puis poursuivit sa route vers Ispahan, où se trouvait le sultan Muhammad et Mouayyad al-Moulk. Le sultan le reçut avec honneur et dit : « Tu es le père des princes. »

 

Après son départ les troupes de Kirman devinrent mécontentes, s’unirent ensemble et luttèrent contre Touranshah qu’ils expulsèrent de Bardsir qui est la ville principale de Kirman. Quand il la quitta, le Qadi et l’armée acceptèrent de remettre sur pied Arsalan Shah Ibn Kirman Shah Ibn Qawourt Beg. Touranshah se rendit dans la ville de Bam au Kirman mais les habitants s’opposèrent à lui, lui interdirent l’entrée et saisirent l’argent et les bijoux qu’il avait. Il partit alors pour le château de Soumayram dirigé par un émir nommé Muhammad Bihsoutoun et s’y fortifia. Arsalan Shah envoya une armée qui assiégea le château. Muhammad Bihsoutoun a dit à Touranshah : « Part. Je ne tiens pas à te trahir. Je suis un Musulman et ta présence ici me cause des tords. Ma religion peut-être soupçonné à cause de toi. » Quand Touranshah décida de partir, Muhammad Bihsoutoun envoya un messager au commandant des forces les assiégeant pour l’informer du départ de Touranshah. Un détachement de troupes fut alors envoyé pour l’intercepter. Ils l’attrapèrent et le saisirent avec ce qu’il avait avec lui. Ils prirent aussi Abou Zour. Arsalan Shah dépêcha des hommes pour les éliminer tous les deux et reprit ainsi toutes les terres de Kirman.

 

Pourquoi Barkyarouq tua les batini

 

Quand l’importance des batini grandi, leur pouvoir militaire augmenta et leurs nombres se multiplia tandis que, la haine et la rancœur s’établit entre eux et leurs adversaires. Après qu’ils aient tué plusieurs émirs supérieurs, dont la plupart étaient loyaux envers Muhammad et hostiles envers le sultan Barkyarouq, comme les préfets d’Ispahan, de Sarmaz, d’Arghoush et de Koumoush, des Mamalik de Nizam al-Moulk, son beau-fils et d’autres encore, les ennemis de Barkyarouq lui attribuèrent ces actes et le soupçonnèrent de sympathie envers les batini.

 

Quand le sultan Barkyarouq fut victorieux et mit en déroute son frère, le sultan Muhammad et tué le vizir de ce dernier, Mouayyad al-Moulk, un certain nombre de batini commencèrent à agir ouvertement dans son armée et induisirent beaucoup de soldats en erreur, en leur présentant leur doctrine. Ils devinrent alors presque dominants tant en nombre qu’en pouvoir. L’armée vint à contenir un groupe de leurs chefs, donc leur importance augmenta et ils commencèrent à menacer de mort ceux qui ne les approuvaient pas. Ceux qui s’opposèrent à eux devinrent craintifs, au point que ni émir et ni sous l’officier, n’osait sortir de chez lui sans protection et portait un plastron sous ses vêtements. Même le vizir al-A’azz Abou al-Mahassin avait l’habitude de mettre une cotte de mailles sous ses vêtements. Ses proches associés demandèrent au sultan Barkyarouq la permission de se présenter devant lui avec leurs armes et lui firent part de leur crainte de ceux qui pourraient les attaquer. Il leur donna donc la permission de faire ainsi.

 

Ils conseillèrent au sultan de les attaquer tant qu’ils n’étaient pas en position de contrer la situation et lui dirent combien les gens le soupçonnait d’avoir une inclination envers leur doctrine, au point que les troupes de son frère Sultan Muhammad en faisait leur raillerie. Sur le champ de bataille, ils se moquèrent d’eux disant « batini ! » Toutes ces remarques firent leur chemin et le sultan donna la permission d’attaquer et de tuer les batini. Il partit avec l’armée et les pourchassa. Il saisit plusieurs de leurs tentes et seules quelques insignifiantes personnes s’enfuirent.

 

Un l’entre eux suspectés d’être leur chef était l’émir Muhammad Ibn Doushmanziyar Ibn ‘Ala' ad-Dawlah Abi Ja’far Ibn Kakouya, le seigneur d’Yazd. Il s’enfuit en voyageant un jour et une nuit et le deuxième jour, il se retrouva parmi l’armée, après s’être égaré et ignorant l’endroit où il se trouvait. Il fut exécuté et le proverbe suivant est approprié ici : « Ses propres jambes vous amenèrent un traître ». Ses tentes furent pillées et on constata qu’il avait une réserve d’armes. Certains suspects furent emmenés au champ de courses et exécutés. Plusieurs personnes innocentes qui n’étaient pas d’entre eux furent aussi tuées ont été tuées parce qu’elle avait été faussement accusé par leurs ennemis. Parmi les exécutés se trouvait le fils de Kaykoubad, le gouverneur de Tikrit. Son père n’avait pas changé le sermon au nom de de Barkyarouq mais avait entrepris la réparation et la fortification de la citadelle. Il démolit la mosquée d’une congrégation de la ville, qui se trouvait près de la citadelle, pour éviter qu’une attaque soit lancée depuis ce lieu et convertit une église dans la ville en mosquée où des prières furent tenues.

 

Une lettre fut envoyée à Baghdad pour l’arrestation d’Abou Ibrahim al-Assadabadhi qui s’y trouvait déjà comme envoyé de Barkyarouq pour saisir la propriété d’al-Mouayyad al-Moulk. Il était l’un des principaux notables des batini. Il fut arrêté et emprisonné. Quand il fut sur le point d’être exécuter, il  dit : « Supposez que vous me tuez, pourrez-vous tuer tous ceux qui se trouvent dans les châteaux et les villes ? » Il fut donc exécuté et aucune prière de fut récitée sur lui puis, il fut lancé à l’extérieur de la muraille. Son fils adulte fut aussi tué par l’armée avec ceux qui étaient en leur compagnie.

 

Les habitants de ‘Ana s’étaient joint à cette doctrine dans le passé et leur attitude fut dénoncée au vizir Abou Shouja’ durant le règne d’al-Mouqtadi bi-Amrillah qui les convoqua à Baghdad et questionna leur Sheikhs sur ce qui était racontés à leurs sujets. Ils renièrent et rejetèrent ces affirmations et il les laissa aller. De même, al-Kiya al-Harras qui était un enseignant de la Nizamiyyah (école religieuse fondée par Nizan al-Moulk) fut aussi soupçonné d’être un batini. Cette accusation fut transmise au sultan Muhammad, qui ordonna son arrestation. Le Calife al-Moustadhir Billah envoya pour le faire libérer et témoigna de la sûreté de ses convictions et sa haute réputation dans les études religieuses si bien qu’il fut libéré.

 

 

 

 

 

 

Les conquêtes des croisés en Syrie

 

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[1] Et ainsi en est-il pour la fameuse croix sur laquelle, ‘Issa Ibn Maryam, paix sur lui,  aurait-il été crucifié ; mythes et mensonges.