Abou al-‘Abbas Ahmad al-Mansour

 

 

 

La division de l’état

 

Avec le décès de Muhammad ash-Sheikh, le pays sombra une nouvelle fois dans la guerre civile, qui culmina par la division du royaume en deux parties. ‘AbdAllah, le fils de Muhammad ash-Sheikh devint le souverain de la partie nord avec Fès pour capitale tandis que Zaydan, un frère de Muhammad ash-Sheikh celui de la partie sud avec Marrakech pour capitale. La division de l’état engendra le processus de désintégration et les Sharif Banou Sa’d firent face à de nombreux mouvements d’indépendance dans les différentes parties du pays qui réduisirent considérablement le royaume des Bani Sa’d et laissa leurs états précaires.

 

À Fès, l’autorité de ‘AbdAllah ne s’étendait pas au-delà de la nouvelle ville de Fès tandis que la vieille ville de Fès ne reconnaissait pas son autorité et lui ferma les portes.

 

 

Centres de pouvoir politique

Avec la désintégration du pouvoir des Sharif Banou Sa’d, d’autres centres de pouvoir politique virent le jour dans le pays.

Dans les montagnes de Daran dans le Haut Atlas, un chef religieux du nom de Yahya Ibn ‘AbdAllah al-Hahi acquit de l’importance et vint à exercer le pouvoir.

Dans le Moyen Atlas, une fraternité religieuse ad-Dalaiyah prit aussi de l’importance et à l’embouchure du fleuve Ragrag entre Ribat et Sala, des réfugiés musulmans andalous établirent la principauté indépendante d’Abou Ragrag.

Au nord, d’autres réfugiés musulmans andalous établirent une colonie à Tétouan. Et certains aventuriers essayèrent même de prendre le pouvoir, exploitant l’état de troubles généralisés dans le pays.

 

 

Abou Mahalli

 

Au sud, un savant religieux nommé Abou Mahalli de Sijilmasa prétendit être le Mahdi et le Messie attendu. Beaucoup de tribus arabes se joignirent sous sa bannière et lui portèrent allégeance. Bientôt, il fut capable de lever une immense armée et captura Marrakech et Zaydan vaincu, s’enfuit de la capitale tandis qu’Abou Mahalli s’assit sur le trône et se maria de force avec la mère de Zaydan.

Au pouvoir, Abou Mahalli appliqua des politiques oppressives qui le rendirent impopulaire et bien qu’il prétendit être le Mahdi, ses pratiques étaient indignes de l’Islam qu’ont en commun d’ailleurs tous les imposteurs qui prétendent être le Mahdi comme nous l’avons vu à maintes reprises. Certains ‘Oulémas émirent un arrêté juridique, une Fatwa, réfutant ses prétentions.

 

Lorsque Zaydan s’échappa de Marrakech, il chercha refuge avec Yahya Ibn ‘AbdAllah al-Hahi dans le Haut Atlas qui commandait un groupe de pieux musulmans et qu’il mit à la disposition de Zaydan qui conduisit cette force à Marrakech ou Abou Mahalli, après un règne de trois années, fut vaincu et tué et le trône recapturé par Zaydan.

Bien que Zaydan remonta sur le trône, il resta un souverain insignifiant et Marrakech devint un vassal de la principauté al-Hahi du Haut Atlas.

 

 

Muhammad al-‘Ayyashi

 

Muhammad al-‘Ayyashi était un gouverneur d’Azemmour sous le règne de Zaydan et appartenait à la tribu arabe des Banou Malik qui était établie sur les rives du fleuve Sibou et qui occasionnellement opérait des raids contre les Espagnols qui occupaient les régions côtières. Sur les plaintes des Espagnols, Zaydan désista al-‘Ayyashi de son poste et ce dernier se révolta contre l’autorité du gouvernement de Marrakech et établit sa propre petite principauté dans l’ouest.

 

Les réfugiés musulmans andalous qui avaient fondé la principauté d’Abou Ragrag à l’embouchure de l’Abou (Bou) Ragrag devint une base importante pour la piraterie sur la côte atlantique qui interceptait les expéditions entre l’Europe et l’Amérique. Ces réfugiés musulmans, étaient des ennemis acharnés de l’Espagne ainsi que des Sharif Banou Sa’d qui avaient remis les côtes aux Espagnols.

Les Espagnols construisirent une forteresse à Mamourah sur le fleuve Sibou au nord-est de Sala qui devint une menace pour la principauté d’Abou Ragrag et dans ces circonstances, al-‘Ayyashi et la communauté d’Abou Ragrag s’allièrent contre les Espagnols et bien qu’ils n’aient pu chasser les Espagnols de leurs possessions, ils les empêchèrent toutefois de devenir plus agressifs et les forcèrent à rester sur la défensive.

 

En l’an 1039 de l’Hégire (1630), al-‘Ayyashi élimina complètement de l’ouest l’autorité des Banou Sa’d et durant un quart de siècle, il resta une menace pour les Espagnols et bien qu’il ait remporté quelques victoires mineures, il fut incapable de les chasser définitivement du Maroc essentiellement parce que les Musulmans luttaient entre eux et ne pouvait donc pas offrir un front uni contre les Espagnols.

 

Al-‘Ayyashi fut tué en l’an 1051 de l’Hégire (1641), en luttant contre l’armée de Dalaiyah.

 

 

‘Ali Abou Hassan as-Samlali

 

Avec la désintégration du pouvoir des Banou Sa’d, celui de ‘Ali Abou Hassan as-Samlali se leva à Souss. Il appartenait à une famille religieuse du Haut Atlas et quand Zaydan reprit le trône de Marrakech, après la défaite d’Abou Mahalli en l’an 1023 de l’Hégire (1614), Abou Hassan organisa les Berbères de la tribu Jazoulah et occupa Souss.

Hassan Abou as-Samlali entra en conflit avec Yahya al-Hahi des montagnes de Daran, le protecteur de Sultan Zaydan. Yahya essaya de chasser Abou Hassan de Souss mais échoua dans son tentative.

Yahya décéda en l’an 1035 de l’Hégire (1626) et avec la mort d’al-Hahi, sa principauté prit fin ouvrant la voie à l’augmentation du pouvoir d’Abou Hassan qui annexa dans son autorité Dar’a puis Tafilelt en l’an 1041 de l’Hégire (1631). Avec la capture de Tafilelt, Abou Hassan pu contrôler le commerce avec le Soudan et cela enrichit économiquement sa principauté.

 

 

Les Dalaiyah et la chute des Sharif Banou Sa’d

 

 

 

Les Filali Sharif

 

Les Filali Sharif originaires du Hijaz émigrèrent au Maghreb au septième siècle de l’Hégire (le treizième siècle) et s’installèrent à Sijilmasa. Ils arrivèrent progressivement au pouvoir et leurs souverains furent appelés « Moulay », mon seigneur.

Sous le règne de leur chef ‘Ali ash-Sharif, au neuvième siècle de l’Hégire, les Filali Sharif prirent part aux guerres contre les Portugais à Ceuta et Tanger et joignirent les Banou Nasr de Grenade quand ces derniers appelèrent au Jihad contre les croisés d’Espagne.

Au onzième siècle de l’Hégire (dix-septième siècle), les Filali Sharif s’établirent dans l’oasis de Tafilalet et leur chef était Moulay ‘Ali ash-Sharif qui décéda en l’an 1069 de l’Hégire (1659).

 

 

Muhammad Ibn ‘Ali ash-Sharif

 

Muhammad succéda à son père ‘Ali ash-Sharif mais ne put fermement contrôler le pouvoir. En l’an 1074 de l’Hégire (1664), il fut renversé par son frère ar-Rashid après un règne de cinq années, de l’an 1069 à 1076 de l’Hégire (1659 à 1665) tandis que cette même année, Catherine de Bragance, la princesse du Portugal, apporta Tanger en dot à l’Angleterre après son mariage avec le roi Charles II d'Angleterre.

 

 

Ar-Rashid Ibn ‘Ali ash-Sharif

 

Ar-Rashid Ibn ‘Ali ash-Sharif fut le fondateur de la prospérité politique des Filali Sharif. Il étendit son influence et reçut l’allégeance d’un très grand nombre de tribus.

 

En l’an 1077 de l’Hégire (1666), il établit sa base à Taza avant d’attaquer Fès, mais dut se retirer devant la résistance acharnée des gens de la ville. Dans les années qui suivirent, les affaires prirent une tournure favorable pour les Filali et lorsqu’ar-Rashid attaqua Fès pour la deuxième fois, les gens ouvrirent les portes de leur ville qui fut prise sans lutte.

L’année suivante, les Filali Sharif prirent Marrakech et les territoires sous le contrôle des Dalaiyah se rendant ainsi maîtres de tout le Maroc. Toutes les petites principautés furent liquidées et se constituèrent en société commerciale dans le royaume des Filali. Ar-Rashid décéda en l’an 1083 de l’Hégire (1672) après un règne de huit ans au cours desquels il bâtit les fondations d’un état fort.

 

 

Moulay Isma’il Ibn ‘Ali ash-Sharif

 

 

 

Les successeurs de Moulay Isma’il

 

 

 

Moulay Muhammad Ibn Moulay ‘AbdAllah

 

Moulay Muhammad succéda à son père Moulay ‘AbdAllah et fut aussi un grand souverain de la dynastie.

Sous son règne, l’anarchie qui avait marqué les trente précédentes années prirent fin le pouvoir des Filali brilla de nouveau. Moulay Muhammad était un musulman pieux et conservateur et il prit des mesures pour préserver le cadre traditionnel de vie islamique. Il construisit quelques palais et d’autres bâtiments publics à Meknès et Marrakech ainsi que nouvelle ville de Mogador de style andalou avec des rues droites qui devint bientôt un centre de commerce extérieur.

Il développa les ports de Casablanca (dar al-baydah) et Mogador et en l’an 1179 de l’Hégire (1765), une escadre française bombarda Salé et Larache.

 

L’année suivante (1766), Moulay Muhammad dut faire face à une grande révolte berbère dans le Moyen Atlas (rif). ‘Abd as-Saddiq ‘Arrifi, le fils du pacha Ahmad et le successeur du pacha ‘Abdel Karim le gouverneur de Tanger, accusé d’être l’instigateur de la rébellion, fut arrêté tandis que sa famille et les nobles de Tanger furent exilés. Suite à cela, le sultan établit dans la ville, une garnison de ‘Abid pour surveiller les habitants.

 

En l’an 1181 de l’Hégire (1767), Moulay Muhammad conclut un traité commercial avec la France.

 

En l’an 1183 de l’Hégire (1769), il conduisit une expédition contre les Portugais et les expulsa de Mazagan sur la côte du Maroc et attaqua sans succès la position espagnole de Melilla.

 

En l’an 1189 de l’Hégire (1775), il conclut un traité de paix avec l’Espagne pour le maintien du statu quo avant de mourir en 1204 de l’Hégire (1790) après un règne de trente-trois ans durant lequel, il bâtit un puissant état.

 

 

Moulay Yazid Ibn Moulay Muhammad

 

Moulay Yazid succéda à son père et son règne de deux années fut désastreux. Ses mesures répressives le rendirent impopulaire d’autant plus qu’il rompit le traité de avec l’Espagne qui bombardèrent les régions côtières marocaines.

Ses politiques imprudentes causèrent un grand mécontentement et des rébellions éclatèrent dans tout le pays.

 

En 1204 de l’Hégire (1792), son frère se rebella contre lui et Yazid fut tué lors d’une bataille contre un chef rebelle près de Marrakech.

 

 

Moulay Souleyman

 

A sa mort, son frère Moulay Souleyman prit le pouvoir mais ne put établir fermement son autorité et éliminer ses rivaux. Il entreprit des expéditions répétées contre les Berbères du Moyen Atlas et suivit les enseignements de Muhammad Ibn ‘Abdel Wahhab, le Moujaddid d’Arabie, qui l’amenèrent à prendre des mesures contre les marabouts et d’autres fraternités religieuses. Ces mesures anti soufi furent appliquées contre les confréries soufies Darqawiyah et Wazaniyah qui étaient au sommet de leur popularité au Maroc et engendrèrent de violentes réactions.

La famine et une épidémie de peste, qui décimeront la moitié de la population, affaibliront considérablement le pays entre les années 1211 et 1214 de l’Hégire (1797-1800).

 

Entre les années 1233 à 1235 de l’Hégire (1818-1820), des insurrections éclatèrent à Fès et dans la région du Moyen Atlas et des mesures punitives furent prises contre les rebelles. Et tandis que ces révoltes étaient encore réprimées, Moulay Souleyman décéda en l’an 1237 de l’Hégire (1822) après un règne de trente années et durant cette période la paix fut maintenue avec les forces étrangères.

 

 

Moulay ‘AbderRahmane

 

 

 

Moulay Muhammad

 

Moulay ‘AbderRahmane fut succédé par son fils Muhammad qui poursuivit une guerre désastreuse avec l’Espagne en l’an 1277 de l’Hégire (1860) ou il subit une écrasante défaite. Dans le traité qui suivit, le Maroc fut forcé à payer une lourde indemnité de guerre et pour l’honorer, le gouvernement du faire des prêts à l’étranger et donc abandonner une bonne partie de sa souveraineté en matière douanière, fiscale et judiciaire.

 

Privé d’une partie de ses ressources traditionnelles, le Sultan s’endetta auprès des banques anglaises et le temps de payer l’indemnité, le Maroc permit qu’une partie de ses revenus douaniers soit sous contrôle de l’Espagne qui occupa le port de Tétouan jusqu’au paiement total de l’indemnité, ce qui fut le plus humiliant pour le Maroc. Pour ajouter à l’insulte et la blessure, par la Convention de Béclard de l’an 1280 de l’Hégire (1863), le gouvernement du Maroc fut obligé d’agir sur certaines politiques que sur le conseil de consuls étrangers, ce qu’il fait toujours de nos jours. Ce fut un coup fatal pour l’indépendance du Maroc.

 

L’État du aussi faire face aux problèmes de modernisations et les défaites face à la France et l’Espagne montrèrent la faillite de la machine de guerre du Maroc et à moins d’être totalement rénovée, le Maroc ne pourrait survivre comme un état indépendant.

 

Moulay Muhammad mourut en l’an 1290 de l’Hégire (1873), après un règne de quatorze ans. La totalité de son règne fut ombragée par la tragédie du désastre de la guerre avec l’Espagne qui détériora progressivement  les affaires de l’état.

 

 

Moulay al-Hassan

 



[1] Voir appendice I.