Wadi al-Makhzan

 

Sébastian poursuivit sa marche dans le pays aride au Sud-est de ‘Assilah sous l’intense chaleur de l’été qui réduisit le moral et la force des croisés et arriva au Wadi al-Makhzan ou il trouva le pont du fleuve gardé par la cavalerie de ‘Abdel Malik. Le roi portugais refusa de lutter pour le pont et suivit le fleuve en aval vers une section peu profonde, ou il traversa le fleuve à gué et campa avec ses forces sur la plaine entre les rivières de Wadi Warour et de Wadi Makhzan à environ 12 kilomètres de Qasr al-Kabir.

 

« Cette armée », rapporte, Muhammad as-Saghir Ibn al-Hajj Muhammad Ibn ‘AbdAllah al-Ifrani al-Marakkashi dans son livre « nouzhat al-hadi bi-akhbar moulouk al-qarn al-hadi », « traînait avec elle deux-cents canons, avait tout d’abord commencé par saccager le littoral. Les habitants avisèrent de cette situation le sultan ‘Abdel Malik, qui était alors à Marrakech, et, se plaignirent vivement des cruautés exercées par l’ennemi.

‘Abdel Malik écrivit aussitôt de Marrakech au monarque chrétien : « Vous avez déjà, lui dit-il, fait preuve de courage en quittant votre pays et en traversant la mer pour venir dans cette contrée. Si maintenant vous demeurez en place jusqu’à ce que je me porte à votre rencontre, c'est que vous êtes un vrai chrétien et un brave, sinon vous n’êtes qu’un chien, fils de chien ».

Quand il eut reçu cette lettre, le roi portugais très irrité consulta son entourage et leur demanda :

- « Faut-il demeurer ici en attendant que nos compagnons d’arme nous ait rejoints ? »

- « Mon avis », dit Muhammad Ibn ‘AbdAllah, « est que nous marchions en avant et que nous nous emparions de Tétouan, d’al-Qasr et de Larache. Les approvisionnements de ces villes et leurs trésors que nous amasserons viendront ainsi accroître nos forces ». Toute l’assistance approuva ce conseil, excepté le monarque qui ne goûta point cet avis.

 

‘Abdel Malik qui avait écrit à son frère Ahmad lui enjoignant de quitter Fès et la banlieue de cette ville pour se mettre à la tête de ses troupes et se préparer à la lutte, avait adressé ensuite au roi chrétien les mots suivants : « Je vais faire seize journées de marche afin de me porter à votre rencontre, ne ferez-vous pas une seule journée de marche pour venir vers moi ? » L’ennemi qui était alors à un endroit appelé Tahaddart se mit aussitôt en marche et vint camper sur les bords de l’Oued al-Makhzin[1], à peu de distance du château de Qitamah ou Qasr al-Kabir.

Dans cette circonstance ‘Abdel Malik employa une ruse de guerre, car dès que le roi portugais eut franchi la rivière avec ses troupes et fit camper son armée sur la rive opposée, il donna l’ordre de couper le pont et envoya à cet effet un détachement de cavalerie qui exécuta la mission qui lui avait été confiée et à cet endroit la rivière n’était pas guéable ».

 

 

Parallèlement, ‘Abdel Malik se rendit à Souss le 26 juin. C’est là qu’il apprit, le 2 juillet que l’armée portugaise avait quitté Lisbonne à destination du Maroc. Il retourna à Marrakech pour rassembler son armée avant de partir pour Salé, où il apprit le 14 juillet, le débarquement des portugais à ‘Assilah. Alors il se mit en route et arriva le 24 juillet à Souq al-Khamis à quelques kilomètres de Qasr al-Kabir bien qu’il fut gravement malade. Un témoin espagnol rapporta : « Tout malade qu’il était, il se dirigea avec son armée vers ‘Assilah, se faisant porter en litière, jusqu’à ce qu’il fût à une journée d’al-Qasr, où son frère avec son armée, l’attendait pour se joindre à lui. A l’occasion de leur rencontre, on fit une grande et longue salve de canons et d’arquebuses des deux côtés, bien que le roi vint en si mauvaise disposition et si faible de sa personne ».

 

Les espions de ‘Abdel Malik l’informaient de chaque mouvement fait par l’armée portugaise et devant la formidable machine de combat qui marchait sur lui, il offrit à Sébastian des termes extrêmement favorables que le roi portugais rejeta.

Alors, il décida de livrer bataille mais à l’endroit qu’il aurait lui-même choisit et le temps de préparation mit par les Portugais sur la plage lui laissa aussi le temps de rassembler une grande armée et d’organiser ses forces, une parfaite stratégie qui lui permit de retarder la bataille et d’amener les mécréants dans une position intenable et un piège insoupçonnable.           

 

L’ordre de bataille  

 

Après avoir passé une paisible nuit, ‘Abdel Malik, se réveilla, le 30 du mois de Joumadah Awwal de l’année 986 de l’Hégire (lundi 4 août 1578), plus malade que la veille, fiévreux et respirant avec peine, sentant ses forces l’abandonner. Cependant, il se concentra sur l’imminence de la bataille et au lever du jour enfourcha péniblement son cheval pour déployer son armée en forme de large croissant :

- La corne droite face au roi Sébastien et sa cavalerie,

- La corne gauche composée de mille arquebusiers montés et dix-mille cavaliers-lanciers face aux contingents de l’apostat Muhammad al-Masloukh al-Moutawakkil allié aux croisés sous le commandement de Duarte de Menezes et du duc d’Aveiro,

- Le centre du croissant commandé par Muhammad Zarkou et composé de deux-mille arquebusiers montés et dix-mille cavaliers-lanciers déployés tout au long de la partie centrale ou il avait déployé en demi-cercle les 26 pièces d’artillerie dont le fameux canon de bronze al-Maymounah pesant douze tonne et d’une portée de tir de mille mètres, servies par des artilleurs experts. Les Caïds Dogali et Muhammad Faba au milieu de leurs arquebusiers se tenaient près de la garde personnelle de l’émir des Bani Sa’d, ‘Abdel Malik, sous le commandement de Moussa tandis que la cavalerie était déployé en une ligne continue doublant la forme demi-circulaire du dispositif de première ligne. Quant aux volontaires qui étaient accourus pour le Jihad, l’émir les avait placés sur les hauteurs des collines proches d’Ahl-Sarif, près de la corne droite du croissant occupée par Moulay Ahmad, avec l’ordre formel de n’intervenir qu’après l’engagement de l’armée de ‘Abdel Malik.

 

Les Portugais ne tardèrent pas à constater que ‘Abdel Malik avait déployé l’armée musulmane de manière à bloquer la route et avait placé son artillerie sur une partie élevée du terrain tandis que sa cavalerie, le plus fiable élément de son armée était tenue en réserve près de l’émir.   

Sébastian déploya alors son artillerie face au centre, là où se trouvait le corps principal de l’armée de ‘Abdel Malik tandis qu’il divisa l’infanterie en trois formations :

- L’avant-garde formée par les Castillans, les Anglais, les Allemands, les Wallons et d’autres étrangers derrière les canons,

- Le centre composée essentiellement de Portugais militaires et civils ainsi que toutes leurs bagages et,

- L’arrière-garde, une force mixte d’arquebusiers.

Sébastian divisa la cavalerie en deux escadrons qu’il plaça sur chaque flanc et les cavaliers d’al-Moutawakkil en réserve, à l’arrière du flanc droit.    

Epaules contre épaules, l’infanterie de Sébastian, armée de piques et d’arquebuses paraissait une formidable force défensive mais était réduite par l’espace et avait peu de place pour manœuvrer. La stratégie portugaise consistait à laisser les Musulmans s’abattre sur les piques et les épées et les laisser suffisamment s’épuiser pour contre-attaquer et pour Sébastian,  survivre à l’attaque ennemie était synonyme de victoire.    

 

Quant à l’armée de ‘Abdel Malik, elle comptait une large cavalerie armée de sabres et de courte lance qui lui permettait non seulement une grande mobilité sur le champ de bataille  mais aussi une fluidité pour l’attaque. Ce qui aurait pu paraître comme le seul important désavantage de l’armée marocaine et qu’elle était constituée d’un grand nombre de tribu qui seraient tentées à s’enfuir en cas de revers dans la bataille. Mais en fait c’était un avantage car les Musulmans avaient la particularité de combattre par tribus, chacune cherchant la gloire aux dépens de l’autre, et chacune cherchait à faire mieux que sa voisine ou leurs oncles ou leurs cousins.

 

 

La décisive bataille des trois rois

 

 

 

Autre récit

 

 

 

Des causes de la mort d’Abou Marwan ‘Abdel Malik

 



[1] Makhzin, Makhazin, Makhazan ou Makhzan.

[2] Muhammad as-Saghir Ibn Muhammad Ifrani « nouzhat al-hadi bi-akhbar moulouk al-qarn al-hadi ».