Ibn Ya’qoub Ibn Youssouf Ibn ‘Abdel Haqq

 

 

 

Les rebellions au Maghreb

 

 

 

La traitrise d’Ibn al-Ahmar et la Chute de Tarif

 

 

 

Les rebellions des fils de l’émir Abou Yahya Ibn ‘Abdel Haqq

 

Toujours cette même année, les fils de l’émir Abou Yahya Ibn ‘Abdel Haqq se révoltèrent et s’enfuirent à Tlemcen, où ils restèrent jusqu’à ce que l’émir des Musulmans leur envoya dire de revenir. Dès qu’ils furent en route pour rentrer à Fès, l’émir Abou ‘Amir, prévenu de leur approche par des espions, sortit du Rif pour les arrêter en chemin et il les atteignit à Sabra, près de la Moulouïyyah, où il les tua, persuadé qu’il devançait ainsi l’accomplissement des désirs de son père mais l’émir des Musulmans Abou Ya’qoub, en apprenant ce crime, l’exila, et il ne cessa d’errer dans le Rif et sur les terres des Ghamarah jusqu’à sa mort, au mois de Dzoul Hijjah de l’année 698 de l’Hégire (1298). Son corps fut transporté à Fès et enterré près de Bab al-Fath.

L’émir Abou ‘Amir laissa trois enfants, ‘Amir, Souleyman et Daoud, qui ne sortirent pas de prison tant que vécut Abou Ya’qoub, leur grand-père mais, à sa mort, ‘Amir et Souleyman montèrent successivement sur le trône.

 

 

Les ambassadeurs

 

Au début de l’année 692 de l’Hégire (1292) et jusqu’au mois de Joumadah Thani, l’émir reçut successivement un envoyé d’Ould ar-Ranak, le fils d’Henri le roi du Portugal, un du roi de Bayonne et des ambassadeurs des émirs de Tlemcen et de Tunis.

 

Le vendredi 4 du mois de Joumadah Thani, il entra dans la forteresse de Tazoutah, et, vers le milieu de Rajab, les envoyés d’Ibn al-Ahmar, le Raïs Abou Sa’id et Abou Soultan ad-Dani quittèrent Fès et retournèrent en Andalousie.

 

Le lundi 26, l’émir Abou ‘Amir se rendit au Qasr al-Mijaz pour inspecter les affaires de l’Andalousie, et le sultan Abou ‘AbdAllah Ibn al-Ahmar se mit en voyage pour venir trouver l’émir des Musulmans, Abou Ya’qoub, s’excuser de sa conduite au sujet de Tarif, et lui demander le gouvernement de l’Andalousie. Il débarqua près de Ceuta et vint à Tanger, apportant avec lui de magnifiques cadeaux, au nombre desquels se trouvait le Qur’an qui avait appartenu aux rois Omeyyades, et dont il avait hérité dans le palais de Cordoue. Ce Qur’an avait été écrit par la propre main, dit-on, de l’émir des croyants, le Calife ‘Uthman Ibn ‘Affan, qu’Allah soit satisfait de lui.

 

Abou ‘AbdAllah arriva à Tanger le samedi 2 du mois de Dzoul Qi’dah et il rencontra les émirs Abou AbderRahmane Ya’qoub et Abou ‘Amir. L’émir des Musulmans sortit de Fès pour aller à sa rencontre après la prière de ‘Asr, le 12, accompagné de tous ses fils, mais l’un d’eux, l’émir Abou Muhammad ‘Abdel Mou'min, mourut en route, dans la ville d’Asjar, le dimanche 30 de ce même mois. Arrivé à Tanger, l’émir des Musulmans reçut Ibn al-Ahmar, l’écoula avec bienveillance, le combla de générosités et lui accorda toutes ses demandes sans tenir compte de ce qui s’était passé. Il lui fit de magnifiques cadeaux d’une valeur équivalente à celle des présents qui lui avaient été offerts, et ce dernier repartit pour l’Andalousie le samedi 20 du mois de Dzoul Hijjah.

 

Durant cette même année, l’émir des Musulmans, Abou Ya’qoub, donna à Ibn al-Ahmar la direction d’Algésiras, de Ronda et de toutes les places qui en dépendaient, telles que Yamnah, ad-Dounah, Ranish, Sakhirah, Imagh, al-Ghar, Na'ith, Tardilah, Mishwar, Wathit, al-Midar, Adiyar, ash-Shithil, at-Thibash, Ibn Tounboul, ad-Dlil, Ashtabounah, Majlous, Shaminah, an-Najour et Noujarish.

 

En l’an 693 de l’Hégire (1293), l’armée de l’émir des Musulmans se rendit en Andalousie, sous les ordres de son ministre ‘Ali ‘Omar Ibn as-Sa’oud, pour assiéger Tarif.

Cette même année, il y eut une famine et une peste désastreuses dans le Maghreb, où la mortalité fut si grande qu’on plaçait deux, trois et quatre cadavres sur la même planche de lavage. Le prix du blé et de la farine atteignirent des prix records si bien que l’émir des Musulmans convertit les mesures et rétablit le moud du Prophète, Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui et cela fut fait sur l’intercession du Faqhi, Abou Faris al-Malzouzi al-Maknassi.

 

En l’an 694 de l’Hégire (1294), la situation s’améliora, et le prix des denrées diminua partout.

 

Au début de l’année 695 de l’Hégire (1295), l’émir Abou Ya’qoub se mit en campagne sur les terres de Tlemcen et arriva à la forteresse de Tawrirt, située sur la frontière des deux états et dont il n’avait que la moitié tandis que l’autre appartenait à ‘Uthman Ibn Yaghmourassan. L’émir des Musulmans chassa le gouverneur de Yaghmourassan et se mit en devoir de reconstruire les fortifications de cette place; il commença les travaux le 1 du mois de Ramadan, et toutes les murailles munies de leurs portes doublées de fer furent achevées le 5 du même mois et chaque matin, après sa prière, il venait assister aux travaux. Alors il laissa à Tawrirt une garnison des Bani ‘Askar sous le commandement de son frère l’émir Abou Yahya, fils de l’émir Abou Youssouf avant de retourner à Ribat où il célébra la fête de la rupture du jeune sur les rives de la Moulouïyyah.

 

En l’an 696 de l’Hégire (1296), l’émir des Musulmans rasa les terres de Tlemcen. En sortant de Fès, il se rendit à Nadromah qu’il assiégea et martela quelque temps avant de partir pour Oujda qu’il fortifia et bâtit dans l’enceinte une Casbah, un palais, un bain et une mosquée puis, il y laissa une garnison des Bani ‘Askar sous les ordres de son frère, l’émir Abou Yahya. A qui il donna ordre de harceler la ville et les environs de Tlemcen.

 

Après être rentré à Fès, il se remit en campagne au début de l’année 697 de l’Hégire (1297), et vint lui-même assiéger Tlemcen.

Cette même année, l’émir ‘Ali, connu sous le nom de Ibn Zarbahata, trompé par une lettre, contrefaite par Abou al-‘Abbas al-Miliani, de son père l’émir des Musulmans, fit périr les Sheikhs de Maroc, ‘Abdel Karim Ibn ‘Issa et ‘Ali Ibn Muhammad al-Hantati.

De même, l’émir Abou Zayyan trouva la mort cette année.

 

 

Le siège de Tlemcen et la mort d’Abou Ya’qoub