Le siège d’Algésiras

 

 

 

Au secours des assiégés

 

 

 

L’alliance des Bani al-Ahmar avec les Bani ‘Abdel Ouad contre les Bani Marine

 

Dans les premiers jours de Rabi’ Thani, Abou Ya’qoub vint à Algésiras, et les croisés saisis de terreur, s’attendirent à être assiégés et il se trouva que, indisposé contre Ibn al-Ahmar depuis qu’il avait pris Malaga, l’émir Abou Ya’qoub fit alliance avec Alfonsh pour attaquer Grenade ensemble, et les principaux croisés se rendirent chez son père pour la ratification de ce pacte mais dès que l’émir eut connaissance de cela, il lui adressa les plus vifs reproches. Plein de courroux, il ne ratifia point le traité, et, bien au contraire, il resta à Souss, en jurant qu’il ne verrait jamais un seul de ces croisés amenés par son fils, si ce n’était dans leur propre pays. Les chefs mécréants s’en retournèrent fortement humiliés.

L’émir Abou Youssouf se rendit alors à Fès, où il écrivit aux tribus des Banou Marine et Arabes de se préparer pour le combat dans la voie d’Allah et, dans les premiers jours de du mois de Rajab, il quitta Fès pour aller en Andalousie mettre fin aux querelles et combattre les ennemis d’Allah.

Il arriva à Tanger vers le milieu du mois et descendit à la Casbah. En examinant la situation, il reconnut que le feu de la discorde s’était rallumé en Andalousie, et que les haines et les brigandages s’étaient beaucoup accrus, tant du côté des Musulmans que de celui des mécréants. Il trouva que l’ennemi avait fait de grands progrès depuis son éloignement et qu’il avait profité de sa mésintelligence avec Ibn al-Ahmar au sujet de Malaga. Il envoya donc un émissaire à ce prince pour lui offrir son alliance moyennant la restitution de Malaga mais ce dernier rejeta avec hauteur ses propositions car il avait déjà fait la paix avec Yaghmourassan Ibn Zayyan, auquel il avait envoyé de riches trésors et des magnifiques présents pour s’allier avec lui contre Abou Youssouf, l’émir des Musulmans et harceler son armée en pénétrant sur ses terres pour l’empêcher de passer en Andalousie.

L’émir des Musulmans ayant eu connaissance de cette intrigue, expédia un courrier chez Yaghmourassan pour lui demander une explication et lui offrir la paix mais Yaghmourassan répondit à l’émissaire : «  Il n’y a pas d’entente possible entre l’émir et moi et jamais il n’y aura d’alliance entre nous, et, ma vie durant, il ne doit s’attendre qu’à la guerre. Tout ce qu’on lui a dit de ma coalition avec Ibn al-Ahmar est la vérité. Qu’il s’attende donc à me rencontrer et qu’il se tienne prêt au combat ». L’envoyé rapporta cette réponse à l’émir des Musulmans, qui s’écria : « O Grand Seigneur, accorde-moi la victoire contre eux, o Toi le Meilleur des Victorieux ! »

Après être resté trois mois et dix-sept jours à Tanger, l’émir revint à Fès et envoya un second message à Yaghmourassan pour entamer de nouvelles négociations et lui démontrer son erreur : « O Yaghmourassan », lui écrivit-il, « jusqu’à quand persisteras-tu dans cette voie et quand te désisteras-tu de cette amertume en faveur de sentiments meilleurs ? Sache que tous nos différends sont vides ; aie donc du bon sens et agrée la paix qui est la plus belle chose qu’Allah ait faite pour ses serviteurs. Je désire que tu sois fort et puissant, capable de prêter ton appui pour le Jihad, et que cette guerre et que les conquêtes sur les mécréants deviennent ta seule ambition. Nous devons être absolument en bonnes relations ensemble. Si tu refuses d’aller à la guerre et que tu ne veuilles point entrer toi-même dans cette voie, laisse au moins agir les croyants pour leur soutien et leur propre défense, et ne t’oppose plus au passage des Toujini, qui sont les alliés des Bani Marine ». Pendant que l’envoyé de l’émir parlait, Yaghmourassan remua à plusieurs reprises sur son siège, et quand il entendit prononcer le nom des Toujini, il s’écria, hors de lui-même :

- « Par Allah ! Je ne veux plus entendre un mot de ces gens-là. Si Alfonsh en personne venait chez eux, je ne l’empêcherais point et le laisserais faire ».

 

 

La bataille de l’Oued Tafna

 

 

 

L’expédition d’al-Bira

 

L’émir quitta Algésiras le 1 du mois de Rabi’ Thani de l’année 682 de l’Hégire et avança jusqu’à Cordoue, dont il rasa les environs et pilla les châteaux avant de se diriger vers al-Bira après avoir laissé son camp et le butin à Bayza sous la garde de cinq-mille cavaliers des plus vaillants, et en cela il fit preuve de beaucoup de jugement et de prudence. Il se rendit en toute hâte à al-Bira, traversa durant deux jours un pays désert avant d’atteindre des lieux habités. Les cavaliers qui étaient avec lui ne cessèrent de galoper, et il n’y eut de halte qu’aux environs de Tolède, à une journée d’al-Bira. Le butin et les richesses que les Musulmans acquirent dans cette expédition, et le nombre de milliers de croisés qui périrent sont incalculables.

L’émir, changea de direction et se porta sur ‘Oubidah, renversant, pillant et incendiant tout ce qu’il trouva sur son passage et arrivé sous les murs de la place, il commença aussitôt l’attaque mais un instant après, un barbare, posté sur les remparts, lui décocha une flèche qui atteignit son cheval. L’émir fut protégé par la grâce d’Allah néanmoins cet accident le décida à se retirer, et il revint au camp de Bayza, où il demeura trois jours pour laisser reposer ses troupes avant de retourner à Algésiras avec les trésors et les dépouilles au mois de Rajab puis à Tanger et à Fès, où il arriva dans la dernière décade de Sha’ban.

 

Au mois de Mouharram 683 de l’Hégire (1281), il envoya son fils Abou Ya’qoub dans le sud à Souss tandis qu’il tomba gravement Maroc et donna l’ordre à son fils de revenir qui rentra aussitôt. L’émir des Musulmans retrouva la santé et put bientôt se lever pour aller combattre de nouveau dans la voie d’Allah en Andalousie, vers la fin du mois de Joumadah Thani de cette même année. Il rentra à Ribat al-Fath vers le milieu de Sha’ban et dans les derniers jours de Shawwal, il se rendit au Qasr al-Mijaz, d’où il appela les tribus Berbères à combattre dans la voie d’Allah et toute la fin de l’année 683 de l’Hégire fut employée aux préparatifs et au passage des troupes en Andalousie.

 

 

Quatrième passage de l’émir Abou Youssouf en Andalousie

 

L’émir Abou Youssouf passa pour la quatrième fois en Andalousie pour conduire le Jihad contre les croisés, le jeudi 5 du mois de Safar, an 686 (1285). Il débarqua à Tarifa, et se rendit à Algésiras, où il demeura quelque temps avant de se mettre en route sur les terres chrétiennes qu’il rasa jusqu’à l’Oued Loukka de Guadalete avant de marcher à Xérès avec l’intention de reprendre toutes les terres des mécréants pour rétablir les Musulmans jusque dans leurs extrêmes limites, en s’arrêtant dans chaque contrée, aussi longtemps qu’Allah, à lui les Louanges et la Gloire, le voudrait.

Il arriva à Xérès le 20 du mois de Safar et dès ce jour-là, chaque matin, après avoir fait sa prière, il montait à cheval avec ses guerriers et se rendait devant la porte de la ville avant d’envoyer ses troupes dans toutes les directions pour détruire les moissons, couper les arbres, saccager les habitations sans relâche jusqu’à l’heure de la prière de ‘Asr, où il ralliait tout son monde, puisse Allah Exalté lui faire faire miséricorde, et revenait dans son camps. Il ne cessa d’exhorter les Musulmans et de les pousser en avant, parce qu’il savait que les croisés, avaient leurs greniers vides et qu’ils seraient menacés par la famine s’il détruisait leurs moissons et toutes leurs ressources.

 

Le 21 du mois de Safar, les détachements des Bani Marine et des Arabes rentrèrent au camp après avoir tout dévasté sur leur route jusqu’au voisinage de la ville d’Ibn Salim tandis que la cavalerie musulmane qui était restée à Tarifa, ainsi que les troupes des garnisons des diverses forteresses d’Andalousie, rejoignirent l’émir avec armes et bagages.

 

Le mercredi 25 du mois de Safar, l’émir des Musulmans envoya Ayad al-‘Assami attaquer la forteresse de Shaloukah où il massacra tous les croisés qui s’y trouvaient. Le jeudi 26, l’émir, envoya ses deux ministres, les Sheikhs Abou ‘AbdAllah Muhammad Ibn Athou et Abou Muhammad Ibn ‘Imran, pour lui ramener des renseignements sur les forteresses d’al-Qantarah et de Routhah ce qu’ils firent accompagnés d’un détachement de cinquante cavaliers.

 

Le vendredi 27, l’émir demeura dans son camp et ne monta pas à cheval mais cela n’était qu’une ruse pour que les croisés se sentent à l’abri d’une attaque ce jour-là et ils ne manquèrent pas de faire sortir leurs troupeaux de la ville pour les faire paître aux alentours, et dont s’empara Abou ‘Ali Ibn Mansour Ibn ‘Abdel Wahid, qui s’était embusqué dans les oliviers avec trois-cents cavaliers.

 

Le samedi 28, l’émir monta à cheval avec tous ses guerriers, et se rendit devant la ville de Xérès, qu’il bombarda pendant une heure avant de se retirer en abattant sur son passage un nombre considérable de vignes et de figuiers.

 

Le dimanche 29, il donna à son petit-fils, Abou ‘Ali Mansour Ibn ‘Abdel Wahid, le commandement de mille cavaliers, et l’envoya à Séville avant de partir devant Xérès, ou il ordonna à sa troupe de continuer l’œuvre de destruction.

Abou ‘Ali Mansour se mit en marche avec ses mille cavaliers des tribus des Bani Marine, des Arabes, des ‘Assam, des Khilouth, al-Aftaj et al-Aghzaz et ne s’arrêta qu’au Jabal Jirir, où il fit la prière de ‘Asr, et remonta à cheval avec tous les croyants qui l’accompagnaient jusqu’à ce qu’il arrive sous les arches du pont d’al-Qantarah au coucher du soleil. Là ils firent halte pour nourrir les chevaux et ils se remirent en marche toute la nuit. L’aube les surprit alors qu’ils étaient entre le Jabal Rahmah de la Sierra Morena et Séville, ou ils attendirent le lever du soleil.

L’émir Abou ‘Ali Mansour consulta alors les chefs de la troupe, et il fut décidé que cinq-cents cavaliers se porteraient en avant pour attaquer Séville tandis que le reste resteraient en arrière pour les suivre à distance.

Le premier groupe partit suivit à une allure moindre par Abou ‘Ali Mansour avec le reste de sa troupe. Les croisés attaqués par surprise furent taillés en pièces ou faits prisonniers et leurs maisons pillées. Un corps de Musulmans des Bani Souhoum, des Bani Wanhoum et quelques Bourghwatah rencontrèrent un détachement de croisés et Allah Exalté anéantit ce groupe de mécréants, qui furent tous tués ou faits prisonniers.

Les troupes ayant rallié l’émir Abou ‘Ali Mansour demandèrent au Sheikh Abi al-Hassan ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Yarjatan, quelle route il convenait de prendre pour le retour. Le Sheikh leur répondit : «  S’il plait à Allah, entre Carmona et al-Qila’ ». L’émir ayant donné ordre de réunir le butin, le confia à un Amin, et le faisant passer devant, il se dirigea vers Carmona. Les Musulmans souffrirent beaucoup en route de la chaleur et de la soif.

L’émir Abou ‘Ali envoya le cavalier Abou Samir en avant pour aller reconnaître Carmona. Abou Samir partit au galop et tomba peu après sur une troupe de Musulmans en déroute et en fuite de Carmona. Abou Samir, s’arrêtant, leur dit :

- « Que vous arrive-t-il donc ? » Ils répondirent :

- « Nous étions devant Carmona, quand une troupe de cavaliers et de soldats en est sortie et nous a attaqués et qui arrivent à notre poursuite derrière cette colline ».

Abou Samir s’arrêta donc en cet endroit avec les fuyards, et attendit l’arrivée de l’émir Abou ‘Ali escorté de ses troupes et du butin qu’il informa à son arrivée et ils se précipitèrent tous ensemble pour intercepter les croisés, qui firent aussitôt volte-face et s’enfuirent en désordre poursuivit par les Musulmans qui les atteignirent à la porte même de la ville et les massacrèrent tous, à l’exception d’un petit nombre qui parvint à se réfugier derrière les remparts. L’émir ordonna alors d’incendier les moissons et de couper les arbres dans les environs de Carmona ce qui fut fait jusqu’à l’heure de ‘Asr.

Au coucher du soleil, il rejoignit sa caravane sur les bords de l’Oued Loukka avant de partir pour les Arches (al-qwass) ou il saccagea le pays et les moissons jusqu’à l’heure de la prière de ‘Asr avant de marcher vers l’Oued Milhah pour rejoindre le camp avec tout son butin.