Les nouvelles séditions en Andalousie

Avec les conflits pour le pouvoir au Maghreb, la séparation (infissal) des Banou Hafs en Ifriqiyah ou la Tunisie, l’apparition des Bani Marine au Maghreb extrême (maghrib aqsah) ou le Maroc, des grandes séditions apparurent en Andalousie particulièrement à Murcie sous l’égide de Muhammad Ibn Youssouf Ibn Houd, de la tribu des Houd Joudamiyine qui étaient les gouverneurs de Saragosse sous les royaumes indépendants, et qui réussit à chasser les Mouwahhidine d’un certain nombre de leur terre en Andalousie en battant Sayd Abi Zayd ‘AbderRahmane Ibn Muhammad Ibn Youssouf Ibn ‘Abdel Mou'min qui était le gouverneur de Valence.

Muhammad Ibn Youssouf Ibn Houd porta allégeance au calife abbasside al-Moustansir Billah puis les villes de Séville, Mérida, Badajoz et Shatibah se joignirent à lui et il prit le nom de al-Moutawwakil ‘Alallah.

 

Un des petits enfants (ahfad) de Youssouf Ibn Sa’d Ibn al-Mardanish, du nom de Abou Jamil Zayyan Ibn al-Mardanish se rebella aussi à Valence, ce qui poussa le gouverneur des Mouwahhidine, Sayd Abi Zayd ‘AbderRahmane Ibn Muhammad Ibn Youssouf Ibn ‘Abdel Mou'min, à demander de l’aide à Kha'im al-Awwal, le roi croisé d’Aragon.

Ce Mouwahhid portant le titre de Sayd, car soi-disant appartenant à la famille du Prophète Muhammad (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui), partit demander de l’aide aux croisés et prit avec lui ses biens, sa famille et ceux de ses partisans qui voulaient le suivre. Mais pire ce décrépit (tafi), lâche (jabane), méprisable (haqir)[1] « Sayd al-Mouwahhidi » quitta l’Islam, devint chrétien, se maria avec une chrétienne et changea son nom de ‘AbderRahmane en celui de Vicente. Cet apostat est d’ailleurs mentionné de manière moqueuse dans les livres occidentaux « Vicente, Roi de Valence, petit-fils de l’émir des croyants » (fisante malik bolensia hafid amir al-mou'minin).  

Comment peut-on changer son nom de Sayd en Vicente, prétendre appartenir à la famille du Prophète Muhammad (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui), vous prévaloir d’être des Mouwahhidine, d’égorger et tuer les gens pour les forcer à suivre votre Madhhab ridicule (sakhif), de prêcher al-Mahdawiyah et d’apostasier à la première rébellion des andalous, qu’Allah t’enlaidisse (qabahaka allah)[2].

 

 

Les trois rois chrétiens, Fernando III le roi de Castille, Alfonsh IX le roi de Léon et al-Kha'im al-Awwal ou Jacques (James) le roi d’Aragon qui observaient les évènements avec la plus grande minutie (dikkah) pensèrent qu’il était temps d’en finir avec l’Andalousie blessée (jarihah) et saisirent la chance qui s’offraient à eux.

 

 

En l’an 627 de l’Hégire (1229), Alfonsh IX le roi de Léon captura les villes de Mérida et celle stratégique de Badajoz avant sa mort et son fils Fernando III, dont la mère était Donia Branjéla, se précipita à Léon pour hériter le royaume de son père et ainsi il unifia son royaume à celui de Castille.

Cette même année, le roi d’Aragon Jacques aidé par la France et l’Italie réunirent une importante flotte navale et se dirigèrent à nouveau vers les îles Baléares ou ils mirent le blocus avant de le capturer la plus importante des trois îles, Majorque. Eut lieu une grande bataille navale ou périrent en un seul jour 24.000 Musulmans y compris son gouverneur Ibn Yahya après avoir été torturé à mort. Le roi d’Aragon Jacques prit alors le titre de Conquérant (al-fatih) mais il était bien loin de Muhammad al-Fatih le Héros de la prise de Constantinople qui n’eut recourt à nul autre excepté Allah puis ses propres armées, puisse Allah lui faire miséricorde.

Puis les croisés prirent l’île d’Ibiza et Minorque résista à leurs sièges jusqu’en l’an 686 de l’Hégire (1287) avant de tomber aux mains des Aragons.

Point n’est besoin de mentionner que l’égoïste recherche des biens personnels empêcha les Mouwahhidine, aveuglés par la satisfaction de leur propre personne au dépend de la défense des Musulmans, de porter secours à leur frères.

Et avec la chute des îles Baléares, prit fin la puissance navale des Musulmans.

 

En l’an 629 de l’Hégire (1231), fut porté allégeance au dernier des gouverneurs Mouwahhidine ‘Abdel Wahid Ibn Idris qui prit le titre d’ar-Rashid, comme nous l’avons mentionné.

 

 

En l’an 631 de l’Hégire (1233), le pape annonça une nouvelle Guerre Sainte, une nouvelle croisade pour la libération de Valence à l’est de l’Andalousie mais les Musulmans tinrent ferme et la ville résista à l'assaut.

 

En l’an 633 de l’Hégire (1235), les affaires s’aggravèrent au Maghreb et les Banou Ziyad occupèrent l’Algérie (al-jaza'ir). L’immense état des Mouwahhidine se fragmenta et l’Andalousie fut oubliée.

 

La chute de Cordoue 

 

La bataille d’Ossuna 

 

La chute de Valence 

 

La mort d’ar-Rachid ‘Abdel Wahid Ibn Idris et la fin des Mouwahhidine 

 

La chute de Séville 

 

 

La royauté de Grenade 

 

Récapitulatif des évènements 

Séville tomba aux mains des croisés en l’an 646 de l’Hégire (1249). Elle était pour les Musulmans la capitale du sud et une des deux villes les plus importantes avec Cordoue qui tomba en l’an 633 de l’Hégire (1235).

Les Mouwahhidine qui dirigeaient à l’époque le Maghreb et l’Andalousie faiblirent dramatiquement et ne purent ni envoyer des secours en Andalousie ni protéger leur immense état. De ce fait, les croisés en profitèrent pour attaquer les Musulmans et prendre de plus en plus de terres car il n’y avait plus aucune armée pour s’opposer à leurs avances.

Il est vrai aussi que les Mouwahhidine gouvernaient par intérim et que les gouverneurs des villes étaient les réels dirigeants.

 

En l’an 591 de l’Hégire (1194 M), naquit à Grenade Muhammad al-Awwal Ibn Youssouf al-Ansari al-Khazraji, un descendant des Ansars qui fut surnommé Ibn al-Ahmar.

Son vrai nom était Muhammad Ibn Youssouf Ibn Muhammad Ibn Ahmad Ibn Muhammad Ibn Khamis Ibn Nasr Ibn Qays al-Ansari al-Khazraji, un notable Compagnon du Messager d'Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

Il participa à la bataille d’al-Arak entre les Mouwahhidine et les croisés et lorsqu’il vit l’état dans lequel étaient tombé les Mouwahhidine, il réunit ses partisans et beaucoup des habitants de Grenade et des régions avoisinantes jusqu’en l’an 630 de l’Hégire (1232).

A cette époque l’état des Mouwahhidine était moribond.

 

Dans la région de Murcie à l’est de l’Andalousie, vivait un homme appelé Muhammad Ibn Youssouf Ibn Houd issu de la famille des Bani Houd de Saragosse. Cet homme fonda un état indépendant dans la ville de Murcie et se fit appeler Sayf ad-Dawlah al-Moutawwakil ‘Alallah. Puis petit à petit, son état s’agrandit jusqu’à englober Grenade puis Séville, Malaga et Almeria en l’an 625 de l’Hégire (1227) avant que ces villes ne tombent, les unes après les autres.

C’était un homme qui avait des bonnes mais aussi de très mauvaises qualités. Parmi ses défauts rapportés par les historiens : « Il était insouciant dans l’organisation des affaires, très emporté à cause de son ignorance et ingrat envers les Mouwahhidine. Quant à ses qualités : Il était généreux, véridique et brave et c’est pour cela que les gens l’aimaient et qu’ils se regroupèrent autour de lui. Mais à cause de ses défauts, il ne remporta jamais aucune bataille et ses victoires étaient surtout dues aux faiblesses des Mouwahhidine et que les gens rejoignaient volontairement ses rangs ».

 

En l’an 628 de l’Hégire (1230), à Léon capitale au centre nord des Chrétiens, succéda Fernando III à Alfonsh IX. Les Chrétiens avaient à cette époque trois états :

- Castille au nord et au centre de l’Andalousie,

- Aragon et Léon qui était la capitale et

- Le Portugal à l’ouest.

Le Portugal resta le Portugal que nous connaissons aujourd’hui tandis que Castille et Aragon devinrent un seul état et devint ce que nous connaissons aujourd’hui sous le nom « Espagne ».

 

Fernando après la mort de son père se consacra à combattre les Musulmans. Puis Cordoue tomba en l’an 633 de l’Hégire (1235).

Ibn Houd mourut assassiné en l’an 635 de l’Hégire et Muhammad al-Awwal Ibn al-Ahmar profita de sa mort et du fait que plus personne ne dirigeait le sud pour devenir le gouverneur de ces régions et annonça la création de son état, la royauté de Grenade, en l’an 635 de l’Hégire (1237).

C’est à cette date que commence réellement l’histoire du royaume de Grenade en l’absence des Mouwahhidine mais officiellement, elle ne commença qu’à la fin du règne des Mouwahhidine.

Le 26 du mois de Ramadan de l’année 635 (1238), les gens portèrent allégeance à Muhammad al-Awwal Ibn Ahmar gouverneur de Grenade, d’Almeria la base navale militaire des Musulmans et Malaga ainsi que des régions avoisinantes.

 

En l’an 636 de l’Hégire (1239) Valence tomba aux mains des croisés suivit par Séville.

 

En l’an 650 de l’Hégire (1252), Fernando III mourut et son fils Alfonsh X lui succéda.

 

Al-Moudajjanin 

Nous avons déjà rapporté que certains professionnels Musulmans restèrent dans les villes capturés et qu’ils travaillaient au service des Chrétiens qui les appelaient al-Moudajjanin (les poulets encagés).

Ces Musulmans atteignirent un tel degré d’humiliation que certains refusèrent d’être humiliés de la sorte et en l’an 652 de l’Hégire (1254) 30.000 Moudajjanin se regroupèrent à Valence ou ils créèrent une armée et se rebellèrent contre les Chrétiens.

Ils commencèrent à capturer des forts de cette région du royaume d’Aragon et de Léon dirigé à cette époque par le roi Jacqoum qui ordonna l’expulsion de tous les Moudajjanin de son royaume. Ils partirent donc à Grenade sans aucun bien et les mains vides à cause de la pression exercée sur eux.

Quant à ceux de Valence, ils poursuivirent leurs rébellions à cause de l’immense injustice dont ils avaient été sujet. Puis bientôt ils marchèrent sur Valence dont ils furent sur le point de capturer. Jacqoum fut choqué et extrêmement peiné de voir ces gens attaquer son royaume alors qu’il croyait que c’en était fini des Musulmans. Il se sentit trahit et tomba gravement malade et mourut des suites des effets de cette rébellion.

A sa mort lui succéda son fils Boutra qui était meilleur politicien que son père et chercha à calmer les affaires en faisant des arrangements avec les Musulmans si bien qu’avec moult promesses, il réussit à les calmer et à mettre fin à leur rébellion. Mais allait-il tenir ces engagements et pourquoi fallait-il que les Musulmans croient toujours ces belles promesses jamais respectées au fils des siècles ?

Aussitôt que les Moudajjanin se séparèrent, il tomba sur eux de toutes ses forces et les écrasa ! Certains d'entre eux se réfugièrent dans la ville de Mountazé ou ils furent rattrapés tandis que le siège fut mis sur la ville. Le siège dura si longtemps qu’ils durent se soumettre. Ils furent faits prisonniers et distribués dans les villes. Et ainsi prit fin la rébellion des Moudajjanin à Valence.

Et avec la sincérité envers Allah le Très Haut et la patience dans les épreuves arrive la victoire.

 

On ne peut que ressentir une infinie tristesse devant la lecture de ces évènements et de l’histoire des Musulmans en général qui connurent d’autant plus douloureuses épreuves après leur gloire. Ce sont des moments extrêmement difficiles à rapporter car après avoir attesté les victoires de l’Islam, il faut attester ses défaites et les sévères et sanglantes répercussions qui s’ensuivirent. Et la cause n’est due qu’aux dirigeants de notre communauté pour leur enragement (takalabouhoum) pour la vie de ce monde et le pouvoir.

Parmi ces tristes nouvelles est qu’Ibn al-Ahmar fit un traité de paix avec le roi de Castille Fernando III en l’an 643 de l’Hégire pour une durée de vingt ans en échange de la ville stratégique de Jaén et de toutes les forteresses dépendantes de cette ville. Ibn Ahmar promit aussi de lui donner le fort d’Aragon ou il était né, de reconnaitre la royauté du roi de Castille ainsi que le royaume de Grenade comme étant sa possession. Il promit au roi de diriger Grenade comme l’un de ses sujets, en son nom et à son profit et d’assister chaque année à la conférence de Cortès de Castille, l’équivalent du parlement de nos jours. Puis de lui payer une Jizyah annuelle de 1.500.000 pièces d’or et de combattre à ses côtés contre ses ennemis. C’est pour cette raison qu’en l’an 646 de l’Hégire, il refusa de porter assistance aux habitants de Séville lorsque le roi de Castille assiégea la ville puisqu’en fait, il était non seulement un des alliés du roi mais une compagnie de cavaliers (katibah minal forsane) de son armée participa aussi au siège de la ville contre les Musulmans !

Que de similarités avec les évènements de nos jours !



[1] Je ne fais que traduire.

[2] Comme vous le voyez, l’auteur n’aime pas beaucoup les Mouwahhidine !

[3] Que l’on pourrait comparer aux Talibans d’Afghanistan contre la coalition internationale ! Les Talibans qui n’ont aucun char d’assaut, aucun avion, aucune technologie, aucune usine, qui vivent dans des maisons de boue et qui se défendent avec des moyens rudimentaires ! L’Afghanistan un des pays les plus pauvre de la terre. Quel honneur y a-t-il à combattre des misérables ? Mais ils ont une arme capitale que les autres n’ont pas : la Foi !