La fin des états indépendants

En l’an 508 de l’Hégire (1114), le roi croisé Adafonsht alias Alfonsh VI mourut sans successeur mâle pour lui succéder. S’ensuivit une guerre pour le trône du royaume de Castille entre les partisans de sa fille Arakah alliée à son mari Alfonsh I, le roi d’Aragon surnommé al-Mouharib, le combattant et les partisans de leurs fils Alfonsh Rimondez.

 

Cette même année, les Mourabitine mirent définitivement fin aux états indépendants en prenant Saragosse unifiant ainsi l’Andalousie sous leur bannière. Ils pouvaient dorénavant se concentrer sur Tolède. Les croisés pressentant le grand danger appelèrent l’Europe à l’aide et de lourds renforts arrivèrent de France et d’Italie.

 

Cette même année, une triple alliance se forma entre, Barcelone (barshalona) la capitale navale des Chrétiens au nord-est, faisant face aux îles Baléares alors aux mains des Mourabitine, la ville italienne de Pise (biza) et l’état de Gênes (jinoa) qui envoyèrent un nombre considérable de navires.

Trois-cents navires croisés mirent le blocus sur les îles Baléares. ‘Abdallah al-Mourtadah, gouverneur de la partie est de l’île, envoya un pressant appel à l’aide aux Mourabitine mais les Mourabitine n’étaient pas prêt pour une bataille navale impliquant une flottille aussi nombreuse.

L’alliance des croisés captura la plus petite île d’Ibiza (jaziratoul liabissa) puis mit le blocus sur l’île de Majorque (jaziratoul mayworqa).

‘Ali Ibn Tashfine réunit une flotte trois-cents navires sous le commandant de l’amiral Taqirtas qui réussit à faire lever le blocus de Majorque et poursuivit la flotte ennemie qui s’enfuyait et dont il coula un grand nombre de navires.

L’ensemble de l’Andalousie était sous le contrôle des Mourabitine excepté un nombre réduit de places : le nord, et le centre dont la capitale Tolède, une place imprenable, était  aux mains des croisés. Le plan des Mourabitine appliqué avec succès leur permit d’acheminer et de concentrer leur force à Tolède.

 

‘Ali Ibn Tashfine dut retourner au Maghreb pour affaire d’état puis il revint en Andalousie en l’an 511 de l’Hégire (1117) pour conduire de nouvelles manœuvres militaires contre l’ennemi et particulièrement à l’est du pays. Il assaillit avec succès la ville de Calmera (qalmira) la capitale $pm=4çdu Portugal resserrant ainsi l’étau autour de Tolède.

Alfonsh I le combattant, gouverneur de Tolède, pressentit à nouveau le danger dans la perte de Calmera et de nouveau appela à l’aide les pays d’Europe. La France, l’Italie et d’autres pays lui envoyèrent rapidement de l’aide ainsi qu’une armée de 50.000 hommes de diverses nationalités et 50.000 n’est pas un petit nombre !

 

Alfonsh envoya aussitôt une armée vers Saragosse, la capitale du nord-ouest vers laquelle se dirigea aussi les nouveaux renforts venus de France et les armées réunies assiégèrent les Mourabitine dans la ville.

Le siège dura 9 mois et les habitants commencèrent à mourir de faim quant à ‘Ali Ibn Tashfine, il ne put réunir une armée suffisante pour faire face si bien qu’au mois de Ramadan 512 de l’Hégire (1118), Saragosse dut ouvrir les portes de la ville et la menace qui pesait sur Tolède disparut.

 

La bataille de Qotenda 

 

La traitrise des gens du pacte de Grenade 

Comme vous le savez, les Chrétiens et non-Musulmans ont toujours vécut parmi les Musulmans sous le pacte des gens de la Dimmah (gens protégés par les Musulmans moyennant un impôt), al-Mou’ahidoun, les gens du pacte, et vivaient en paix parmi les Musulmans mais ceux de Grenade rompirent le pacte qui les unissait aux Musulmans.

A Grenade, à l’extrême sud de l’Andalousie, les Mou’ahidoun envoyèrent secrètement des messagers au gouverneur de Tolède Alfonsh I et lui dirent : « Si tu veux, viens conquérir Grenade nous t’aiderons de l’intérieur ». Alfonsh I saisit aussitôt l’occasion et réunit une armée de 50.000 soldats et un très grand nombre de Mou’ahidoun vinrent lui porter assistance de toutes les villes d’Andalousie suite au mort d’ordre qui avait été donné pour chasser tous les Musulmans d’Andalousie.

 

En l’an 520 de l’hégire (1125), Alfonsh marcha vers le sud à la tête de son armée en détruisant et brûlant tout ce qu’il trouva sur sa route avant de parvenir à Grenade et d’y mettre le siège. Tolède au centre était perdue, Saragosse à l’ouest perdue après être tombée au mois de Ramadan de l’année 512 de l’Hégire suivit de la Forteresse d’Ayyoub (qal’at ayyoub) en 514 et maintenant Grenade au sud et si Grenade tombait, la route du Maghreb deviendrait inaccessible et ceci représentait le pire danger pour les Musulmans.

Et bientôt l’armée initiale d’Alfonsh de 50.000 hommes devint une immense armée du nombre de tous les Chrétiens qui se joignirent à lui dans cette entreprise. Les Mourabitine s’efforcèrent de faire lever le siège en envoyant plusieurs détachements mais Alfonsh les écrasa tous les uns après les autres et le siège dura de longs mois.

Et Allah le Très Haut protégea les Musulmans en envoyant Ses soldats car les Musulmans furent incapables de venir à bout de leurs ennemis par la force. « Et à Allah des soldats que vous ne voyez point » en envoyant sur eux la fièvre et la fatigue si bien qu’après un certain temps Alfonsh I ordonna le retrait des troupes de Grenade avant qu’elle ne devienne trop faible pour faire face aux Mourabitine et ainsi la ville fut libérée du blocus.

 

La fatwa du Qadi Ibn Roushd et la nomination de Tashfine Ibn ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine nouvel émir d’Andalousie 

Le grand juge (qadi) Ibn Roushd se rendit au Maghreb aussitôt pour rencontrer ‘Ali Ibn Tashfine, l’émir des Mourabitine pour l’entretenir de plusieurs sujets dont l’autorisation d’expulser les Mou’ahidine, les gens du pacte, de Grenade, pour trahison de leurs engagements et pour cause d’intelligence avec les ennemis des Musulmans. Et il émit sa fameuse fatwa ordonnant l’expulsion de tous les Mou’ahidine de Grenade. Et ‘Ali Ibn Tashfine fut entièrement d’accord avec lui. Ce Qadi Ibn Roushd n’est pas le philosophe du même nom mais son grand père.

 

Lorsqu’Ibn Roushd visita Ibn Tashfine à Marrakech, il fut étonné de voir la ville sans mur d’enceinte la protégeant. Et il dit à ‘Ali : « Il ne convient pas que ta capitale ne soit pas fortifiée et ainsi sans protection ouverte à toute attaque ! » Alors ‘Ali Ibn Tashfine ordonna la construction d’une enceinte autour de la capitale des Mourabitine.

Puis Ibn Roushd lui dit de graves propos : « L’Andalousie est en grave danger tandis que les affaires des croisés s’améliorent de jours en jours. La division entre les Musulmans est profonde et l’Andalousie a besoin d’un homme fort pour la diriger et ton grand frère Abou Tahir Tamim qui dirige l’Andalousie n’a pas cette force ».

Le Qadi, préoccupé du futur des Musulmans et non pas seulement des affaires religieuses, lui demandait simplement de retirer son frère du pouvoir parce qu’il s'il était un homme juste il n’était néanmoins pas ferme.

Et ‘Ali Ibn Tashfine répondit favorablement à sa demande en faisant immédiatement retirer son frère du commandement en Andalousie suivant les conseils du savant. Il savait pertinemment que c’était un homme sage et qu’il était uniquement poussé par les intérêts de l’Islam, des Musulmans et de la communauté.

‘Ali Ibn Tashfine lui demanda quel était l’homme le plus apte à tenir ces fonctions et Ibn Roushd lui répondit qu’il était mieux que cela soit quelqu’un de l’élite des Mourabitine afin qu’il soit obéit et que son fils faisait parfaitement l’affaire. ‘Ali Ibn Tashfine nomma donc son fils Tashfine Ibn ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine nouvel émir d’Andalousie, ainsi étaient les affaires entre les Musulmans à cette époque.

 

En l’an 523 de l’Hégire (1128), Ibn Rannak se détacha des Chrétiens du nord et annonça l’indépendance du Portugal, un état chrétien à part entière et détaché du royaume d’Alfonsh I. Désormais les Chrétiens étaient divisés en trois états :

- Alfonsh I, au nord et au centre,

- Alfonsh VII, qui perdit le Portugal, au nord et l’ouest, notamment Léone et Galice et,

- Ibn Rannak, au Portugal.

 

Cette même année Alfonsh I réussit à battre durement une armée des Mourabitine à al-Qoulay’ah près de l’ile de Shouqour au sud de Valence. Douze-mille combattants Musulmans furent tués ou fait prisonniers au cours de cette bataille. L’armée des Mourabitine était commandée par l’émir Abi Muhammad Ibn Abi Bakr Ibn Syr al-Lamtouni, surnommé Bin Qannounah (le fils de Qannounah), le fils de la sœur (Qannounah) de l’émir des Mourabitine ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine.

 

La bataille d’Ifraghah 

 

La bataille d’al-Biqar 

 

La mort de ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine 

Tashfine Ibn ‘Ali rencontra son père qui le nomma successeur des Mourabitine en l’an 533 de l’Hégire (1138) et lui fit porter allégeance. Cet évènement de succession est de prime importance d’autant plus que le nouveau mouvement de Muhammad Ibn Toumart, qui se fit après appeler al-mahdi, prenait de l’ampleur après que ses partisans lui créèrent un état à Kinmallal qui devint leur capitale.

 

Avant de finir avec l’histoire des Mourabitine en Andalousie, marquons une petite parenthèse pour parler des îles Baléares et sur lesquelles nous reviendront plus longuement.

Comme nous l’avons déjà mentionné, les îles des Baléares sont composées de trois îles principales, Majorque, Minorque et Ibiza.

Lorsque les Mourabitine en prirent le contrôle en l’an 509 de l’Hégire (1115), ils nommèrent Wannour Ibn Abi Bakr al-Lamtouni qui le resta durant vingt années mais il était un tyran injuste. Et comme nous l’avons aussi vu ce genre de comportement du dirigeant ne peut que pousser les gens à se rebeller. Les Musulmans de l’île principale Majorque se levèrent contre lui, le capturèrent et l’emprisonnèrent.

Puis, ils écrivirent à l’émir des Musulmans pour l’informer de ce qu’ils avaient fait et en l’an 520 de l’Hégire (1125), ce dernier leur nomma un nouvel émir pour l’île de Majorque du nom de Muhammad Ibn ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Ghaniyah, le frère de Yahya Ibn ‘Ali Ibn Ghaniyah, le célèbre commandant. Le père de Muhammad Ibn ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Ghaniyah, ‘Ali Ibn Youssouf était un des chefs de la tribu de Massoufah Sanhadjiyah qui prirent le matronyme de leur mère Ghaniyah al-Lamtouniyah, une proche de Youssouf Ibn Tashfine.

Muhammad Ibn ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Ghaniyah exerça le pouvoir d’une main ferme et assurée avant de passer la succession à son grand fils ‘AbdAllah mais un autre de ses fils du nom d’Ishaq conçut de la rancune envers son père et son frère et les fit assassiner en l’an 550 de l’Hégire (1155) pour prendre le pouvoir de l’ile de Majorque. Nous reviendrons plus tard sur ces évènements.

 

La délégation des habitants de Séville 

Avec la chute de Marrakech, en l’an 541 de l’Hégire (1146), prit fin la dynastie des Mourabitine et sa chute marqua aussi le début de la dynastie des Mouwahhidine mais pendant neuf années successives jusqu’en l’an 549 de l’Hégire (1154), ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali allait faire face à un nombre importants de rebellions auxquelles il mit toute fin dans un bain de sang.

Alors qu’il était à Marrakech, il reçut une délégation des habitants de Séville qui lui remirent une lettre du Qadi Abi Bakr Ibn ‘Arabi al-Mou’afiri qui lui portait allégeance au nom des gens de la ville. ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali fut enchanté, accepta leur allégeance et couvrit la délégation de présents.

Le célèbre Qadi Abi Bakr Ibn ‘Arabi al-Mou’afiri était tout le contraire du soufi du même nom Mouhyi ad-Din Ibn ‘Arabi et l’Imam ad-Dahhabi a dit sur lui : « L’Imam, al-‘Allama, al-Hafiz, al-Qadi, Abou Bakr Ibn Muhammad Ibn ‘Abdillah Ibn ‘Arabi al-Andalousi ash-Ashfilli, al-Maliki et son père était un des grand ami du savant Ibn Hazm az-Zahiri et Abou Bakr Ibn Muhammad et son père partirent à Bagdad pour apprendre la science auprès des grands savants de l’époque ainsi qu’à Damas, Jérusalem (bayt al-Maqdis), la Mecque et Misr ».

Comme vous le voyez les savants de l’époque ne se contentait pas seulement de leur propre science mais il allait aussi étudier chez les autres savants du monde islamique et parfois malgré leurs âges avancés et le Qadi Abi Bakr Ibn ‘Arabi était un des grands savants de l’époque. L’Imam Ad-Dahhabi continue : « Il étudia aussi chez l’Imam Abou Hamid al-Ghazali et Abou Bakr ash-Shashi, auteur du livre « al-‘awassim al-qawassim » et décéda dans la ville de Fès en l’an 543 de l’Hégire (1148) ».

 

 

Cette même année, les Mouwahhidine envoyèrent une grande armée à Ceuta, dirigée par le célèbre Qadi ‘Iyad Ibn Moussa al-Ya’soubi, car la ville ne s’était pas soumise et l’assiégèrent. 

Lorsque le Qadi vit cela et connaissant la réputation des Mouwahhidine de ne laisser aucune âme en vie, il sortit de la ville et dit au commandant de l’armée qu’il désirait porter allégeance à ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali au nom de son peuple ce qui fut accepté et ainsi il préserva intelligemment les habitants la ville de leur mal. 

Le Qadi ‘Iyad fut aussi un des célèbres savants de l’Islam de l’époque et l’Imam ad-Dahhabi a dit à son sujet : « Al-Imam, al-‘Allama, al-Hafiz, Sheikh al-Islam al-Qadi Abou Fadl ‘Iyad Ibn Moussa Ibn ‘Iyad al-Ya’soubi al-Andalousi as-Sabti (de Sabta ou Ceuta) du Madhhab Maliki. Il étudia chez un grand nombre de savants du Hadith et était une mer de science si bien qu’il figure auprès des lumières étoilées des savants de l’Islam. Il m’est parvenu qu’il fut tué d’une flèche après avoir manifesté son dégout pour le nom d’Ibn Toumart, en l’an 575 de l’Hégire (1179) »

 

Les rebellions des juges et des savants en Andalousie 

 

La chute d’Almeria et de Lisbonne 

Pour revenir à notre chronologie, en l’an 542 de l’Hégire (1147), les croisés, qui recevaient en permanence de l’aide de toute l’Europe devinrent de plus en plus forts et marchèrent sur Almeria au sud-est de l’Andalousie.

Almeria était une ville portuaire loin de leur territoire et la capitale de la flotte militaire des Musulmans. Les troupes espagnoles et italiennes commandées par Alfonsh VII assiégèrent la ville par terre et mer un long moment jusqu’à ce que les Musulmans n’aient plus rien à manger.

Ils ne reçurent ni renforts et ni soutiens et leur résistance, leur patience et leurs combats furent exemplaires mais leur armée bien trop peu nombreuse ne put contenir l’armée ennemie. Les Musulmans furent battus et les croisés entrèrent dans la ville et prirent un immense nombre de prisonniers se chiffrant par centaine de milliers. Les femmes musulmanes furent prises en esclavage et les historiens ont rapporté que 14.000 jeunes filles musulmanes furent vendues.

D’autres milliers trouvèrent aussi le martyr et parmi eux l’Iman ‘Abdallah ar-Rashati un des plus grands juristes d’Almeria. Et tout cela à cause des Mouwahhidine qui ne permirent pas aux Mourabitine d’envoyer de l’aide !

 

 

Ibn Rannak, le gouverneur du Portugal qui avait déclaré son indépendance et son détachement des royaumes du nord, voulut aussi agrandir son territoire.

 

A cette même époque, en Palestine, les Musulmans faisaient face à une nouvelle croisade orchestrée par l’Europe qui envoyait des vagues successives de combattants et de logistique de guerre. L’Allemagne et l’Angleterre voulurent aussi participer et envoyèrent leurs armées par la mer. Et ainsi contournant l’Espagne par l’Océan Atlantique (mouhit atlassi), ils entraient dans le détroit de Tariq et empruntaient la Mer Méditerranée (bahr moutawassit) pour rejoindre la Palestine (al-filistine).

 

Ibn Rannak voyant ces navires non loin de ses côtes profita de cette occasion et leur envoya un messager pour leur demander de l’aide contre ses voisins musulmans : « Vous partez pour combattre les Musulmans en Palestine, tuez-les d’abord en Andalousie ! » Les croisés répondirent favorablement à sa demande et Ibn Rannak profita des combats fratricides entre les Musulmans au Maghreb pour attaquer ses voisins. Et ainsi, après un long siège, il fit tomber la capitale des Musulmans de l’extrême ouest, Lisbonne (ashbona).

 

Et en l’an 542 de l’Hégire (1147), les croisés marchèrent sur l’importante ville de Santarem (shantarine), un an après la chute des Mourabitine.

 

Le savant Ibn al-‘Arabi demande de l’aide aux Mouwahhidine 

 

La mort de ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali 

 

Abou Ya’qoub Youssouf Ibn ‘Abdel Mou'min traverse pour l’Andalousie 

Après la mort de ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali, (Sayd) Abou Ya’qoub Youssouf lui succéda. Tous les enfants de ‘Abdel Mou'min portaient d’ailleurs le titre de « Sadah » précédant leur nom parce qu’il (soit disant) descendaient de la famille Ahl al-Bayt du Prophète Muhammad (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

 

Lorsque Abou Ya’qoub Youssouf devint l’émir des Mouwahhidine, il organisa les affaires de l’état et mit fin aux différentes rebellions du Maghreb.

Au mois de Rajab de l’année 567 de l’Hégire (1171), il reçut la bonne nouvelle de la mort du sanguinaire Muhammad Ibn Sa’d Ibn Mardanish, qui utilisa tous les occasions de tirer profit de ce qui avait un intérêt pour lui et son royaume en Andalousie dura près d’un quart de siècle grâce aux mercenaires (mourtaziqa) croisés qui lui portèrent assistance.

 

En l’an 568 de l’Hégire (1172) Abou Ya’qoub Youssouf Ibn ‘Abdel Mou'min surnommé Abou Ya’qoub, déterminé à mettre fin à l’expansion des croisés dans sa province d’Andalousie, décida de traverser en personne pour y conduire des opérations préventives et les empêcher de se rapprocher.

Il ordonna alors à son armée et à ses commandants de se préparer et lorsqu’ils furent fin prêts, ils s’embarquèrent pour l’Andalousie ou ils posèrent les pieds avant de se diriger vers Séville, la capitale des Mouwahhidine en Andalousie.

De là, il se fixa pour but d’attaquer Santarem (shantarine) sur laquelle il se dirigea et assiégea, au mois de Rabi’ Awwal de cette même année. L’immense armée des Mouwahhidine pas vraiment motivée et comme c’est toujours le cas dans les circonstances de surnombre, n’était pas implacable (shadid al-bass) à combattre les croisés comme le furent les petites armées des Mourabitine qui ne comptèrent jamais sur leur nombre mais sur l’aide d’Allah Exalté.  

 

Alfonsh Indik, le roi du Portugal, et son armée supportèrent le siège durant six jours quand Abou Ya’qoub Youssouf Ibn ‘Abdel Mou'min ordonna de le lever. Son armée désassembla le camp et sans attendre ses ordres finals traversèrent le fleuve par lequel ils étaient venus pour rentrer chez eux laissant l’émir des Mouwahhidine seuls avec ses gardes. Lorsque les croisés virent cela, ils saisirent l’occasion et sortirent d’un seul homme attaquèrent l’arrière garde des Mouwahhidine qui prise par surprise fut anéanti tandis que l’armée des croisés se retourna et attaqua aussitôt ceux qui étaient resté dans le camp.  

Abou Ya’qoub Youssouf reçut un coup mortel dans l’abdomen et mourut quelques jours après au mois de Rabi’ Thani (ou akhir) de l’année 580 de l’Hégire (1184) après avoir été extrait du champ de bataille et ramené à Séville après cette humiliante défaite.

 

Ce même mois, il fut porté allégeance à Abi Youssouf Ya’qoub Ibn Youssouf Ibn ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali al-Qoumi qui devint le nouvel émir des Mouwahhidine qui l’appelèrent émir des croyants quand il se rendit de Séville à Marrakech, la capitale des Mouwahhidine, ou les gens lui portèrent allégeance.

 

La rébellion des Bani Ghaniyah 

 

La chute de Shilb 

En l’an 585 de l’Hégire (1189), Sancho au Portugal profita que les Mouwahhidine étaient occupés par la sédition d’Ibn Ghaniyah au Maghreb pour préparer son armée et avancer vers le sud aidé en cela par l’armée d’Angleterre et d’Allemagne qui avaient été envoyés en renfort pour reprendre la Palestine.

Par terre et mer, les armées marchèrent sur Shilb, une importante ville musulmane au bord de l’Océan Atlantique au sud-ouest de l’Andalousie ou ils mirent le siège.

Les Musulmans résistèrent trois mois et envoyèrent des messagers aux Mouwahhidine pour demander de l’aide qui ne purent leur venir en aide. Bientôt les Musulmans n’eurent plus rien à boire et ils envoyèrent des messagers à Sancho pour négocier la reddition de la ville selon des conditions.

Mais les croisés anglais et allemands refusèrent de négocier et interdirent à Sancho de négocier et ils conditionnèrent leur aide en lui faisant promettre de tuer tous les Musulmans de la ville, à cause de leur éternelle haine envers l’Islam et les Musulmans et pour venger la perte de Jérusalem (bayt al-maqdis).

Mais Sancho insista tant et si bien que la condition fut d’expulser tous les Musulmans de la ville sans qu’ils n’emportent rien avec eux. Et effectivement, les Musulmans sortirent au mois de Rajab en laissant tout derrière eux et ainsi tomba Shilb en faveur du Portugal.

 

Shilb était à l’ouest de Séville. Séville était une très importante ville musulmane dont la plus proche ville voisine était Cordoue, la capitale des Mouwahhidine. Le danger s’accrut considérablement pour les Musulmans après la perte de Shilb d’autant plus que le roi de Castille à Tolède mit aussi la pression sur les Musulmans de son voisinage.

 

Au mois de Rabi’ Awwal de l’an 586 de l’Hégire (1190), al-Mansour al-Mouwahhidi, l’émir des Mouwahhidine leva une armée et se rendit en Andalousie à la tête de celle-ci.

En passant par Cordoue, l’armée locale se joignit à lui et ensemble marchèrent sur Shilb. Mais il ne put rien faire à cause de la ville puissamment défendue par les croisés et les portugais et il revint à Séville.

Là, il fit de nouveaux préparatifs, passa en revue son armée et la réorganisa puis se concentra sur la logistique pour conduire un siège mais aussi pour renforcer la protection des Musulmans. Il savait très bien qu’il n’avait ni les forces et ni les moyens de conduire une guerre sur plusieurs front mais qu’il devait régler de manière urgente le problème qui mettait la capitale en danger immédiat.

Pour protéger ses arrières, al-Mansour conclut un acte de paix de cinq années avec le roi de Castille Alfonsh VIII qui se trouvait à Tolède. Le problème réglé, al-Mansour prépara le maximum de moyen pour faire face au danger de l’ouest. Il faut rappeler qu’il n’y avait aucun rapport ni accord entre Alfonsh et Sancho du fait qu’Alfonsh détestait les portugais pour s’être détaché de son royaume et qu’il n’était pas question de leur accorder une aide quelconque. Al-Mansour profita de ce désaccord entre eux pour mener à bien ses projets

 

En l’an 587 de l’Hégire (1190), al-Mansour quitta Séville à la tête de son armée et se dirigea vers l’ouest vers la forteresse d’Abou Danis qui avait été un bastion des forces musulmanes avant de tomber aux mains des portugais qui en avait fait aussi un bastion pour leur force.

Al-Mansour réussit à capturer la forteresse et de ce fait l’état portugais se retrouva divisé en deux parties, le nord et le sud séparé par les Musulmans. Alors que le sud et l’ouest de Shilb donnait sur l’océan, al-Mansour assiégea la ville au nord et à l’est avant de la capturer, au mois de Joumadah Thani, puis de retourner en vainqueur à Séville, mettant ainsi fin au danger qui le menaçait.

Après la défaite, le Portugal resta tranquille et fut incapable de récupérer ce qui avait été perdu. La paix ayant été conclu avec le roi de Castille, le roi de Léon et de Galice, bien trop loin pour constituer une menace, fit que la paix dura jusqu’en 590 de l’Hégire (1193).

 

Au mois de Ramadan de l’année 587 de l’Hégire (1190), al-Mansour revint à Marrakech au Maghreb ou il reçut ‘AbderRahmane Ibn Mounqid, l’envoyé de Malik an-Nassir Salah ad-Din al-Ayyoubi, qui vint lui demander de l’aide contre les croisés qui se trouvaient en Syrie. Cet envoyé attendit durant une année à Marrakech le retour de l’émir des Mouwahhidine qui était lui-même occupé à combattre les croisés comme nous l’avons mentionné.   

Néanmoins ce dernier ne put rien faire pour lui venir en aide et les historiens ont rapporté différentes causes. Certains ont rapporté que l’émir des Mouwahhidine se mit en colère lorsqu’il lut la lettre de Salah ad-Din al-Ayyoubi parce qu’il s’adressa en lui en utilisant le terme émir des Musulmans et non pas émir des croyants (mou'minin) ! Comme vous le savez et comme nous le verrons dans notre « Abrégé des Croisades », Salah ad-Din ne reconnaissait ce titre qu’au calife abbasside officiel (shar’i) à Bagdad, al-‘Abbas Nassir li-Dinillah à qui il avait porté allégeance et c’est le calife abbasside de l’époque qui lui attribua le titre de « al-Malik an-Nassir » ou « le Roi Victorieux », après sa victoire contre les croisés lors de la décisive Bataille de Hattin.

D’autres historiens, qui avaient peut-être de la sympathie pour les Mouwahhidine, ont réfuté cette version et ont rapporté que c’est plutôt parce qu’il était occupé à combattre la sédition des Bani Ghaniyah au Maghreb et la menace des croisés sur son dominion en Andalousie. 



[1] Nous reparlerons de ces évènements dans l’Abrégé de l’Histoire des Ottomans.

[2] Qur’an, Sourate 3, verset 28.

[3] Qur’an, Sourate 5, versets 51 à 53, 55 à 58.

[4] L’historien savant ‘Allama Muhammad ‘AbdAllah ‘Inan, spécialiste de l’histoire d’Andalousie qu’il écrivit en six larges volumes sur une durée de vingt cinq années, et qui passa les dernières années de sa vie à visiter les librairies spécialisées dans l’’Histoire islamique. Il avait l’habitude de beaucoup pleurer lorsqu’il visitait les villes d’Andalousie qui furent jadis des villes rayonnantes de l’essor islamique et il visita aussi toutes les grandes librairies européennes qui disposent d’un large département islamique tel que celle de Madrid, d’Escurial, de Londres, d’Oxford, du Vatican, de Rabat, de Fès et du Caire qui comme vous le savez dispose d’un très large patrimoine d’œuvres musulmanes. Il visita aussi les principaux champs de batailles musulmanes comme celle de ‘Iqab, de Zallaqa et d’al-Arak que vous allez bientôt témoigner, de Santarem et de Shilb. Il visita de même, la plupart des villes espagnoles et la totalité des villes du Maghreb.

 [5] Pluriel de Mamelouke.

[6] Commandant, ministre et auteur d’une célèbre biographie de Salah ad-Din al-Ayyoubi, qui est dans ma liste de livre à traduire.


[1] Et encore une autre bataille qui se déroula au mois de Ramadan, le mois de la révélation du Qur’an, le mois de l’effort, le mois du Jihad fis-Sabilillah, le mois de la victoire.