Autre récit de l’arrivée de Youssouf Ibn Tashfine 

Certains historiens ont rapporté qu’al-Mou’tamid Ibn ‘Abbad supporta six blessures au cours de cette bataille glorieuses d’après certains vers qu’il écrivit peu après à son fils ‘Oubaydillah ar-Rashid et que le gouverneur d’Ashfillia fut contraint à rester dans son pavillon à cause de celles-ci tandis que Youssouf Ibn Tashfine et ses Mourabitine poursuivaient les mécréants. Ibn ‘Abbad blessé prit le fragment d’un rouleau de papier pas plus large qu’un ongle de doigt et écrivit ces lignes à son fils, qui était alors à Ashfillia : « À mon fils ar-Rashid. La force musulmane a rencontré le fier Alfonsh et Allah Exalté a donné la victoire aux croyants, en écrasant les mécréants par leurs mains, pour laquelle grâces doivent Lui être rendues car Il est le Défenseur de toutes choses. Fasse que tous les croyants prêt de toi en soient informés ». Alors il ferma sa lettre, l’attacha sous l’aile d’un pigeon voyageur, qu’il avait apporté d’Ashfillia avec lui, et le relâcha pour qu’il puisse servir transmettre les nouvelles glorieuses ».

Fin du compte rendu.

 

 

Leçons tirées de la bataille de Zallaqa 

On peut tirer deux leçons principales de cette grande bataille, qui sont toutes deux liées entre elles et sont inséparables. 

1. La force de la Oummah est dans l’unité à la fois militaire et politique. D’autre part la désunion conduira seulement à la Fitnah et à l’oppression, et sera la cause principale de la corruption. Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, dit dans le Qur’an Glorieux : « Et ceux qui n’ont pas cru sont alliés les uns des autres. Si vous n’agissez pas ainsi [en rompant les liens avec les infidèles], il y aura discorde sur terre et grand désordre ». (Al-Anfal : 73) 

Il a été mentionné dans le Tafsir de l’Imam at-Tabari que la meilleure interprétation de ce verset est « Et ceux qui mécroient sont alliés les uns des autres (et) si vous (les musulmans du monde entier collectivement) ne faites pas de même (c’est-à-dire vous alliez comme un bloc uni) veut dire  que « si vous ne faites pas ce que Nous (Allah) vous avons ordonné de faire  c’est à dire vous tous (musulmans du monde entier) ne vous alliez pas comme un seul bloc  pour rendre la religion d’Allah victorieuse, il y aura une grande Fitnah ». 

 

L’unité de l’Oummah comme un seul bloc est de la plus haute importance, car cette unité politique et militaire est une des plus grandes causes de la victoire du Din. Le cas d’al-Mou’tamid et de Youssouf Ibn Tashfine (où les liens islamiques surpassent tout lien racial et fut une force conductrice pour la victoire musulmane à Zallaqa) n’est qu’un cas parmi les nombreux cas historiques du besoin de l’unité politique qui va au-delà des frontières et des principautés crées par les mécréants pour désunir la Oummah et la garder sous son propre joug. Ne réfléchirons-nous pas à cela, ne réfléchirons-nous pas à la dévastation et à l’oppression des états nations, même s’ils essayent de nous tromper en se faisant passer pour islamiques. Comment les attributs de l’Islam peuvent-ils être placés à côté de la raison même  de notre désunion, c'est-à-dire les états nations. 

 

2. L’importance de ne pas prendre les Juifs, les Chrétiens et les mécréants comme alliés contre les croyants. A nouveau nous voyons dans cet exemple historique de la position d’al-Mou’tamid quand il était pressé par ses conseillers et qu’il répondit : « Je préfère être un chamelier chez les musulmans plutôt qu’un porcher chez les Chrétiens ». Une réponse simple appropriée aux évènements récents, met en contraste la position d’un dirigeant sincère (même quand son pouvoir est menacé) et la position de traîtrise des dirigeants d’aujourd’hui. De plus, cela montre l’importance d’un dirigeant sincère en période de difficultés. 

 

Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, dit dans le Qur’an : « Annonce aux hypocrites qu’il y a pour eux un châtiment douloureux, ceux qui prennent pour alliés des mécréants au lieu des croyants, est-ce la puissance qu’ils recherchent auprès d’eux ? (En vérité) la puissance appartient entièrement à Allah ». (An-Nissa : 138-139) 

 

De plus, al-Mou’tamid savait que rechercher le soutien d’un mécréant contre un musulman  lui vaudrait la colère d’Allah Exalté, et fut plus important pour lui que son trône qui ne lui serait d’aucun bénéfice le jour où il serait ressuscité pour le jugement. 

 

Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, décrit dans le Qur’an ceux qui prennent les Juifs, les Chrétiens et les mécréants pour alliés contre les croyants en disant : « O les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. Allah ne guide certes pas les gens injustes ». (Al-Ma'ida : 51) 

 

L’Imam Ibn Hazm commente ce verset en disant « il est correct que le dire d’Allah, Exalté soit-Il, « Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs » veut dire littéralement : qu’il est Kafir des Koufar, et c’est une vérité sur laquelle il n’y pas deux musulmans pour différer ».

Aider les mécréants, comploter avec eux, détruire les Musulmans sont des actes de trahison  qui sont de grands crimes en Islam. Dans le cas de la bataille de Zallaqa nous avons vu  en quoi consiste la force de la Oummah, cette leçon se répète dans toute l’histoire islamique  approprié hier comme aujourd’hui. 

 

Combien appropriée est cette leçon aujourd’hui. Nos dirigeants se sont alliés aux forces du koufr, les aidant logistiquement, militairement parfois secrètement parfois ouvertement. Si nous devions écrire les trahisons de nos dirigeants, nous remplirions des volumes. La bataille de Zallaqa, et avant cela celle de Hattin et de ‘Ayn Jalout montre seulement combien la Oummah a besoin de dirigeants sincères pour la guider. Une des principales leçons tirée de la bataille de Zallaqa est que les dirigeants sincères et le refus de s’allier  aux mécréants fut un facteur clef qui conduisit les musulmans à la victoire. 

Il est temps que les Musulmans fassent tous leurs efforts pour hâter le remplacement de ces laquais et travaillent pour le rétablissement du Khilafah islamique qui est une obligation tandis que se taire et consentir est un péché. Nous n’avons pas le choix, pouvons-nous supporter cette humiliation et pouvons-nous supporter de rester passifs sans quoi nous serons détruit et Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, nous remplacera par des gens bien plus meilleur que nous !

Lirons nous les histoires de Youssouf Ibn Tashfine, de Salah ad-Din et du Sultan Abdel Hamid pour les réduire à de l’Histoire ancienne et à des contes enseignées à nos enfants ! Le Messager d’Allah (saluts et bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Vous encouragerez le bien et désapprouverez le mal  et vous censurerez le tyran, le conduirez à la vérité  et le confirmerez ». Soyons donc les successeurs de ces géants.

 

Le retour d’Ibn Tashfine au Maghreb 

La bataille prit fin et le prétentieux Alfonsh, malédiction d’Allah sur lui, fut brisé. La suite des évènements devait conduire au siège de Tolède et de l’expulsion des Chrétiens. L’intention d’Ibn Tashfine était de mettre fin à la menace des croisés mais de graves évènements surgirent au Maghreb qui demandèrent son attention, particulièrement la mort de son fils Abou Bakr et Ibn Tashfine quitta l’Andalousie.

Avant de partir, il s’adressa aux gouverneurs des royaumes indépendants présents avec lui et leur demanda de s’entendre et de s’unifier et leur rappela le Seigneur Glorifié soit-Il. Ceux-ci lui promirent de l’écouter et qu’ils étaient prêt à s’entendre de nouveau et Youssouf Ibn Tashfine quitta l’Andalousie au mois de Sha’ban de l’année 479 de l’Hégire (1086), un mois après la bataille de Zallaqa.    

 

Youssouf Ibn Tashfine n’est pas resté assez longtemps pour s’assurer de l’unification des gouverneurs et du retour de l’unité. Néanmoins, son action fut d’une importance capitale puisqu’il mit fin à la menace immédiate des croisés et recula l’expulsion des Musulmans d’Andalousie pour quelques siècles. 

 

Lorsque Youssouf Ibn Tashfine retourna au Maghreb, les gouverneurs firent de même et retournèrent dans leurs capitales respectives et vinrent alors les prêcheurs, les poètes et les lecteurs faire l’éloge de la victoire de la bataille d’az-Zallaqa tant leur joie était immense.

Le poète ‘Abdel Jalil Ibn Wahboun raconte : « J’étais présent ce jour, et j’avais préparé un poème pour le lire. Al-Mou’tamid Ibn ‘Abbad commença par faire lire les lecteurs du Qur’an qui se mirent à psalmodier avec leur plus belle voix. Un des lecteurs lit la Parole d’Allah le Très Haut : « Si vous ne lui portez pas secours... Allah l’a déjà secouru, lorsque ceux qui avaient mécru l’avaient banni, deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et qu’il disait à son compagnon : « Ne t’afflige pas, car Allah est avec nous. » Allah fit alors descendre sur lui Sa sérénité « Sa sakina » et le soutint de soldats (Anges) que vous ne voyiez pas, et Il abaissa ainsi la parole des mécréants, tandis que la parole d’Allah eut le dessus. Et Allah est Puissant et Sage[2] ».  

A l’écoute de ce verset, je me dis : « Combien suis-je loin ainsi que mon poème de ces magnifiques versets et de leur sens. Ma présence ici est vraiment inutile ». Puis, il se leva et quitta l’assemblée.

 

La fête et la joie prirent fin mais les gouverneurs restèrent sur leur profonde division et il n’y a de force et de puissance qu’en Allah le Très Haut ! Ils ne tirèrent pas profit de cette opportunité ni de ces leçons et encore moins des conseils d’Ibn Tashfine. Ils ne profitèrent pas de cette victoire pour se réunifier, pour libérer leurs terres et continuer ces conquêtes mais ils restèrent sur leurs conflits et leurs divisions.

Ils oublièrent l’excellente opportunité d’en finir définitivement avec Alfonsh et personne ne donna l’assaut sur Tolède si bien que ce dernier eut le temps de récupérer et de reconstituer une immense armée.



[1] Comme vous le savez l’utilisation des tambours est licite dans trois circonstances : les mariages, les fêtes de l’‘Id et les batailles pour effrayer l’ennemi.

[2] Qur’an, Sourate 9, verset 40.