Bilan du règne de ‘AbderRahmane an-Nassir 

L’Andalousie retrouva sa grandeur bien que partout les Musulmans vivaient des temps difficiles de divisions et de rebellions. A cette époque, il y avait trois califes pour les Musulmans :

- Le calife abbasside à l’est en Iraq à Bagdad,

- Le calife ‘oubaydi au Maghreb et,

- Le calife omeyyade en Andalousie.

 

L’urbanisme

Pendant le règne de ‘AbderRahmane an-Nassir, l’Andalousie atteignit un niveau fabuleux de grandeur culturelle et de modernité comme nulle part ailleurs.

Cordoue, la capitale d’Andalousie, était une grande ville de plus de 500.000 habitants, chiffre incroyablement élevé pour l’époque, et la seule ville au monde contenant un nombre aussi élevé d’habitants.

Les maisons spacieuses et les palais non seulement rivalisaient en beauté mais étaient aussi en très grand nombre divisés en vingt-huit secteurs comprenant plus de 3.000 mosquées. Essayez de comparer ces nombres de mosquées par rapport à nos jours avec n’importe quelle métropole : nulle ville n’a jamais et ne pourra jamais rivaliser avec ses chiffres. Ce qui nous prouve l’importante ferveur religieuse de l’époque.

En fait seul Bagdad à l’époque pouvait rivaliser avec Cordoue et Cordoue fut surnommée « le joyau du monde ».

 

La mode et la cuisine raffinée

Les gens aussi adoptèrent de nouvelle apparence mondaine et ils rivalisèrent dans les futilités et les décors pompeux de cette vie et c’est pour cela que vers la fin du règne d’an-Nassir, les gens délaissèrent le combat dans la voie d’Allah (jihad fis-sabilillah).

Les gens raffinèrent leur plats et apparut la grande cuisine et la recherche de nouvelle recettes.

Zaryab le musicien que nous avons déjà mentionné fut le principal précurseur de tous ces changements. Il introduisit la mode vestimentaire avec des habits pour le matin, l’après-midi et le soir mais aussi pour le printemps, l’été, l’automne et l’hiver et les historiens ont rapporté que les Arabes ignoraient tout cela auparavant et ce qui leur importait le plus était de couvrir le corps sans plus.

Puis il introduisit aussi les manières de se tenir à table comment s’asseoir, manger et se lever et aussi les dispositions des couverts. Il introduisit l’entrée, le repas principal, la salade et le dessert.

 

Le service postal et la police

Le service postal fit son apparition et fut largement amélioré avec la création de centres postaux disséminés dans toutes l’Andalousie pour l’entrepôt, le triage et la distribution du courrier.

‘AbderRahmane an-Nassir créa un nouveau corps de police appelée la police centrale (ash-shorta wasta) spécialisée dans les affaires commerciales, la surveillance des différentes corporations comme les docteurs, les dentistes etc., dont les problèmes diffèrent des affaires courantes. Avez-vous entendu parler de quelque chose de semblable ?

Il créa aussi un corps de police pour le jour et un autre pour la nuit. Il régularisa aussi la police des mœurs (amr bil ma’rouf wa nahi ‘alal mounkar)

 

L’administration

Le trésor public (bayt al-mal) fut divisé en plusieurs départements : un propre aux Musulmans et un autre propre au califat.

Il créa aussi différentes nouvelles administrations : le département de ressources, des taxes, des douanes, des différents impôts (kharaj, jizyah) mais aussi des fabriques de monnaies. Préoccupé par les échanges commerciaux et la circulation de la monnaie, les historiens rapportent qu’an-Nassir laissa à sa mort plus de 300 millions de dinars en or. Une somme extraordinaire de nos jours alors que dire de l’époque ? Seule la dynastie des Hamadaniyah en Syrie pouvait rivaliser en richesse.

 

Les lois et la justice

A l’époque un seul juge était chargé des affaires de justice, mais ‘AbderRahmane an-Nassir créa les maisons de justice, il nomma des corps entier de juges et il régularisa et améliora la fonction au niveau juridique islamique : la prise en charge des affaires et la manière de procéder. Il ordonna que la profession soit ouverte à tous alors qu’auparavant les juges étaient tous des Arabes.

Yahya Ibn Yahya al-Leythi, d’origine berbère, devint ainsi un des plus grand juge de l’époque. Il créa aussi une nouvelle cour de justice appelée : la cour des opprimés qui correspondrait aujourd’hui à la cour d’appel.

Il créa aussi un corps central dans toutes les villes et un responsable chargé des marchés publiques et des comptes.

Puis aussi un code de lois et d’éthiques que devaient apprendre tous les juges améliorant ainsi les droits de tous les individus de même qu’une université de droit.

 

L’agriculture et l’aménagement du territoire

Les plantes et les arbres furent recensés et l’Andalousie devint un jardin rutilant de toutes espèces d’arbres y comprit fruitiers, de plantes et de fleurs et parmi les nouvelles espèces, il introduisit, le riz, les olives, la canne à sucre et le coton.

Il créa aussi les silos à grains, les entrepôts et une table annuelle des cultures afin de pouvoir disposer, tout au long de l’année, toute sorte de fruits, de grains, de légumes et de plantes mais aussi pour savoir chaque mois ce qui devait être cultivé et récolté.

Il créa aussi une université agricole dont la science s’étendit partout en Europe (n’en déplaise aux mauvaises langues) et qui enseigna à son tour l’agriculture en ces temps de stagnation intellectuelle.

 

L’industrie

De même, il révolutionna et améliora la construction, l’architecture et l’exploitation minière de l’or, de l’argent, du plomb, du fer et du marbre.

Il créa des manufactures de cuir, de constructions navales, de recherches et de fabrication militaires. Des usines de fabrication d’huiles diverses et de médicaments.

Sous ‘AbderRahmane an-Nassir, apparut aussi les marchés spécialisés comme ceux des parfums, des plantes, des vêtements, des viandes, du poisson etc.

 

Les bibliothèques

Cordoue devint la capitale mondiale de la culture et de l’éducation pour les Arabes et les non Arabes.

Sous le règne d’an-Nassir, le nombre de livres de la bibliothèque de Cordoue atteignit 400.000.

Il implanta un système de classification et de rangements des livres par matières et y assigna des gens compétents pouvant informer et diriger les recherches de n’importe quel visiteur. Cette bibliothèque fut par la suite totalement brûlée et détruite jusqu’aux fondations par les croisés du nord pour effacer les traces de tout ce qui était arabo-musulman de leur pays et détruisirent ainsi un immense patrimoine scientifique par haine envers l’Islam et les Musulmans.

Il y avait aussi des gens spécialisés dans les recherches dont le travail était de fournir tous les documents concernant tel ou tel sujet à tout chercheur tandis que lui pouvait faire autre chose en attendant. Il y avait des écrivains disponibles pour copier sur demande n’importe quel chapitre, page ou livre mais aussi pour copier les livres dans leur intégralité.

 

Les érudits

Les journaux firent leurs apparitions ainsi qu’un nombre très élevés de savants parmi eux :

- Le juge (qadi) ‘AbdAllah Muhammad Ibn Muhammad qui étudia la science chez deux-cents trente savants (shouyoukh).

- ‘Abdel Qassim Ibn Dabbagh qui étudia chez deux-cents-soixante-trois savants et qui ne se contenta pas uniquement de cela mais qui partit à l’est pour étudier chez d’autres savants. Il était un des savants d’Andalousie les plus renommé à l’est.

- Ibn ‘Attiyah spécialiste de l’interprétation (tafsir) du Qur’an avec Ibn Waddah, Ibn ‘Abdibbar et Yahya Leythi.

- L’Imam Bajji, spécialiste de jurisprudence islamique (fiqh) avec Ibn ‘Assim, Moundir Ibn Sa’id. L’Imam Bajji et Moundir Ibn Sa’id étaient aussi spécialistes du Hadith ou des parole prophétiques.

- Ibn Roushd dans la philosophie avec Ibn Massarrah al-Qourtoubi.

- En linguistique, Ibn Cidah auteur du « mou’jab » (l’étonnant), Ibn ‘Ali al-Qali auteur du livre « al-amali » (l’espoir).

- Un des plus grands poètes arabes de tous les temps : Muhammad Ibn Hani qui mourut très jeune.

- Les interprétations de livres d’histoire firent leurs apparitions et Ibn Qoutiyyah excella dans ce domaine.

‘AbderRahmane an-Nassir avait un profond respect pour les savants et très préoccupé à leurs sujets.

 

Ceci n’est juste qu’un infime aperçu du bilan scientifique et culturel des Musulmans en Andalousie et nous espérons un jour prochain, si Dieu le veut, vous proposer la traduction d’une excellente œuvre du Dr al-Jaza'iri sur le sujet.

 

La fin de ‘AbderRahmane an-Nassir 

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Hier et aujourd'hui

 

Ruine de la mosquée d'az-Zahra

 Al-Hakam al-Moustansir Billah Ibn ‘AbderRahmane an-Nassir 

An-Nassir, puisse Allah lui faire miséricorde, décéda en l’an 350 de l’Hégire (961) et lui succéda son fils Al-Hakam al-Moustansir Billah Ibn ‘AbderRahmane an-Nassir, qui était alors âgé de vingt-sept ans. Il était lui aussi, puisse Allah lui faire miséricorde, un homme du futur, amoureux des livres, de la culture et de la science.

Il était surnommé « l’amoureux des livres », un savant des différentes écoles de jurisprudence, un Imam de la généalogie, protecteur de l’Histoire, amis des savants, des philosophes et des historiens, bibliophile et un étudiant assoiffé de sciences. A tel point que s’il entendait parler d’un livre réputé, il faisait tout pour entrer en sa possession. Il eut vent d’un livre écrit par al-Asfahani d’Ispahan en Iran titré « al-aghan » dont il acheta l’édition originale pour la somme de 1.000 dinars d’or.

Al-Hakam al-Moustansir Billah émit aussi l’ordre à tous les savants d’enseigner l’apprentissage du Qur’an aux enfants des pauvres et des faibles et il créa à cet effet un corps administratif spécial chargé de gérer les centre d’accueil et les dépenses relatives à ce projet.

 

L’agrandissement de la grande mosquée de Cordoue 

La première entreprise qu’il mena à bien, puisse Allah lui faire miséricorde, est qu’il agrandit la grande mosquée de Cordoue (qortoba) que l’histoire lui attribut effectivement.

Il se passa un fait étrange lors de l’agrandissement de cette mosquée. Lorsque les travaux aboutirent, il invita les gens à venir prier dans la mosquée mais ils refusèrent. Il s’enquit des raisons de ce refus et il apprit que les gens disaient qu’il avait agrandi la mosquée avec de l’argent illicite (haram).

Il fit réunir tous les gens et tous les savants et porta serment devant eux de n’avoir utilisé que de l’argent licite (halal) parvenant du cinquième du butin (al-ghana'im). Alors tous les gens revinrent prier à nouveau dans la grande mosquée.

Ce petit événement que nous ont rapporté les historiens nous montre combien les gens de cette époque étaient scrupuleux en ce qui concerne les affaires de la religion. Aujourd’hui, personne n’oserait s’adresser de telle sorte à un dirigeant des pays Musulmans sans craindre pour sa vie, et celle de toute sa famille réunie.

 

Les campagnes ordonnées par al-Hakam al-Moustansir Billah 

En l’an 352 de l’Hégire (963), les croisés de Jalalitah au nord, voulurent prendre la température des Musulmans et leur armée déferla sur une ville musulmane du nord. Alors al-Hakam envoya son armée qui réussit à prendre la forteresse de San Estéban (san istifan). Lorsque les croisés (salib) virent la force des Musulmans, ils demandèrent la paix qui leur fut accordée.

Un autre armée de croisés attaqua aussi une autre ville et al-Hakam leur envoya son armée commandée par Ghalib Ibn ‘AbderRahmane qui les écrasa.

 

En l’an 352 de l’Hégire (962), la tribu des Basques (bashkans) et leur gouverneur Sancho annonça sa rébellion et la fin du pacte qui le liait avec les Musulmans. Al-Hakam al-Moustansir Billah lui envoya at-Tajibi, le gouverneur de Saragosse, la capitale la plus proche du nord. At-Tajibi pulvérisa et dispersa leur armée prouvant ainsi son allégeance à al-Hakam et qu’une ville des musulman était capable de vaincre les ennemis seule. C’est le legs que laissa ‘AbderRahmane an-Nassir à son fils. 

Cette même année, at-Tajibi marcha sur Barcelone (barshalona) et détruisit la ville tandis que Ghalib Ibn ‘AbderRahmane prit la forteresse de Qalharah et y fit habiter des Musulmans alors qu’auparavant elle était aux mains de Sancho.

 

Cette même année, les Basques se rebellèrent à nouveau et Sancho résilia le pacte qu’il avait signé avec les Musulmans. Ordogne IV (ordonio rabi’) lui disputa le pouvoir et demanda de l’aide à al-Hakam qui répondit favorablement à sa demande. Sancho pressentant le danger demanda de l’aide à Léon mais Ferdinand le roi refusa. Entre temps, Ordogne IV décéda et Sancho en profita pour demander encore une fois la paix avec les Musulmans faisant savoir combien il était (hypocritement) désolé et contrit d’avoir trahit don pacte. Al-Hakam al-Moustansir Billah Ibn ‘AbderRahmane an-Nassir accepta ses excuses et renouvela l’acte de paix avec lui.

La paix prévalut un certain temps avant que de nouveaux troubles surgissent à l’ouest et au sud.

 

Le retour des Normands et la menace ‘oubaydi 

 

 

Hisham al-Mouayyad Billah Ibn al-Hakam al-Moustansir Ibn ‘AbderRahmane an-Nassir 

En l’an 366 de l’Hégire (976), décéda al-Hakam al-Moustansir Ibn ‘AbderRahmane an-Nassir, puisse Allah lui faire miséricorde ainsi qu’à son père. Il laissa pour successeur après lui, son fils Hisham, un enfant alors âgé de 10 ans.

Hisham fut appelé al-Mouayyad Billah mais c’était un enfant incapable de gouverner et sa mère du nom de Soubh d’origine basque, gouverna à sa place et pour protéger son fils jusqu’à ce qu’il grandisse, un conseil non Omeyyade fut chargé de diriger temporairement l’état qui consistait en trois hommes :

- Le ministre d’état al-Hajib Ja’far Ibn ‘Uthman al-Moushafi,

- Le commandant en chef des armées Ghalib Ibn ‘AbderRahmane et,

- Muhammad Ibn Abi ‘Amiri devenu chef des forces de police tant pour sa bravoure que son travail acharné pour les forces de police et sa grande ambition.

 

Et avec l’histoire de Muhammad Ibn Abi ‘Amiri nous arrivons dans une nouvelle ère dans l’histoire de l'Andalousie : l’ère d’al-Hajib al-Mansour.

Nous allons voir comment ce jeune homme Muhammad Ibn Abi ‘Amiri, simple soldat inconnu, parvint à la gloire nous faisant ainsi rappeler l’histoire de ‘AbderRahmane ad-Dakhil qui seul réussit à devenir émir d’Andalousie alors que sa tête était mise à prix dans tout l’empire musulman.

De même Muhammad Ibn Abi ‘Amiri, seul, un homme sans aucune importance, sans aucun pouvoir particulier, sans tribu, sans argent et sans relation pour le porter, réussit à diriger l’Andalousie.