L’œuvre de ‘AbderRahmane ad-Dakhil

 

Pour les Musulmans, ‘AbderRahmane ad-Dakhil est un parfait exemple de réussite. Un exemple à suivre lorsque de nos jours personne ne se fixe de but grandiose dans la vie hormis se marier, avoir une maison, une voiture, des enfants et de l’argent.

‘AbderRahmane ad-Dakhil devient émir d’Andalousie à l’âge de 25 ans bien que sa tête fut mise à prix dès l’âge de 19 ans. Durant six années, il dut fuir de place en place pour finir dirigeant d’un état qu’il conquit seul sans armée et se vérifia la parole d’Abou Ja’far al-Mansour : « Celui-là est le Faucon des Qouraysh ».

‘AbderRahmane ad-Dakhil est un grandiose exemple de résistance, de fermeté et de patience malgré tous les événements auxquels il fit face et dont il sortit victorieux.

Au niveau militaire, ad-Dakhil était à la tête d’une armée permanente de 100.000 hommes farouches et parfaitement disciplinés sans compter son corps d’élite personnel de 40.000 hommes chargé de sa protection nuit et jour à Cordoue. Il construisit aussi une large force navale.

Il organisa les registres et fut seul responsable du gouvernement. Il divisa l’Andalousie en départements (wilayah) et construisit Cordoue pour rivaliser avec Bagdad (baghdad). Il introduisit les palmiers et les grenadiers et un grand nombre d’arbres fruitiers.

Il construisit la grande mosquée de Cordoue en l’an 170 de l’Hégire (786) et dépensa pour sa construction 8.000 dinars en or. Il construisit le pont de Rassafah auquel il donna le nom de son grand père Hisham : nommé en Syrien Rissafatou Hisham.

‘AbderRahmane ad-Dakhil était un homme éduqué et un poète. Il affectionna les poètes et les honora. Il était aussi un homme du commun toujours en contact avec les gens et les visitait.

Lorsque les révoltes se firent virulentes et qu’il craignit de se faire assassiner, il ne manquait jamais d’envoyer ses représentants parmi les gens afin de satisfaire leurs demandes. Il était un homme souriant, qui prêchait sur la chaire et soucieux de l’hospitalité envers les gens. Il leur demandait d’éviter de lui faire des demandes directes pour éviter de s’humilier eux même mais de transmettre leur demande par écrit.

Et nous avons vu comment il vint à bout de toutes les rebellions.

‘AbderRahmane ad-Dakhil éteint, lui succéda son fils Hisham surnommé al-Awwal (le premier) et aussi surnommé Hisham ar-Rida par les gens l’aimait tant il était un homme bon et juste. Certains historiens l’ont comparé à ‘Omar Ibn ‘Abdel ‘Aziz

 

Hisham ar-Rida fils et successeur de ‘AbderRahmane ad-Dakhil 

 

Al-Hakam al-Awwal Ibn Hisham ar-Rabadi 

Lorsque Hisham mourut en l’an 180 de l’Hégire (796) son fils al-Hakam al-Awwal Ibn Hisham lui succéda. Al-Hakam fit de nouveau trembler l’Andalousie et fut surnommé dans l’histoire, al-Hakam ar-Rabadi. Et nous allons voir plus tard pourquoi il fut appelé ainsi.

Al-Hakam prit le pouvoir alors qu’il était âgé de 26 ans. C’était un jeune homme fort bien qu’il ne soit pas le plus grand des enfants d’Hisham.

 

Lorsque la nouvelle de la mort d’Hisham et de la succession par son fils al-Hakam al-Awwal parvint au Maghreb, deux hommes se mirent en route : Souleyman, qui se trouvait à Tanger, et ‘AbdAllah Ibn ‘AbderRahmane ad-Dakhil qui se trouvait à Tahart qui s’étaient rebellés contre leur frère Hisham et qui voulaient tenter une nouvelle fois leur chance, en se rebellant contre le fils de leur frère. Souleyman, débarqué en Andalousie appela ses partisans auxquels se joignirent les Berbères et marcha sur Cordoue mais il fut secrètement suivit et tué près de Mérida en l’an 184 de l’Hégire (800) avant qu’il n’arrive à destination. 

 

Quant à ‘AbdAllah, il se révolta à Saragosse d’où il appela ses partisans tandis qu’al-Hakam lui fit parvenir des messagers lui conseillant de renoncer à ses prétentions. Mais ‘AbdAllah n’écouta pas les conseils et se dirigea vers Valence (bolensia).

Al-Hakam lui proposa la ville de Valence s’il mettait fin à sa révolte. ‘AbdAllah réalisa qu’il n’avait aucune chance de succès d’autant plus que son grand frère Souleyman avait failli. Il accepta donc le poste de gouverneur de Valence et fut surnommé par la suite ‘AbdAllah al-Boulounsi Ibn ‘AbderRahmane ad-Dakhil

 

Cette même année, un nouveau style de rébellion apparut. Celle de ‘Oubaydah Ibn Houmayd de la première génération des Musulmans nés en Andalousie (al-mouwalladin). Lorsque Moussa Ibn Noussayr et Tariq Ibn Ziyad à la tête d'une armée de 30.000 hommes conquirent l’Andalousie ils n’avaient pas de femmes avec eux et se marièrent donc avec des femmes locales. Lorsque la première génération de musulman naquit, elle était moitié d’origine Arabo-Berbère et moitié Andalouse et cette génération fut appelée : « Ceux qui sont nés » (al-mouwalladin). Ils étaient certes Musulmans mais totalement différents physiquement et mentalement de leurs ancêtres.

 

‘Oubaydah Ibn Houmayd se révolta et se réfugia à Tolède et al-Hakam al-Awwal lui envoya une armée commandée par un Mouwallad du nom de ‘Amrouss Ibn Youssouf qui était aussi de la génération des Musulmans nés en Andalousie. Cette génération aimait changer la dernière syllabe de leur nom avec la lettre S (sin) ou le N (noun) et se faisait appeler  ‘Amrouss ou bien Zaydoun (à la place de ‘Amr ou de Zayd) ou d’autre nom du même genre. Et ils étaient reconnaissables grâce à ces noms.

En l’an 181 de l’Hégire (797), ‘Amrouss et sa troupe d’Omeyyades partirent à Tolède et par ruse vint à bout des rebelles. Lorsqu’il arriva à Tolède, ‘Amrouss fit construire un fort pas très loin de la ville qui servirait de garnison pour les troupes. Puis quand les travaux furent finit, il invita les chefs des Mouwalladin de Tolède pour un repas (walima) auxquels ils se rendirent sans se douter un instant que c’était un piège. Là, il les fit tous arrêter et tuer. Mais d’autres éléments des Mouwalladin refusèrent de se soumettre et se réunirent à nouveau. ‘Amrouss en informa aussitôt al-Hakam qui utilisa une tactique intelligente. Il envoya un nouveau corps de troupe commandée par son fils ‘AbderRahmane Ibn al-Hakam vers le nord de l’Andalousie et fit annoncer que la troupe se dirigeait vers la frontière au nord.

Quelque temps après, l’armée fit secrètement demi-tour et se dirigea vers Tolède. ‘AbderRahmane assiégea le groupe de conspirateurs qui n’étaient autre que les enfants des conquérants de l’Andalousie et tua 700 d’entre eux mettant ainsi fin à leur révolte.

 

Principaux évènement sous le règne d’al-Hakam al-Awwal 

 

‘AbderRahmane Ibn al-Hakam surnommé al-Awsat

 

Al-Hakam ar-Rabadi, l’émir d’Andalousie régna de l’an 180 à l’an 206 de l’Hégire (796-822). En l’an 206 de l’Hégire, sentant la vieillesse approcher et l’échéance inévitable, il abandonna les frivolités terrestres et regretta profondément son passé. Il annonça aux gens son repentir et leur demanda pardon lors de ses prêches en leur disant : « Seul l’au-delà est de prime importance et la finalité ». Il devint un homme pieux, craignant le Seigneur et reconnaissant ses fautes.

Les actes finals étant les plus importants, sur eux décéda al-Hakam ar-Rabadi en l’an 206, puisse Allah le Très Haut lui faire Miséricorde et lui succéda son fils ‘AbderRahmane Ibn al-Hakam surnommé al-Awsat (le milieu) pour le différencier (tamyyiz) entre ‘AbderRahmane ad-Dakhil (‘AbderRahmane al-Awwal (le premier)) et ‘AbderRahmane an-Nassir (le victorieux) tous deux émirs d’Andalousie.

Al-Hakam choisit ‘AbderRahmane al-Awsat parmi ses autres fils du fait qu’il craignait le Très Haut et qu’il était un homme pieux, religieux, droit, cultivé, courtois et éduqué qui était alors âgé de 30 ans et ‘AbderRahmane al-Awsat allait faire face à beaucoup d’évènements durant son règne.

 

Le premier fut la rébellion de son oncle, pourtant d’âge bien avancé, ‘AbdAllah al-Boulounsi à Valence (bolensia) en même temps que le décès d’al-Hakam ar-Rabadi mais sa révolte faillit. Bien qu’il ait réussit à rassembler un très grand nombre de partisans à Tadmir (toudmar), il décéda des suites de son âge avancé.

Yahya Ibn ‘AbdAllah lui succéda et pendant sept années, la ville de Tadmir se rebella mais jamais Yahya ne réussit dans ses tentatives avant d’être finalement écrasé par Oumayyah Ibn Mou’awiyyah un des commandants d’al-Awsat qui changea le nom de la ville Tadmir[1] en Murcie (marsiya).

Lorsque tout revint en ordre, ‘AbderRahmane al-Awsat envoya au nord-ouest vers Galice une troupe commandée par un de ses ministre ‘Abdel Karim Ibn Moughith avec l’ordre d’anéantir toutes les troupes ennemies qu’il rencontrerait. ‘Abdel Karim Ibn Moughith fit ce qu’on lui demanda avec tant de succès qu’il réussit à libérer un grand nombre de prisonniers Musulmans.

 

En l’an 213 de l’Hégire (828), à Merida (marida) à l’est de l’Andalousie, Mahmoud Ibn Jabbar Ibn Rahilah prit le commandement d’une révolte berbère et trahit à son tour les Musulmans en demandant de l’aide à Alfonsh II et à Louis roi de France qui honorèrent ses demandes.

Cette immense armée de coalisés commença à s’assembler et ‘AbderRahmane al-Awsat pressentant le danger imminent envoya son armée qui fut battue. La révolte dura de l’an 213 à l’an 218 (828-832) jusqu’à ce que ‘AbderRahmane al-Awsat se déplace en personne à la tête d’une immense armée pour stopper cette rébellion et il écrasa littéralement cette armée de coalisés mais Mahmoud réussit à s’enfuir vers une forteresse.

 

Un autre Berbère du nom de Souleyman Ibn Maratayn avec les Berbères qui s’étaient échappés de la bataille reformèrent une armée et commencèrent à conquérir les villes de Baja puis de Badajoz (batalios). Al-Awsat le rattrapa et pulvérisa son armée mais Souleyman réussit à s’échapper et trouva refuge au nord à Galice ou il trouva aussi de l’aide. Avec les Goths, ils tentèrent de capturer d’autres ville mais ‘AbderRahmane al-Awsat les poursuivit et tua Souleyman Ibn Maratayn.

Les événements prirent une nouvelle dimension du fait que les rebelles demandaient dorénavant de l’aide aux ennemis d’Allah et des Musulmans pour les soutenir.

 

Entre les années 214 et 218 de l’Hégire (829-832), une autre révolte commandée par un homme du nom de Hashim ‘AbderRab eut lieu à Tolède dans le centre de l’Andalousie.

Cet homme, un bandit, en appela aux autres bandits et dépravés de la région qui se joignirent à lui et réussirent à prendre Tolède et ses environs mais ‘AbderRahmane al-Awsat l’attaqua férocement et le tua sans pour autant réussir à mettre une fin à la rébellion qui dura jusqu’en l’an 222 de l’Hégire (836), soit huit ans avant qu’al Awsat en vienne enfin à bout.

 

Les Vikings attaquent Lisbonne 

 

La révolte des saints martyrs 

 

Muhammad Ibn ‘AbderRahmane al-Awsat 

‘AbderRahmane al-Awsat gouverna l’Andalousie durant trente-deux années et décéda en l’an 238 (852), puisse Allah le Très Haut lui faire Miséricorde. Son fils Muhammad Ibn ‘AbderRahmane al-Awsat lui succéda et sous son règne l’Andalousie s’affaiblit considérablement et revint à ce qu’elle avait été précédemment : l’ère des royautés indépendantes.

Les historiens ont d’ailleurs appelé la période qui s’étend de l’année 238 de l’Hégire jusqu’à l’année 300 : « L’ère des états indépendants des Mouwallad » (‘asr douwaylat at-tawa'if al-mouwallad).

Dès les premiers jours du règne de Muhammad Ibn ‘AbderRahmane al-Awsat commença la désintégration de l’Andalousie.

 

Le premier à se rebeller et qui annonça son détachement du gouvernement central et son indépendance fut Moussa Ibn Moussa le gouverneur de Saragosse, la capitale du nord, et qui donna naissance à la dynastie des Bani Qassi.

A l’ouest avec les Banou Marwan al-Jiliqi, ‘AbderRahmane al-Jiliqi à Badajoz (batalios) annonça son indépendance avant de capturer Merida, la capitale de l’ouest.  Suivit la capitale du centre Tolède mais Muhammad leur envoya une armée qui mit fin à la révolte. Mais la ville resta en proie à d’autres tumultes jusqu’en l’an 244 de l’Hégire (858), soit cinq années, avant que Muhammad ne la frappe de nouveau avec force et que tout revienne en ordre.

Muhammad nomma un nouveau gouverneur berbère des Bani Zi Noun qui sitôt établit son contrôle sur la ville et bien qu’il fut envoyé par l’émir d’Andalousie, annonça son détachement du gouvernement central et proclama l’indépendance de Tolède.    

Les Berbères se déclarèrent aussi  indépendants à Jaén ainsi que les chefs arabes de la tribu des Lakhmi des Banou Hajjaj à Cordoue. ‘Id Ibn Joudi Sa’di fit de même à Grenade et ainsi une grande partie du pays sortit du contrôle de l’émir d’Andalousie

 

Les Normands Vikings informés de la situation en profitèrent et à bord de quatre-vingt navires se dirigèrent vers Algésiras (jazirat al-kadrah), débarquèrent sur l’île ou se trouvait la Mosquée historique des Etendards (masjid ar-rayat), construite par Moussa Ibn Noussayr qu’ils brûlèrent et détruisirent. Puis reprenant leurs navires, ils se dirigèrent vers le nord, attaquèrent le comté et prirent la capitale de Navarre faisant prisonnier son roi qui se libéra en échange d’une énorme somme d’argent.

Les Normands restèrent en Andalousie ou ils semèrent mort et destruction avant que Muhammad ne leur envoie une armée qui lors d’une épique bataille détruisit quarante de leur navires et les força à quitter l’Andalousie. Mais ils revinrent en l’an 247 de l’Hégire (861) à bord de soixante navires pour trouver cette fois les Musulmans prêts à les recevoir.

Les Normands perdirent quatorze de leurs navires lors de leur premier débarquement avant de mettre le cap une nouvelle fois au nord ou ils attaquèrent les Goths qui les attendaient aussi si bien qu’ils repartirent d’où ils venaient, les mains vides.

 

En l’an 248 de l’Hégire (862), un conflit eut lieu entre les Goths du comté de Leone et la région de Galice au nord-ouest et ceux du comté de Navarre au centre-nord tandis que les Francs se trouvaient au nord-est. Les deux comtés entrèrent en conflit et la guerre fut déclarée entre eux. Le Comté de Navarre sortit victorieux mais ne put capturer le Comté de Léone. Les deux états restèrent séparés et Garcia (gharciya) prit la tête du Comte de Navarre et c’est à partir de son règne que commencent réellement l’histoire du Comté de Navarre.

 

En l’an 252 de l’Hégire (865), Alfonsh III, surnommé le Grand, fut nommé nouveau gouverneur de Léone. Il élargit son état jusqu’aux pieds des Pyrénées et réorganisa la chrétienté hispanique.



[1] Tadmir veut dire destruction.

[2] C’est un fait que j’ai témoigné personnellement plusieurs fois.