La bataille de Moussarah

 

 

La prise de Cordoue

 

'AbderRahmane ad-Dakhil et le retour du califat Omeyyade en Andalousie

 

La bataille de Mérida 

 

L’envoyé du calife abbasside

Un homme du nom d’al-A’la Ibn Mou’ith al-Joudami venant du Maghreb traversa le détroit de Gibraltar et débarqua en Andalousie à Libaja.

Cet homme était envoyé par le calife abbasside Abou Ja’far al-Mansour pour réclamer l’Andalousie. Il révéla le noir étendard des Abbassides et commença à appeler les gens à porter allégeance au calife : « Les Musulmans n’ont qu’un seul calife, rejoignez-nous ! » Et effectivement les gens prirent son parti et la guerre entre les Abbassides et les Omeyyades reprit.

Tous les ennemis d’ad-Dakhil en profitèrent pour rejoindre les rangs des Abbassides. Lorsque al-A’la Ibn Mou’ith al-Joudami réunit assez de monde, il se dirigea vers Séville. Sur la route il s’arrêta à Sidonie ou les gens l’accueillirent chaleureusement et l’assistèrent.

Ad-Dakhil envoya une armée à sa rencontre mais elle arriva à Sidonie alors qu’al-A’la l’avait déjà quitté.

Badr, le commandant de l’armée d’ad-Dakhil, prit la ville de nouveau voulant ainsi détourner al-A’la de son but principal mais celui-ci arriva à Séville et prit la ville.

 

Beaucoup de gens prirent son parti, les ennemis des Omeyyades, les ennemis d’ad-Dakhil, les partisans des Abbassides et toux ceux qui avait occupé des fonctions principales avant l’arrivée d’ad-Dakhil en Andalousie.

Bientôt l'armée d’al-A’la dépassa largement en nombre celle d’ad-Dakhil qui prit la fuite et se réfugia à Carmona ou il se fortifia. L’armée d’al-A’la arriva à Carmona et mit le siège tandis qu’ad-Dakhil, le gouverneur Omeyyade d’Andalousie, se retrouva assiégé par les Abbassides. Le siège dura deux mois.

Un jour, ad-Dakhil organisa ses forces puis ordonna d’ouvrir les portes de la forteresse et d’un seul élan son armée de 700 hommes sortit et s’abattit sur l’armée d’al-A’la qui ne s’attendait nullement à une telle réaction de la part d’assiégés affamés. Son armée fut pulvérisée et après une sanglante bataille, il dut prendre la fuite. Mais il fut poursuivi jusqu’aux murs de Séville ou il fut rejoint et tué avec 7.000 de ses partisans.

Ad-Dakhil lui coupa la tête, qui fut remplit de sel et de camphre pour éviter sa dégradation et y donner une bonne odeur, puis accrocha un message à l’une de ses oreilles avant de mettre la tête dans un coffret qu’il fit envoyer au calife Abou Ja’far al-Mansour par les pèlerins qui allaient au pèlerinage. De même, il fit trancher la tête de tous les commandants qui avaient participé à cette révolte et après avoir écrit le nom de chacun sur une feuille accroché à leurs oreilles, il fit mettre leurs têtes dans des boites. Puis il ordonna que ces têtes soient jetées dans les rues de la Mecque ou le calife faisait son Pèlerinage et que la tête d’al-A’la soit placée en face de la tente du calife. 

Lorsque le calife sortit il trouva le coffret qu’il ouvrit pour se rendre compte que c’était la tête de son envoyé en Andalousie, il fut pétrifié et dit sa célèbre parole : «  Louange à Allah qui a mis entre nous et ce diable la mer ». C’est Abou Ja’far al-Mansour qui attribua après cela, le surnom de « Saqr Qouraysh » ou le Faucon des Qouraysh à ‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah Ibn Hisham Ibn ‘Abdel Malik Ibn Marwan al-Amawi.

 

Ainsi ad-Dakhil mit fin à la révolte des Abbassides en l’an 146 de l’Hégire mais cela n’était qu’une révolte qui allait être suivit d’autres révoltes successives et finalement il n’allait jamais vivre en paix.

 

Les rebellions

 

Les Abbassides envoient un nouvel envoyé 

En 160 de l’Hégire (776), un homme du nom de ‘AbderRahmane Ibn Habib al-Fihri connut sous le nom d’as-Souqloubi arriva d’Afrique envoyé par le calife abbasside al-Mahdi Ibn al-Mansour.

Il appela les gens à lui porter allégeance au nom du calife abbasside. Il leur expliqua que dans toutes les terres musulmanes, le califat était aux mains des Abbassides excepté en Andalousie ou il était aux mains de ‘AbderRahmane ad-Dakhil qui n’était ni calife, ni émir des croyants.

Il est vrai qu’ad-Dakhil se faisait appeler émir d’Andalousie, une enclave indépendante du califat musulman.

‘AbderRahmane as-Souqloubi appela les gens à le suivre au nom de l’unification et au rattachement de l’Andalousie au reste de l’empire musulman et aux Abbasside.

Il envoya un messager au gouverneur Souleyman Ibn Yaqban al-Kalbi de Saragosse et lui demanda de se ranger à ses côtés et de lui remettre la ville et le poste de gouverneur. Mais Souleyman ne se laissa pas intimider et refusa.

A la place de s’occuper d’ad-Dakhil, as-Souqloubi attaqua Souleyman qui le vainquit tandis qu’ad-Dakhil en profita pour attaquer les arrières de l’armée de Souqloubi et pour l’empêcher de fuir, brûla tous ses navires.

Souqloubi s’enfuit alors dans les montagnes et ad-Dakhil promit une récompense de 1.000 dinars à celui qui le ramènerait mort ou vif. Un berbère le tua, ramena sa tête à ad-Dakhil et prit la récompense. Ainsi échoua la deuxième tentative des Abbassides de mettre la main sur l’Andalousie.

 

Enorgueillit par sa victoire sur Souqloubi, Souleyman Ibn Yaqban, réclama plus de pouvoir et se révolta suivit par al-Qahid as-Salmi à Tolède, entre 162 et 163, qui fut vaincu et Ibrahim al-Barlathi vaincu aussi par Badr le serviteur d’ad-Dakhil.

Un homme du nom de Doumia al-Ghassani se rebella aussi à Alvéra mais un commandant de l’armée d’ad-Dakhil du nom de Shahid Ibn ‘Issa le vainquit puis, ‘Abbas al-Barbari à Alvéra qui fut aussi vaincu.

 

Et pour la première fois, se révoltèrent certains Omeyyades à Alvéra.

Le premier d’entre eux fut Ibn Salam Ibn Yazid Ibn Hisham puis ‘Oubaydillah Ibn Abban Ibn Mou’awiyyah Ibn Hisham. Et les problèmes commencèrent entre les Omeyyades motivés uniquement par la recherche du pouvoir. Celui qui les incitait à la rébellion était Abou ‘Uthman qui aida ad-Dakhil et lui soumit la conquête de l’Andalousie.

Ad Dakhil, les attaqua et les tua. Puis il se tint devant la dépouille d’Abou ‘Uthman et lui dit : « Je t’ai laissé émir ici par respect pour toi et pour tes bienfaits envers moi ». Puis il dit en référence aux Abbassides : « Celui-là est Abou Mouslim (al-Khorassani, celui qui prépara le pouvoir pour l’accession des Abbassides. Les Abbassides le tuèrent de peur qu’il se retourne contre eux ou qu’il recherche le pouvoir) et après m’avoir offert son aide, il se retourne contre moi ? »

Ce fut le début des épreuves entre les Omeyyades.

‘AbderRahmane ad-Dakhil réussit à reconquérir Alvéra mais il échoua devant Saragosse. Il envoya une armée commandée par Tha’labah Ibn ‘Oubayd pour venir à bout de Souleyman Ibn Yaqban al-A‘rabi et Houssayn Ibn Yahya al-Ansari mais Tha’labah fut fait prisonnier après que son armée fut battue.

 

La traitrise de Souleyman Ibn Yaqban al-A’rabi et l’arrivée de Charlemagne à Saragosse 

 

La rébellion des Omeyyades 

En l’an 166 de l’Hégire (782), al-Moughirah Ibn Walid Ibn Mou’awiyyah Ibn Hisham Ibn ‘Abdel Malik, le fils du frère de ‘AbderRahmane ad-Dakhil, se rebella à Cordoue et réclama le pouvoir en s’alliant avec Foudayl Ibn Soumayl Ibn Hatim Ibn Shibr Ibn Jawsham mais il fut tué en 168 par ad-Dakhil qui s’étonna de son manque de reconnaissance envers lui alors qu’il l’avait honoré après l’avoir fait venir de Syrie.

‘AbderRahmane ad-Dakhil confisqua ses bien et les envoya, via un messager, à son père al-Walid et lui demanda de quitter l’Andalousie. Al-Walid fut extrêmement peiné et dit au messager qu’il n’avait absolument rien à voir avec son fils et se justifia longuement si bien que le messager revint. Non, dit ad-Dakhil, son fils s’est élevé contre moi et il est la plus proche personne après lui. Il ne peut rester en Andalousie, qu’il parte ! Je ne peux plus lui faire confiance.

Al-Walid quitta l’Andalousie et partit au Maghreb.

Quant à ‘AbderRahmane ad-Dakhil, il allait dorénavant ne plus faire confiance aux gens et il se retourna contre tous ses proches, même contre son serviteur Badr.

 

Après avoir longuement réfléchit et s’être préparé en conséquence, Abou al-Aswad Muhammad Ibn Youssouf al-Fihri, le fils du précédent gouverneur d’Andalousie qui était resté emprisonné de l’an 141 jusqu’en l’an 168 de l’Hégire (784) se révolta. 

Vingt-sept années en prison ne l’empêchèrent pas de préparer des plans pour se révolter contre le gouverneur d’Andalousie. Il employa une audacieuse ruse en se faisant passer pour aveugle. Il résista aux tests que lui firent passer ses geôliers pour voir s’il était vraiment aveugle et effectivement, il fut pris pour aveugle si bien qu’on l’aidait à marcher, que l’on s’occupait de lui et il feignit longtemps la cécité.

La prison de Cordoue se trouvait près d’un fleuve et il était courant que les gardiens emmènent les prisonniers, tour à tour, se laver, laver leur linge près du fleuve avant de les ramener en cellule.

Un jour, alors que s’était son tour et qu’il était dans le fleuve, il s’éloigna petit à petit de la berge tandis qu’il avait convenu d’un rendez-vous avec son serviteur qui vint le chercher le jour convenu et ensemble ils s’éloignèrent à la nage, traversèrent le fleuve, montèrent sur des chevaux qui les attendaient et se dirigèrent vers Tolède.

Voyant la ville fermement dirigée, il se dirigea vers Castallane (qastalona) ou il mit sur pied une gigantesque armée d’anciens partisans d’al-Fihri et des ennemis d’ad-Dakhil. ‘AbderRahmane ad-Dakhil le suivit et eut lieu la bataille de Castallane ou Abou al-Aswad fut vaincu et où périrent 4.000 hommes de son armée.

Abou al-Aswad réussit à s’enfuir et réorganisa une nouvelle armée mais ad-Dakhil le suivit et le battit de nouveau, tuant une autre partie de son armée tandis qu’Abou al-Aswad s’enfuit à Tolède ou il rechercha de l’aide sans succès. Puis, il se réfugia près de Tolède ou il finit par mourir.

Son frère al-Qassim se rebella aussi mais fut aussi tué par ‘AbderRahmane ad-Dakhil.

Entre l’an 168 (784) et 172 de l’Hégire (788), ad-Dakhil fut uniquement préoccupé par toutes ces rebellions successives auxquelles il mit toute fin.

 

Pendant ce temps les Goths au nord se levèrent en même temps que Abou al-Aswad en 168 de l’Hégire (784) et conquirent Galice (jiliqiyah) mais ‘AbderRahmane ad-Dakhil et le gouverneur de Tolède les combattirent victorieusement, prirent la ville et collectèrent un immense butin avant de revenir.

 

En l’an 170 de l’Hégire (786), les Berbères se rebellèrent mais ad Dakhil leur envoya une armée qui les écrasa.

A  cet époque, ‘AbderRahmane ad-Dakhil ne faisait plus confiance à personne après la trahison d’Abou ‘Uthman. Badr son serviteur éprouva de la fatigue suite à toutes les batailles qu’il commandé pour le compte d’ad-Dakhil. Il demanda à se retirer pour occuper un poste de dirigeant. Ad-Dakhil refusa de peur que le pouvoir lui monte à la tête et qu’il se rebelle à son tour. Badr lui demanda alors de l’argent mais ad-Dakhil refusa. Badr s’en alla vivre seul et mourut ainsi.

 

La mort de ‘AbderRahmane ad-Dakhil 

Ad-Dakhil fut peiné par son propre comportement et il repensa à cette âme généreuse, indulgente et unificatrice qui l’animait au début de son pouvoir. Mais vingt-cinq rebellions successives altérèrent son comportement envers les gens et malgré son attachement à la bonté et à l’unification des cœurs, il finit par devenir un homme dur du fait que ses plus proches des Bani Omeyyades s’étaient eux même élevés contre lui.

Durant son règne, l’Andalousie fut coupée du reste de l’empire musulman qui était totalement sous le contrôle des Abbassides.

Et à cause de toutes ses révoltes, demandant son attention et sa présence permanente, les Musulmans furent chassés du sud de la France tandis que les Goths reprirent le nord de l’Andalousie. Il voulut mettre fin aux problèmes posés par les Goths mais du fait de son incessante activités à étouffer les rebellions, il ne put mener à bien sa mission.

C’est la recherche insatiable du pouvoir qui contribua à affaiblir les Musulmans. Et c’est la recherche des biens terrestres qui fit que les rivalités entre Musulmans s’aggravent et les poussent à s’entretuer. Et de ce fait, les Goths prirent de grands part de territoires sur le dos des Musulmans.

 

En l’an 172 de l’Hégire (788), le Faucon des Qouraysh, ‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah Ibn Hisham Ibn ‘Abdel Malik Ibn al-Marwan dit ‘AbderRahmane ad-Dakhil trouva enfin la paix. Entré en l’an 138 de l’Hégire (755) en Andalousie et après avoir vaincu tous ses ennemis, il s’éteignit.

Une longue période de trente-quatre de règne durant lesquelles il ne resta pas un jour en paix. C’est grâce à sa résistance et sa patience que le règne Omeyyade continua de régner longtemps en Andalousie.

Lorsqu’il sentit sa mort, ‘AbderRahmane ad-Dakhil pensa à sa succession et il avait devant lui deux choix principaux.

Le premier, son fils célibataire, le plus âgé de ses fils, Souleyman Ibn ‘AbderRahmane ad-Dakhil, de son épouse Shamiyyah, qui à cette époque dirigeait Tolède. Mais Souleyman était moins sage et moins résistant que son autre frère Hisham gouverneur de Mérida dont la mère était une espagnole convertie.

Allait-il laissé à son poste d’émir le plus grand ou le plus jeune ?

S’il laissait le plus grand, il en résulterait la perte de l’Andalousie et s’il laissait le plus petit, son grand frère se révolterait contre lui. Et il resta indécis jusqu’à sa mort.

Peu avant sa mort, ‘AbderRahmane ad-Dakhil confia sa bague sceau d’état, avec laquelle il signait ses courrier, à son fils ‘AbdAllah en lui dit : « Le premier qui viendrait de tes frères remets lui le sceau ». Et lorsque la nouvelle du décès de leur père leur arriva le premier à se présenter fut Hisham le plus jeune frère. ‘AbdAllah lui remit le sceau et le salua comme nouvel émir.

Hisham était alors âgé de 30 ans lorsqu’il devint émir officiel d’Andalousie.

Puisse Allah pardonner et faire miséricorde à ‘AbderRahmane ad-Dakhil.





[1] Evènement ou Roland, un des commandants de Charlemagne, trouva la mort et contrairement à ce que les historiens affirment à tord, il ne fut pas tué par les Sarrasins mais par les Basques !