L’ère  des Omeyyades

Le faucon des Qouraysh 

Le calife abbasside Abou Ja’far al-Mansour demanda un jour à ses compagnons :

- « Qui est le faucon des Qouraysh ? » Ils dirent :

- « L’émir des croyants ! » (Voulant dire lui-même Abou Ja’far al-Mansour)

- « Celui qui voulut la royauté, fit taire les tremblements de terre (étouffa les révoltes) et mit fin aux rivalités ». Il répondit :

- « Ce n’est pas la bonne réponse ! » Ils demandèrent :

- « Mou’awiyyah ? »

- « Non même pas celui-là ! »

- « ‘Abdel Malik Ibn Marwan ? »

- « Non ! »

- « Alors qui est-il, émir des croyants, » demandèrent-ils ? Il répondit :

- « ‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah, celui qui, grâce à sa ruse, échappa aux pointes des lances et aux lames des épées, qui après avoir erré en solitaire dans les déserts d’Asie et d’Afrique eut l’audace de chercher fortune sans armée, dans des terres qui lui étaient inconnues au-delà de la mer. N’ayant rien sur qui compter excepté son intelligence et sa persévérance. Malgré cela, Il humilia ses fiers ennemis, extermina les rebelles, organisa les villes, mobilisa les armées, sécurisa ses frontières, fonda un grand empire et réunit sous son sceptre un royaume qui semblait déjà parcellé entre ses chefs insignifiants. Nul homme avant lui n’a accompli seul de telles actions. ‘AbderRahmane fit tout cela seul, avec le soutien de nul autre que son propre jugement, ne dépendant de rien d’autre que de sa propre résolution. Puis par la force de sa volonté, rebâtit une royauté après en avoir été chassé ! »

 

Un homme expulsé, aux abois, sa tête mise à prix, recherché dans tout l’empire islamique, seul sans armée construisit une royauté qui contrôla l’Andalousie dans sa totalité. Il déjoua vingt-cinq révoltes sous son règne. Quelle puissante volonté animait ‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah !

Ibn Hayyan, l’historien renommé dit de lui : « L’Imam ‘AbderRahmane ad-Dakhil était d’une intelligence redoutable, indulgent, très instruit, une énorme volonté, nulle armée se leva contre lui sans qu’il l’anéantit et nul pays ne put lui résister. Brave et courageux, toujours premier et présent, sans ambition pour ce monde, vivant sobrement et ne chargeait d’ordre que lui-même. Très hospitalier, fantastique politicien, toujours habillé en blanc même son turban, visitait toujours les malades, présent aux funérailles, guidait les gens dans la prière les jours de vendredi et de fêtes et orateur de sermons ces mêmes jours. Il enrôla les soldats, désigna les étendards et son armée s’éleva à 100.000 cavaliers ».

 

Par sa volonté, il bâtit un puissant état Omeyyade en Andalousie après la chute de celui-ci de l’est. Il y a une excellente leçon à suivre à travers l’histoire de cet homme qui partit de rien, bâtit une forte nation. Lorsque la foi et le puissant désir d’accomplissement se trouve chez un homme rien ne peut l’arrêter et même si sa foi n’est pas au summum, son inébranlable volonté fera de lui un homme victorieux.

De même si un homme s’accroche au Seigneur, la victoire viendra de Lui. Aujourd’hui, les savants disent que si les gens s’accrochent fermement à l’Islam alors la victoire sera pour eux mais s’ils abandonnent l’Islam, la victoire reviendra au plus fort car le Seigneur laisse les gens à leurs propres affaires, c’est donc pourquoi le plus fort gagnera.

 

‘AbderRahmane prit appui sur son Seigneur et armé de sa puissante volonté, il donna tout ce qu’il avait en lui et il fut vainqueur.

Aujourd'hui, nous avons laissé tomber les deux. Notre foi et la volonté pour la faiblesse. Le remède est donc de relever notre foi, notre volonté et notre sacrifice. Nous devons abandonner le défaitisme psychologique, la soumission à nos ennemis peu importe le seuil qu’atteint notre faiblesse. Nous devons avoir la volonté de réussir, même si nous ne verrons pas les fruits de nos efforts, le courage, la bravoure, l’honneur et le désir intense de sacrifice. Un sacrifice qui bénéficiera aux générations futures comme nous avons bénéficié du sacrifice de nos ancêtres.

Et quels beaux exemples à travers l’histoire de ‘Abderrahmane ad-Dakhil.

 

‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah Ibn Hisham Ibn ‘Abdel Malik surnommé ‘AbderRahmane ad-Dakhil 

 

Le meurtre d’al-Walid Ibn Yazid 

 

Le dernier calife omeyyade Marwan Ibn Muhammad 

 

As-Safah Abou al-‘Abbas, le premier calife abbasside 

As-Safah[1] Abou al-‘Abbas devint le premier calife abbasside et ordonna la mise à mort de tous les Omeyyades vivants. Souleyman Ibn ‘Ali, le gouverneur de Basra, ordonna aussi la capture et la mise à mort de tous les Omeyyades de la ville et ordonna de jeter leur dépouilles dans les rues afin que les chiens les mangent.

Les Omeyyades terrifiés se cachèrent y comprit ‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah Ibn Hisham Ibn ‘Abdel Malik qui était le plus recherché et sa tête mise à prix. Cet homme n’était autre que ‘AbderRahmane ad-Dakhil qui allait devenir un des plus grands califes omeyyade.

 

En l’an 132 de l’Hégire (749), poursuivit par la répression, ‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah se sauva avec sa famille, ses sœurs, ses biens et certains de ses servants vers une ville très éloignée sur l’Euphrate où il vécut un certain temps. Or un jour, il se passa un fait étrange. Laissons-le raconter l’histoire :

« Un jour, j’étais assis dans cette ville dans une pièce ombragée sans lumière à cause d’un problème de vue que j’avais dû à la poussière et la lumière du jour me rendait inconfortable. 

Mon fils Souleyman âgé de quatre ans jouait devant moi. Il sortit dehors puis soudainement rentra effrayer et s’assit sur mes genoux et me dit ce que ne disent pas les enfants de son âge. Alors, je suis sorti m’informer pour trouver les gens paniqués et terriblement effrayés quand j’aperçu les bannières noires des Abbassides. Mon petit frère vient me voir et ne dit : « O frère, ils sont venus ! »

Je suis entré précipitamment dans la maison, prit une poignée d’argent et tirant mon frère derrière moi, nous nous sauvèrent. Les Abbassides ne recherchaient que les hommes des Omeyyades et ne s’attaquaient ni aux enfants, ni aux femmes. Laissant avec eux mon serviteur Badr, je dis à mes sœurs ou j’allais et leur demanda de me rejoindre plus tard avec le reste de ma famille. Lorsque je fus arrivé là-bas je me cachais.

Moins d’une heure après, la maison que je venais de quitter fut encerclée par la cavalerie. Puis Badr me rejoignit fuyant ses positions les unes après les autres.

Accompagné de mon frère, j’allais voir un de mes amis qui vivait sur les bords de l’Euphrate et lui demandait de me préparer deux montures avec tout le nécessaire pour mon voyage. Mais un de ses serviteurs informa le gouverneur de ma présence et nous ne tardèrent pas à entendre le bruit des cavaliers arrivant au galop, alors nous nous enfuîmes et nous entrèrent dans l’Euphrate pour rejoindre la berge opposée et les cavaliers sur nos talons entrèrent à leurs tours dans l’eau.

Puis ils nous dirent : « Revenez, vous ne craignez rien », mais je nageais de plus en plus vite car j’excellais dans la nage. Lorsque nous eûmes traversé la moitié de l’Euphrate mon jeune frère se retourna et hésita. Je le rappelais à la raison mais les cavaliers continuaient d’appeler et lui promirent la sécurité et il les crut.

Je lui dis : « O frère n'écoute pas ces paroles perfides et rejoint moi ! » Mais il ne m’écouta pas trompé par les paroles offrant la sécurité. Et craignant soudain la noyade, il fit demi-tour et s’empressa de les rejoindre. Quant à moi, j’accélérais la vitesse car un bon nageur était à ma poursuite mais il reçut l’ordre de ne pas aller plus loin.

Arrivé sur l’autre berge, je les vis décapiter sous mes yeux mon tout jeune frère âgé de 13 ans alors qu’ils lui avaient promis la sécurité. Je fus terrorisé et très touché par sa mort. Puis je me mis à courir si rapidement que je crus que je volais si bien je j’arrivai dans une forêt dense (ghaydah) ou je restais caché jusqu’à ce que je ne fusse plus recherché. Lorsque la forêt ne m’offrit plus aucune sécurité, je partis au Maghreb ».

 

L’arrivée de ‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah Ibn Hisham Ibn ‘Abdel Malik Ibn al-Marwan au Maghreb 

 

‘AbderRahmane ad-Dakhil débarque en Andalousie

‘AbderRahmane ad-Dakhil qui était grand, imposant, les cheveux blonds, borgne et imposait le respect quitta le Maghreb pour l’Andalousie en l’an 133 de l’Hégire (750). Il arriva à Alvéra (alfira) ou l’accueillirent joyeusement ses partisans tandis que le différend entre Youssouf et Soumayl s’amplifiait.

 

De même, ‘Amir al-Badri et son fils de rebellèrent contre al-Fihri mais ils furent vaincus et ce dernier promit la paix et la sécurité aux deux protagonistes. Lorsqu’ils se rendirent, il les fit mettre à mort ce qui provoqua chez les gens un mouvement de révolte parce que les deux hommes avaient été tués alors qu’on leur avait promis la sécurité. Sur ce, une pluie diluvienne tomba sur l’armée d’al-Fihri et une bonne partie de sa troupe l’abandonna.

Soumayl, toujours très bien informé, passa en revue sa situation : au sud des problèmes en conséquences avec ad-Dakhil et les Omeyyades, au nord-ouest la menace d’Alfonsh et à l’est al-Fihri. L’Andalousie était secouée de problèmes et il pensa que le mieux était de s'arranger avec al-Fihri qui était le plus proche de lui. Lui et son armée aussitôt rejoignirent Cordoue la capitale. Alors qu’il était en mouvement, ses espions lui rapportèrent la mise en marche d’ad-Dakhil et de son armée. Il dit à al-Fihri :

- « Allons maintenant à sa rencontre ! Soit nous le tuerons, soit nous anéantirons son armée avant qu’il ne devienne plus puissant ». Mais al-Fihri refusa et lui dit :

- « Notre armée est trop petite. Le voyage est long et cette pluie nous a fatigués. Allons d’abord à Tolède (toleytela), reposons-nous, rebâtissons une nouvelle armée et attaquons-le ». Soumayl qui n’était pas le gouverneur officiel se rangea à l’avis de Youssouf.

Il est pourtant toujours préférable de mettre fin aux révoltes à leur début avant qu’elles ne débordent et deviennent incontrôlables.

 

Ad-Dakhil et son armée de 600 hommes seulement se dirigèrent vers Rayyah. Le gouverneur l’accueillit et lui offrit son aide. Puis successivement ad-Dakhil passa par les villes de Sidonie (shadonia), Moro, Malaga (maliqa), Randa et Shourayss qui restèrent neutres à son arrivée, il ne fut pas attaqué et il ne lui fut pas offert d’aide.

Lorsque Soumayl fut informé des mouvements d’ad-Dakhil, il conseilla à al-Fihri de tenter une approche pacifique. Ils lui envoyèrent donc des présents qu’ad-Dakhil accepta sans pour cela porter allégeance au gouverneur d’Andalousie ni même lui promettre une allégeance et l’affaire resta suspendue.

Ad-Dakhil de nouveau se mit en mouvement et se dirigea vers la capitale du sud Séville dirigée par un dur chauviniste Yéméni du nom d’Abou Sabbah qui pensa que s’il devait avoir un combat, il devrait avoir lieu entre al-Fihri et ad-Dakhil et non pas entre lui et ad-Dakhil et il se rangea aux côté d’ad-Dakhil. Ainsi la capitale du sud tomba entre les mains d’ad-Dakhil.

Lorsque la tranquillité et la paix revint au sud ad-Dakhil pensant à faire tomber la capitale Cordoue. Soumayl et al-Fihri informés des mouvements d’ad-Dakhil préparèrent une armée pour le recevoir.

Les deux armées se mirent en route en même temps. L’armée d’al-Fihri se dirigea vers Séville tandis que celle d’ad-Dakhil sur Cordoue. Lorsqu’elles furent l’une en face de l’autre, elles se trouvèrent séparées par un fleuve, Youssouf et Soumayl du côté nord et ad-Dakhil du côté sud.

 

Alors, ad-Dakhil se dit : Pourquoi devrais-je les rencontrer à cet endroit ? Il serait mieux pour moi d’aller attaquer directement la capitale absente de toute armée.

Sans qu’ils s’en rendent compte, ad-Dakhil fit demi-tour et mit le cap sur Cordoue mais les espions de Soumayl l’informèrent et il fit aussitôt demi-tour pour empêcher ad-Dakhil de parvenir à la capitale et comme il réussit à arriver avant lui, il attendit son arrivée dans la ville d’al-Massarah.

Ad-Dakhil informé s’arrêta à Babish et le 9 du mois de Dzoul Hijjah de l’année 133 de l’Hégire (745), eut lieu la mémorable bataille de Moussarah entre Youssouf al-Fihri, gouverneur de l’Andalousie et ad-Dakhil, partout recherché et sa tête mise à prix.



[1] As-Safah veut dire le sanguinaire (tant il fit couler le sang).