De l’Andalousie

 

Les historiens Musulmans ont divisé l’histoire de l’Andalousie islamique en cinq parties :

- L’ère des gouverneurs « ‘asr al walat »,

- L’ère  de l’état des Omeyyades « ‘asr ad-dawlah amawiyyah »,

- L’ère des états (ou des royaumes) indépendants[1] « ‘asr ad-dawilat at-tawaf »,

- L’ère de l’état des Mourabitine et des Mouwahhidine « ‘asr ad-dawlah al-mourabitine wal mouwahhidine » et, 

- La principauté de Grenade « mamlakat gharnata ».

 

L’ère des gouverneurs « ‘asr al walat »

‘Abdel ‘Aziz Ibn Moussa Ibn Noussayr 

Cette période débuta avec la nomination de son fils ‘Abdel ‘Aziz, gouverneur de l’Andalousie, quand Moussa Ibn Noussayr fut convoqué par le calife al-Walid Ibn ‘Abdel Malik, en l’an 95 de l’Hégire (713), à Damas. A cette époque, la capitale des Musulmans était à Séville (ashfillia) avant d’être transférée trois ans plus tard à Cordoue (qortoba), sous le règne du gouverneur Ayyoub Ibn Habib al-Lakhmi.

 
L’ère des gouverneurs commença au mois de Dzoul Hijjah de l’année 95 de l’Hégire (713) et se poursuivit durant 42 années jusqu’à l’an 138 de l’Hégire (755). Vingt-deux gouverneurs se succédèrent sur cette courte période et malgré cela l’Islam s’étendit largement.
Comme il n’y avait pas de femmes qui accompagnaient les Musulmans qui conquirent l’Andalousie, les Musulmans épousèrent des Andalouses et se mélangèrent aux gens si bien que les enfants qui naquirent furent appelés « la génération des nouveau-nés » : leurs pères étaient Musulmans et leurs mères goths. Et de cette génération d’enfants allaient naître un grand nombre de savants musulmans renommés.
Lorsque Moussa Ibn Noussayr quitta l’Andalousie, son fils ‘Abdel ‘Aziz Ibn Moussa s’appliqua aussitôt à parachever les conquêtes en Andalousie et dans le sud de la France. Il se voua corps et âme à ce but et les historiens sont unanimes à reconnaître que c’était un homme pieux, combattant et patient. Il épousa la veuve de Rodéric (rodriq) qui se convertit à l’Islam et prit le nom de Oumm ‘Assim (mère de ‘Assim). Il resta gouverneur dix-neuf mois avant de mourir assassiné sur les ordres de Habib Ibn Abi ‘Abdah Ibn ‘Ouqbah Ibn Nafi’. Sa tête fut envoyée à Damas (dimashq) sous le règne du calife Souleyman Ibn Malik.
Certains historiens orientalistes ont rapporté différentes causes à propos de sa mort. Sachant le bas fondé de leur propos et le but de leurs mensonges nous ne citerons donc ni leurs noms ni leurs ragots de ménagères qui font honte à leur profession. Il nous suffit de savoir que l’unanimité des historiens musulmans ont rapporté que c’était un homme pieux et qu’une multitude de gens entrèrent en Islam sous son règne.

 
 Ayyoub Ibn Habib al-Lakhmi al-Qahtani 

‘Abdel ‘Aziz Ibn Moussa Ibn Noussayr décéda au mois de Rajab de l’année 97 de l’Hégire (715) et Ayyoub Ibn Habib al-Lakhmi al-Qahtani lui succéda. Rien d’exceptionnel ne se passa sous son règne excepté le fait qu’il resta gouverneur cinq mois seulement et qu’il déplaça la capitale de l’Andalousie à Cordoue qui devient la capitale principale, comme nous l’avons déjà mentionné.
 
 
Al-Hourr Ibn AbderRahmane ath-Thaqafi
 
Le gouverneur d’Ifriqiyah, Muhammad Ibn Yazid, qui suivait les affaires d’Andalousie envoya un nouveau gouverneur du nom d’al-Hourr Ibn AbderRahmane ath-Thaqafi al-‘Adnani al-Moudari qui arriva au mois de Dzoul Hijjah de l’année 97 de l’Hégire (715) et gouverna trente et un mois ou rien d’important de ne passa.
 
 
As-Samh Ibn Malik al-Khoulani
 

 

‘Ambassah Ibn Souhaym al-Kalbi 

 

‘AbderRahmane Ibn ‘Abdillah al-Ghafiqi 

 

‘Ouqbah Ibn Hajjaj as-Salouli 

Apres le martyr de ‘AbderRahmane Ibn ‘Abdillah al-Ghafiqi, qu’Allah lui fasse miséricorde, les habitants de l’Andalousie choisirent au mois de Shawwal de l’année 114 de l’Hégire (732), un nouveau gouverneur, pressé par sa tribu, du nom de ‘Abdel Malik Ibn Qatan al-Fihri. C’était un homme âgé, sans compétence religieuse ni militaire et c’est par pur chauvinisme qu’il fut nommé. Son règne dura deux années et la situation se détériora sous l’influence néfaste de l’esprit tribal du nouveau gouverneur qui faisait valoir sa tribu sur les autres.

Les tribus berbères envoyèrent des messages au gouverneur d’Egypte ‘Oubaydillah Ibn Habhab qui était même temps gouverneur d’Ifriqiyah et de l’Andalousie du fait de la confiance que lui portait le calife. ‘Oubaydillah Ibn Habhab leur envoya un nouveau gouverneur du nom de ‘Ouqbah Ibn Hajjaj as-Salouli qui arriva au mois de Shawwal de l’année 116 de l’Hégire (734) et gouverna durant six années et trois mois.

‘Oubaydillah le choisit car il avait confiance en lui et lui dit :

- « O ‘Ouqbah choisit. Sois tu gouvernes l’Afrique de l’Ouest ou l’Andalousie ! » Il répondit :

- « Je choisis l’Andalousie car c’est un pays qui fait face à l’ennemi de la religion et il y a donc des combats en perspective et moi j’aime le combat (jihad) ! »

Un gouverneur éprit du combat dans la voie d’Allah, de la religion et de la crainte d’Allah qui commença par mettre fin au différent tribal que son prédécesseur avait exacerbé et réactiva les conquêtes militaires au-delà des Pyrénées qui s’étaient arrêtées avec la mort d’al-Ghafiqi. Et bien qu’il fût gouverneur cela ne l’empêchait pas d’aller voir les prisonniers, de s’entretenir avec eux et de les appeler à l’Islam.

Les historiens ont rapporté qu’environ un millier de personne se convertirent sous sa main et le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) a dit : « Et si Allah guide par ta main ne serait-ce qu’une seule personne cela est mieux pour toi que sur quoi se lève le soleil (la totalité de ce que contient la terre en richesse) ».

 

Apres être passé les Pyrénées, ‘Ouqbah Ibn Hajjaj as-Salouli affronta les armées de Charles et prit Narbonne, Albi tandis que pendant ce temps, les Goths (qot) qui s’étaient réfugiés dans les régions montagneuse difficile d’accès à Mesa Del Rey (sakhrat bilay) en Galice, commencèrent à croître en nombre et à faire des incursions en terre musulmane.

‘Ouqbah aussitôt après avoir été informé de leurs activités repassa les Pyrénées et  réussit à les chasser une nouvelle fois. De retour en France, il apprit que Charles avait mis le siège sur la ville de Narbonne. Il envoya un détachement qui ne réussit pas à faire lever le siège. Alors il affronta en personne l’armée de Charles à Carcassonne (qarqashona) et ‘Ouqbah Ibn Hajjaj as-Salouli trouva le martyr, puisse Allah lui faire Miséricorde, lors de la bataille de Carcassonne.

 

Pilayo, le commandant des troupes goths qui avait trouvé refuge à Mesa Del Rey mourut et son fils lui succéda mais il mourut à son tour deux années après la succession pour être remplacé par son frère. Puis, un homme du nom d’Alfonsh I (Alfonso ou Alfonse) prit leur commandement et se maria avec la fille de Pilayo et cet homme, Alfonsh I, allait jouer un grand rôle dans l’histoire de l’Andalousie.

 

‘Abdel Malik Ibn Qatan al-Fihri 

Après le martyr de ‘Ouqbah Ibn Hajjaj as-Salouli, puisse Allah lui faire Miséricorde, ‘Abdel Malik Ibn Qatan al-Fihri, l’intransigeant et l’injuste poussé une nouvelle fois par sa tribu, redevint gouverneur au mois de Mouharram de l’année 123 de l’Hégire (740). Et encore une fois le fanatisme tribal allait causer des dégâts.

 

Durant ce même temps, d’importants évènements avaient lieu en Afrique du Nord avec l’apparition des khawarije et Mayssarah al-Matari réussit à entraîner les Berbères dans ce mouvement du fait que lui-même adopta leurs idées à cause de ce que les Berbères endurèrent d’injustice sous le règne de ‘Abdel Malik Ibn Qatan al-Fihri.

Le calife en Syrie réalisa le grand danger de déstabilisation que posait ces khawarije tant en Andalousie qu’en Afrique, et il envoya alors une troupe de 30.000 hommes sous le commandement de Koulthoum pour arrêter leur avance. Koulthoum alors âgé de 80 ans était accompagné du fils de son frère, Balj Ibn Bishr, qui était en fait le réel comandant de l’armée.

Les deux armées se rencontrèrent près de Kairouan à Maqdourah et l’armée des khawarije l’emporta. Koulthoum et Habib, le commandant des forces navales trouvèrent la mort tandis que Balj Ibn Bishr avec le reste de l’armée, environ 7.000 hommes, d’autres historiens comme nous l’avons déjà vu ont rapporté 10.000, s’échappa vers Ceuta (sabta) ou il fut assiégé par les khawarije commandés par ‘Abdel Wahid al-Hawari.

Hisham Ibn ‘Abdel Malik le calife, préoccupé par ces graves nouvelles envoya aussitôt une nouvelle armée commandée par Handalah al-Kalbi qui anéanti les khawarije et libéra l’Afrique de leur présence excepté au Maghreb ou ces derniers assiégeaient l’enclave de Ceuta toujours aux mains de Bishr.

Les armées du calife assiégeaient les khawarije qui eux même assiégeait Balj Ibn Bishr, qui réduit à l’extrême, envoya un messager à ‘Abdel Malik Ibn Qatan en Andalousie lui demandant des renforts et de l’aide pour lui permettre de traverser.

‘Abdel Malik Ibn Qatan al-Fihri réfléchit et se mit en tête que s’il aidait cet homme, venu de Syrie, de la terre du Califat, celui-ci débarquerait en Andalousie ou il ne tarderait pas à lui prendre le pouvoir et malgré que les Musulmans assiégés mouraient de faim, il décida de les ignorer.

Un commerçant musulman, touché par ces nouvelles, chargea deux navires de vivres qu’il envoya à Balj Ibn Bishr ce qui lui permit de résister plus longtemps. Lorsque ‘Abdel Malik Ibn Qatan en fut informé, il ordonna la mise à mort de ce musulman.

 

En Andalousie, les Berbères se levèrent de nouveau contre ‘Abdel Malik Ibn Qatan et sa politique injuste. Bientôt il réalisa que la seule armée capable de lui venir en aide était celle de Balj Ibn Bishr, cette même armée à qui il avait refusé son soutien. Il lui envoya donc un messager l’informant qu’il était dorénavant en mesure de l’aider s’il venait en Andalousie et qu’il serait traité courtoisement sous les conditions suivantes :

- Que Balj Ibn Bishr mette son armée à sa disposition pour mettre fin à la révolte Berbère et qu’ensuite Bishr devrait retourner en Afrique et quitter l’Andalousie.

Sous la pression du siège, ce dernier accepta et ‘Abdel Malik lui envoya des navires et Balj Ibn Bishr à la tête de son armée syrienne débarqua en Andalousie.

Les deux armées se réunirent et commencèrent leurs préparatifs. Au début de l’année 124 de l’Hégire (741), ils affrontèrent trois armées Berbères : une qu’ils battirent à Sidonie (shadonia), une deuxième près de Cordoue (qortoba) puis une troisième armée qui assiégeait Tolède (toleytela) depuis plusieurs mois. Les deux armées unifiées mirent fin à la révolte Berbère tandis que les rescapés s’enfuirent au Maghreb ou ils rejoignirent leurs compagnons.

Et nous avons déjà mentionné ces évènements.

 

Lorsque tout revint en ordre, ‘Abdel Malik Ibn Qatan chercha à se débarrasser de Bishr. Les Syriens demandèrent un délai mais ‘Abdel Malik Ibn Qatan insista tellement pour qu’ils quittent l’Andalousie, qu’ils perdirent leur patience et  assiégèrent le Palais du Gouverneur à Cordoue et l’emprisonnèrent. Et Balj Ibn Bishr devint à son tour chargé des affaires de l’Andalousie, seul à la tête de ses 7.000 hommes. Il n’avait personne pour le protéger et l’assister et ignorait tout des affaires de l’Andalousie.

Oumayyah Ibn ‘Abdel Malik Ibn Qatan, le fils de ‘Abdel Malik Ibn Qatan, s’échappa et se réfugia dans la capitale du nord, Saragosse (sarqasta) tandis que Qatan Ibn ‘Abdel Malik II (thani), un autre fils, s’enfuit aussi et se réfugia à Mérida, la capitale de l’ouest. Les deux fils échangèrent entre eux des messagers et ils trouvèrent de l’aide auprès du gouverneur de Narbonne : ‘AbderRahmane Ibn ‘Alqama al-Lakhmi et ‘AbderRahmane Ibn Habib al-Fihri.

 

Un groupe de l’armée de Balj Ibn Bishr, qui était resté otage dans l’Ile verte pour garantir le retour de Bishr au Maghreb fut torturé par leurs gardiens car Bishr refusait de quitter l’Andalousie, si bien que l’un d'entre eux trouva la mort. Lorsque les Syriens entendirent cela, ils mirent à mort ‘Abdel Malik Ibn Qatan qu’ils jugèrent responsable de sa mort.

Apprenant cela les enfants de Qatan, ainsi que ceux qui leur avaient accordés de l’aide, à la tête d’une armée de 40.000 hommes marchèrent sur Cordoue. Balj Ibn Bishr réussit à réunir 3.000 hommes supplémentaire et à la tête d’une armée de 10.000, les affronta au mois de Shawwal de l’année 124 de l’Hégire (741).

Balj Ibn Bishr réussit à tenir ferme mais ‘AbderRahmane Ibn Habib al-Fihri parvint jusqu’à lui et le blessa. Il fut aussitôt encerclé par les cavaliers syriens et sous une intense pression, il  réussit à s’enfuir et le voyant fuir, l’armée des coalisés s’enfuit à son tour dans la débandade laissant derrière elle des milliers de mort. Ayant perdus seulement 1.000 combattants, Balj Ibn Bishr emporta la bataille mais il allait succomber de la suite de ses blessures et, au mois de Dzoul Qi’dah 124 (741), les Syriens nommèrent à leur tête Tha’labah al-‘Amiri qui fut le dix-huitième gouverneur d’Andalousie.

Le reste de l’armée de ‘AbderRahmane Ibn Habib al-Fihri se regroupèrent une nouvelle fois au nord et battirent l’armée de Tha’labah près de Mérida tandis que les fuyards trouvèrent refuge à Mérida.

Dès lors le gouverneur d’Andalousie et son armée se retrouvèrent assiégés dans Mérida la capitale du nord. Tha’labah demanda de l’aide au reste de son armée stationnée à Cordoue mais ils échouèrent à lui venir en aide néanmoins, il resta ferme avec le reste de son armée et le jour de ‘Id al-Adhah de l’année 124 de l’Hégire (741), les portes de la forteresse s’ouvrirent et l’armée de Tha’labah par surprise, s’abattit telle une vague sur les assiégeants et écrasèrent les Andalous pour la deuxième fois consécutive.

 

Abou al-Khattar Houssam Ibn Zawari al-Kalbi 

 

Youssouf Ibn ‘AbderRahmane Ibn Habib al-Fihri 

Voyant que ‘AbderRahmane était incapable de diriger, il choisit un homme âgé de la soixantaine du nom de Youssouf Ibn ‘AbderRahmane Ibn Habib Ibn Abi ‘Abdah Ibn ‘Ouqbah Ibn Nafi’ al-Fihri, un descendant du renommé conquérant de l’Afrique du nord. Il choisit cet homme en fonction de ses racines afin que les gens soient satisfaits de lui et l’acceptent.

Youssouf ramena rapidement la paix et il rapprocha de lui ceux qui recherchaient le pouvoir. Il proposa à Ibn Harif de gouverner une région d’Andalousie près de Cordoue et fit taire les autres.

Mais bientôt, il écarta de nouveau Ibn Harif qui vexé rentra en contact avec l’ancien gouverneur Aboul Khattar. Ensemble ils rameutèrent les tribus du sud et à la tête d’une grande armée, ils affrontèrent Youssouf lors d’une terrible bataille près de Shaqandah près de Cordoue (qortoba) en l’an 130 de l’Hégire (747). Les deux armées furent sur le point de s’anéantir mutuellement et ils combattirent tellement longtemps et si farouchement que lorsque leurs armes se brisèrent, ils s’affrontèrent à mains nues.

Soumayl, cet homme perspicace quitta en secret le champ de bataille, rentra à Cordoue pour réunir les travailleurs et les nettoyeurs public à qui il donna ce qu’il put de cuirasses et d’armes et leur demanda de rentrer dans la bataille alors que les deux armées étaient affaiblis. Ces 400 hommes, ni fantassins, ni cavaliers entrèrent dans la bataille et c’est sans combattre qu’ils mirent fin à la bataille au profit de Soumayl.

Afin de mettre fin à la dissension Soumayl ordonna la mise à mort immédiate d’Ibn Harif et d’Aboul Khattar. Soumayl se mit à tuer les prisonniers et lorsqu’il en tua 70, son ancien protégé s’éleva contre lui et lui dit : Vas-tu tuer tous les gens ?

Youssouf Ibn ‘AbderRahmane fut extrêmement peiné des actes de Soumayl. Youssouf lui proposa d’être relevé de son poste et d’être envoyé comme gouverneur dans la province de Saragosse (sarqasta).

Soumayl pensant que s’il refusait cela pourrait se retourner contre lui alors, il donna son accord et quitta la ville avec tous ces partisans. Saragosse était une ville riche mais à cette époque elle était touchée par la sécheresse et la faim. Soumayl, grâce à ses richesses nourrit les gens et tandis qu’il montait en estime chez les gens, Youssouf lui diminuait et cette famine poussa énormément de gens à quitter l’Andalousie pour le Maghreb.

 

Mais pendant ce temps des faits d’une importance capitale avaient lieu au nord de l’Andalousie. Alfonsh proclama le premier état chrétien depuis la chute de l’Andalousie aux mains des Musulmans : la Royauté de Léon (laone).

Alfonsh profita grandement de la guerre fratricide que se menait des Musulmans. Il fut gouverneur de cette province jusqu’en l’an 140 de l’Hégire (757) et son fils Faruella (farouilla) prit sa succession. Faruella profita aussi de cette situation pour agrandir son territoire au dépens des Musulmans.

 

Al-Fihri fut incapable de mettre fin à ces révoltes successives et ‘Amir Ibn ‘Amr le commandant des armées se révolta aussi. Youssouf l’expulsa mais il réunit ses partisans dans une forteresse portant son nom dans l’ouest de l’Andalousie et fit croître la rumeur qu’il avait été nommé par le calife abbasside.

Et alors que le règne de Youssouf al-Fihri prenait fin, le règne des Omeyyades à l’est prit fin et fut remplacé par celui des Abbassides

 

‘Amir se fit passer pour le nouveau gouverneur Abbasside et les gens se rangèrent à ses côtés de même que l’armée de Séville. Il fit aussi un pacte avec Habhab Ibn Rouwahah, le chef des Qays, près de Saragosse et ensemble ils attaquèrent les forces de Soumayl et mirent le blocus sur Saragosse en l’an 136 de l’Hégire (753).

La chute de l’état Omeyyade ayant eu lieu en l’an 132 de l’Hégire (749), les gens crurent aux propos de Habhab et les Yéménites, les Berbères se rangèrent à ses côtés. Soumayl assiégé envoya un messager à Youssouf al-Fihri lui demandant de l’aide. Youssouf conscient du danger qu’il représentait, refusa sous le prétexte de la famine et de la pauvreté. Puis Soumayl demanda de l’aide aux Qays qui se regroupèrent sous le commandement de ‘Oubaydillah Ibn ‘Ali al-Kilabi.

Soumayl ayant entendu ses ennemis en appeler aux Abbassides, en appela aux Omeyyades qui ne tardèrent pas à se ranger à ses côtés. Et les mêmes troubles qui avaient lieu à l’est entre les Omeyyades et les Abbassides se répercutèrent en Andalousie ou ils durèrent sept mois avant que Soumayl ne sorte vainqueur de cette épreuve.

 

Au même moment, Charles Martel périt et son fils Pépin le Petit (le Bref - as-saghir) prit sa succession et profitant de la division des Musulmans, attaqua le sud de la France et chassa les Musulmans.

Toutes ces révoltes entraînèrent la perte du nord de l’Andalousie et du sud de la France tandis que des faits exceptionnels avaient lieu en Afrique avec l’arrivée de ‘AbderRahmane Ibn Mou’awiyyah Ibn Hisham Ibn ‘Abdel Malik surnommé ‘AbderRahmane ad-Dakhil en l’an 138 de l’Hégire (755)

En fait, tous ces événements successifs préparaient l’arrivée de cet homme glorieux en Andalousie et l’histoire de l’Andalousie ne peut être mentionnée sans faire référence à ‘AbderRahmane ad-Dakhil.

 

L’ère des gouverneurs dura 42 années et 22 gouverneurs (wali) se succédèrent. Cette instabilité affaiblit l’Andalousie bien que les premiers d’entre eux étaient en général des gens de bien et de Jihad. Ils élargirent leur conquête et propagèrent l’Islam, la science et la culture.

Quant à ceux qui vinrent après eux, leur principale préoccupation était la recherche du pouvoir et de la richesse qui engendrèrent les conflits régionaux et le fanatisme tribal et de ces faits, l’Andalousie fut perdue.



[1] J’ai pris la liberté de traduire « at-tawaf » qui veut dire les groupes ou les partis par « indépendant », car toutes ces petits états centrés autour des principales villes se détachèrent du pouvoir central et réclamèrent leur indépendance, d’où le choix du titre : l’ère des états indépendants.

[2] La ville de Cordoue était traversée jadis par un fleuve et les deux parties étaient reliées par un vieux pont brisé qui avait été construit par les Romains

[3] Al-Idrisi: « kitab nouzhat al-moushtaq fil khtiraq al-iafaq » (voir appendice).

[4] Je n’ai pas trouvé l’équivalent français de cette ville  (NdT).

[5] Il veut dire par « tyrannie coranique », l’interdiction de boire les boissons alcooliques et de forniquer avec les femmes des autres (l’adultère).