Le début de la fin du règne des Mouwahhidine

An-Nassir li-Dinillah, de Séville retourna à Marrakech au mois de Ramadan, le cœur brûlé de douleur pour ce qui arriva aux Musulmans à cause de lui et à cause de sa naïveté d’avoir cru Alfonsh. Il donna la succession à son fils Sayd Abi Youssouf Ya’qoub surnommé al-Moustansir Billah avant de mourir peu de temps après, le 10 du mois de Sha’ban de l’an 610 de l’Hégire (1213).

Certains historiens ont rapporté qu’il mourut de douleur, de tristesse et de chagrin suite à sa terrible et lourde défaite à al-‘Iqab, d’autres ont rapporté qu’il mourut des suites d’une morsure de chien ou encore qu’il but un verre de vin empoisonné comme l’a mentionné Abi Zar’ al-Fassi auteur du livre « annis al-moutrib fi rawd al-qirtas fi akhbar moulouk al-maghrib wa tarikh madinat fas » qui a rapporté : « Lorsque an-Nassir revint au Maghreb, il s’enferma dans son palais, se cacha des gens (ahtajaba ‘anin-nass) et se plongea dans ses délices (wa ghamassa fil laddatihi) en buvant du vin matin et soir » fin de citation.  

 

Après la mort d’an-Nassir li-Dinillah, Abou Youssouf Ya’qoub al-Moustansir Billah prit sa succession alors qu’il était âgé de seize ans et comme son père avant lui, il ne fut pas éduqué pour faire face aux fonctions de Sultan si bien qu’il délégua le pouvoir aux Shouyoukh des Mouwahhidine qui gouvernèrent en son nom avant de mourir au mois de Dzoul Hijjah de l’année 620 de l’Hégire, comme nous l’avons déjà mentionné dans l’histoire des Bani Ghaniyah, soit empoisonné ou encorné par un taureau.

Youssouf al-Moustansir Billah mourut sans laisser de successeur et les troubles (fodah) puis les luttes pour le pouvoir entre les émirs des Mouwahhidine débutèrent.

L’oncle d’al-Moustansir, ‘Abdel Wahid Ibn Youssouf Ibn ‘Abdel Mou'min, fut le premier a réclamé le pouvoir mais le fils de son frère ‘Abdillah Ibn Ya’qoub al-Mansour se rebella contre lui et lui prit le pouvoir.

‘Abdel Wahid fut surnommé suite à ce détrônement ‘Abdel Wahad al-Makhlou’ (l’évincé) et il mourut assassiné dans son palais à Marrakech au mois de Sha’ban de l’année 621 de l’Hégire (1223). Ses épouses furent violées et ses biens confisqués.

‘Abdillah Ibn Ya’qoub al-Mansour le gouverneur Murcie, se surnomma al-‘Adil, quitta l’Andalousie pour Marrakech afin d’exercer son pouvoir à la tête des Mouwahhidine mais en l’an 624 de l’Hégire (1226), son frère Abou al-‘Oula Ibn Ya’qoub al-Mansour, le gouverneur de Séville, se rebella à son tour contre lui et se surnomma al-Ma'moun.

Les Mouwahhidine, sur les ordres d’al-Ma'moun, se rebellèrent à leur tour contre al-‘Adil au mois de Shawwal de cette même année, avant de le tuer dans son palais néanmoins, ils portèrent allégeance à un jeune enfant (fatah) du nom de Yahya Ibn an-Nassir qu’ils surnommèrent al-Mou’tassim tandis qu’al-Ma'moun se trouvait toujours en Andalousie.

Al-Ma'moun Abou al-‘Oula Ibn Ya’qoub al-Mansour, le gouverneur de Séville, débarqua alors au Maghreb à la tête de son armée et se dirigea vers Marrakech pour se venger de cet affront après avoir auparavant signé un traité de paix avec le roi de Castille Fernando III en échange du paiement d’un impôt de 300.000 pièces d’or, de dix forteresses frontalières au choix du roi de Castille et de la construction d’une église pour les Chrétiens à Marrakech et tout ceci rien que pour conserver son pouvoir ! Marrakech, la ville fondée par les Mourabitine et leur capitale Puis Fernando lui demanda de lui remettre tous les Chrétiens qui se convertiraient à l’Islam et de ne laisser aucun Chrétien devenir Musulman et si un Musulman se christianisait alors les Musulmans devraient le laisser aller libre.

Quel honneur restait-il encore à ce Mouwahhidi après cela ? Quel Tawhid ! Nous n’avons jamais vu auparavant une telle usurpation d’un nom aussi prodigieux que celui des Mouwahhidine dans toute l’histoire des Musulmans !

Cela n’est pas sans nous rappeler l’exacte similitude avec les dirigeants des pays des Musulmans de nos jours qui pour conserver le pouvoir et se fossiliser sur le trône sont prêt à toutes les concessions avec les ennemis des Musulmans qui leur promettent en échange de les reconnaitre comme tel contre la volonté populaire ! 

 

Du pouvoir et de la gouvernance 

 

Al-Ma'moun Abou al-‘Oula Ibn Ya’qoub al-Mansour 

Parmi les autres clauses de Fernando III imposées à Al-Ma'moun Abou al-‘Oula Ibn Ya’qoub al-Mansour est qu’une force de Castillans devait l’accompagner au Maghreb pour combattre ses frères et au mois de Dzoul Qi’dah de l’année 626 de l’Hégire (1228), la force coalisée débarqua au Maghreb

Au mois de Rabi’ Awwal de l’année 627 de l’Hégire (1229), il réussit à vaincre Yahya Ibn al-Nassir qui s’enfuit et al-Ma'moun rentra à Marrakech et brutalisa (nakkala) les Shouyoukh des Mouwahhidine qu’il tua presque tous (athna mou’damhoum) et al-Ma'moun se retourna (anqalaba) contre les Mouwahhidine et son fondateur Ibn Toumart. Il envoya des lettres dans tout le royaume des Mouwahhidine et demanda que le nom d’Ibn Toumart ne soit plus mentionné dans les prêches ou dans les discours. Il écrivit : « Donner à Ibn Toumart les noms d’al-Mahdi ou d’al-Ma’soum, l’infaillible, est une hypocrisie (nifaq), une innovation (bid’a) nulle et non avenu (amr batil) qui doit être définitivement stoppée et abandonnée (wal qada ‘aleyhi) ».

La boucle sur les Mouwahhidine étant pratiquement bouclée avec le reniement de son propre groupe, il convient maintenant de rapporter qu’al-Mansour, le père d’al-Ma'moun professait lui-même ce genre de pensée mais nul ne s’en rendit compte du fait de la force des Mouwahhidine à cette époque.

La stabilité des Mouwahhidine se fissura et la division s’engouffra dans les rangs de la famille régnante, al-Ma'moun, al-Mou’tassim et Abou Moussa Ibn Ya’qoub al-Mansour, le frère d’al-Ma'moun se joignit à la rébellion du port de Ceuta et prit le nom d’al-Mouayyad Billah.

Al-Ma'moun mourut à la fin du mois de Dzoul Hijjah de l’année 629 de l’Hégire (1231) et au mois de Mouharram de l’année 630 de l’Hégire, il fut porté allégeance à son fils Abi Muhammad ‘Abdel Wahid qui prit le surnom d’ar-Rashid alors qu’il était âgé de quatorze ans.

 

Tous les états ou les dynasties passent par trois étapes successives :

1 - La force et le maintien caractérisés par le sacrifice, la volonté et la sincérité qui sont les causes d’expansion puis de stabilité.

2 - La poursuite du but et sa réalisation qui entraine alors la fin de la motivation, de l’effort, qui ouvre les portes aux avantages terrestres du succès qui engendre le laisser aller et donc inévitablement la troisième étape.

3 - La désagrégation (tafakkouk) qui conduit irrémédiablement à la fin (inhiyar). 

Et vous en avez l’exemple à travers l’Histoire des Mouwahhidine, mais aussi d’un certain nombre de dynasties musulmanes qui se succédèrent dans l’empire islamique. La loi universelle est que tout ce qui atteint son sommet s’effondrera invariablement.