Les Bani Marine 

 

La chute des Mouwahhidine 

Cette même année, eut lieu la bataille d’Oumm Rajlane au nord de Marrakech entre les Mouwahhidine sous le commandement de Yahya Ibn Wanouddin et les Banou Marine sous le commandement de Youssouf Ibn ‘Abdel Haqq qui finit en une écrasante défaite pour les Mouwahhidine. Suite à celle-ci, al-Mourtadi invectiva certains chefs dont as-Sayd Abou ‘Oula Idriss Ibn ‘Abdillah Ibn Abi Hafs Ibn ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali, surnommé Abou Dabbouss parce qu’il qui portait toujours sur lui un certain nombre d’armes qui alla trouver Youssouf Ibn ‘Abdel Haqq et lui proposa de prendre Marrakech.

Le chef des Banou Marine saisit l’occasion, lui fournit un certain nombre de soldats et au mois de Mouharram de l’année 665 de l’Hégire (1266), Abou ‘Oula Idriss entra dans Marrakech, captura al-Mourtadi Billah qui s’en était enfui avant de le tuer et le nouvel émir Mouwahhidi prit dès lors le nom d’al-Wathiq Billah mais il fut tué au mois de Safar de cette même année.

Mais les affaires ne tournèrent pas rond pour al-Wathiq Billah comme il l’espérait. Il aurait voulu pouvoir se débarrasser de celui qui lui avait offert sur un plat d’or cette occasion mais Youssouf Ibn ‘Abdel Haqq impassible, surveillait ses mouvements et l’inévitable et terrible bataille eut lieu près de Wadi Ghafou ou la dernière armée des Mouwahhidine fut anéantie et leur chef Abou Dabbouss tué. Sa tête fut tranchée et envoyée à Fès ou elle fut accrochée sur l’enceinte de la ville et Youssouf Ibn ‘Abdel Haqq se prosterna en reconnaissance à Allah Exalté, à Lui les Louanges et la Gloire, qui lui avait permis de venir à bout du dernier émir des Mouwahhidine, de leur mouvement, de leur royaume et de leur dynastie au mois de Mouharram de l’année 668 de l’Hégire, la date officielle de la fin de l’état des Mouwahhidine.

 

Abou Youssouf Ya’qoub Ibn ‘Abdel Haqq, l’émir des Bani Marine, se dirigea aussitôt et entra alors en vainqueur à Marrakech, à la tête de son immense armée et prit le titre d’émir al-Mouslimin après avoir mis la main sur la presque totalité du royaume des Mouwahhidine.

 

Les différences entre les Mourabitine et les Mouwahhidine 

 

Moralités 

L’Histoire passée n’est que leçons, preuves et morales. Cependant on peut vraiment s’étonner que les Musulmans n’en n’ont pas tiré et n’en tire toujours pas profit et qu’ils continuent à faire exactement les mêmes erreurs que leurs ancêtres. Après avoir traduit plus de deux-mille-cents pages sur l’Histoire de l’Islam et des Musulmans, ce qui m’aura le plus marqué est cette confiance naïve qu’ils ont toujours eut envers leur ennemis et particulièrement de croire à leurs paroles et à leurs engagements quand Allah Exalté, à Lui la Louange et la Gloire, nous a mis en garde, sur ces caractéristiques inhérentes aux mécréants et Il, à Lui les Louanges et la Gloire, a dit : « Comment donc! Quand ils triomphent de vous, ils ne respectent à votre égard, ni parenté ni pacte conclu. Ils vous satisfont de leurs bouches, tandis que leurs cœurs se refusent; et la plupart d’entre eux sont des pervers. Ils troquent à vil prix les versets d’Allah (le Qur’an) et obstruent Sa voie. Ce qu’ils font est très mauvais! Ils ne respectent, à l’égard d'un croyant, ni parenté ni pacte conclu. Et ceux-là sont les transgresseurs. Mais s’ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, ils deviendront vos frères en religion. Nous exposons intelligiblement les versets pour des gens qui savent. Et si, après le pacte, ils violent leurs serments et attaquent votre religion, combattez alors les chefs de la mécréance - car, ils ne tiennent aucun serment - peut- être cesseront-ils? Ne combattrez-vous pas des gens qui ont violé leurs serments, qui ont voulu bannir le Messager et alors que ce sont eux qui vous ont attaqués les premiers? Les redoutiez-vous? C’est Allah qui est plus digne de votre crainte si vous êtes croyants! Combattez-les. Allah, par vos mains, les châtiera, les couvrira d’ignominie, vous donnera la victoire sur eux et guérira les poitrines d’un peuple croyant. Et il fera partir la colère de leurs cœurs. Allah accueille le repentir de qui Il veut. Allah est Omniscient et Sage[1] ». 

Regardez le nombre de mises en gardes dans ces versets successifs et pourtant c’est comme si nul n’en tenait compte.

Néanmoins les moralités de l’Histoire ne sont pas destinées rien qu’aux Musulmans et si l’Histoire se répète pour eux, elle le fait de même pour les mécréants qui eux aussi n’en tire pas les leçons et tant la cruche va à l’eau qu’elle finit pas se briser, est-ce alors donc une fatalité inhérente à tous les êtres humains ?

 

Derniers mots sur les Mouwahhidine 

Lorsque Youssouf Ibn ‘Abdel Haqq entra à Marrakech, au mois de Mouharram de l’année 668 de l’Hégire et qu’al-Mourtadi Abou Dabbouss fut tué, ses enfants de la maison régnante, « as-Sadah al-Mouwahhidine », furent emprisonnés et lorsqu’ils furent libérés, ils partirent pour l’Andalousie et allèrent directement chez le roi de Castille Alfonsh X à Séville ou ils restèrent un certain temps avant de se rendre chez les Banou al-Ahmar à Grenade.

Puis l’un d’entre eux du nom de Sayd Abou Zayd al-Mourtadi retourna au Maghreb en l’an 684 de l’Hégire (1285) ou il parcourut  le pays (yatajawal) monté sur un âne si bien que le commun des gens le surnomma Yadi Himara et l’émir, fils d’un émir, fils d’un émir…, finit ses jours comme un mendiant.

Quel contraste avec les premiers jours sanglants de cette dynastie. Mais regardez aussi ce qui arriva au dernier membre de la dynastie Ayyoubi, Tourane Shah Ibn Salah Ayyoub qui fut assassiné d’une horrible manière par les Mamalik au début de l’année 648 de l’Hégire (1250) après sa victoire sur les croisés, et qui fut découpé en morceaux par la suite. Et aussi ce qui arriva au dernier calife abbasside al-Mou’tassim Billah quand les Moghols Tatars l’enfermèrent dans un sac et qu’ils piétinèrent avec leur chevaux jusqu’à ce que mort s’ensuive en l’an 656 de l’Hégire. Et quelques siècles auparavant, au mois de Dzoul Hijjah 132 de l’Hégire, quand la dynastie des Omeyyade prit fin et que Marwan al-Ja’di al-Himar Ibn Muhammad, qui avait été un redoutable guerrier, s’enfuit poursuivit par l’armée des Abbassides et se réfugia dans un puits des Chrétiens pour leur échapper. Mais il fut rattrapé par Salih Ibn ‘Ali al-‘Abbassi et piétiné par les chevaux de son armée jusqu’à ce qu’il meurt.

Et le cas du dernier calife Ottoman ‘Abdel Majid II lorsqu’il fut expulsé, dans la nuit du 04 mars de l’année de l’année 1924, de son propre pays avec sa famille.

 

L’Histoire est capitale et chacun se doit de connaitre son histoire et elle l’est encore plus pour les Musulmans, puisqu’elle n’est enseignée nulle part, qui connaisse mieux l’histoire des mécréants que la leur bien qu’elle rivalise en gloire et en beauté avec n’importe quelle histoire. Nous devons savoir comment naissent, grandissent et meurent les dynasties, les états, les royaumes et les empires. Nous devons connaitre les causes de leurs chutes, qui sont les gens sincères et les ennemis et le but de notre ennemi n’a pas changé d’un iota depuis qu’Allah Exalté, à Lui la louange et la Gloire, a révélé Sa religion l’Islam à notre aimé, bien-aimé (al-habib al mahboub) Prophète Muhammad (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui).

Le Très Haut, al-A’la fil ‘Oulah, a dit: « Ni les Juifs, ni les Chrétiens ne seront jamais satisfaits de toi, jusqu’à ce que tu suives leur religion. – Dis : Certes, c’est la direction d’Allah qui est la vraie direction. Mais si tu suis leurs passions après ce que tu as reçu de science, tu n’auras contre Allah ni protecteur ni secoureur ».

Et qui est plus Véridique sinon Celui qui a créé les êtres humains !

 

  

Les Baní Marine au Maghreb 

 

Les Baní ‘Abdel Ouad 

En l’an 624 de l’Hégire (1226), le Sultan des Mouwahhidine al-Ma'moun nomma Yaghmourassan Ibn Zayyan gouverneur de Tilimsen et ce dernier est considéré comme le fondateur de la dynastie ou l’état des Bani ‘Abdel Ouad (ouad), originaire de la tribu des Bani Rokhal, les habitants du désert du Maghreb central (Algérie). De leur base de Tilimsen, ils mirent la main sur le Maghreb central avant d’entrer en conflit avec les Banou Marine, les Bani Hafs, les tribus Berbères et Arabes et en l’an 910 de l’Hégire (1504) de l’Hégire, les croisés espagnols occupèrent Bejaia, puis Oran en l’an 914 (1508).

Leurs navires étaient équipés de puissant canons dont ils se servirent pour bombarder un certain nombre de ville d’Algérie depuis la mer et les Musulmans firent appel au célèbre cavalier ‘Aboud Pacha et son frère l’amiral ottoman Khayr ad-Din Barberousse qui fut, durant un certain temps, le maitre incontesté de la Mer Méditerranée, qui vint en Algérie et permit aux Ottoman de s’introduire au Maghreb pour apporter leur soutien aux Musulmans. Cette histoire sera plus détaillée dans notre deuxième volume et dans l’Abrégé de l’Histoire des Ottomans

 

Les Bani Hafs 

En l’an 675 de l’Hégire (1276), l’émir Abou Zakariyyah Yahya al-Hafsi prit l’émirat de Tunis après avoir écarté du pouvoir son frère Aba Muhammad ‘Abdillah Ibn Abi Muhammad Ibn Abi Hafs et Abou Zakariyyah Yahya al-Hafsi est considéré comme le fondateur de la dynastie des Bani Hafs dont l’ancêtre était le Sheikh Abou Hafs Yahya Ibn ‘Omar al-Intati, de la tribu Intatah, la plus grande des tribus de Masmoudah. Abou Hafs joua un grand rôle dans l’état des Mouwahhidine comme nous l’avons déjà mentionné et l’état des Bani Hafs dura trois siècle et demi.

Lorsque les habitants du sud-est de l’Andalousie dont ceux de Séville et de Mourriyah constatèrent le début de la faiblesse de l’état des Mouwahhidine, ils portèrent allégeance à Abou Zakariyyah Yahya al-Hafsi et lorsque ce dernier décéda son frère Abou ‘Abdillah al-Moustansir Billah qui fut le plus puissant des Sultan des Bani Hafs, lui succéda. A la fin de son règne, les troubles et les séditions se répandirent dans l’état et lorsqu’il mourut, l’émir Abou ‘Assidah prit sa succession et après lui son frère Abou Hafs qui fut lui-même succédé par le fils de son oncle Abou Yahya Ibn al-Lahyani avant que le pouvoir ne revienne à l’un des enfants d’un fils d’Abou Zakariyyah, Abou Ishaq Ibrahim.

Lorsque la ville de Bejaia sortit du contrôle des Bani Hafs, les Bani Marine saisirent l’occasion de leurs difficultés et prirent Tunis sous le règne du Sultan Abou ‘Inan al-Marini.

Sous le règne du Sultan Abou al-‘Abbas al-Hafsi, l’état des Banou Hafs retrouva de la rigueur et le Sultan fit face aux croisés qui attaquèrent la ville d’al-Mahdiyah en l’an 793 de l’Hégire (1390). Après lui, son fils Abou Faris prit l’ile de Malte, Djerba et Tilimsen. Puis Tripoli an l’an 801 de l’Hégire (1398), Tawzarah et Qafassah en l’an 803 de l’Hégire (1400).   

 

En l’an 813 de l’Hégire (1410), Abou al-‘Abbas al-Hafsi prit l’Algérie avant de décédé en l’an 837 de l’Hégire (1433) et, son petit-fils al-Moustansir lui succéda mais il était malade et succomba quatorze mois après. Son frère Abou ‘Amr ‘Uthman lui succéda et ses oncles se rebellèrent contre lui mais il vainquit son oncle Abou al-Hassan en l’an 850 de l’Hégire (1446). Cependant, les tribus berbères se rebellèrent à leur tour contre l’état des Baní Hafs et les croisés espagnols attaquèrent Tunis pour se venger des défaites navales que leur infligèrent les Ottomans mais aussi à cause du commerce en méditerranée monopolisé par ces derniers. Tunis servait alors de base arrière pour les Ottomans qui leur permettait de conduire des batailles en profondeur, loin de chez eux.  

 


[1] Qur’an, Sourate 09, versets 8 à 15.