La fin de la dynastie des Mourabitine 

Avant d’introduire la nouvelle dynastie qui succéda aux Mourabitine, résumons brièvement la fin du royaume des Mourabitine puisque nous reviendrons en détail sur le sujet lorsque nous aborderons les Mouwahhidine.

 

En l’an 537 de l’Hégire (1142), décéda ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine, puisse Allah le Très Haut leur faire miséricorde.  

 

En l’an 539 de l’hégire (1144), la situation en Andalousie s’aggrava mais plus encore au Maghreb ou un nouveau groupe appelé les Mouwahhidine, les Unicitaires, apparut et déstabilisa l’ordre au Maghreb.

Cette même année mourut Tashfine Ibn ‘Ali puisse Allah le Très Haut lui faire miséricorde et lui succéda son fils Ibrahim, un faible jeune âgé de vingt ans.

Ibrahim n’avait aucune expérience en politique ou en guerre et les Musulmans ne devraient pas donner le pouvoir à ceux qui sont incapable de diriger le pays quand il y a meilleur qu’eux. Il est vrai que Tashfine Ibn ‘Ali consulta les gens du pouvoir mais l’ordre ultime revenait à lui et Ibrahim prit le pouvoir alors que la situation en Andalousie était instable tandis que celle du Maghreb méritait d’être traité rapidement et d’une main de fer.

 

Le nouveau groupe des Mouwahhidine apparut près de la ville de Fès, un des plus importantes villes du Maghreb et menaça Marrakech la capitale.

 

En l’an 540 de l’Hégire (1145), eut lieu une bataille mortelle entre les croisés et les Musulmans, entre Tolède et Dénia dirigée par les Mourabitine mais certainement pas ceux du temps de Youssouf Ibn Tashfine.

La logistique et les renforts qu’ils reçurent du Maghreb étaient insuffisants du fait que le Maghreb était lui aussi proie à la dissension. Et eut lieu la terrible bataille de Loudj wal Boussayt ou les Musulmans furent écrasés. Et ce fut le premier signe de la faiblesse du règne d’Ibrahim mais aussi le signe annonciateur de la future perte de l’Andalousie et de la chute des Mourabitine.

Cette même année les Mouwahhidine attaquèrent et capturent Fès.

 

En l’an 541 de l’Hégire (1146), les Mouwahhidine capturèrent et détruisirent Marrakech avant de tuer Ibrahim Ibn Tashfine Ibn ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine et de mettre fin au royaume et au règne des Mourabitine pour le remplacer par le leur.

 

Avant de parler un peu plus des Mouwahhidine résumons le bilan des Mourabitine.

 

A propos des Mourabitine 

 

Muhammad Ibn ‘Abdillah alias Muhammad Ibn Toumart al-Mahdi 

 

Le retour d’Ibn Toumart au Maghreb 

Lorsqu’Ibn Toumart eut passé un certain temps au Levant islamique (mashriq islami), il décida de rentrer au Maghreb et ce à la fin de l’année 516 de l’Hégire (1122) quand il fut expulsé d’Alexandrie ou il se trouvait à la fin de son périple et où il combattit avec force les maux (mounakarat) que les dirigeants ignoraient volontairement. Et lorsqu’il fut embarqué de force dans le navire qui allait le ramener au Maghreb islamique, il désavoua aussi durement les passagers qui buvaient du vin et ne se préoccupaient pas du tout de la prière et de ses heures si bien que ces derniers le jetèrent par-dessus bord. Il ne se noya pas mais resta très longtemps à nager près du navire prouvant qu’il était un excellent nageur (sabbah) ce qu’ils n’étaient pas. Et après un certain temps, ils s’étonnèrent de ses capacités et furent convaincu de sa bénédiction. Ils le hissèrent alors à bord et l’honorèrent grandement. Puis Ibn Toumart descendit à al-Mahdiyah en Tunisie actuelle ou il se rendit dans une mosquée locale n’ayant de bagage que de l’eau. Les gens se rapprochèrent de lui et bientôt des élèves vinrent étudier chez lui. Puis il se mit à combattre violemment les maux de société d’al-Mahdiyah, à briser les récipients de boisson alcoolisée et les instruments de musique et lorsque l’émir Yahya Ibn Tamim Ibn al-Mou’iz Ibn Badis al-Sanhadji entendit parler de lui il ordonna de l’amener. L’émir fit convoquer les savants pour une joute oratoire avec Ibn Toumart mais ce dernier les fit taire par sa science.

L’émir Yahya Ibn Tamim Ibn al-Mou’iz Ibn Badis reconnut alors sa valeur, l’honora et lui demanda d’invoquer le Seigneur en sa faveur. Puis Muhammad Ibn ‘Abdillah Ibn Toumart partit pour la ville de Bejaïa, en Algérie actuelle, ou il approuva le bien et désapprouva le mal violemment (yatashaddad fi dalik). En effet à cette époque à Bejaïa beaucoup de choses poussaient à l’indignation et au mécontentement. Par exemple l’utilisation ouverte et la prostitution des enfants hermaphrodites (moutahannithin) qui étaient habillés, se laissaient pousser les cheveux, se maquillaient (yatakahhiloun) et s’adornaient comme les femmes. 

Ibn Toumart vit en personne ces enfants mais aussi assista à une fête ou les hommes et les femmes étaient mélangés ce qu’il désapprouva violemment en brisant et cassant si bien que la fête finit en pugilat et que le gouverneur de la ville, al-‘Aziz Ibn Mansour Ibn Hammad as-Sanhadji qui était un homme dur, fut informé de ses actions.

Il fut conseillé à Ibn Toumart de quitter rapidement la ville avant d’être durement punit par le gouverneur de la ville et effectivement il partit sur le champ pour une ville du nom de Milalah ou Malalah ou il enseigna et rencontra ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali Koumi qui était en route avec son oncle pour le pèlerinage et qu’il réussit à convaincre de rester avec lui et de lui porter assistance dans la recommandation du bien et du désaveu du mal.

‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali Koumi accepta et devint un l’un de ses plus fidèles partisans (atba’) sinon le plus fidèle et allait lui succédé à la tête de ce mouvement.

Ensemble, ils se dirigèrent vers Wansharish ou ils furent rejoints par Abou Muhammad al-Bashir de la tribu d’Harjah qui était aussi celle d’Ibn Toumart. Puis les trois hommes partirent pour Tilimsen ou le Qadi, Ibn Sahib Salat, de la ville le fit amener et l’invita à abandonner son violent comportement avec les gens. Mais Ibn Toumart ne l’écouta point et avec ses compagnons se rendit à Fès puis à Maknassah, ou les gens de la ville s’élevèrent contre lui quand il durcit son désaveu du mal et sa recommandation du bien qui le poussa à partir pour Marrakech à la fin de l’année 514 de l’Hégire (1120).

 

Un vendredi de cette même année Muhammad Ibn ‘Abdillah Ibn Toumart entra dans une mosquée de Marrakech et s’assit près de la chaire, un endroit réservé à l’émir ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine. Les gens responsables de la mosquée lui demandèrent de changer de place mais il leur répondit : « Les mosquées sont consacrées à Allah : n’invoquez donc personne avec Allah[2] », un message clair et puissant et lorsque l’émir des Musulmans vint pour prier à la mosquée, tous les gens qui se trouvaient dans la mosquée se levèrent par respect et crainte excepté Ibn Toumart.

Après la prière Ibn Toumart se leva et alla saluer l’émir ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine et lui dit simplement : « Change le mal dans ton pays car tu es responsable de tes sujets ». L’émir ne lui répondit pas et lorsqu’il retourna dans son palais, il questionna à son sujet et ordonna à son ministre ‘Omar Ibn Yamtan de s’enquérir de cet homme et de lui rapporter plus d’informations et que s’il avait des besoins de le satisfaire.

Lorsque ‘Omar Ibn Yamtan alla trouver Muhammad Ibn ‘Abdillah Ibn Toumart, ce dernier lui dit : « Je n’ai absolument besoin de rien mais je veux juste combattre les maux », sans aucun doute, des belles et bonnes paroles jusqu’à maintenant.

Il faut reconnaitre qu’à l’époque du règne de ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine, et il n’y a aucun doute en cela, un grand nombre de maux s’étaient répandus. Les boissons enivrantes (al-khoumour) étaient vendues normalement et ouvertement dans les marchés des villes comme Marrakech. Les inutilités (lahw), les vices et les maux s’étaient répandus parmi les gens par les femmes des Mourabitine des tribus de Lamtounah et de Masfoufah, particulièrement celles des nobles, qui jouèrent une grande part dans leurs propagations.

Mais le pire c’est que l’émir des Mourabitine ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine fut inattentif à ces graves problèmes qui gangrenaient les bases du puissant état des Mourabitine.

La corruption et la dépravation sont certes non seulement des facteurs destructeurs d’états mais aussi des signes précurseurs de leurs chutes. Nulle nation n’échappe à cette généralité et l’Histoire est là pour le prouver.

Le bien et le mal ne pouvant cohabiter, l’un chasse donc l’autre et il faut reconnaitre que le mal est plus puissant que le bien puisqu’il n’a pas besoin d’effort pour se propager et si le mal chasse le bien, les valeurs religieuses sont abandonnées et ainsi sera la condition de l’humanité à la fin des temps et sur laquelle le clairon de l’apocalypse sonnera, quand le Nom d’Allah ne sera plus mentionné sur la terre comme nous l’a rapporté le Messager d’Allah (Saluts et bénédictions d’Allah sur lui).

Il ne faut qu’un temps très court au mal pour se propager tandis qu’il faudra beaucoup plus de temps au bien à l’exemple d’un jardin bien entretenu qui dès qu’il est abandonné est rapidement envahit sans effort par les mauvaises herbes et les ronces. A-t-on jamais vu un jardin abandonné redevenir verdoyant sans effort ? Ainsi le bien demande des efforts permanents et attentionnés pour s’établir et prospérer tandis que l’on dit : « chassez le mal, il revient au galop ! »  

 

La mise en garde du Qadi de Marrakech Malik Ibn Mouhayb 

 

Ibn Toumart annonce qu’il est le Mahdi attendu 

Muhammad Ibn ‘Abdillah Ibn Toumart se dirigea avec ses partisans vers la ville d’Aghmat ou il s’attaqua violemment aux Mourabitine sur qui il jeta la mécréance avant de renier son allégeance à ‘Ali Ibn Youssouf Ibn Tashfine et que son allégeance était caduque (batilah). Le gouverneur d’Aghmat l’expulsa à son tour de la ville et Ibn Toumart partit vers le pays de Souss avec ses partisans, la capitale de la grande tribu de Masmoudah ou il s’établit dans une place forte imprenable comme celle d’Alamout des ismaéliens, de la montagne d’Agliz dans la ville portant le même nom. L’accès à cette forteresse était extrêmement difficile et un seul chemin y parvenait que ne pouvait emprunter qu’une seule monture à la fois et qu’un nombre d’hommes relativement réduit pouvait garder sans peine.

Il choisit cette position pour répandre son dogme dans les tribus avoisinantes et les tribus Massamidah répondirent à son appel si bien et si rapidement que bientôt il sut que son mouvement était accepté et alors il dévoila ce qu’il avait pris soin de cacher, le 15 du mois de Ramadan de l’année 515 de l’Hégire (1121), qu’il était le Mahdi attendu (al-mahdi al-mountadar) et l’Imam Infaillible (al-imam ma’soum), encore un autre, le précédent ayant été le fétide ‘Oubaydi juif.

Les historiens Musulmans sont unanimes à rapporter que l’allégeance lui fut porté à l’ombre d’un grand caroubier (kharoub) par dix de ses plus loyaux partisans dont ‘Abdel Mou'min Ibn ‘Ali et ‘AbdAllah Ibn Mouhsin, le gouverneur de Sharishi, surnommé al-Bashir et ces dix compagnons furent surnommés al-Jama’ah, le Groupe.

O lecteur, qui a lu toutes ces lignes je te pose à présent la question : Quelle sera la prochaine étape de son mouvement si tu as bien compris comment ces sectes procèdent et qu’elles ont toutes en commun ? 

Alors qu’Ibn Toumart complotait contre l’état, les Mourabitine étaient occupés sur le front en Andalousie à défendre l’honneur des Musulmans contre les croisés.

Puis un nouveau groupe de cinquante convertis vint lui porter allégeance qu’il appela Ahl Khamsine, la famille des cinquante, qui occupait le second palier d’importance dans la secte. Comme vous voyez les innovations s’accélèrent. Ensuite il reçut soixante-dix autres personnes qu’il surnomma Ahl Sab’ine, la famille des soixante-dix. Ces cent-trente hommes représentaient l’élite de son mouvement et ses partisans les plus fidèles.

En plus des trois ordres précités, il divisa ensuite ses partisans en différents ordres : 4 ; les étudiants, 5 ; les apprentis, 6 ; Ibna al-‘Ashirah ses proches et ses servants, 7 ; les tribus de Harajah, 8 ; Ahl Thimanlan, 9 ; Ahl Jidmiwah, 10 ; Ahl Jimthithah, 11 : Ahl Imthathah, 12 ; Ahl Kaba'il, 13 ; al-Jound, 14 ; Aghrar Sighar.

Il créa pour chaque ordre son propre règlement et quiconque d’entre eux outrepassait ces règlements ou manquaient de les appliquer était tuer sans autre forme de discours. Quiconque ne récitait pas les bases de ces règlements était fouetté et cette crainte faisait de ces partisans des élèves appliqués. Ces règlements nous fait surtout apparaitre la nature tyrannique et maladive de cet individu qui était sans conteste un commandant.

Ibn Toumart appela alors ses partisans al-Mouwahhidine et leur écrivit un livre en langue berbère qu’il appela « al-Mourshidah », un livre de Tawhid, sur les fondements de l’Unicité qu’Ibn Khaldoun a présenté puis, il demanda à ses partisans de le mémoriser et quiconque s’abstiendrait ne serait pas un Mouwahhid mais un mécréant (kafir).    

Ensuite un rédigea plusieurs autres livres, toujours en langue berbère dont « al-qawa’id », « al-amanah » et « al-a’az ma youtlab », le livre de ses convictions intimes qu’il écrivit en arabe, langue qu’il maitrisait parfaitement et qui l’aida beaucoup dans la propagation de son dogme.



[1] L’Histoire du mouvement des Talibans en Afghanistan reste aussi un surprenant exemple du fait qu’il fut fondé par un très petit groupe de personne qui ne disposait pour arme que d’un pistolet au début de leurs conquêtes !

[2] Qur’an, Sourate 74, verset 18.