La tribu berbère Baranaize des Lamtounah

 

Yahya Ibn Ibrahim al-Jidali 

 

‘AbdAllah Ibn Yassine al-Jazouli 

Lorsque Yahya Ibn Ibrahim al-Jidali et ‘AbdAllah Ibn Yassine al-Jazouli arrivèrent enfin à la fin de leur périple, les gens des tribus furent absolument enchantés par leur retour.

‘AbdAllah Ibn Yassine al-Jazouli non seulement leur enseigna les bases de la religion mais aussi la recommandation du bien et la répression du mal car un très grands nombres d’innovations s’étaient répandues dans les tribus de Sanhadja comme la propagation de la divination, la pratique de l’adultère et le mariage avec plus de quatre femmes. Il fut intransigeant avec eux et les poussa à l’abandon des choses répréhensibles qui ne satisfont Ni Allah Exalté et ni Son messager (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Les Berbères le détestèrent car ils ne voulaient pas qu’il leur impose ce qu’ils devaient faire, ce qui était licite et interdit. Si bien qu’ils le fuirent après un certain temps mais ils finirent par le supporter et patienter à cause de la crainte qu’ils éprouvaient envers leur chef Yahya Ibn Ibrahim al-Jidali[1].

Lorsque ce dernier mourut, la tribu de Jidalah voulut imposer aux autres tribus Sanhadja leur émir mais ‘AbdAllah Ibn Yassine s’éleva contre eux avec fermeté pour éviter les guerres tribales qui n’auraient pas manqué de s’ensuivre. Il convint juridiquement les Berbères et les menaça des graves répercussions de leurs actes si bien qu’ils abandonnèrent leur projet et il leur conseilla de nommer pour émir Abi Zakariyyah Yahya Ibn ‘Omar al-Lamtouni.

De ce fait, il s’aliéna la tribu de Jidalah qui le harcelèrent, le pressèrent et le menacèrent. Ils détruisirent sa maison et le forcèrent à partir de leur pays. Le nouvel émir ne put empêcher les Sanhadja de s’en prendre au savant Ibn Yassine et ce dernier se décida à les quitter de toute manière. 

 

Al-Mourabitine 

 

Le Maghreb au début du cinquième siècle de l’Hégire 

A cette époque, le Maghreb était profondément divisé au niveau politique. Chaque région était gouvernée par son propre groupe ou sa propre tribu. La religion islamique avait périclité et les Musulmans avec elle.

L’ignorance se propagea dans la tribu Ghoumarah Masmoudah Bournassiyah qui contrôlait le nord du Maghreb et qui habitait les montagnes du Rif. Un homme du nom de Hamim Ben Mannallah sortit parmi eux et déclara être un prophète et un grand nombre de gens l’appelèrent al-Mou'tari. Il imposa à ses disciples deux prières seulement par jour, l’une au lever du soleil et l’autre à son coucher, leur écrivit « un Qur’an » en langue berbère, annula les obligations du pèlerinage (hajj) ainsi que les ablutions pour la prière et les ablutions majeures. Il leur interdit la consommation de poisson, des œufs d’oiseaux et leur alloua celle de la truie.

Il ne fait aucun doute que cet homme était fou mais ses disciples l’étaient certainement plus. Hamim Ben Mannallah mourut toutefois à la fin du quatrième siècle mais pas son dogme qui survécut après lui.

 

De même à l’ouest du Maghreb, se trouvait à cette époque le royaume de la tribu des Bourghwatah, des Ghoumarah, des Masmoudah Bournassiyah dont la capitale se trouvait à Shah près de la ville de Rabat (ribat) actuelle. Le fondateur de cette dynastie, comme nous l’avons déjà mentionné, fut le Juif Tarif Ibn Shamghoun, qui après être devenu musulman devint un khariji souffari.

Cet état fut créé au début du deuxième siècle de l’Hégire dans la ville de Tamisnah près de l’actuelle ville de Rabat et lorsque Ibn Shamghoun décéda son fils Salih, qui n’était absolument pas vertueux (layssa salih), prit la succession. Vous vous rappelez qu’il imposa à son peuple cinq prières la nuit et autant le jour, l’interdiction de tuer les coqs et leur autorisa le mariage avec plus de quatre femmes, leur interdit d’épouser des musulmanes et rajouta dans les ablutions le lavage des aisselles et du ventre.

J’avais de même fait remarquer qu’un écrivain avait mentionné que certaines tribus du désert, particulièrement les Shawiyah qui habitaient là où résidaient jadis les Bourghwatah, autour de Rabat, fêtaient toujours de nos jours l’enterrement des os de coqs. Salih Ibn Tarif leur avait interdit de tuer les coqs parce qu’ils leur servaient d’indicateur pour la prière du fait qu’il avait abolit l’appel à la prière par un muezzin.

 

De même, la tribu de Bourghwatah avait pour voisin les tribus berbères de Zenâta Boutr qui étaient un royaume sunnite qui conduisit le Jihad contre ses voisins athées (moulhidah). Parmi les royaumes Zinati se trouvait les émirats d’Arsalah et de Tadillah dirigés par les Bani Yafran, ceux de Fès et d’Aghmat dirigés par la tribu de Maghrawah, l’émirat de Sijilmasa à l’extrême sud était dirigé par les Bani Khazroun de la tribu de Maghrawah. Malgré tous leurs efforts, les tribus sunnites Zenâta furent incapables de venir à bout de la vile tribu de Bourghwatah, d’origine juive puis khariji.

Seule une force islamique irrésistible pouvait en finir non seulement avec elle mais aussi purifier le Maghreb de toutes les innovations (bida’) diaboliques, incompatibles avec la satisfaction divine, et c’est ce qui arriva.

 

De même, il se trouvait à l’extrême sud du Maghreb au pays de Souss, des dynasties shiites (rafidah) et Wathaniyine. Les Rawafid shiites se répandirent dans la ville de Taroudant et dans ses environs et les historiens furent en désaccord sur le dogme que les shiites professaient. Certains affirmèrent qu’ils étaient des ithnah ‘ashariyah duodécimains mais la majorité d’entre eux rapportèrent qu’ils étaient des ‘oubaydiyine ismaéliens et qu’ils suivaient le dogme batini isma’ili.  

 

Quant aux membres de la tribu Wathaniyah, ils adoraient les moutons (kabsh) ou les béliers et habitaient dans une partie des montagnes escarpées de l’Atlas.

 

Telle était donc la situation globale au Maghreb au début du cinquième siècle de l’Hégire, bien loin des conquêtes islamiques des premiers temps de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ mais aussi de tous ses successeurs qui poursuivirent inlassablement son action comme ‘Ouqbah Ibn Zouhayr al-Balawi et Houssayn Ibn Nou’man al-Ghassani, jusqu’à l’arrivée de Moussa Ibn Noussayr et de Tariq Ibn Ziyad. L’Islam avait reflué jusqu’à ne devenir qu’une ombre excepté pour certaines tribus qui le préservèrent.

 

Yahya et Abou Bakr Ibn ‘Omar Ibn Ibrahim al-Lamtouni 

 

Youssouf Ibn Tashfine 

Au Maghreb, Youssouf Ibn Tashfine, après le départ d’Abou Bakr, réorganisa toute la structure de l’état et de l’armée et poursuivit le Jihad contre les tribus récalcitrantes de Maghrawah, de Zenâta et de Bani Yafran.

Il y avait dans son armée plusieurs valeureux commandants dont : Syr Agoulsir Ibn Abi Bakr, Syr Ibn Abi Bakr al-Lamtouni, Muhammad Ibn Tamim al-Jidali, ‘Omar Ibn Souleyman al-Massoufi et Moudrik al-Talkani. Et tous ces commandants, à la tête de leur propre armée, soumirent le centre et le sud du Maghreb.

Youssouf Ibn Tashfine après ses succès revint dans le bastion des Mourabitine à Aghmat à la fin de l’année 454 de l’Hégire (1061).

 

Cette même année, Il acheta des terres appartenant à des membres de la tribu de Masmoudah et ces terres se trouvaient au nord-ouest de la ville d’Aghmat ou il décida de construire une nouvelle ville qui servirait de place forte pour les Mourabitine au Maghreb. La première chose qu’il fit construire est la mosquée dans son centre et il travailla lui-même à sa construction en aidant les travailleurs à transporter la terre (tin) avec ses mains alors qu’il était un homme âgé.  

Youssouf Ibn Tashfine voulut faire une capitale forte à l’image de la puissance de l’état des Mourabitine et lorsqu’elle fut enfin finie, il l’appela Marrakech. Puis, il réunit un grand nombre d’esclaves noirs dont il en fit une élite de farouches combattants et sa garde rapprochée. Il acheta aussi un grand nombre d’esclaves européens d’Andalousie et en fit une force spéciale de cavaliers chargés également de sa protection personnelle.

A cette époque, le seul nombre de cavaliers de l’armée des Mourabitine atteignit 100.000 sans compter l’infanterie et les autres corps spéciaux. Et leur armée destructrice était composée essentiellement de membre de la tribu de Sanhadja, de Masmoudah, de Zenâta et de Jazoulah.

 

Dans les derniers jours de l’année 454 de l’Hégire, Youssouf Ibn Tashfine à la tête de son armée marcha vers la ville de Fès, pulvérisant toutes les tribus qui se mirent en travers de sa route et entra victorieux dans la ville en l’an 455 de l’Hégire (1062) ou il nomma un des hommes de sa tribu de Lamtounah gouverneur de la ville, puis il poursuivit sa route vers la ville de Ghoumarah qu’il prit d’assaut avant de parvenir à Tanger.

La tribu de Maghrawah profita de son absence pour prendre derrière lui la ville de Fès et tuèrent le gouverneur Mourabit et lorsque Youssouf Ibn Tashfine en fut informé, il revint aussitôt sur ses pas, assiégea la ville avant de la prendre de force. Puis il passa par le fer les Bani Maghrawah et Yafran et tua un très grand nombre d’entre eux en l’an 462 de l’Hégire (1069).

 

 

Après être resté une longue période absent au désert, l’émir des Mourabitine, Abou Bakr Ibn ‘Omar al-Lamtouni originaire du désert de Shanguit, et avoir entendu parler des exploits de Youssouf Ibn Tashfine, revint à Aghmat en l’an 465 de l’Hégire (1072) puis partit à Marrakech pour y retrouver le fils de son oncle qui lui-même partit à sa rencontre et les deux se rejoignirent entre les deux villes à mi route.

Zaynab az-Zawiyyah, l’épouse de Youssouf Ibn Tashfine, lui avait demandé d’accueillir Abou Bakr Ibn ‘Omar avec rudesse et ayant suivi ses conseils, il sortit avec toute son armée ainsi qu’une immense caravane de présents.

Lorsque les deux hommes se rencontrèrent, Abou Bakr Ibn ‘Omar lui s’étonna et lui demanda :

- « Que fais-tu avec toute cette armée ô Youssouf ? » Ce dernier répondit :

- « Je l’utilise contre celui qui s’oppose à moi » (sous-entendu : toute cette force que tu vois, si tu bouges le petit doigt, je t’écrase avec).

Puis regardant la caravane de chameaux tous lourdement chargés, il lui dit :

- « Et ces chameaux, c’est pour quoi ? » Et Youssouf répliqua :

- « Je suis venu à toi avec tout ce que je possède d’argent, de nourriture et de vêtements que tu aurais besoin pour le désert » (sous-entendu : retourne d’où tu viens).

Abou Bakr Ibn ‘Omar était un homme âgé, rusé et intelligent et il comprit parfaitement les messages. Il prit Youssouf par la main et le fit assoir près de lui et lui dit :

- « O Youssouf, crains le Seigneur envers les Musulmans et ne perds (gaspille) rien de leurs affaires car tu es responsable d’eux et Allah est au-dessus de toi et d’eux ». Alors, il se leva, abandonna le Maghreb et retourna au désert poursuivre son Jihad au Niger, au Mali et dans la royauté de Ghanah et au cours d’une de ses batailles, trouva la mort en l’an 480 de l’Hégire (1087)[4].

 

 

Youssouf Ibn Tashfine retourna dans la ville de Fès qu’il fit fortifier et s’appliqua à l’implémentation de l’Islam véridique et au bien-être des Musulmans. Il a été rapporté qu’il punissait les gens qui n’avaient pas dans leur quartier leur propre mosquée ou lieu de prière en congrégation. Il prit le plus grand soin à ce que chaque quartier et lieu ait sa propre mosquée.

 

Puis, Youssouf Ibn Tashfine reprit son combat pour l’unification du Maghreb et soumit les tribus des Berbères Boutr de Maknassah et de Watah. En l’an 467 de l’Hégire (1074), Après la pacification de la région, il se dirigea de nouveau vers la tribu de Berbères Baranaize Ghoumarah Masmoudiyah dont il brisa la rébellion.

Nous avons mentionné que le Maghreb était divisé en trois partie ; l’est (adna), le centre (awsat) et l’ouest (aqsa) qui se trouvait sous le contrôle des tribus Sanhadja. L’est du Maghreb était contrôlé par les Banou Ziri soit les Banou Mansour et Banou Hamad. Tandis que l’ouest était sous le contrôle des Mourabitoune.

 

En l’an 468 de l’Hégire (1075), Youssouf Ibn Tashfine prit le titre d’émir des Musulmans et de Nassir ad-Din puis appela à la reconnaissance des Abbassides et à leur calife al-Mouqtadi bi-Amrillah, le dix-septième calife abbasside. Ses compagnons lui avaient demandé :

- « Pourquoi prends-tu le titre d’émir des Musulmans et non pas celui d’émir des croyants ? » Il répondit :

- « N’en déplaise à Allah (hashah lillah) que je prenne ce nom. C’est le nom que ce sont attribués les Bani ‘Abbas car ils sont de cette noble lignée et qu’ils sont les rois (moulouk) des lieux saints Médine et la Mecque (haramayn madina wa makkah) et moi je suis un de leurs hommes qui appelle à leur reconnaissance au Maghreb ». 

Un tel homme et de tels hommes ne pouvait être que des hommes sincères qui combattaient dans la voie d’Allah, appliquaient la loi islamique et se préoccupaient de la sécurité et du bien-être des Musulmans. Comment Allah Exalté ne pouvait-Il ne pas accorder la victoire à ces hommes actifs pour Sa cause et qui placent leur confiance en Lui ?

Louange à Allah le Très Haut ! Quelle différence entre les Mourabitine, les gouverneurs d’Andalousie et les apostats de nos jours !

Youssouf Ibn Tashfine devint donc le chef de l’état alors qu’il était au summum de son individualité et qu’il était un savant-combattant (‘aliman moujahidan). Son état s’étendit rapidement, du Maghreb Arabe au Soudan, grâce à ses actions permanentes ou la pure religion et la pure interprétation de ce qu’Allah le Très Haut a fait descendre (le Qur’an) était appliqué. L’état était organisé d’une volonté et d’une main de fer et l’innovation était pourchassée si bien qu’il était le plus puissant état de l’époque.

Qouba al-Mourabitine, 11 siècle, Marrakesh



[1] Tous ceux qui viennent avec un tel message comme ceux des Prophètes, par exemple, ont toujours été rejetés parce qu’ils viennent avec des concepts que les gens détestent comme la propreté, la fidélité conjugale, l’abstention de substances prohibées, etc. Les gens aiment la saleté, l’adultère, la consommation du vin et tout ce qui est mauvais pour eux et c’est pour cela qu’ils combattent les Prophètes et les gens pieux après eux qui ordonnent ces choses. Et de la même manière l’Islam est combattu de nos jours par les gens qui aiment la saleté, l’adultère, la consommation du vin et tout ce qui est mauvais pour eux, ce qui prouve à mes yeux que l’Islam est vraiment l’authentique religion. S’il avait été autrement, il n’aurait pas été combattu avec tant d’acharnement. C’est donc un travail difficile parsemé d’épreuves violentes car c’est dans la difficulté que les caractères s’affinent. Plus la difficulté est élevée, plus grande est la récompense et plus la patience est longue et meilleur est le résultat. Comparez ces données avec l’Histoire de l’Islam ou tout simplement avec ce qui suit et vous verrez que c’est l’absolue vérité. 

[2] Qur’an, Sourate 5, verset 54

[3] Qur’an, Sourate 48, verset 29.

[4] Sincèrement j’ai des doutes sur le fait que la rencontre se soit passée ainsi car cela me semble contradictoire avec le reste de l’histoire des Mourabitine mais c’est toutefois ce que les historiens ont rapporté.