‘Omar Ibn ‘Abdel ‘Aziz

 

Les khawarije 

‘Oubaydillah Ibn Habhab as-Soulami nomma à son tour ‘Ouqbah Ibn Hajjaj as-Salouli as-Soulami al-Qayssi al-Moudari al-‘Adnani gouverneur d’Andalousie. ‘Oubaydillah Ibn Habhab as-Soulami, comme cela est connut, était aussi un chauvin Qayssi, un opprimant injuste, un tyran et particulièrement envers les Berbères.

Son abject comportement entraina une succession d’évènements d’une extrême gravité et si le gouverneur était injuste comment étaient donc ses employés ? Ils étaient aussi injustes que lui sinon pire. Ils considéraient les belles jeunes femmes berbères comme mécréantes alors qu’elles étaient musulmanes et les enlevaient pour le calife Hisham Ibn ‘Abdel Malik qui aimait aussi les agneaux blancs. Et sans que ce dernier le sache ou ait ordonné de tels actes, les employés de ‘Oubaydillah Ibn Habhab as-Soulami allait trouver les fermiers et parfois éventraient plus de 100 brebis pleine sous leur yeux sans même trouver un seul agneau blanc !

Qui donc pouvait profiter de ces injustices sinon les khawarije !

Les khawarije qui apparurent sous les Omeyyades et qui furent extrêmement actifs pour la propagation de leurs idées déviantes bénéficièrent encore une fois de l’injustice des gouverneurs pour propager leurs concepts meurtriers. Ils envoyèrent leurs prêcheurs pour inciter les fermiers à s’élever contre leurs gouverneurs. 

Mais les pauvres Berbères leur dirent : « Nous n’irons pas à l’encontre de nos gouverneurs ou du calife à cause de ce que commettent certains ignorants ». Les khawarije répondirent : « Ces ignorants n’agissent que sur les ordres de leurs supérieurs » et telle était leur doctrine : « Si le calife n’était pas injuste, leur employés ne le seraient pas ».

Les Berbères décidèrent d’envoyer une délégation au calife à Damas, pour l’informer de leurs problèmes, ce qu’ils firent aussitôt sous le commandement de Mayssarah al-Moudouri.

Dans les évènements qui suivent, il y a une excellente leçon à tirer d’autant plus que la situation des pays Musulmans d’aujourd’hui en est une excellente preuve. Le secrétaire du calife doit être un homme pieux qui doit informer le calife de tous les évènements du fait qu’il est le relais entre lui et les sujets du calife qui ne peut pas tout gérer seul. Si le secrétaire est malhonnête, s’il ne fait pas son travail consciencieusement et omet d’informer le calife d’évènements majeurs, il ne peut que s’ensuivre la destruction de l’état.

Et tel était le secrétaire du calife Hisham Ibn ‘Abdel Malik, un homme du nom de Sa’id Ibn Walib surnommé Abrash al-Kilabi qui était un homme orgueilleux, dur et injuste. Lorsque la délégation Berbère arriva, il ne leur permit ni de rencontrer le calife ni même l’informa de leur présence et de leur affaire, des hommes qui avaient pourtant parcouru des milliers de kilomètres pour le rencontrer.

Mayssarah al-Moudouri et ses compagnons Berbères repartirent pour le Maghreb, très fâchés et très en colères et la parole venimeuse des khawarije fit son chemin dans leur esprit. Dès qu’ils rentrèrent chez eux, ils se rebellèrent et tuèrent ‘Oubaydillah Ibn Habhab as-Soulami puis Mayssarah al-Moudouri al-Boutri, de la tribu des Boutr, annonça qu’il rejoignait les khawarije as-souffariyah.

 

Un grand nombre de khawarije, des Hashimiyine, se réfugièrent chez les tribus Berbères au Maghreb, ou ils étaient inconnus, loin de la police et des armées Omeyyades qui les pourchassèrent sans répit[1] et leur arrivée coïncida avec la période ou les Berbères étaient opprimés. Comme vous le savez, les khawarije se divisèrent entre un certains nombres de groupes, shourat, azariqah, souffariyah, ibadiyah, chacun jetant l’anathème sur l’autre et de même les Berbères se divisèrent en deux groupes principaux quand ils adoptèrent leurs déviances.

Les Berbères du Maghreb central-ouest et extrême, de l’Algérie actuelle et du Maroc, adoptèrent la déviance kharijite ibadiyah, de ‘Abdillah Ibn Ibad at-Tamimi, tandis que ceux du Maghreb central-est adoptèrent celle la déviance kharijite souffariyah de « soufrat al-oujouh », les visages burinés par l’adoration, ou de Mouhallad Ibn Abi Souffrah al-Azdi. Mais l’origine exacte des souffariyah, telle qu’elle est rapportée par l’ensemble des historiens, viendrait de ‘AbdAllah Ibn Souffar at-Tamimi.

 

Les Berbères souffariyah appelèrent alors à la création d’un état berbère islamique indépendant raciste du fait que leur pays était contrôlé par les Arabes. Afin que vous connaissiez qui se trouvait derrière ces complots, sachez que l’instigateur de cette idée dangereuse fut le fils de Tarif Ibn Sham’oun, un juif converti à l’Islam qui adopta les déviances des khawarije. Salih Ibn Tarif Ibn Sham’oun se fit proclamer prophète et imposa au Berbères une religion en langue berbère. Il se fit passer aussi pour le Mahdi attendu, qu’il était « salih al-mou'minin » mentionné par le Qur’an : « alors ses alliés seront Allah, Gabriel et les vertueux d’entre les croyants (salih al-mou'minin)[2] ».

Puis, ce Khabith leur prescrivit le jeûne au mois de Rajab à la place du mois de Ramadan, leur ajouta le lavage du ventre et des flancs, cinq prières durant le jour et autant la nuit, le mariage avec plus de quatre femmes, l’interdiction d’épouser des musulmanes, l’interdiction de manger les têtes de tous les animaux et l’interdiction de tuer les coqs. Il est courant de nos jours, au Maroc, que les gens enterrent les os de coqs et il ne fait aucun doute que cette coutume vient de l’époque des khawarije. Il leur ordonna aussi de laisser pousser leurs cheveux et de faire des nattes sur les côtés comme les juifs le font toujours de nos jours.

 

La bataille des Nobles 

 

La bataille de Maqdourah 

 

Les batailles d’al-Qarn et d’al-Asnam 

Suite à leur victoire à la bataille de Maqdourah, la rébellion des Berbères khawarije prit une nouvelle dimension et se répandit à travers l’Afrique du nord. De nouveaux chefs berbères khawarije souffariyah apparurent dont Abou Youssouf al-Houari et ‘Oukashah Ibn Ayyoub al-Fazzzari qui décidèrent de poursuivre leur action sur Kairouan.

Le calife Hisham Ibn ‘Abdel Malik écrivit à son gouverneur d’Egypte et lui dit : « Je rajoute le Maghreb sous ton autorité. Pars en personne pour mettre fin à cette rébellion ». Handalah Ibn Safwan, le gouverneur d’Egypte, leva une très grande armée et marcha sur Kairouan ou il arriva en l’an 124 de l’Hégire (741).

Handalah Ibn Safwan, en personne, partit combattre les Berbères qui avaient une prodigieuse et innombrable force. Les Berbères séparèrent leur armées en deux dont l’une commandée par ‘Oukashah Ibn Ayyoub al-Fazzzari as-souffari qui partit à la rencontre de Handalah Ibn Safwan et les deux armées se rencontrèrent au lieu-dit al-Qarn.

Handalah Ibn Safwan réussit à écraser l’armée des Berbères khawarije et se retira aussitôt à Kairouan pour mieux se préparer. Mais la seconde armée des Berbères, sous le commandement d’Abou Youssouf ‘Abdel Wahid al-Houari qui était l’armée la plus nombreuse marcha à sa poursuite jusqu’à ce qu’elle arrive près de Kairouan au lieu-dit al-Asnam, qui se trouve en Algérie actuelle et ou lieu un terrible tremblement de terre dans les années 80 qui fit des milliers de morts. 

 

‘Oukashah Ibn Ayyoub al-Fazzzari n’était pas un Berbère mais un Arabe et lorsque nous disons les Berbères khawarije il y avait parmi eux des Arabes khawarije et nous pouvons nous poser la question, que faisaient donc les Arabes khawarije aux côtés des Berbères et ce n’était plus juste une guerre contre les Berbères seuls mais aussi contre les Arabes !

Le chauvinisme tribal se propagea pratiquement dans tout l’empire islamique comme vous avez dû le remarquer si vous avez déjà lu nos précédents travaux sur l’Histoire des Omeyyades et des Abbassides. Comme nous trouvons plusieurs races chez les Musulmans, mais aussi dans les armées des Omeyyades, il en était de même chez les khawarije.

 

Abou Youssouf ‘Abdel Wahid al-Houari arriva à al-Asman près de Kairouan et le grand historien musulman al-Hafiz Ibn Kathir a rapporté que son armée s’élevait à 300.000 combattants. Handalah Ibn Safwan le brave général musulman fit regrouper à Kairouan tous les Musulmans arabes capables de porter une arme et leur en distribua une si bien que son armée se retrouva augmentée.

Les savants Musulmans de Kairouan participèrent aussi à l’effort de guerre en motivant les gens pour le combat et leur demandèrent d’être sincères envers Allah Exalté lors de la rencontre avec l’ennemi tout en leur rappelant que si les khawarije prenaient la ville, ils risquaient d’endurer les pires horreurs et que la mort était préférable. Il est bien connut combien les khawarije étaient impitoyables envers les populations Musulmans civiles.

Il a été rapporté que même les femmes Musulmans sortirent pour motiver les hommes avant la bataille.

Lorsque les préparatifs de son armée furent enfin achevés, Handalah Ibn Safwan sortit à la rencontre des khawarije. L’armée des Omeyyades et des gens de Kairouan fit bravement face aux innombrables khawarije et maintinrent leur position sans jamais reculer malgré les déferlements successifs de milliers de combattants. Et avec la grâce d’Allah Exalté et Loué soit-Il, ils réussirent à vaincre les khawarije et à les tuer en si grand nombre que leurs corps jonchèrent remplirent le monde (mahalat dounia).

Abou Youssouf ‘Abdel Wahid al-Houari fut tué. ‘Oukashah Ibn Ayyoub al-Fazzzari fut capturé prisonnier et aussitôt exécuté selon les ordres de Handalah. 180.000 khawarije furent tués au cours de la bataille d’al-Asnam. L’Imam Leyth Ibn Sa’d lorsqu’il fut informé des nouvelles de l’éclatante victoire, il dit : « Il n’y a pas de bataille à laquelle j’aurais aimé le plus assister, en plus de Badr, que celle de Qarn et d’al-Asnam », et ce pour vous monter l’importance de cette bataille. 

 

Le calife Hisham Ibn ‘Abdel Malik mourut en l’an 125 de l’Hégire (742), avant d’être informé de la victoire de Handalah Ibn Safwan, et le fils de son frère al-Walid Ibn Yazid lui succéda.

 

Lorsque Balj Ibn Bishr débarqua en Andalousie, les Arabes yéménite traitèrent avec affection leurs frères de Syrie qui étaient réduits à l’extrême. Puis peu de temps après eut lieu une bataille entre les Berbères, sous le commandement d’Ibn Houdayn et les Arabes près de Tolède au lieu-dit Wadi Saliq ou l’armée de Syrie écrasa littéralement l’armée des Berbères khawarije.

Après la bataille Ibn Qatan demanda à Balj Ibn Bishr de tenir ses promesses et de revenir d’où il était parti au Maghreb en passant par Jazirat al-Khadrah, Algésiras. Il voulait secrètement que les Berbères khawarije du Maghreb anéantissent son armée lorsque ce dernier débarquerai à Tanger mais les Syriens comprirent son intention, se rebellèrent contre lui et nommèrent à sa place Balj Ibn Bishr gouverneur d’Andalousie au mois de Dzoul Qi’dah de l’année 123 de l’Hégire (740).

Ainsi fut donc désisté ‘Abdel Malik Ibn Qatan qui, sous ses ordres, le commandant de la garnison de Jazirat al-Khadrah avait pris en otage un certain nombre de compagnons de Balj Ibn Bishr lors de sa traversée pour s’assurer de ses engagements mais le commandant de la garnison maltraita ces otages si bien qu’un certain nombre d’entre eux mourut dont un des nobles de Syrie de la tribu ghassassinah. Les Yéménites se révoltèrent donc à cause de sa mort contre le commandant de la garnison et mirent un autre gouverneur à sa place avant d’écrire à Balj Ibn Bishr pour lui demander de leur envoyer ‘Abdel Malik Ibn Qatan qui était le responsable de la mort de leurs frères.

‘Abdel Malik Ibn Qatan était alors âgé de plus de 90 ans et Balj Ibn Bishr essaya de les retenir mais ils se rebellent contre lui à son tour et lui dirent : « Tu es un Moudari et tu protèges un Moudar »,  ‘Abdel Malik Ibn Qatan al-Fihri et Balj Ibn Bishr al-Qoushayri était tous les deux de la tribu de Moudar. Balj Ibn Bishr eut donc peur des répercussions de cette révolte et remit donc ce vieil homme (sheikh al-kabir) aux rebelles qui dirent à ce dernier : « Tu as échappé à nos sabre le jour de Harrah (en l’an 63 de l’hégire) puis tu nous as rendu à manger les chiens à Ceuta et tu as vendu les soldats de l’émir des croyants. Nous demandons vengeance ». Alors ils le tuèrent et le crucifièrent avec à sa droite un porc et sa gauche un chien.

Voilà ce qu’engendre le chauvinisme tribal et le meurtre du gouverneur de l’Andalousie allait être la cause d’une grave dégradation de la situation.

Les Balladiyoune, ou les habitants arabes qui vinrent habiter au Maghreb et en Andalousie, sous le commandement de Qatan et Oumayyah Ibn ‘Abdel Malik Ibn Qatan se rebellèrent à leur tour avec les Berbères contre Balj Ibn Bishr mais furent écrasés par les syriens.  

 

Al-Yazid Ibn Walid, le nouveau calife, voulut mettre fin aussi aux rebellions en Andalousie et choisit Abi al-Khattar al-Houssam Ibn Dirar al-Kalbi al-Qahtani qu’il nomma Wali de l’Andalousie au mois de Rajab de l’année 125 de l’Hégire (742).

Lorsqu’ Abi al-Khattar al-Houssam Ibn Dirar al-Kalbi  arriva en Andalousie ‘AbderRahmane Ibn Habib Ibn Abi ‘Abdah Ibn ‘Ouqbah Ibn Nafi’ al-Fihri s’enfuit en Ifriqiyah, à Tunis où il réussit à devenir gouverneur avant de se diriger vers Kairouan ou se soumit à lui Handalah Ibn Safwan, le héros des batailles de Qarn et d’al-Asnam, pour éviter les effusions de sang inutile. Il ne voulut pas de nouveau trouble et lui dit : « Tu veux le pouvoir, le voici donc ».

Néanmoins un mois après sa prise de pouvoir, c’est tout le Maghreb qui se leva contre ‘AbderRahmane Ibn Habib Ibn Abi ‘Abdah et les khawarije en profitèrent pour revenir en force. ‘AbderRahmane Ibn Habib Ibn Abi ‘Abdah qui était un coriace gouverneur, fit capturer tous leurs chefs, les uns après les autres, jusqu’à tous les éliminer de même que tous les rebelles si bien qu’en l’an 135 de l’Hégire (752), il avait aussi éliminé leurs Imams à Tripoli (tarablous) ainsi que tous ceux qui les avaient aidés d’une quelconque manière dont al-Harith Ibn Salim, ‘Abdel Jabbar Ibn Qays al-Kouwari et Isma’il Ibn Ziyad an-Nakoussi.

 

La chute des Omeyyades 


[1] Voir notre Abrégé de l’Histoire des Omeyyades.

[2] Qur’an, Sourate 66, verset 4.

[3] Qur’an, Sourate 8, verset 46.