Les perspectives navales

 

'Abdel Malik Ibn Marwan

A Kairouan, Kathilah le Berbère régnait sur son empire nouvellement gagné et les Romains vivant en Afrique lui avait porté allégeance.

L’Islam avait reflué avec la bataille de Tahouzah avec l’évacuation des Musulmans de l’Afrique du Nord. L’apostasie s’était de nouveau répandue sur la terre. De grands nombres de Berbères qui avaient accepté l’Islam aux mains de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ et d’autres généraux Musulmans abandonnèrent leur nouvelle foi et retournèrent à leur mécréance polythéiste et tous les territoires conquis devinrent des terres hostiles, à l’exception de quelques places.

Tous les efforts de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ et de ses hommes furent anéantis par l’apostat Kathilah le Berbère, l’ennemi d’Allah.

 

En l’an 65 de l’Hégire (684), l’année qui suivit la chute de Kairouan, un nouveau calife fut nommé pour les Musulmans à Damas en la personne de ‘Abdel Malik Ibn Marwan.

Ce n’est que plusieurs années après son intronisation, préoccupé par les problèmes intérieurs qu’il finit par réglé que le calife ‘Abdel Malik Ibn Marwan put de nouveau tourner son attention vers le problème des frontières.

Le calife ‘Abdel Malik était lui-même un vétéran de l’Ifriqiyah et avait combattu sous le commandement de Mou’awiyyah Ibn Houdayj durant la deuxième phase d’expansion de l’Islam en Ifriqiyah. C’est une oreille attentive qu’il prêta à ceux qui vinrent lui conter les déboires de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ et qui lui demandèrent de libérer l’Ifriqiyah des mains de « Kathilah le Maudit ».

- « Personne d’autre ne peut mieux convenir, » dit-il « pour venger le sang de ‘Ouqbah que celui qui lui ressemble dans la foi et l’intelligence ».

Il demanda conseil à ses ministres pour savoir qui pourrait restituer l’Afrique à l’Islam et tous convinrent que le meilleur homme était Zouhayr Ibn Qays al-Balawi.

- « Il était l’un de ses amis et connait donc mieux que quiconque ses plans et ses vues » dirent-ils « et il le premier des Musulmans désirant venger ‘Ouqbah ».

Zouhayr Ibn Qays avait beaucoup de similitudes avec ‘Ouqbah Ibn Nafi’. Il était un musulman dévot, un fervent combattant pour l’Islam et un ascète qui n’avait absolument aucun intérêt pour la vie de ce monde et les richesses.

‘Ouqbah l’avait laissé à Kairouan pour gérer les affaires des Musulmans quand il était parti lutter contre les ennemis d’Allah au Maghreb et les deux hommes ne se rencontrèrent jamais plus. Après la tragédie de Tahouzah, Zouhayr avait fait tout son possible pour faire face à la menace de Kathilah, mais ses hommes l’avaient abandonné pour chercher la sécurité à Barqah ou il était finalement allé.

Commandant de la garnison de Barqah, il devait attendre patiemment cinq années avant que le calife ‘Abdel Malik Ibn Marwan lui écrive et lui ordonne de marcher de nouveau sur l’Ifriqiyah et de libérer les Musulmans de Kairouan.

Zouhayr Ibn Qays lui écrivit à son tour pour demander un soutien et le calife lui envoya aussitôt une grande force de cavalerie et d’infanterie de Syrie, équipée d’armes et de matériel de guerre.

 

Zouhayr Ibn Qays al-Balawi et la quatrième Invasion de l’Ifriqiyah 

 

Le raid romain à Barqah 

Par ses agents, les Romains fut informé du départ de Zouhayr Ibn Qays avec la garnison musulmane de Barqah vers l’ouest et espérant un succès militaire facile et rapide contre l’Islam, l’empire envoya un grand corps de soldats sur un grand nombre de navires pour attaquer Barqah en l’absence de l’armée musulmane.

La flotte se dirigea vers Derna sur la côte de la Libye ou elle débarqua les Romains qui se dirigèrent vers Barqah qu’ils prirent sans coup férir depuis que la défense de la ville était inexistante. Durant 40 jours, les Romains pillèrent la ville sans merci ni compassion et réunirent un grand nombre de Musulmans civils qu’ils avaient l’intention de vendre comme esclave. Puis, ils repartirent avec leur butin et leurs captifs vers leurs vaisseaux.

A peine étaient-ils partis que Zouhayr Ibn Qays arriva à Barqah où il fut informé du raid romain. Sans attendre un instant, il partit à leur poursuite avec un petit détachement de son armée pour Derna, à 200 kilomètres de là. Lorsqu’ils arrivèrent à Derna, ils trouvèrent les forces romaines poussant les captifs Musulmans devant eux pour les embarquer.

La situation était telle que Zouhayr Ibn Qays n’eut pas le temps d’organiser sa cavalerie ou un plan de bataille convenable. S’il devait sauver les Musulmans il devrait agir immédiatement ce qu’il fit mais les Romains infiniment plus nombreux se déployèrent en formation de bataille.

Ses hommes attaquèrent les Romains avec plus de rage que l’ordre mais ces derniers restèrent ferme devant cette petit détachement et la fortune de guerre tourna contre les Musulmans. Zouhayr Ibn Qays fut tué ainsi qu’un grand nombre de ses compagnons et les Romains repoussèrent l’attaque avant d’embarquer sur leurs vaisseaux avec leurs captifs et naviguèrent au loin. Selon certains historiens, les Romains s’échappèrent avec leur butin et captifs et selon d’autres ils s’échappèrent sans eux.

Les martyrs, puisse Allah Exalté leur faire miséricorde, furent enterrés sur le rivage à un endroit qui est devenu connu sous le nom de « qoubour ash-shouhadah », les Tombeaux des Martyrs. Selon Ibn ‘Abdel Hakim, cette tragédie se produisit en l’an dans 71 de l’Hégire (690). Al-Marrakishi ainsi qu’Ibn Khaldoun la situe en l’an 69 de l’Hégire.

Les survivants de l’armée de Zouhayr Ibn Qays, voyagèrent à Damas et racontèrent la triste fin de la campagne au calife ‘Abdel Malik Ibn Marwan qui fut profondément peiné.

 

Suite au succès de ce raid romain et de cette défaite musulmane, le pouvoir musulman dans Kairouan s’effondra et les Musulmans retournèrent encore une fois en arrière à Barqah.

 

La cinquième Invasion de l’Afrique et la chute de Carthage 

 

Al-Kahinah 

En arabe le mot Kahin signifie celui qui prédit l’avenir et dont les sources de révélations viennent du diable.

Kahin signifie aussi prêtre et al-Kahina prêtresse. Cette femme âgée vivait dans les montagnes Auras était une Kahinah et elle était la chef des Berbères. Son nom était Dahiyah Bint Tabtah Bint Nayqan de la tribu de Jarawah. Les Jarawah étaient une tribu issue de la très grande tribu de Zenâta et cette femme régnait comme une reine non seulement sur son peuple dans les montagnes Auras mais était aussi sur tous les Berbères. Sa forteresse se trouvait à a1-Jamm, à 60 kilomètres au sud de Sousa.

C’était une vieille femme qui avait été reine durant 30 ans et qui était estimée par toutes les tribus berbères de l’Ifriqiyah et du Maghreb. Ibn Khaldoun a rapporté qu’elle était âgée de 122 ans à l’époque. Elle avait deux fils, dont l’un avait pour père un Berbère tandis que l’autre un Grec.

Après la mort de Kathilah Ibn Lamzam, tous les Berbères acceptèrent Dahiyah comme chef et elle exerça un contrôle total sur eux.

Hassan Ibn Nou’man se résolut à en finir avec elle, prépara son armée en conséquence et quitta Kairouan en direction des Montagnes Auras toujours à la fin de l’année 74 de l’Hégire (693).

 

Hassan Ibn Nou’man 

L’armée de Hassan Ibn Nou’man avait à peine quitté la ville que des messagers rapides allèrent, à travers les montagnes, informer al-Kahinah du mouvement musulman, leur force et leur direction apparente. Elle leva à son tour une immense armée qu’elle conduisit à Baghayah, qui se trouvait à l’époque près de l’actuelle Khenchela en Algérie.

Croyant que Hassan Ibn Nou’man voulait arriver à Baghayah et s’y fortifier contre elle, elle chassa tous les Romains de la ville et démoli ses fortifications avant de marcher vers Kairouan, pour l’intercepter à mi-route et l’arrêter.

Hassan marcha jusqu’à ce qu’il parvienne à la Vallée de Miskianah ou après avoir reçu des informations sur le mouvement des Berbères, il s’arrêta et établit son camp quand ces derniers arrivèrent le lendemain et établirent à leur tour leur camp près des Musulmans.

Les deux armées déployèrent des écrans de cavalerie entre les deux pour éviter toute attaque surprise.

Quand al-Kahinah arriva dans la vallée et établit son camp, la cavalerie berbère montra des desseins agressifs et voulut en découdre avec la cavalerie musulmane, mais Hassan Ibn Nou’man ordonna à ses cavaliers d’éviter l’engagement et les cavaliers passèrent la nuit sur leurs selles.

Le jour suivant eut lieu une des plus féroces batailles entre les Musulmans et les Berbères ou les Musulmans furent vaincus et vers la fin de la journée, Hassan Ibn Nou’man ordonna le retrait, laissant un grand nombre de morts musulmans sur le champ de bataille. Réorganisant son armée vaincue, Hassan Ibn Nou’man réalisa un retrait ordonné vers l’est et al-Kahinah le suivit à une distance respectueuse jusqu’à ce que les Musulmans aient dépassé Gabès (qabis).

 

Ce fut la seule défaite des Musulmans face aux Berbères, excepté celle ou ‘Ouqbah Ibn Nafi’ trouva le martyr, et 80 Musulmans furent capturés au cours de celle-ci.

Al-Kahinah ordonna de libérer tous les prisonniers musulmans à l’exception de l’un d’entre eux du nom de Khalid Ibn Yazid al-‘Absi qu’elle décida d’adopter pour enfant du fait de sa force et de sa bravoure.

Il a été rapporté que cette femme âgée qui n‘avait plus de lait maternel, mélangea de la farine et de l’huile, qu’elle pressa la pâte contre son sein et qu’elle partagea entre ses trois garçons afin d’en faire symboliquement des frères unis entre eux.

Les Berbères furent de farouches adversaires de l’Islam et contribuèrent largement à ralentir sa progression.

 

La fin d’al-Kahinah 



[1] Voir notre Abrégé de l’Histoire des Omeyyades.

[2] En faisant des recherches sur Internet à propos de cette femme, je vois combien l’histoire biaisée de cette femme frise parfois le folklore, le racisme et combien elle est utilisée pour semer la division entre les berbères et les autres nations, en particulier les Arabes. Ce qui est étrange, c’est que ceux qui ont écrit ces commentaires n’ont pourtant fait aucune différence entre les Berbères et les Arabes quand ils ont colonisés l’Algérie, par exemple, et que des tribus entières de Berbères ont été massacrées, mutilées pour être dépouillées et brulées vifs par les colonisateurs de l’Algérie. Pourquoi n’ont-ils donc pas épargné les Berbères s’ils les considéraient comme les leurs ?