‘Ouqbah Ibn Nafi’

La construction de Kairouan

‘Ouqbah Ibn Nafi’ était venu pour rester bien qu’ayant déjà converti un grand nombre de Berbères, il se sentait isolé d’autant plus que sa mission n’était pas encore achevée et la menace du Maghreb s’étendait devant lui. Il avait besoin d’une base permanente qui lui servirait d’avant-poste en Ifriqiyah.

‘Ouqbah voulait une ville alors il rassembla ses troupes et leur dit :

- « Les habitants de cette terre n’ont aucun caractère. Quand l’épée est levée contre eux ils se soumettent et quand les Musulmans partent ils apostasient, après avoir admis la religion d’Allah. Je vois que notre tâche, ô Musulmans, est de construire une ville en Ifriqiyah qui renforcera l’Islam jusqu’à la fin des temps ».

Tous agréèrent de l’importance d’une ville garnison.

- « Permet-nous d’aller près de la mer », demandèrent les hommes à ‘Ouqbah, « nous pourrons ainsi garder la frontière aussi bien poursuivre notre combat dans la voie d’Allah Exalté ».

Mais ce n’était pas de l’avis de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ qui connaissait les dangers inhérents d’une ville au bord de la mer et sa vulnérabilité face à un débarquement massif de qui était encore une force puissante dans la Méditerranée.

- « Je crains » dit-il « que le Seigneur de Constantinople puisse prendre la ville par surprise et la capturer. Laissons entre nous et la mer plus d’espace qu’un commandant naval ne peut couvrir sans en être informé. Et si la distance est assez large entre nous et la mer si bien que les prières n’auront pas besoin d’être raccourcies, nous serons alors capable de défendre la frontière (mourabitoune) ».

Les Musulmans acquiescèrent et ‘Ouqbah Ibn Nafi’ conduisit ses hommes vers un endroit à la végétation dense pleine de créatures sauvages.

Les Musulmans lui dirent alors :

- « Nous ordonnes-tu de construire dans cette région de marais et de végétation dense ? Nous craignons les bêtes sauvages et les serpents ».

Dans l’armée de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ se trouvait 18 Compagnons du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Il les mena au bord du marais et cria :

« O serpents et bêtes sauvages! O habitants de la vallée; Nous sommes des Compagnons de l’Apôtre d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Partez loin de nous, puisse Allah Exalté vous faire miséricorde, car nous entrons. Quiconque sera trouvé ici après trois jours, sera tué ».

Il lanca l’appel trois fois et durant trois jours, du lever du soleil à son zénith, ‘Ouqbah et ses soldats se tenaient debout et observaient avec stupéfaction les habitants de la jungle évacuant leur petits, les lions, les loups, les serpents et les scorpions.

Aussitôt que le mouvement des animaux prit fin, ‘Ouqbah planta sa lance dans la terre et dit « c’est votre Qayrawan (caravane) puis les Musulmans débutèrent les travaux.

Les arbres furent coupés, la terre fut nettoyée de la végétation sauvage et la ville de Kairouan fut construite. Sa construction commença en l’an 51 de l’Hégire et se poursuivit durant quatre années avant que la ville ne soit complétée. La ville allait devenir la capitale musulmane de l’Afrique du Nord et un centre universitaire d’apprentissage et allait rester la plus importante ville d’Islam en Afrique du Nord durant 400 ans.

 

‘Ouqbah gouverna l’Ifriqiyah avec son quartier général à Kairouan qui était non seulement la capitale politique de l’état musulman, mais aussi, un poste frontière, car les Musulmans n’avancèrent pas vraiment beaucoup plus loin que cela.

‘Ouqbah Ibn Nafi’ fut aussi bon gouverneur que général. Ses futurs plans de conquête devaient attendre la consolidation de la ville de Kairouan et l’établissement d’une garnison convenable.

 

À la fin de l’année 50 de l’Hégire (669), le calife remplaça le gouverneur de l’Egypte Mou’awiyyah Ibn Houdayj par Maslamah Ibn Moukhallad qui cette même année, désista à son tour le gouverneur de l’Ifriqiyah ‘Ouqbah Ibn Nafi’ et nomma à sa place son Mawlah Abou Mouhajir Dinar.

Les historiens ne sont pas unanimes quant à la date de ces évènements, certains les situent en l’an 50 de l’Hégire (669) et d’autres en l’an 55 (674).

 

En l’an 60 de l’Hégire (679) Mou’awiyyah (qu’Allah soit satisfait de lui) mourut et son fils Yazid lui succéda.

 

En l’an 61 de l’Hégire (680) survint la tragédie de Karbala où le petit-fils du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) al-Houssayn (qu’Allah soit satisfait d’eux) et ses compagnons furent martyrisés.

Cette même année, Yazid Ibn Mou’awiyyah renomma ‘Ouqbah Ibn Nafi’ à la direction de l’Afrique après avoir séparé cette province de l’Egypte.

 

Durant les années que ‘Ouqbah Ibn Nafi’ passa à Damas, Abou Mouhajir Dinar conduisit une expédition au Maghreb et à Tilimsen ou Tlemcen en Algérie actuelle, ou il combattit et battit une force berbère commandée par un célèbre chef du nom de Kathilah Ibn Lamzam à qui Abou Mouhajir Dinar offrit l’Islam et qu’il accepta avec un grand nombre de ses guerriers. Mais Kathilah n’allait pas tarder à apostasier.

Abou Mouhajir Dinar retourna dans sa nouvelle ville de Tunis et gouverna l’Afrique jusqu’au retour de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ en l’an 61 de l’Hégire (680). Certains ont placé son retour en l’an 62 de l’Hégire (681).

 

Vingt-cinq Compagnons du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) voyagèrent avec ‘Ouqbah Ibn Nafi’ quand ce dernier quitta Damas pour l’Ifriqiyah. Quel âge avaient-ils donc ces Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) en 62 de l’Hégire ? Et que faisaient-ils dans les rangs de l’armée musulmane sinon rechercher le martyr et nous prouver les vertus du combat dans la voie d’Allah, (jihad fis-sabilillah), et l’immense récompense réservée aux combattants et aux martyrs. Bien qu’ils aient déjà participés à un nombre considérable de batailles, ils ne sont pas restés chez eux à attendre que la mort vient les chercher mais ils sont partis à sa recherche.

 

‘Ouqbah Ibn Nafi’ se rendit d’abord à Fustat ou il rencontra Maslamah Ibn Moukhallad ainsi que ‘AbdAllah Ibn ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait d’eux) qui lui fit une prédiction qui réjouit son cœur.

- « O ‘Ouqbah » dit-il, « peut-être appartiens-tu à l’armée de combattants qui entreront dans le Paradis avec leur uniformes » en référence au Hadith du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) stipulant que certains de ses disciples tués au cours d’une bataille entreraient au Paradis habillés des même vêtements avec lesquels ils chevauchèrent, luttèrent et furent tués.

 

Lorsque ‘Ouqbah Ibn Nafi’ retourna à Kairouan avec les compagnons du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui), il leva les mains au ciel et implora : «  O Grand Seigneur, remplit la (la ville) de connaissance et de ceux qui T’obéissent. Fais-en un pilier de soutien pour Ta religion et une source de disgrâce pour ceux qui Te renie ». Et ‘Ouqbah Ibn Nafi’ était un Musulman dont l’invocation était exaucée.

 

‘Ouqbah était sur le point de mener une grande et majeure expédition à l’ouest. Il était sur le point d’avancer comme une force irrésistible de ville en ville, de forteresse en forteresse, en écrasant toute opposition et faire résonner l’appel à la prière dans chaque endroit conquit. Il allait lutter contre les Romains et les Berbères et principalement des derniers qui étaient les habitants du Maghreb et qui disposaient d’une très grande force.

 

Le célèbre historien musulman Abou Zayd ‘AbderRahmane Ibn Muhammad Ibn Khaldoun al-adrami, a beaucoup écrit sur l’origine des Berbères, leur structure tribales, leurs organisations politiques et sociales, leurs religions, leurs histoires et pour ceux qui veulent plus de détails sur ce peuple peuvent consulter ses ouvrages.

Les Berbères ne sont pas une race particulière ou un groupe de gens, mais plusieurs groupes venant de plusieurs directions qui sont entrés en Afrique du Nord à Barqah ou ils se divisèrent en plusieurs tribus et clans différents. Certains s’installèrent en Libye et d’autres se déplacèrent vers l’ouest vers le Maghreb jusqu’à ce qu’ils atteignent les rivages de l’Atlantique. Ce sont ces groupes de gens qui furent les ancêtres des Berbères.

Les Berbères luttèrent à leur tour contre les Romains mais perdirent la plupart de leurs batailles et se soumirent au pouvoir de l’envahisseur romain. Les villes côtières et les vallées devinrent la propriété des Romains tandis que les Berbères se retranchèrent dans les montagnes et les déserts.

Les Berbères ont la pigmentation brune et sont souvent blonds aux yeux bleus surtout dans les montagnes du Maghreb. Et comme l’a fait remarquer Ibn Khaldoun, certaines tribus Berbères ne sont pas Berbères du tout mais d’extraction arabe ancienne.

Leurs fortunes ont variés avec le changement de fortune des conquérants et des souverains étrangers venus en Afrique du Nord.

Leurs religions variaient et beaucoup de tribus restèrent juives suite aux influences datant des jours de Goliath. D’autres adoptèrent le Christianisme à cause de leur contact avec les Romains qui prirent la foi de Jésus qu’ils mélangèrent à la foi zoroastrienne au début du quatrième siècle. Certains étaient des adorateurs du soleil, d’autres des idolâtres et les reste étaient des païens.

C’était un peuple inconsistants qui avec la venue de l’Islam, acceptaient la nouvelle foi mais retournaient aussitôt à leur polythéisme ainsi, ils apostasièrent douze fois au premier temps de l’Islam en Ifriqiyah et ce n’est que sous le règne de Moussa Ibn Noussayr que l’Islam se renforça dans le cœur du Berbère pour devenir alors à leur tour de grands guerriers.

Leur nom est venu de leur contact avec les Arabes. En arabe le mot Barbar veut dire marmonner, faire du bruit que personne ne comprend.

 

Masjid-Abou-Mouhajir-Ibn-Dinar-Algeria - Le plus vieux édifice musulman après celui de Qayrawan

‘Ouqbah Ibn Nafi’ au Maghreb 

 

 

La mort de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ 

 

Les nouvelles du martyr des Musulmans à Tahouzah parvint bientôt à Kairouan et peut après l’alarme retentit de l’arrivée imminente de Kathilah le Berbère.

Zouhayr Ibn Qays appela les Musulmans en congrégation et leur dit : « O Musulmans, vos camarades sont partis au Paradis et Allah les a bénits avec le martyr. Suivez-les dans leurs pas et Allah vous donnera plus de victoires ».

Un homme du nom de Hansh Ibn ‘AbdAllah as-San’ani lui répondit : « Non, par Allah, nous n’acceptons pas ta proposition. Et tu n’as aucune autorité à nous donner des ordres. Aucune action ne serait mieux pour les Musulmans que d’éviter cette calamité en allant à l’est ».

Alors il se tourna vers la foule : « O Musulmans, qui veut revenir avec moi à l’est, me suive ».

Sur ce, il quitta Kairouan  et tous les soldats le suivirent en dépit des exhortations de Zouhayr Ibn Qays qui n’ayant d’autre choix, quitta à son tour la ville avec sa famille pour Barqah, le bastion des Musulmans.

A la fin de l’année 63 de l’Hégire (682), les Musulmans étaient de nouveau hors de l’Ifriqiyah et de retour à Barqah.

 

Au mois de Mouharram de l’année 64 de l’Hégire (683), Kathilah marcha sur Kairouan à la tête d’une armée de Berbères et de Romains. Un grand nombre de Musulmans avaient quitté la ville lors de son approche mais beaucoup étaient encore là et ils se rendirent sans aucune résistance. Kathilah leur donna une garantie de paix et de sécurité.

Et Kathilah Ibn Lamzam parvint à son zénith. Il était dorénavant le maître de toute l’Ifriqiyah, à l’exception de la Libye. Il était le Roi des Berbères, des Romains et des Musulmans.

Cependant son rôle n’était pas finit, et la roue du destin tournait encore…



[1] Comme nous l’avons déjà mentionné, Soudan signifie le pays des Noirs.

[2] La ville n’existe plus de nos jours mais elle se trouvait jadis près de l’actuelle Khenchela en Algérie.