La bataille navale de Dzat as-Sawari 

 

Les Musulmans retournent en Ifriqiyah 

Après la renonciation en l’an 40 de l’Hégire (661) de l’Imam Hassan Ibn Abi Talib (qu’Allah soit satisfait d’eux) en faveur de Mou’awiyyah (qu’Allah soit satisfait de lui) ce dernier régna comme calife à Damas et nul ne lui contesta son autorité.

En Egypte, après la mort de ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) en l’an 43 de l’Hégire (663), le calife Mou’awiyyah nomma à sa place le respectable Compagnon ‘Ouqbah Ibn ‘Amir al-Jouhani (qu’Allah soit satisfait de lui), gouverneur d’Egypte.

Le respectable Compagnon ‘Ouqbah Ibn ‘Amir al-Jouhani fut de ceux qui participèrent à la conquête de l’Egypte et il excellait dans la récitation du Qur’an du fait de sa belle voix. Il décéda à Misr[1], puisse Allah exalté lui faire miséricorde, en l’an 58 de l’Hégire (677). Son tombeau se trouve dans le quartier de Mouqabtah au Caire.

Lorsque ‘Ouqbah Ibn ‘Amir al-Jouhani devint gouverneur d’Egypte, il nomma Mou’awiyyah Ibn Houdayl al-Kindi commandant général des armées d’Ifriqiyah. A cette époque le Maghreb était contrôlé par le gouverneur d’Egypte et la situation en Ifriqiyah ou le Maghreb Adna était instable. 

Mou’awiyyah Ibn Houdayj al-Kindi as-Sakouni était aussi un respectable Compagnon (qu’Allah soit satisfait d’eux). Il fut aussi gouverneur d’Egypte par la suite, participa à la bataille de Yarmouk et il est le rapporteur de ce Hadith du Messager d’Allah (salut et bénédictions d’Allah sur lui) qui a dit : « S’il y avait une guérison (shifah) dans quelque chose, elle serait dans l’absorption de miel (sharbatou ‘assalin), la ventouse (sharbatou mihjam) ou la cautérisation par le feu (kayatoun bin nar) et je n’aime pas être cautérisé ». Mou’awiyyah Ibn Houdayj al-Kindi décéda à Misr en l’an 52 de l’Hégire puisse Allah Exalté lui faire miséricorde.

 

Le poste de plus avancé des Musulmans à cette époque était à Barqah sous le commandement de ‘Ouqbah Ibn Nafi’.

 

Constans II, le petit-fils d’Héraclius mit longtemps à se remettre du choc de sa défaite après la bataille navale de Sawari qui chassa la marine romaine de la Méditerranée de l’est. Mais lentement et progressivement, l’empire rétablit sa force navale et militaire.

Les effets cumulatifs de la perte de l’Afrique, la déloyauté de Grégoire, la défaite à Soubateylah, le tribut payée par les habitants de Carthage aux Musulmans enragèrent Constans II et il décida de faire payer aux habitants de l’Ifriqiyah le même tribut que ces derniers donnait aux Musulmans.    

L’homme choisit par Constantinople pour rétablir le pouvoir romain en Ifriqiyah était un général appelé Guillaume. Ce dernier embarqua sur une flotte de vaisseaux avec 30.000 hommes. Après être arrivé à Carthage, son armée débarqua et demanda aux habitants de verser à l’empereur la même somme qu’ils versaient aux Arabes. Les Africains refusèrent de payer mais le général exigea le paiement. Les Carthaginois persistèrent dans leur refus et si le général voulait cet or il devrait lutter pour l’avoir ce qu’il fit.

Une bataille s’ensuivit entre les forces du roi de Carthage Houba-Houba et les Romains après laquelle Guillaume occupa la région de Carthage et l’amena une nouvelle fois au sein de l’Empire romain de l’est.

Houba-Houba et ses gens opprimés par les Romains pensèrent que la vie sous le règne des Musulmans avait été bien meilleure que celle sous les Romains et donc Houba-Houba décida d’aller voir le calife des Musulmans et quitta Carthage pour Damas. Là, il supplia le calife Mou’awiyyah (qu’Allah soit satisfait de lui) de l’aider et demanda qu’une armée soit envoyée pour chasser les Romains de l’Ifriqiyah ce que le calife accepta de faire.

 

En l’an 45 de l’Hégire (665) une armée quitta Damas pour chasser et détruire le reste des Romains en Ifriqiyah et particulièrement le général Guillaume à Carthage. Cette armée fut placée sous le commandement de Mou’awiyyah Ibn Houdayj. Certains historiens ont placé l’événement en 43 de l’Hégire (663) et d’autre en 45.

L’armée se rendit d’abord à Alexandrie puis à Barqah, où un contingent sous le commandement de ‘Ouqbah Ibn Nafi’ se joignit à eux. Le roi de Carthage mourut en cours de route et la marche continua sans lui. Quelques semaines plus tard Mou’awiyyah Ibn Houdayj entra en Ifriqiyah avec une armée de 10.000 hommes, dont plusieurs respectables Compagnons du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) dont ‘AbdAllah Ibn ‘Omar (qu’Allah soit satisfait d’eux) et ‘AbdAllah Ibn Zoubayr (qu’Allah soit satisfait d’eux), des nobles de Qouraysh, des Ansars ainsi que ‘Abdel Malik Ibn Marwan qui allait bientôt devenir calife.

En passant près de Tripoli, la marche des Musulmans fut entravée par des petits détachements Romains rapidement anéantis et l’armée arriva là où plus tard, la ville de Kairouan allait être construite et où ils découvrirent la présence d’une grande armée romaine.

Le gouverneur de l’Afrique, Guillaume, s’était préparé pour la bataille quand des éléments de son avant-garde avaient rapporté l’entrée des Musulmans en Ifriqiyah et finalement leur approche. Il avait envoyé une partie de son armée par mer et l’autre par terre à Sousa sous le commandement d’un général grec du nom de Nicéphore (nikfour).

Nicéphore déploya ses 30.000 hommes tout près de la mer où se trouvaient ses navires apprêtés pour un rapide embarquement en cas d’un revers dans la bataille.

Après quelques jours d’observation, quand il devint évident pour les Musulmans que les Romains n’allaient pas prendre l’initiative, Mou’awiyyah Ibn Houdayj unifia ses éléments montés en un seul corps de cavalerie dont il donna le commandement à ‘AbdAllah Ibn Zoubayr et à qui il donne l’ordre de procéder  contre les Romains.

‘AbdAllah Ibn Zoubayr (qu’Allah soit satisfait d’eux) se dirigea vers Sousa ou il campa pour la nuit sur un monticule qui lui offrait une excellente vue du littoral ou il put voir la flotte romaine à l’ancre et le camp romain pas loin de la plage. L’arrivée des Musulmans entraina Nicéphore à embarquer  une partie son armée qui quitta rapidement le port.

Le jour suivant, ‘AbdAllah Ibn Zoubayr (qu’Allah soit satisfait d’eux) avança et, contournant le camp romain, arriva au sud de Sousa ou il établit son camp sous l’observation des Romains.

Le jour suivant les Romains s’alignèrent pour la bataille et ‘AbdAllah Ibn Zoubayr (qu’Allah soit satisfait d’eux) les attaqua aussitôt. Peu de temps après, la structure militaire romaine en désarroi s’effondra et les soldats s’enfuirent certain vers la route de Carthage et d’autres par la mer. À peine l’armée romaine avait-elle fuit le champ de bataille que Sousa ouvrit ses portes aux Musulmans et se rendit sans combat.

‘AbdAllah Ibn Zoubayr (qu’Allah soit satisfait d’eux) revint au camp principal et annonça à Mou’awiyyah Ibn Houdayj la victoire des Musulmans.

Quelques unités de l’armée romaine, en se retirant, s’arrêtèrent à Jaloula, à 40 kilomètres de Sousa et fortifièrent la ville. Lorsque Mou’awiyyah Ibn Houdayj apprit la nouvelle, il envoya ‘Abdel Malik Ibn Marwan à la tête d’un détachement de 1.000 cavaliers pour prendre la ville.

‘Abdel Malik Ibn Marwan partit aussitôt et assiégea la ville. Au cours des jours suivants, les Musulmans tentèrent plusieurs fois de prendre d’assaut le fort mais à chaque fois les Romains effectuèrent des sorties pour briser le siège. Les deux armées subirent des pertes sans succès apparent et quand ‘Abdel Malik Ibn Marwan réalisa qu’aucun gain n’avait été acquit, il décida de retourner vers le corps principal de l’armée et d’informer le Mou’awiyyah Ibn Houdayj.

A peine avait-il levé le siège et parcouru quelques kilomètres qu’un grand nuage de poussière s’éleva derrière eux. Pensant que les Romains étaient sortis à sa poursuivre, il fit faire demi-tour à la cavalerie et s’apprêta à leur faire face tout un envoyant un petit groupe d’éclaireurs pour lui apporter des informations sur leur mouvement.

Les éclaireurs ne virent aucun Romain à proximité et poursuivirent leur route jusqu’à Jaloula pour constater qu’une grande partie du mur du fort s’était effondrée causant le nuage de poussière vue par les Musulmans. ‘Abdel Malik Ibn Marwan fut immédiatement informé et revint au galop vers la ville maintenant vulnérable qu’ils assaillirent par la brèche. La résistance romaine s’effondra en peu de temps et les Musulmans prirent Jaloula comme un prix de guerre et collectèrent une énorme quantité de butin.

 

Mou’awiyyah Ibn Houdayj réunit de nouveau l’armée musulmane et prit tous les forts romains sur sa route dont Carthage, et alla aussi loin que Bizerte pour éliminer les derniers restes de résistance romaine.

Quant au reste de l’armée romaine qui s’était échappée en bateau, certains naviguèrent jusqu’en Sicile et d’autres vers Constantinople.

 

En l’an 46 de l’Hégire (666) Mou’awiyyah Ibn Houdayj envoya une expédition navale de vingt navires sous le commandement de ‘AbdAllah Ibn Qays pour attaquer la Sicile. Ce dernier débarqua en Sicile et anéantit toute résistance qu’il trouva avant de piller l’ile dans laquelle il resta un mois avant de revenir en Ifriqiyah.

 

Quelque temps après ce raid sur la Sicile et comme lors de la campagne de ‘AbdAllah Ibn Sa’d presque 20 ans auparavant, Mou’awiyyah Ibn Houdayj  revint avec son armée en Egypte. La guerre était finie. Les Musulmans étaient venus, avaient conquis et s’en étaient retournés de nouveau. Ils avaient gagné une grande victoire contre les Romains qu’ils avaient dépossédés et reconduits encore une fois de l’Ifriqiyah. Mais les Musulmans n’établirent aucun système durable pour incorporer l’Ifriqiyah dans la structure permanente de l’empire musulman.

 

En l’an 47 de l’Hégire (667), un an après son retour de campagne, Mou’awiyyah Ibn Houdayj fut nommé gouverneur d’Egypte à la place de ‘AbdAllah Ibn ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait d’eux). Il devait occuper ce poste presque quatre ans.


[1] Misr veut dire Egypte mais aussi la capitale de l’Egypte au début de l’Islam.