La Chute de Babylone

 

Les Musulmans marchent vers Alexandrie 

Héraclius envoya une large flotte à Alexandrie avec les ordres de défendre la ville à tout le prix. Sitôt arrivée, l’armée romaine entreprit les travaux de réparations de la forteresse et des remparts d’Alexandrie avant de se préparer pour la bataille.

‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) et les Musulmans restèrent à Babylone deux mois après la chute de la ville. Quand il fut informé de l’arrivée des renforts à Alexandrie, il écrivit au Calife ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) et lui demanda la permission d’avancer sur Alexandrie. Peu après, un messager arrivant de Médine lui apporta les ordres du Calife de prendre Alexandrie. ‘Amr Ibn al-‘As laissa une petite garnison pour surveiller Babylone et au mois de Rabi’ al-Awwal de l’année 21 de l’Hégire (641) donna l’ordre au reste de l’armée, environ 12.000 soldats, de marcher vers Alexandrie.

 

Les Romains d’Alexandrie ayant appris l’avance des Musulmans de Gizeh, informèrent à leur tour Héraclius qui envoya une autre armada de vaisseaux à Alexandrie avec de nouvelles troupes, des armes et de l’équipement. Le général romain de la garnison d’Alexandrie qui avait déjà envoyé une force de couverture en avant pour observer l’avance des Musulmans et le tenir informer de leur mouvement renforça cette avant-garde qui occupait plusieurs positions entre Babylone et Alexandrie.

Trois jours après avoir quitté Gizeh, l’avant-garde musulmane entra en contact avec un petit détachement romain à Tarrana (tarnout) et après un bref affrontement, les Romains furent chassés du village qu’ils occupaient et forcés de se retirer. L’avant-garde s’arrêta et attendit que le général de l’armée musulmane ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) arrive avec le corps central de l’armée.

Le jour suivant ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) après avoir établi son camp à Tarnout envoya de nouveau l’avant-garde musulmane sous le commandement de Sharik Ibn Soumayy en mission de reconnaissance. Sharik partit en avant et après avoir franchi de nombreux kilomètres le long de la rive ouest du Nil, tomba sur une nouvelle force armée romaine en travers de sa route. Les Romains attaquèrent aussitôt l’avant-garde avec une telle force qu’ils surprirent les Musulmans qui rompirent à cause du grand nombre des Romains. Sharik ordonna un retrait immédiat afin qu’il puisse réorganiser sa force et reprendre son avance et entra dans un village sur la rive du Nil ou il prit position et ce village prit dorénavant le nom de Qoum Sharik.

‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) rejoignit l’avant-garde et le jour suivant les Musulmans reprirent leur avance. Après avoir couvert environ une dizaine de kilomètres, ils quittèrent la rive du Nil et pour se diriger vers Alexandrie.

Après deux jours de marche, ils rétablirent le contact avec un large détachement de Romains qui attendait les Musulmans à Soultays mais ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) ne leur laissa pas le temps de s’organiser et les attaqua aussitôt. Il s’ensuivit un dur combat et la résistance romaine ne tarda pas à montrer signe de faiblesse avant de se retirer rapidement en direction d’Alexandrie.

 

La bataille de Kiryoun 

 

L’arrivée à Alexandrie 

Alexandrie était une puissante ville fortifiée comprenant sept forts, chacun protégés par de puissantes enceintes.

Au mois de Rabi’ Thani de l’année 21 de l’Hégire (641), l’armée des Musulmans arrivèrent devant la ville d’Alexandrie et ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) établit le camp des Musulmans bien en retrait.

Lorsque ‘Amr prépara son armée et avança, il fut aussitôt bombardé par les catapultes romaines qui se trouvaient sur les remparts. ‘Amr fit reculer l’armée pour rester hors de portée des projectiles.

La seule solution pour les Musulmans était de mettre le siège, d’escalader les murs et d’assaillir la ville mais le fréquent bombardement des catapultes romaines brisa l’élan des Musulmans et retarda leur assaut.

Durant deux mois, lorsque les bombardements cessaient, les Romains effectuaient de fréquentes sorties avec l’intention de repousser les Musulmans et de briser leur étau mais à chaque fois avec de lourde perte.

Un jour, lors d’un violent affrontement, les romains tranchèrent la tête d’un combattant musulman de la tribu de Mahrah qu’ils emportèrent avec eux. Les hommes de Mahrah furent très en colère et ne voulurent pas enterrer le corps sans la tête.

‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) vint les trouver et leur dit : « Ceux contre qui votre fureur est destinée n’ont rien à faire de votre colère. Quand l’ennemi attaquera de nouveau, tuez un de leur homme, tranchez-lui la tête et échangez la contre celle de votre frère ».

Le jour suivant un membre de la tribu de Mahrah tua un officier romain et coupa sa tête. Ils permirent aux Romains d’emporter le corps, mais refusèrent de livrer la tête jusqu’à ce qu’ils aient renvoyé celle de leur camarade. Finalement un accord fut conclu, les deux têtes échangées et le musulman fut enterré décemment.

‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) décida de lever le camp qu’il avait fait établir près de Houlwan et de l’éloigner de la proximité romaine. A peine le nouveau camp fut établit, qu’un raid de la cavalerie romaine, sortit d’une porte près du lac et déferla sur son camp. Les Musulmans n’eurent aucun problème à repousser la cavalerie ennemie qui de nouveau rompit l’engagement et s’enfuit poursuivit par les Musulmans. Cette fois ci, les Romains ne purent refermer la porte derrière eux et un groupe de Musulmans pénétra dans la ville.

Un dur engagement s’ensuivit et le petit nombre de Musulmans fut rapidement submergé par la vague de Romains et douze d’entre eux furent tués près de l’église d’or (kanissat-ad-dahhab). Le reste fut chassé et la porte refermée derrière eux.

Après ce raid, l’initiative passa aux Musulmans et en escaladant les murs, ils purent plusieurs fois pénétrer dans la forteresse ou ils luttèrent férocement dans les rues, mais la défense romaine s’avéra solide et les Musulmans durent se retirer à chaque fois.

 

De Constantinople, l’Empereur Héraclius constamment informé s’inquiéta. « Si les Arabes prennent Alexandrie », dit-il, « ce sera la fin du règne des Romains et leur anéantissement ». Il rassembla une large force avec l’équipement et les réserves nécessaires mais avant d’embarquer Héraclius mourut et les renforts pour Alexandrie furent dispersés.

Le siège d’Alexandrie ne se relâcha pas et les affrontements furent quotidiens. Un jour, les Romains sortirent en force et s’ensuivit un féroce combat durant lequel, un champion romain lanca un défi aux Musulmans que releva Maslamah Ibn Moukhallad qui était alors âgé de 19 ans et l’un des meilleurs combattants musulman. Le Romain réussit à le faire tomber de son cheval et lorsqu’il avança pour le tuer, un autre musulman se précipita pour le détourner.

Le combat général se poursuivit et les Musulmans repoussèrent les Romains. Quand ces derniers se retirèrent, les Musulmans les suivirent et peu après entrèrent dans l’une des tours d’Alexandrie. Les Romains contre-attaquèrent violemment et chassèrent les Musulmans excepté quatre d’entre eux qui restèrent piégés dans la tour puisque les Romains avaient refermé la porte extérieure. Ces quatre Musulmans descendirent dans une chambre souterraine ou le combat était impossible à cause de l’étroitesse du passage qui y menait. Les Romains savaient qu’il y avait quatre Musulmans dans la cave, mais ils ignoraient leur identité et parmi eux se trouvaient ‘Amr Ibn al-‘As et Maslamah Ibn Moukhallad.

Les Romains ne pouvant rien faire contre eux décidèrent de négocier avec les Musulmans et un interprète fut amené.

- « Vous êtes maintenant nos captifs » dirent-ils «  rendez-vous et ne vous tuez pas ».

Mais les Musulmans refusèrent.

Alors les Romains dirent : « Les vôtres ont un certain nombre des nôtres prisonniers. Nous promettons de ne pas vous tuer, mais vous utiliser pour un échange de prisonniers ».

Cet arrangement fut aussi rejeté.

Après un certain temps, les Romains dirent : « Choisissons donc une solution qui sera profitable pour vous et pour nous. Nous nous donnerons alors parole mutuellement et choisirons chacun un combattant pour un duel. Si notre homme bat le vôtre, vous vous rendrez. Et si votre homme bat le nôtre, nous vous permettrons de rejoindre vos camarades ».

‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) accepta cette proposition.

Les Romains choisirent un de leurs meilleurs champions et ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) sortit pour le combattre mais Maslamah Ibn Moukhallad refusa et lui dit : « Ne commet pas une nouvelle erreur. Tu es séparé de tes hommes alors que tu es leur commandant et ils dépendent de toi, leurs cœurs sont avec toi et ils ignorent ta situation. Ne t’offre pas pour le combat singulier. Si tu es tué ce sera une catastrophe pour les Musulmans. Reste ici et je lutterai en ton nom, si Allah le veut ».

‘Amr accepta cet arrangement et pria pour son succès et les Musulmans sortirent de la cave. Maslamah et le champion romain se firent face et le combat commença. Puis Maslamah tua son adversaire et les Romains ouvrirent alors la porte de la tour et permirent aux Musulmans de rejoindre leurs camarades. La confrontation entre les Musulmans et les romains était à son sixième mois tandis qu’un nouvel empereur Constantin II, un jeune enfant, s’assit sur le trône de Byzance.

 

La chute d’Alexandrie 

À Médine, l’Emir des croyants ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) impatient, attendait en vain des nouvelles de l’Egypte. Finalement, le Calife écrivit à ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) : « Je suis surpris par le retard dans ta conquête de l’Egypte ou tu te trouves maintenant depuis deux ans. C’est ce qui arrive quand vous changez et commencez à aimer la vie de ce monde comme vos ennemis l’aiment. Allah le Très Haut n’aide pas une nation à moins que son intention ne soit sincère.

Je t’ai envoyé quatre hommes dont chacun d’entre eux égalait mille puisque je les connaissais à moins que ce qui a changé les autres ne les ait changés aussi. Quand tu recevras ma lettre, adresse toi aux Musulmans et conseillent leur de lutter contre leur ennemi et d’être persévérants. Envoie ces quatre hommes en avant et permet aux Musulmans d’avancer ensemble afin que leur attaque soit comme celle d’un seul homme.

Fait que cette attaque ait lieu en début d’après-midi un vendredi, car c’est l’heure de l’arrivée des  bénédictions divines et de l’exaucement des prières. Permettez aux gens de se tourner vers Allah Exalté et d’implorer Son aide ».

 

‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) lut soigneusement la lettre, réfléchit à sa situation et consulta Maslamah Ibn Moukhallad qui lui dit : « Trouve un des Compagnons du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui), qui est instruit et qui a de l’expérience. Nomme-le le commandant sur les hommes et permet-lui de mener l’attaque ».

- « As qui penses-tu », demanda ‘Amr.

- « ‘Oubadah Ibn as-Samit », répondit Maslamah.

‘Amr fit venir ‘Oubadah (qu’Allah soit satisfait de lui) et le nomma commandant des troupes.

Le vendredi suivant, l’armée entière se réunie pour la prière du Vendredi (salat al-joumou’ah) et ‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) leur lut la lettre du Calife. Alors il appela les quatre champions, les aligna devant les hommes, procéda à la prière et implora Allah pour la victoire.

Sitôt la prière finie, l’armée se déploya pour l’attaque avec les quatre Compagnons au poste avancé sous le commandement de ‘Oubadah. Alors comme un seul homme, le sabre en avant, ils déferlèrent sur la forteresse près de la porte de l’église d’or et Allah le Très Haut leur accorda la victoire et la ville tomba au mois de Shawwal de l’année 21 de l’Hégire (641). 

‘Amr Ibn al-‘As (qu’Allah soit satisfait de lui) écrivit au Calife : « J’ai conquis une ville dont je me retiendrai de décrire, sauf que j’y ai trouvé 4.000 immenses maisons, 4.000 bains, 400 endroits d’amusement pour les princes et 40.000 Juifs payant la taxe qui se sont tous enfuit avant la chute de la ville ».

 

La conquête d’Alexandrie fut un des coups les plus dévastateurs contre l’empire romain qui perdit au profit des Musulmans une des plus grandes villes du monde et une large base navale. Cette victoire donna l’opportunité aux Musulmans d’étendre leur pouvoir militaire, l’accès à la mer et ouvrit les portes à la conquête de l’Afrique du Nord.

En plus des respectables Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) qui prirent part à cette conquête se trouvaient Abou Dzar al-Ghifari et Abou Ayyoub al-Ansari[1] (qu’Allah soit satisfait d’eux) dont le nom réel était Khalid Ibn Zayd chez qui resta le Prophète (Saluts et Bénédictions sur lui) lorsqu’il émigra à Médine, l’année de l’Hégire.

Alexandrie fut laissée en paix et un traité signé soumit à la Jizyah qui consistait à payer 2 dinars par personne et par an, et une taxe supplémentaire pour les propriétaires terriens, selon la quantité des produits de leur terre. En échange, ils étaient libres de vivre comme ils l’entendaient, de pratiquer la religion qu’ils voulaient et leur sécurité contre leurs ennemis garantie par l’état musulman. Cela s’appliquait à tous les citoyens romains, et ceux qui n’étaient pas d’accord pour payer la Jizyah furent autoriser à partir pour Byzance. Il y avait 200.000 Romains à Alexandrie et 30.000 riches quittèrent la ville avec leurs marchandises et leurs richesses sur plus de cent navires. Le reste resta à Alexandrie comme les sujets de l’état musulman mais restèrent loin d’être des sujets fidèles, comme nous allons le voir.

 

 Fustat, la Nouvelle capitale de l’Egypte 

 

 Le Calife et le Nil 



[1] Abou Ayyoub al-Ansari (qu’Allah soit satisfait de lui) mourut au combat lors de la première attaque musulmane sur Constantinople sous le règne de Mou’awiyyah (qu’Allah soit satisfait de lui). Il est enterré à Islamboul (Istanbul).

[2] Foustat en arabe : Ce mot a plusieurs sens dont ville, lieu de réunion mais aussi tente.