L’opposition
des Juifs de Yathrib
Les Juifs de Yathrib, des gens du Livre (la Torah) qui
pourtant appelle leurs hommes à adorer Allah Exalté
l’Unique, exprimèrent de vives oppositions à l’Islam,
après l’arrivée du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi
wa sallam) à Médine bien qu’ils signèrent avec les
Musulmans un pacte de coexistence pacifique et de
défense commune au profit des deux communautés.
Par la suite, et à la lumière des évènements sanglants
qui se produisirent, ce pacte s’avéra une tactique
adoptée par les Juifs pour gagner du temps, sinon à
imiter, dans la forme seulement, leurs anciens alliés
respectifs, les Aws et les Khazraj qui venaient juste de
prêter secrètement allégeance au Messager d’Allah
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
Par cette alliance signée avec le Prophète, les Juifs
allaient cacher momentanément leurs véritables opinions
mais leur impatience les poussa vite à les exprimer
publiquement. Ils usèrent, dans cette première étape, de
moyens subtils dans le but de semer le doute parmi la
population musulmane de Médine ; d’abord, par
l’exploitation de situations subites ensuite par
l’intermédiaire de débats d’idées entre le Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et leurs rabbins puis
enfin par la provocation de guerres tribales entre les
tribus alliées au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam). Quand ils constatèrent l’échec de leurs
différentes tentatives de dévalorisation du Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam), ils passèrent à une
étape, l’affrontement armé frontal ou indirect par
l’intermédiaire de tribus coalisées, dans le but, cette
fois, non d’isoler le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam) mais de le tuer ainsi que tous les Musulmans
avec lui.
Voici quelques exemples de leurs nuisances contre le
Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et sa
noble mission :
1. Un jour, la chamelle du Prophète (sallallahou ‘aleyhi
wa sallam) se perdit dans les environs de Médine. Par
conséquent, quelques Musulmans partirent à sa recherche
et profitant de l’occasion, Zayd Ibn al-Lasit (un Juif
qui se disait converti à l’Islam) dit en se moquant du
Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de la
Prophétie : « Muhammad prétend que les nouvelles lui
viennent du Ciel alors qu’il ne sait pas où se trouve sa
chamelle, » disant cela pour faire douter les Croyants
qui avaient reconnu Muhammad en tant que Messager
d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
Quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sut ce
qu’avait dit ce Juif, il dit à son tour : « Quelqu’un a
dit que Muhammad prétendait avoir les nouvelles du Ciel
et qu’il ne savait pas où était sa chamelle... Je lui
réponds. Par Allah Exalté, je ne sais que ce qu’Allah
Exalté m’apprend et Il m’a montré où elle est. Elle est
dans ce défilé, retenue par les fruits d’un arbre. » On
la retrouva effectivement à l’endroit indiqué par le
Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et la moquerie
du Juif eut une conséquence à celle qu’il visait.
2. Quand la Qibla changea de direction, de Jérusalem
vers La Mecque, les Juifs essayèrent d’exploiter cet
évènement par une manœuvre sournoise.
Un groupe de seigneurs juifs, Rafi’a Ibn Qays, Qardam
Ibn ‘Amr Ibn al-Ashraf, Kinana Ibn ar-Rabi’ et d’autres
vinrent chez le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)
et lui dirent : « O Muhammad. Qui t’a fait changer ta
qibla que tu respectais avant alors que tu prétends être
de la communauté d’Ibrahim ? » Puis ils enchainèrent
pour le corrompre et le pousser à désobéir à Allah
Exalté : « Reviens à ta qibla que tu respectais et nous
te suivrons et te reconnaitrons. » Mais le Messager
d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne tomba pas
dans leur piège et déjoua leur manœuvre.
Allah Exalté alors fit descendre : « Les faibles
d’esprit parmi les gens vont dire : Qui les a détournés
de la direction (Qibla) vers laquelle ils s’orientaient
auparavant ? – Dis : « C’est à Allah qu’appartiennent le
Levant et le Couchant. Il guide qui Il veut vers un
droit chemin. » Et aussi Nous avons fait de vous une
communauté de justes pour que vous soyez témoins aux
gens, comme le Messager sera témoin à vous. Et Nous
n’avions établi la direction (Qibla) vers laquelle tu te
tournais que pour savoir qui suit le Messager (Muhammad)
et qui s’en retourne sur ses talons. C’était un
changement difficile, mais pas pour ceux qu’Allah guide.
Et ce n’est pas Allah qui vous fera perdre [la
récompense de] votre foi, car Allah, certes est
Compatissant et Miséricordieux pour les hommes. Certes
nous te voyons tourner le visage en tous sens dans le
ciel. Nous te faisons donc orienter vers une direction
qui te plaît. Tourne donc ton visage vers la Mosquée
sacrée. Où que vous soyez, tournez-y vos visages.
Certes, ceux à qui le Livre a été donné savent bien que
c’est la vérité venue de leur Seigneur. Et Allah n’est
pas inattentif à ce qu'ils font. Certes si tu apportais
toutes les preuves à ceux à qui le Livre a été donné,
ils ne suivraient pas ta direction (Qibla) ! Et tu ne
suivras pas la leur ; et entre eux, les uns ne suivent
pas la direction des autres. Et si tu suivais leurs
passions après ce que tu as reçu de science, tu seras,
certes, du nombre des injustes. Ceux à qui nous avons
donné le Livre, le reconnaissent comme ils reconnaissent
leurs enfants. Or une partie d’entre eux cache la
vérité, alors qu’ils la savent ! La vérité vient de ton
Seigneur. Ne sois donc pas de ceux qui doutent. »
(Qur’an 2/142-147)
3. Une autre fois, ils tentèrent de le faire attester
que les Juifs étaient sur la bonne voie. Ils lui
posèrent donc la question suivante : « Muhammad. Ne
prétends-tu pas que tu es de la communauté d’Ibrahim,
que tu appliques aussi sa religion, et que, de plus, tu
crois en ce que nous avons de la Torah, et, qu’enfin tu
attestes qu’elle vient d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam) ? »
- « Oui, » répondit le Prophète, « mais vous l’avez
falsifié, vous avez renié ce que vous avez promis à
Allah Exalté. De plus, vous avez caché ce qu’Allah
Exalté vous a ordonné de dire aux gens. La Torah se lave
donc de vos falsifications. »
- « Nous suivons ce que nous avons entre nos mains, »
lui dirent-ils, « nous sommes sur la bonne voie. Nous ne
te reconnaissons pas et nous ne suivrons pas. »
Allah Exalté fit donc descendre ce verset : « Dis : Ô
gens du Livre, vous ne tenez sur rien, tant que vous ne
vous conformez pas à la Thora et à l’Evangile et à ce
qui vous a été descendu de la part de votre Seigneur. Et
certes, ce qui t’a été descendu de la part de ton
Seigneur va accroître beaucoup d’entre eux en rébellion
et en mécréance. Ne te tourmente donc pas pour les gens
mécréants. » (Qur’an 5/68)
4. Les Juifs firent dire au Prophète (sallallahou
‘aleyhi wa sallam) ce qu’il n’avait pas dit et
inventèrent des mensonges.
Alors d’un débat organisé par le Prophète (sallallahou
‘aleyhi wa sallam) auquel assistèrent des rabbins de
Médine et des Chrétiens de Najran, un rabbin juif lui
dit après qu’il appela ses interlocuteurs à l’Islam :
« Veux-tu de nous, ô Muhammad, que nous t’adorons comme
font les Chrétiens avec Jésus, fils de Marie ? »
Sur cette question surprenante, un des Chrétiens
interrogea le Prophète sur le bien-fondé de sa mission
et le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)
démenti clairement cette ridicule prétention.
5. Dans leur entêtement à piéger le Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ou à le montrer aux yeux
des Musulmans comme un incapable ou un ignorant, les
Juifs osèrent lui demander la date de la fin du monde.
Jabal Ibn Abou Qashour et Shamwil Ibn Zayd lui posèrent
la question : « Ils t'interrogent sur l’Heure : « Quand
arrivera-t-elle ? » Di s: « Seul mon Seigneur en a
connaissance. Lui seul la manifestera en son temps.
Lourde elle sera dans les cieux et (sur) la terre et
elle ne viendra à vous que soudainement. Ils
t’interrogent comme si tu en étais averti. » Dis :
« Seul Allah en a connaissance. Mais beaucoup de gens ne
savant pas ». » (Qur’an 7/187)
6. Dans une réunion à Dar al-Midras (un lieu de réunion
juif), le Prophète appela les rabbins à embrasser
l’Islam.
- « O Muhammad, tu suis quelle religion, »
l’interrogèrent-ils alors ?
- « La religion d’Ibrahim, » répond-il.
- « Mais Ibrahim était Juif, » reprirent-ils.
- « Alors apportez la Torah, elle sera l’arbitre entre
nous, » leur dit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam) mais ils refusèrent bien évidemment de montrer
la Torah.
Allah Exalté fit descendre alors le verset : « N’as-tu
pas vu comment agissent ceux qui ont reçu une part du
Livre, et qui sont maintenant invités au Livre d’Allah
pour trancher leurs différends ; comment un groupe des
leurs tourne le dos et s’esquive ? » (Qur’an 3/23)
7. Les Juifs projetèrent de marchander avec le Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) toujours à propos des
préceptes de l’Islam mais, ils furent encore démasqués
par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
Quatre de leurs rabbins, Ka’b Ibn Assad, Ibn Salouba,
‘AbdAllah Ibn Souraya et Shas Ibn Qays, contactèrent le
Prophète et discutèrent avec lui sans qu’ils eussent
gain de cause.
- « O Muhammad, tu nous connais que nous sommes les
rabbins des Juifs, leurs nobles, et leurs seigneurs. Si
nous te reconnaissons, les nôtres suivront. Seulement,
il y a quelque différend entre nous et une partie de
notre communauté. Si nous te nommons juge pour trancher
ce différend et que tu nous donneras gain de cause, nous
croirons en ce que tu dis, et nous te reconnaitrons
comme le messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam). » Mais, le Messager (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam) refusa leur vile marchandage.
Allah Exalté fit descendre, à l’occasion de cette
tentative, le verset : « Juge alors parmi eux d’après ce
qu’Allah a fait descendre. Ne suis pas leurs passions,
et prends garde qu’ils ne tentent de t’éloigner d’une
partie de ce qu’Allah t’a révélé. Et puis, s’ils
refusent (le jugement révélé) sache qu’Allah veut les
affliger [ici-bas] pour une partie de leurs péchés.
Beaucoup de gens, certes, sont des pervers. » (Qur’an
5/49)
8. Les Juifs furent tellement irrités par les réponses
du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qu’ils
devinrent à leur tour irritants. Une fois, ils
provoquèrent le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)
de telle sorte qu’il s’énerva et polémiqua avec eux. A
l’occasion de ce débat, des rabbins lui dirent : « O
Muhammad, Allah Exalté a créé l’existence. Mais qui a
créé Allah ? « Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam) s’emporta et ne fut calmé que par Jibril,
d’après Ibn Ishaq. Puis descendit la Sourate Le
monothéisme pur (al-Ikhlas) : « Dis : « Il est Allah,
Unique. Allah, Le Seul à être imploré pour ce que nous
désirons. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré
non plus. Et nul n’est égal à Lui. » (Qur’an 112)
Voilà donc quelques faits historiques parmi tant
d’autres méfaits des Juifs pour contrarier le Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et l’isoler des
Musulmans récemment convertis cependant qui n’eurent
aucun résultat.
Les échecs répétés de leurs manœuvres dans le domaine
religieux leur démontrèrent qu’il leur était inutile de
continuer dans cette voie et qu’il leur serait plus
profitable d’activer un autre plan ; l’incitation aux
troubles et aux inimités entre les Aws et les Khazraj
(voir la bataille de Badr), l’affrontement armé ainsi
que la tentative d’assassinat du Prophète (sallallahou
‘aleyhi wa sallam).
Le cours des évènements durant les cinq années du
conflit multiforme entre les Musulmans et les Juifs
fournit des preuves accablantes quant aux véritables
intentions de ces derniers ; attendre les occasions
propices pour écraser les Musulmans avec les Banou
Qaynouqa’ après le semi-échec d’Ouhoud, les Banou
an-Nadr avec la tentative d‘assassinat du Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et les Banou Qouraydah
lors du siège des Coalisés. Tous ces Juifs intentèrent
violemment à la sécurité de la jeune communauté
musulmane, malgré le pacte qui garantissait aux deux
communautés la liberté du culte, la sauvegarde des biens
et la défense commune le Médine.
Malgré toutes ces tentatives, les Musulmans ne
ressentirent aucune animosité envers leurs voisins juifs
bien qu’ils eurent la possibilité de les éliminer après
chaque conflit armé qui les avaient opposés. Les sièges
imposés aux Banou Qaynouqa’ et aux Banou an-Nadr ne
durèrent pas plus d’un mois. Quant à a punition des
Banou Qouraydah, elle eut lieu juste après la levée du
siège des Coalisés et fut la conséquence directe de leur
trahison du pacte d’alliance et leur ralliement avec les
Coalisés.
Le pacte d’alliance
Le pacte d’alliance entre les Juifs et les Musulmans
recommandait clairement aux deux parties de participer à
la défense commune de Médine en cas d’attaque
extérieure, comme il stipulait le respect mutuel et la
coexistence pacifique.
Par conséquent, les Banou Qouraydah auraient dû
participer à la défense de Médine au côté des Musulmans
quand les troupes ennemies de Qouraysh et Ghatafan
vinrent assiéger la ville et qu’ils fussent partie
intégrante de l’armée musulmane. Mais, ils firent le
contraire de ce qu’ils signèrent et se découvrirent
comme étant les plus irréductibles ennemis de l‘Islam à
un moment crucial où un grave danger menaçait le
Prophète et tous les Musulmans ; ils déchirèrent le
pacte d’alliance et se joignirent aux Coalisés, coupant
ainsi tous les liens avec les Musulmans, et ce, malgré
la tentative de réconciliation de leurs alliés Aws. Ils
s’affichèrent alors comme la cinquième colonne de la
coalition.
Le siège que les Musulmans imposèrent donc aux Banou
Qouraydah et la reddition de ces derniers fut le
prolongement du bras-de-fer du Fossé après que Coalisés
se retirèrent du champ de bataille.
La sentence divine
Après ces évènements, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi
wa sallam) préféra laisser son armée se reposer quelques
temps puisque les Musulmans furent durement éprouvés par
le siège des Coalisés et souffrirent de la faim, du
froid et des nuits interminables sans sommeil cependant,
l’ordre exprès qui descendit du Ciel lui demanda de
marcher immédiatement avec ses hommes sur les Banou
Qouraydah.
Sur cet évènement, al-Bayhaqi rapporta le témoignage de
‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha), la Mère des Croyants, qui
dit : « Alors que nous étions (elle et le Prophète) chez
nous, un homme lanca le Salut ce qui fit sortir le
Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Je vis
alors un homme sur un cheval et le Prophète
(radhiyallahou ‘anha) qui lui parlait. Quand le Messager
d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) revint, je lui
demandai qui était-il. Il me répondit que c’était Jibril
(‘aleyhi salam) qui lui ordonnait de marcher sur les
Banou Qouraydah. »
Ibn Ishaq rapporta : « Quand le jour se leva, le
Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) quitta
le Fossé et regagna Médine. Les Musulmans avaient déjà
rangé leurs armes.
A midi, Jibril vint chez le Messager d’Allah
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et lui dit : « O
Messager d’Allah, viens-tu de déposer les armes ? »
- « Oui, » répondit le Prophète.
- « Les anges n’ont pas encore déposé les armes, » dit
Jibril, « je ne suis revenu que sur l’ordre d’Allah qui
t’ordonne de marcher sur les Banou Qouraydah. »
Devant cet ordre pressant venant d’Allah, à Lui les
Louanges et la Gloire, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi
wa sallam) n’eut d’autre choix que de l’appliquer et il
demanda à Bilal Ibn Rabah d’appeler les gens : « Celui
qui entend et qui obéit ne doit faire la prière de ‘Asr
que devant les Banou Qouraydah. » Les Musulmans
répondirent tous à l’appel, prirent leurs armes et se
dirigèrent, groupes par groupes, vers les Banou
Qouraydah.
Quant au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), il
saisit ses armes puis monta sur son cheval nommé
al-Lajif et avant de gagner le front, désigna Ibn Oum
Maktoum comme émir de Médine puis donna l’étendard de
l’armée à ‘Ali Ibn Abou Talib, le même étendard sous
lequel combattirent les Musulmans au Fossé, et lui donna
l’ordre de précéder le gros des troupes ce que fit
aussitôt ‘Ali avec un détachement de combattants et
devant les murs des Banou Qouraydah, il planta
l’étendard et attendit l’arrivée du Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et des autres
combattants.
Cette réaction des Musulmans ne fut pas une surprise
pour les Banou Qouraydah dont les habitations se
situaient au sud-est de Médine, à quelques miles et qui
s’attendaient à un règlement de compte après leur
déclaration de guerre et leur trahison en faveur des
Coalisés.
Retranchés derrière leurs murs, les Banou Qouraydah
insultèrent alors le gendre du Prophète (sallallahou
‘aleyhi wa sallam) puis continuèrent à proférer les
pires insultes et les plus extrêmes insanités sur le
Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses femmes
(radhiyallahou ‘anhoun) mais n’eurent pour simple
réponse des Musulmans que la réplique de ‘Ali Ibn Abou
Talib (radhiyallahou ‘anhou) : « Le sabre nous
départagera ! »
Quand ‘Ali Ibn Abou Talib aperçut au loin le Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui arrivait sur son
cheval, il partit rapidement à sa rencontre afin de
l’empêcher d’approcher et d’entendre ainsi les injures
des Juifs désormais assiégés. Il lui dit :
- « O Messager d’Allah, ne te donne pas la peine de te
rapprocher de ces grossiers. »
- « Tu les as entendus m’insulter, n’est-ce pas »
demanda gentiment le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam) ?
- « Oui, Messager d’Allah, » répondit ‘Ali.
- « Lorsqu’ils me verront, ils cesseront, « lui dit le
Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). »
Et il continua d’avancer avec son état-major. Quand il
se rapprocha à une distance d’où les assiégés pouvaient
l’entendre, il leur lança : « Allah Exalté ne vous
a-t-Il pas avili ? N’a-t-Il pas descendu Sa vengeance
sur vous ? »
Aussitôt, la chape de plomb du désastre tomba sur les
Banou Qouraydah qui saisirent alors le sens de la
gravité de l’erreur qu’ils perpétrèrent au profit des
Coalisés ; encerclés et seuls devant les Musulmans, ils
ne surent quoi faire dans une telle situation. Ils
devinrent tellement désemparés qu’ils entamèrent un
semblant de plaidoyer avec le Prophète (sallallahou
‘aleyhi wa sallam), nièrent avoir proféré des insultes
et des insanités et essayèrent de le prendre par les
sentiments. Peut-être avaient encore en tête la
tentative réussie de ‘AbdAllah Ibn Oubay l’hypocrite.
Ils s’attardèrent ainsi longuement sur les flatteries et
les propos apaisants pour camoufler le rappel cuisant de
la délégation des Musulmans venus leur demander de
respecter leurs engagements militaires, comme le
stipulait le pacte d’alliance mais qu’ils rejetèrent.
Les Banou Qouraydah, se rappelèrent-ils en ce moment
décisif, les conseils et les avertissements des quatre
sages de Qouraydah qui leur demandèrent auparavant de ne
pas écouter Houyay Ibn ‘Akhtab et de ne pas trahir la
parole donnée et le dernier conseil de ‘Amrou Ibn Sou’da
qui les exhorta à embrasser l’Islam ?
‘Amrou Ibn Sou’da, un de leur sage seigneur essaya, dès
le départ des Coalisés, de sauver les siens d’une
débâcle certaine. Dans une réunion à laquelle il appela
tous les seigneurs et notables qouraydi, il leur dit
après leur avoir reproché la violation du pacte et leur
avoir rappelé son conseil de ne pas trahir le Prophète :
« O Banou Qouraydah, j’ai assisté à des leçons ; j’ai vu
les maisons de nos frères (les Banou an-Nadr) désertes
après la grandeur, l’honneur, ils abandonnèrent tous
leurs biens, qui sont maintenant la propriété des autres
et partirent dans le déshonneur. »
Puis, il leur confirma (en tant que savant de la Torah)
que quiconque devenait l’ennemi du Messager d’Allah
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) était perdant : « Non !
Par la Torah. Celui-là (le Prophète) n’est imposé sur
des gens que parce qu’Allah Exalté veut d’eux une chose.
Il a déjà défait les Banou Qaynouqa’ bien qu’ils étaient
des guerriers bien équipés et des hommes de courage.
Aucun d’eux ne sortit sa tête excepté au moment de
l’abdication. » Puis, il les appela à embrasser l’Islam
afin de leur sauver la vie : « O gens. Vous avez vu ce
que vous avez vu. Ecoutez-moi donc et obéissez. Venez et
suivons Muhammad. Par Allah Exalté, vous savez bien que
c’est un Prophète dont nos savants nous ont annoncé la
nouvelle. »
Il se tourna ensuite vers Ka’b Ibn ‘Assad et lui dit :
« Par la Torah qu’Allah fit descendre sur Moussa, c’est
pour la grandeur et l’honneur dans ce bas monde (la
conversion à l’Islam) ! »
Et, pendant que ‘Amrou Ibn Sou’da parlait à l’assemblée,
les premiers groupes des combattants musulmans
arrivèrent sous les murs des Banou Qouraydah. Alors, il
abrégea son discours en disant : « C’est ce dont je vous
ai parlé. Je vous ai averti. »
Dans une dernière tentative, il leur avança une
proposition afin de les sauver. Il leur dit : « Vous
vous êtes déclarés contre Muhammad et je n’ai pas
participé à votre trahison. Si vous refusez d’embrasser
sa religion, restez sur la religion juive et donnez-lui
la Jizyah. Mais, par Allah, je ne sais s’il va
l’accepter. »
Les Banou Qouraydah, bien entendu, n’écoutèrent pas
‘Amrou Ibn Sou’da et rejetèrent même toutes ses
propositions. Chaque issue de secours, raisonnable du
point de vue de ‘Amrou Ibn Sou’da, fut jugé irréaliste
par les autres seigneurs juifs et chacun d’entre eux,
alla au-devant de son destin.
‘Amrou Ibn Sou’da, qui se rendit compte, après sa
démarche, de l’entêtement des chefs, se remit en
définitive à l’évidence et exprima son désaccord et sa
désapprobation en se séparant de sa tribu.
Dans la Sirah d’Ibn Hisham, Ibn Ishaq rapporta à propos
du départ de ‘Amrou Ibn Sou’da : « ‘Amrou Ibn Sou’da
al-Qouraydi sortit et passa devant une patrouille
musulmane commandée cette nuit-là par Muhammad Ibn
Maslamah. Quand ce dernier le vit, il l’interpella :
« Qui va là ? »
- « Je suis ‘Amrou Ibn Sou’da. »
‘Amrou Ibn Sou’da qui refusa de participer avec les
Banou Qouraydah dans leur trahison du Messager d’Allah
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur avait dit : « Je ne
trahirai jamais Muhammad. »
Muhammad Ibn Maslamah le laissa passer et ce Juif sage
passé la nuit dans la mosquée du Messager d’Allah
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à Médine puis quitta le
pays.
Quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut
informé de son histoire, il dit : « Cet homme a été
sauvé par Allah Exalté, grâce à sa loyauté[1]. »
Le siège des
Banou Qouraydah
Quant aux Banou Qouraydah, prêts pour le siège, ils
firent face aux Musulmans retranchés derrière leurs murs
fortifiés mais cette fois, les rôles inversés par ceux
qui, il y avait encore quelques heures à peine, étaient
assiégés et menacés d’extermination par des milliers de
coalisés.
Durant les vingt premières nuits du siège, les Banou
Qouraydah résistèrent résolument sous la pression
soutenue des Musulmans néanmoins, leur ardeur diminua
graduellement sous les effets de la fatigue et de
l’angoisse.
Avec le siège qui leur parut indéfini, ils se
convainquirent à l’idée que les Musulmans ne se
retireraient qu’après leur abdication bien qu’ils eurent
toutes les capacités matérielles qui leur permettraient
de résister longtemps (fortification, vivres, eau,
armes) cependant, tous ces moyens matériels ne purent
enrayer la peur, l’angoisse et la panique qui se
glissèrent dans leur cœur et anéantirent leurs
volontés ; des éléments qui furent décisifs dans un très
grand nombre de bataille tout au long de l’Histoire.
S’attaquer aux femmes et aux enfants désarmés est le
comble de la lâcheté, trahir son allié au moment décisif
est une trahison impardonnable sous toutes les lois
militaires mais ils n’eurent aucun scrupule à le faire.
Allaient-ils tenter au moins une sortie honorable les
armes à la main pour affronter en hommes les Musulmans,
eux qui se targuaient d’être de puissants combattants ?
Dans cette situation pénible à supporter, les Banou
Qouraydah se retrouvèrent contraints de chercher une
solution qui les sortirait de cette impasse et qui
sauvegarderait peut-être leurs vies. Ka’b Ibn ‘Assad
proposa aux seigneurs et notables une réunion chez lui
afin d’évaluer leur situation militaire et d’échanger
les points de vue sur de possibles issues devant la
grave crise que subissaient tous les Banou Qouraydah.
La réunion eut donc lieu en présence de tous les
seigneurs et notables ainsi que de Houyay Ibn Akhtab, le
célèbre seigneur Nadri qui organisa la campagne des
Coalisés.
Ka’b Ibn ‘Assad se rappela-t-il de la chronologie des
évènements qui aboutirent à leur siège quand il vit près
de lui Houyay Ibn Akhtab, l’instigateur de cette
machination ? Eut-il en ces moments difficiles la force
d’oublier l’instant quand ce dernier vint frapper à sa
ports et son refus de lui ouvrir parce qu’il savait ce
qui se préparait contre le Messager d’Allah (sallallahou
‘aleyhi wa sallam) et l’Islam ? Oublia-t-il son
revirement puis son consentement de la violation du
pacte lors de la réunion dans laquelle Houyay Ibn Akhtab
réussit à les persuader de soutenir les Coalisés ?
Pourquoi ne livra-t-il pas au Musulmans l’auteur de ce
complot ?
Dans cette réunion, il leur dit : « O Juifs, vous voyez
ce qui est tombé sur vous comme malheur. Je n’ai pas
aimé la violation du pacte. » Puis, il se tourna vers
Houyay Ibn Akhtab, et en le montrant du doigt, enchaina
: « Les difficultés et le malheur ne sont venus que de
cet homme. »
Houyay Ibn Akhtab, était chez les Banou Qouraydah parce
qu’il leur avait promis, après la violation du pacte, de
rester avec eux afin de subir le même sort, si jamais
l’invasion échouait contre les Musulmans.
Puis Ka’b Ibn ‘Assad continua son intervention et leur
proposa d’adopter l’une des trois propositions suivantes
pour sauver la situation :
1. Embrasser l’Islam
2. Mener une attaque suicide contre les Musulmans après
avoir tué toutes les femmes et les enfants.
3. Surprendre les Musulmans par une offensive un samedi,
(le samedi est un jour férié où les Juifs n’exercent
aucune activité).
Mais les Juifs refusèrent toutes ces propositions.
Ka’b Ibn Assad leur dit : « O Banou Qouraydah, vous
rappelez-vous ce qu’Ibn Kharash (un de leurs anciens
rabbins) vous a dit à propos du Prophète qui sortirait
de ce village ? Il vous dit de le suivre et de le
défendre et qu’ainsi vous seriez croyants aux deux
Livres, le premier et le dernier. » Puis, il les appela
à embrasser l’Islam en leur disant : « Par Allah, il
s’est révélé devant vous qu’il est un Prophète envoyé et
vous le trouverez dans votre Livre. En vérité, ce qui
nous empêche seulement de le suivre est qu’il est
d’origine arabe. Suivez-le, et vous sauverez vos vies,
vos biens et vos femmes. »
- « Non, nous ne nous séparerons jamais de la loi de la
Torah et nous ne la remplacerons pas par quoi que ce
soit d’autre, » lui répondirent-ils.
Alors, il avança la seconde proposition : « Alors tuons
nos enfants et nos femmes puis sortons avec nos armes
combattre Muhammad et ses Compagnons jusqu’à ce que
Allah Exalté décide entre nous et Muhammad. Si nous
périssons, nous n’aurons rien laissé derrière nous a
craindre et si nous sortirons victorieux, nous
trouverons d’autres femmes et nous aurons d’autres
enfants.
- « Tuerons-nous ces pauvres ! Quel gout aura notre vie
après leur mort, » dirent-ils avec stupeur, signifiant
par là qu’ils refusaient aussi cette deuxième
proposition.
- « Si vous refusez aussi celle-ci, leur dit Ka’b, alors
profitons de cette nuit, car c’est la nuit du Samedi.
Nous avons une chance de prendre Muhammad et ses
Compagnons par surprise.
- « Tu veux rendre notre Samedi funeste pour nous ! Tu
veux que nous y introduisons une nouveauté qui n’a été
introduite par personne avant nous sauf par ceux que tu
connais ?, » signifiant ainsi qu’ils rejetaient de même
la dernière proposition de leur seigneur[2].
A l’extérieur du fortin, les Musulmans maintinrent le
siège surement et patiemment sans fléchir un seul moment
bien qu’ils venaient de sortir d’une pénible épreuve.
La surveillance était constante et la pression montait
chaque jour au point que les Banou Qouraydah furent pris
de panique et trouvèrent le siège insupportable. A ce
moment précis, ils décidèrent d’entamer des contacts
avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dans le
but de trouver une solution profitable pour eux, leur
dernière carte.
Quand le siège devint donc insupportable, les seigneurs
juifs essayèrent, plusieurs fois d’arracher du Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) une garantie suffisante
pour qu’ils puissent quitter Yathrib.
La première tentative fut celle de Nabbash Ibn Qays qui
vient trouver le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam) dans son poste de commandement aménagé pour la
circonstance près d’un puits nommé Anni, et qui lui dit
que les Banou Qouraydah étaient prêts à quitter la
région avec leurs femmes, leurs enfants et ce que
pouvaient transporter les chameaux (sauf les armes)
laissant aux Musulmans en contrepartie tous leurs biens
restants de la même façon que les Banou an-Nadr qui
s’exilèrent après la bataille d’Ouhoud.
Mais, cette fois, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa
sallam) refusa catégoriquement la proposition et lui dit
qu’il n’accepterait rien d’autre excepté la
capitulation pure et simple et sans condition de tous
les Qouraydi.
Toutefois, et malgré l’exigence clairement exprimée, ils
envoyèrent une seconde fois Nabbash Ibn Qays avec une
nouvelle proposition, une pale modification de leur
véritable idée qui consistait à troquer leur liberté
contre leurs richesses, alors qu’en vérité le combat
réel était la conséquence directe de leur tentative
d’exterminer les Musulmans.
Nabbash Ibn Qays dit au Messager d’Allah (sallallahou
‘aleyhi wa sallam) que les siens ne demandaient
désormais que de quitter Yathrib et de laisser derrière
eux tous leurs biens aux Musulmans. Cette fois aussi, la
réponse ne se fit pas attendre et le Prophète
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) rejeta catégoriquement
la proposition et réitéra de nouveau son exigence : la
capitulation sans condition.
Quand cette réponse parvint aux Qouraydi ils paniquèrent
quand leurs appréhensions se dessinèrent clairement sous
leurs yeux et sentirent leurs chances se rétrécir et la
sortie de secours s’éloigner. Dans cette situation, les
seigneurs et les notables des Banou Qouraydah ne surent
pas quoi faire.
Peut-être envisagèrent-ils la question de leur survie
sous tous les aspects et d’une possible aide externe
mais qui pourrait les assister en cette heure
difficile ? Qouraysh, Ghatafan ? Impossible car ils
savaient que le siège qui les accablait était le
résultat de la colère et du sentiment de vengeance pour
les avoir assisté contre les Musulmans. Des Banou
an-Nadr à Khaybar ? Non plus car ils savaient que ces
derniers étaient affaiblis et terrifiés surtout après la
manière dont ils quittèrent Médine.
Donc l’idée de demander de l’aide et le secours à ces
tribus n’effleura même pas leur esprit et seules deux
alternatives étaient envisageables après les échecs
successifs de leurs tentatives :
a - Engager une bataille décisive où la parole serait
donnée aux armes.
b - Ou se rendre sans condition comme l’exigea le
Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
Les Banou Qouraydah ne concrétisèrent pas la première
alternative car ils n’eurent le courage suffisant qui
leur auraient permis de passer à l’action comme ils
refusèrent de passer à l’action quand Ka’b Ibn ‘Assad
leur eut demandé. S’attaquer à des femmes, des enfants
et des vieillards désarmés était relativement aisés mais
s’attaquer aux Musulmans en furie après leur trahison
était une autre paire de manche et en définitive, ils
n’eurent d’autre choix que de déposer les armes et s’en
remettre à la décision du Prophète (sallallahou ‘aleyhi
wa sallam) mais, avant de déclarer officiellement leur
abdication, les Banou Qouraydah essayèrent une dernière
fois de marchander et demandèrent au Messager d’Allah
(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de leur envoyer Abou
Loubabah parler avec eux. Ce que leur accorda le
Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). En effet, Abou
Loubabah était leur allié et avait ses biens et son fils
dans leur région. En le choisissant, ils espérèrent que
ce dernier plaiderait leur cause.
[1]
Sirah Ibn Hisham,
t.II, p.237.
[2]
Sirah Ibn Hisham,
t.II, p.237