La mort de Moughirah Ibn Shou’bah et la nomination de Samourah Ibn Joundoub pour Basra

 

 

 

La conquête de Tunis et la construction de la ville de Kairouan

 

Durant cette même année, Mou’awiyah Ibn Houdayj, le gouverneur d’Egypte et d’Ifriqiyah[1], fut désisté par Mou’awiyah Ibn Abi Soufyan et remplacé par ‘Ouqbah Ibn Nafi’ al-Fihri pour l’Ifriqiyah et Maslamah pour l’Egypte et ensuite pour Ifriqiyah. ‘Ouqbah conquit Tunis (ifriqiyah) et la ville de Kairouan (qayrawan). Muhammad Ibn ‘Omar a rapporté que l’emplacement de la ville était mauvais à cause du grand nombre de serpents, de fauves, et d’autres animaux du même genre. Quand Allah Exalté Tout Puissant et Grand les appela, aucun animal ne resta et les bêtes de proies emportèrent leurs petits. ‘Ouqbah Ibn Nafi a dit : « Lorsque nous nous sommes installé, les animaux s’enfuirent de leurs repaires en nous blâmant ».

Zayd Ibn Abi Habib, un homme de l’armée égyptienne dit : « Nous arrivâmes avec ‘Ouqbah Ibn Nafi’ qui fut la première personne à faire un plan de la ville. Il l’a divisa en quartiers, construisit des maisons pour les gens et la mosquée. Nous restâmes avec lui jusqu’à ce qu’il fut désisté. Il était le meilleur des gouverneurs et le meilleur commandant ».

Puis, Mou’awiyah désista Mou’awiyah Ibn Houdayj d’Egypte et ‘Ouqbah Ibn Nafi’ d’Ifriqiyah et nomma à leur place, Maslamah Ibn Moukhallad pour toute l’Afrique du Nord et l’Egypte à l’ouest. Il fut le premier gouverneur pour qui l’ouest entier, l’Egypte, Barqah, Tripoli (tarablous) et Tunis fut combiné. Maslamah Ibn Moukhallad nomma son domestique al-Mouhajir pour Tunis et démit ‘Ouqbah Ibn Nafi’ de ses fonctions. Maslamah resta gouverneur d’Egypte et de l’ouest jusqu’à la mort de Mou’awiyah Ibn Abi Soufyan.

 

Certains ont dit que cette même année, al-Hakam Ibn ‘Amr al-Ghifari décéda à Merv après son retour d’une razzia contre les gens de la montagne d’al-Ashall.

 

 

Le raid d’al-Hakam Ibn ‘Amr contre al-Ashall

 

 

 

Les Musulmans s’installent au Khorasan

 

 

 

La mort de Houjr Ibn ‘Adiyy Ibn Jaballah al-Kindi

 

 

 

La mort de plusieurs Compagnons du Prophète en l’an 51

 

En l’an 51 de l’Hégire (670), mourut un grand nombre de Compagnons. Nous ne pouvons pas tous les nommer ici mais nous allons en citer seulement quelqu’un.

- Sa’id Ibn Zayd Ibn ‘Amr Ibn Noufayl (qu’Allah soit satisfait de lui), un des grands Compagnons et l’un des dix compagnons à qui fut annoncé le Paradis de leur vivant par le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). Il mourut à Médine.

- ‘AbdAllah Ibn Ounays al-Jouhani (qu’Allah soit satisfait de lui). Il participa à tous les évènements excepté Badr. Il fut témoin à al-‘Aqabah.

- Abou Bakra, le respectable Compagnon (qu’Allah soit satisfait de lui).

- Jarir Ibn ‘AbdAllah al-Bajali (qu’Allah soit satisfait de lui) qui devint musulman au mois de Ramadan de l’année 10 de l’Hégire (631).

 

Boukhari a rapporté dans son Sahih que Jarir a dit : « Chaque fois que le Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) m’a vu, il m’a vu le sourire au lèvre. Je me suis plain auprès de lui de ma difficulté à tenir sur un cheval. Alors il frappa ma poitrine du plat de la main et dit «  O Grand Seigneur rends le ferme et un guide qui guide » ».

Ahmad a aussi rapporté de lui dans son Mousnad que le Prophète  (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) lui dit : « N’allez-vous pas me débarrasser de Dzoul Khalassah[4] ! »

Jarir dit : « Nous sortîmes au nombre de cinquante cavaliers et nous l’avons détruit ou brûlé jusqu’à la laisser comme un chameau galeux. Puis, j’envoyais un messager en informer le Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) qui lui dit : « O Prophète d’Allah ! Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, je ne suis pas venu avant de l’avoir détruit et laissé comme un chameau galeux ! Alors le Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) dit cinq fois de suite : « Puisse Allah bénir les chevaux d’Ahmas[5] et leurs hommes. » Alors je lui dis : « O Messager d’Allah, je suis un homme qui a du mal à se tenir sur un cheval ». Alors il (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) mit sa main sur ma figure si bien que je senti la fraicheur de sa main et il dit : « O Grand Seigneur ! Fais un de lui un guide qui guide ».

Jarir Ibn ‘Abdallah al-Bajali participa aux conquêtes d’Iraq et combattit lors de la bataille d’al-Qadissiyah (qu’Allah soit satisfait de lui).

 

 

En l’an 52 de l’Hégire (672), Soufyan Ibn ‘Awf al-Azdi attaqua le territoire byzantin. Al-Waqidi a aussi affirmé qu’il trouva la mort et qu’il désigna ‘AbdAllah Ibn Mas’adah al-Fazari comme son successeur avant de mourir.

 

D’autres ont dit que cette année aussi, Bousr Ibn Abi Artat accompagné de Soufyan Ibn ‘Awf al-Azdi razzièrent le territoire byzantin. Tandis que d’autres ont dit que ce fut Muhammad Ibn ‘AbdAllah ath-Thaqafi qui commanda l’attaque.

 

 

La conquête de Rhodes et la mort de Ziyad Ibn Abi Soufyan

 

‘Oubaydillah Ibn Ziyad nommé gouverneur du Khorasan

 

‘Oubaydillah partit de Syrie pour le Khorasan à la fin de l’année 53 de l’Hégire (673) alors qu’il était âgé de vingt-cinq ans. Il envoya devant lui Aslam Ibn Zour‘ah al-Kilabi au Khorasan. ‘Oubaydillah parti accompagné par al-Ja’d Ibn Qays an-Namari qui récita des vers dans une élégie pour Ziyad. ‘Oubaydillah pleura ce jour jusqu’à ce que son turban tombe de sa tête.

Du Khorasan, il traversa sur un chameau l’Oxus et marcha vers les montagnes de Boukhara, Il fut donc le premier atteindre les gens de Boukhara en traversant la montagne avec une armée. Il conquit les villes de Ramithan et Baykand[7] qui dépendent de Boukhara et qu’il atteignit à partir d’elles. ‘Oubaydillah Ibn Ziyad affronta les Turcs à Boukhara alors que Qabj Khatoun, l’épouse du roi était avec son mari. Quand Allah Exalté les vainquit, les Turcs lui conseillèrent vivement de remettre ses pantoufles. Elle mit l’un d’eux tandis que l’autre fut laissé en arrière que les Musulmans acquirent et qui valait deux-cents-mille dirhams.

 

Quelqu’un a rapporté : Je n’ai jamais vu personne de plus courageux que ‘Oubaydillah Ibn Ziyad. Une armée de Turcs nous attaqua au Khorasan, et je l’ai vu combattre. Il les chargea, pénétra leurs rangs et disparu de vue puis, il éleva sa bannière ruisselante de sang.

‘Oubaydillah Ibn Ziyad rapporta à Basra deux-mille personnes de Boukhara. Ils étaient tous d’excellents archers. L’armée des Turcs à Boukhara était une des nombreuses armées du Khorasan qui étaient au nombre de cinq. Al-Ahnaf Ibn Qays rencontra l’une d’entre elle entre Qouhistan et Abrashahr[8], et les trois à Marghab. La cinquième armée de Qarin fut détruite par ‘AbdAllah Ibn Khazim. ‘Oubaydillah Ibn Ziyad resta deux années au Khorasan.

Puis à la fin de l’année 55 de l’Hégire (674), Mou’awiyah le nomma gouverneur de Basra à la place de ‘Abdallah Ibn ‘Amr Ibn Ghaylan.

 

 

En l’an 55 de l’Hégire (674), Soufyan Ibn ‘Awf al-Azdi razzia le territoire byzantin. D’autres ont dit que c’était ‘Amr Ibn Mouhriz, et d’autres ont dit ‘AbdAllah Ibn Qays al-Fazari et d’autres Malik Ibn ‘AbdAllah.

 

 

Les raisons qui poussèrent Mou’awiyah à l’engagement de Yazid Ibn Mou’awiyah à prendre en charge le mandat

 

En l’an 56 de l’Hégire (675), Mou’awiyah demanda aux gens de porter allégeance à son fils Yazid après lui et le nomma responsable des affaires des Musulmans. Tous les gens lui portèrent allégeance excepté cinq personnes :

- Al-Houssayn Ibn ‘Ali Ibn Abi Talib,

- ‘AbdAllah Ibn ‘Omar,

- ‘AbdAllah Ibn Zoubayr,

-’AbdAllah Ibn ‘Abbas Ibn ‘Abdel Moutalib et

- ‘AbderRahmane Ibn Abou Bakr as-Siddiq (qu’Allah soit satisfait d’eux).

 

L’on peut se demander pourquoi Mou’awiyah nomma Yazid calife des Musulmans ? Cette question est de prime importance. Mou’awiyah dut réfléchit prudemment à la question et il en tira plusieurs conclusions.

- La grande Fitnah était toujours présente dans l’esprit des Musulmans et il était impératif pour eux de s’unifier auprès de leur émir et de ne pas se diviser une nouvelle fois.

Mais n’y avait-il pas pour Mou’awiyah Ibn Abi Soufyan des gens meilleurs que son fils Yazid pour la nomination ?

Certes, il ne fait aucun doute qu’il y avait des milliers de Compagnons et des dizaines de milliers de compagnon des Compagnons meilleurs que Yazid dont il ne prit même pas la peine de consulter.

Et il ne fait aussi aucun doute que du côté politique et juridique, que Mou’awiyah vit derrière son fils Yazid l’assurance de l’armée de Syrie et c’est un point très important que d’avoir une armée dévouée car les soldats de Syrie étaient les piliers de l’état omeyyade et ce depuis ses premiers jours. Ces soldats avaient la particularité d’écouter et d’obéir à Mou’awiyah au doigt et à l’œil mais aussi de ne jamais lui avoir désobéi !

Quant à Yazid, il avait l’expérience militaire. Il fut le premier commandant à avoir attaqué Constantinople, la capitale de César (qayssar) à la tête d’une armée comportant des compagnons que nous avons déjà mentionné.

Il fut aussi nommé émir du Hajj des Musulmans durant les années 51, 52 et 53 de l’Hégire.

Ainsi Mou’awiyah le nomma émir des Musulmans du fait qu’il avait de l’expérience dans les affaires des Musulmans et une stabilité politique ferme derrière lui. S’il avait abandonné les Musulmans sans émir cela aurait pu conduire à des évènements bien plus graves.

Avec la porte de la Fitnah ouverte avec l’assassinat du troisième Calife Martyr ‘Uthman Ibn ‘Affan (qu’Allah soit satisfait de lui), Mou’awiyah voulut prendre des précautions pour protéger les Musulmans et éviter que la porte ne s’ouvre de nouveau.



[1] Tunis.

[2] Qur’an Sourate 21, verset 30.

[3] Les villes à l’époque étaient entourée de fortifications et accessibles que par un nombre réduits de portes que l’on fermait à la tombée de la nuit.

[4] Une idole adorée du temps préislamique aussi appelé la ka’bah yéménite. 

[5] Ahmas est une branche de la tribu de Bajilah d’où est originaire Jarir.

[6] Ile située au sud-est de la mer Égée, à 17,7 km de la Turquie actuelle, entre la Grèce et l’île de Chypre.

[7] Ramithan / Ramitin et Baykand / Paykand étaient des villes à douze kilomètres de l’oasis de Boukhara. Ramithan est la vieille ville de Boukhara, tandis que Baykand était un grand centre commercial à trente kilomètres de Boukhara.

[8] Abrashahr (aparshahr) est le nom iranien de la ville de Nishapour (nayssabour).