De l’expédition des Tatars contre Khwarizm Shah, sa fuite et sa mort

 

Une description de Khwarizm Shah et quelque brefs éléments sur sa vie

 

Il était ‘Ala' ad-Din Muhammad Ibn ‘Ala' ad-Din Takash et son règne dura 21 ans et quelques mois. Son royaume était vaste et son prestige élevé. Il aimait l’obéissance universelle. Depuis les Seljouks, nul ne gouverna un royaume comme le sien qui s’étendait de la frontière de l’Irak et aussi loin que le Turkestan. Il gouverna le territoire de Ghazna, une partie de l’Inde, le Sijistan, Kirman, le Tabaristan, le Jourjan, les Hautes Terres (régions montagneuses), le Khorasan et une partie de Fars. Il fit également de grandes choses contre le Qarakhitay et prit leurs terres.

Il était un homme instruit qui connaissait le droit, les principes fondamentaux de la religion et d’autres sujets. Il était respectueux envers les ‘Oulama, profondément affectueux et généreux avec eux, se joignait souvent à leurs sessions et à leurs joutes verbales. Il pouvait supporter la fatigue et les marches forcées à cheval et n’était ni adonné au luxe et aux plaisirs. Son seul souci était son royaume, son administration et sa maintenance ainsi que la protection de ses sujets. Il révérait les hommes de religion, les favorisa et rechercha la bénédiction en s’associant avec eux.

Un des serviteurs de la chambre-tombeau du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) revenu du Khorasan, m’a raconté ce qui suit. Il dit : « Je suis arrivé au Khwarezm, trouvé un logement et suis allé ensuite aux bains puis, j’ai cherché la cour du sultan ‘Ala' ad-Din à laquelle je me suis rendu. Arrivé sur place, je fus accueilli par un homme, qui me demanda : « Quel est ton affaire ? » Je lui répondis : « Je suis l’un des serviteurs de la chambre du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). » Il m’ordonna de prendre un siège et me laissa pendant un certain temps. Puis il revint et m’escorta dans la résidence du sultan. L’un des chambellans du sultan me reçut et dit : « J’ai informé le sultan de ta présence et il t’a fait mandé. » J’entrais alors. Il était assis au centre contre la paroi arrière d’une grande salle voûtée. Quand je suis arrivé au milieu de la cour, il se leva et se dirigea vers moi, alors j’ai accéléré ma progression et le rencontra dans le centre de la salle voûtée. Je voulus lui embrasser la main mais il m’arrêta, m’embrassa, s’assit et m’invita sur un siège près de lui. Il me dit : « Sers-tu donc la chambre du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) ? » Sur quoi je répondis : « « Oui. » Il prit ma main et la passa sur son visage, avant de me questionner sur la situation, la vie, la description de Médine et sa grandeur. Il tint une longue conversation avec moi et quand je me levais pour partir, il dit : « N’était-ce le fait que je prévois une campagne en ce moment, je n’aurais pas pris congé de toi. J’ai l’intention de traverser l’Oxus pour rencontrer les Qarakhitay. C’est maintenant un voyage béni puisque nous avons vu celui qui sert la chambre du Prophète (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui). » Il me dit alors adieu, m’envoya une grande somme pour mes dépenses et alla son chemin.

Et ce qui lui est arrivé avec les Qarakhitay à déjà été rapporté et si nous devions énumérer toutes ses vertus, ce serait une  longue tâche (qu’Allah lui fasse miséricorde).

 

Comment les Tatars « du côté de l’ouest » débordèrent Mazandaran

 

 

Compte de l’arrivée des Tatars à Rayy et Hamadan

 

 

De l’arrivée de la Tatars en Azerbaïdjan

 

Du rassemblement des Géorgiens pour la bataille

 

 



Chapitre Sept

 

L’exhortation du pape

 

En l’an 619 de l’Hégire (1222), après sa défaire en Egypte et l’échec de la cinquième croisade, le roi Jean de Brienne se rendit en Italie au siège de la papauté et rencontra le pape Honorius III (3) puis partit pour la France, l’Angleterre et l’Espagne pour demander de l’aide à leurs rois catholiques et l’urgence d’une nouvelle guerre sainte, convaincu que les Musulmans étaient dans une période de faiblesse et qu’il avait failli gagner la guerre.

Le pape quant à lui ne perdit pas de temps et envoya des messagers aux rois d’Europe pour leur montrer la nécessité de l’envoi d’une sixième croisade et particulièrement à l’empereur d’Allemagne Frederik II à qui il promit de le marier avec Yolande, la fille de Jean de Brienne, le roi de Bayt al-Madqis en Palestine pour l’inciter à partir. Cependant, l’empereur allemand était plus intelligent que le pape et au regard des échecs des croisades précédentes, dont il avait fait l’expérience, il refusa d’envoyer ses armées et de participer à la croisade mais donna son accord pour le mariage qui eut lieu en Sicile.

 

Le pape Honorius III mourut au mois de Rabi’ Thani de l’année 625 de l’Hégire (1227) et fut succédé par Grégoire IX (9) au trône de la papauté. Avant la mort d’Honorius III, l’émir Fakhr ad-Din Youssouf Ibn Sheikh, l’envoyé du sultan d’Egypte al-Kamil Muhammad arriva en Sicile pour assister au mariage de Frederik alors qu’il était allié à son frère Ashraf Moussa contre leur autre frère al-Malik al-Mou’addam ‘Issa, le gouverneur de Damas qui était lui-même allié à Jalal ad-Din Ibn Khawarizm Shah connut aussi sous le nom de Jalal ad-Din Minkobarti qui fuyait les Mongols après que ces derniers aient ruiné le Khwarezm. C’est pourquoi le sultan al-Malik al-Kamil Muhammad Ibn Abi Bakr al-‘Adil Ibn Ayyoub Ibn Shadi demanda à l’empereur Frederik II d’Allemagne de l’aider à combattre ses ennemis (ses frères) en échange de toutes les terres libérées par Salah ad-Din al-Ayyoubi lors des guerres de  son grand Jihad y comprit Bayt al-Maqdis, le troisième Haram de l’Islam.

Nous voyons comment donc cet homme s’humilia et se rabaissa pour conserver son trône en offrant gratuitement aux ennemis d’Allah ce que les respectables Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux) du Messager d’Allah (Saluts et Bénédictions d’Allah sur lui) conquirent avec leur vies et combien les mécréants aiment ce genre de mauviette.

L’empereur allemand lui envoya donc ses navires en Egypte avec des cadeaux pour le protéger et il fit de même en échange et lors de son retour en Allemagne, l’envoyé de l’empereur décida de s’arrêter en Sicile après avoir envoyé un messager à al-Malik al-Mou’addam ‘Issa à Damas à qui il demanda de remettre Bayt al-Maqdis à l’empereur.          

Al-Malik al-Mou’addam ‘Issa lui répondit alors : « Va dire à ton empereur de s’adresser à Kamil car pour ma part vous n’aurez que le sabre. » Cette réponse était sans aucun doute excellente de la part du sultan kurde !

 

Le début de la sixième croisade

 

 

La remise de Jérusalem aux croisés par al-Malik al-Kamil

 

 

La fuite de Jalal ad-Din Minkobarti Ibn Khawarizm Shah

 

De la conquête de Maraghah par les Tatars

 

 

Comment les Tatars prirent Hamadan et massacrèrent les habitants

 

Lorsque la force musulmane se dispersa, les Tatars retournèrent à Hamadan et campèrent à proximité. Il y avait dans la ville un préfet qui gouvernait et à qui ils envoyèrent un messager pour lui demander de l’argent et des vêtements car ils avaient épuisés leurs ressources depuis longtemps. Le chef de Hamadan était un Sharif Alid, un membre d’une famille qui tenait la position de chef de cette ville depuis longtemps. Il gérait les affaires des citoyens concernant les Tatars et leur envoya l’argent qu’il avait recueilli (puisque les Tatars étaient déjà venus dans la ville comme nous l’avons rapporté précédemment). Quand ces derniers demandèrent de nouveau de l’argent, les habitants de Hamadan ne trouvèrent rien à leur apporter. Les gens vinrent trouver le gouverneur de la ville au côté de qui se trouvait un juriste qui avait entrepris d’une manière louable d’unir les gens contre les mécréants. Les gens leur dirent donc : « Ces mécréants ont consommé nos ressources. Nous n’avons plus rien à leur donner. Nous avons été ruinés quand ils prirent nos biens et par le traitement honteux de leur député à notre égard. »

Les Tatars avaient nommé un préfet dans Hamadan pour gouverner la population de la manière qu’il voulait. Le Sharif déclara : « Si nous sommes impuissants contre eux, que devrions-nous faire ? Nous pouvons seulement les acheter avec de l’argent. » Ils dirent alors : « Tu es plus dur envers nous que les mécréants » et ils l’injurièrent. « Je suis l’un de vous, » reprit-il, « faite ce que vous voulez. » Le juriste suggéra alors d’expulser le préfet des Tatars, de se fortifier dans la ville et de lutter. Là-dessus, les habitants attaquèrent et tuèrent le préfet puis se préparèrent à résister dans la ville. Les Tatars arrivèrent et mirent la ville en état de siège.

Les provisions étaient difficiles à trouver dans toutes ces régions en raison de la ruine qui s’était abattue sur elles, des massacres des habitants et de la fuite des survivants. Seule une petite quantité pouvait être trouvée individuellement tandis que d’un autre côté, les Tatars n’étaient pas incommodées par le manque de denrées alimentaires car ils ne mangeaient que la chair de leurs montures et ces dernières ne mangeaient que des plantes et creusaient le sol avec leurs sabots pour déterrer les racines des plantes dont elles se nourrissent.

 

Quand ils assiégèrent Hamadan, les habitants luttèrent âprement contre eux avec à leur tête le gouverneur et le juriste. Un grand nombre des Tatars furent tués. Le juriste reçut plusieurs blessures avant que les deux côtés ne se séparent. Le lendemain, les gens firent une sortie et se battirent plus farouchement que lors de la première rencontre. En outre, plus de Tatars furent tués que le premier jour et le juriste fut de nouveau blessé plusieurs fois mais il resta résolu. Le troisième jour, ils voulurent sortir de nouveau pour se battre, mais le juriste fut incapable de monter à cheval. Les gens cherchèrent le Sharif Alid mais ils ne purent le trouver car lui et sa famille avait fui par un tunnel qu’il avait creusé et qui menait à l’extérieur de la ville vers un fort sur une colline dans lequel il se réfugia. Quand les gens constatèrent sa disparition, ils se sentirent abandonné et ne surent pas quoi faire sauf qu’ils étaient convaincus qu’il devait se battre jusqu’à la mort. Ils restèrent dans la ville et ne firent pas de sortie.

Les Tatars avaient décidé de lever le siège en raison de leurs lourdes pertes mais quand ils virent que personne ne sortit de la ville pour les engager, leur avidité l’emporta et ils déduisirent que la population s’était affaiblie. Ils poursuivirent leurs attaques durant le mois de Rajab de l’année 618 de l’Hégire (1221) et entrèrent dans la ville par la force des armes ou ils combattirent les gens dans les différents quartiers. Les lourdes armes étaient inutiles à cause de la foule dense et ils se battirent à coups de couteau. Un très grand nombre fut tué des deux côtés que seul Allah Tout Puissant connait. Les Tatars écrasèrent les Musulmans et les anéantirent. Les seuls survivants furent ceux qui se réfugièrent pour se cacher dans une cave  qu’ils avaient fait tandis que le massacre des Musulmans se poursuivit pendant plusieurs jours. Ensuite, les Tatars mirent le feu à la ville qui s’embrasa et ils partirent vers la ville d’Ardabil.

 

La raison de la prise de Hamadan fut que lorsque les habitants se plaignirent auprès du gouverneur Sharif de leur traitement par les mécréants, il leur conseilla d’écrire au calife pour lui demander de leur envoyer des troupes avec un émir qui les unirait. Ils acceptèrent cela et écrivirent au calife et lui firent part de leur peur, de leur humiliation, de la honte et de l’ignominie que l’ennemi leur faisait subir et lui demandèrent de l’aide, environ mille cavaliers dirigé par un émir avec lesquels ils pouvaient se battre et derrière lesquels ils pourraient se rallier. Quand les messagers partirent avec les lettres, quelqu’un qui savait ce qui se passait, informa les Tatars. Ils les interceptèrent, les saisirent et leur prirent les lettres. Ils envoyèrent ensuite un messager au gouverneur pour lui reprocher la situation mais il nia tout cela alors, ils lui envoyèrent ses lettres et celles des autres et cela les découragea totalement. Puis, les Tatars arrivèrent et les engagèrent dans la bataille qui aboutit à ce que nous avons déjà décrit.

 

De la marche des Tatars vers l’Azerbaïdjan et leur conquête d’Ardabil et ailleurs

 

Lorsque les Tatars finirent avec Hamadan, ils procédèrent vers l’Azerbaïdjan et arrivèrent à Ardabil qu’ils conquirent avec un très grand massacre, ruinant la plupart de la ville. De là, ils allèrent à Tabriz où l’affaire fut prise en main par Shams ad-Din at-Toughra’i qui rassembla sa population après que la ville fut abandonnée par son souverain Ouzbak Ibn Bahlawan, un émir incapable qui était noyé dans la consommation, nuit et jour, de boisson enivrante  et qui n’apparaissait en public qu’une fois ou deux par mois et qui à chaque fois qu’il entendait une nouvelle alarmante, prenait la fuite paniqué. Il possédait tout l’Azerbaïdjan et Arran, alors qu’il était le moins capable de toutes les créatures d’Allah pour défendre les terres dont il avait la charge.

Quand il apprit que les Tatars avaient quitté Hamadan, il abandonna Tabriz pour Nakhitchevan et envoya sa famille et ses femmes à Khoy pour les éloignées des Tatars. At-Toughra’i prit en charge des affaires de la ville, créa un esprit d’unité, encouragea les gens à résister et les mit en garde contre le résultat du défaitisme et de lenteur à agir. Il fortifia la ville à la mesure de sa capacité et de sa puissance. Lorsque les Tatars s’approchèrent, ils furent informé de la volonté unies des habitants de lutter contre eux, qu’ils avaient fortifié la ville, réparé les murs et les douves. Ils envoyèrent donc un messager pour demander de l’argent et des vêtements. Un arrangement fut conclu entre eux sur un montant fixe qui leur fut envoyé et lorsqu’ils l’eurent reçu, ils partirent pour Saraf qu’ils ravagèrent après avoir tué toutes les créatures vivantes dans la ville.

De là, ils se rendirent à Baylaqan, une région des terres d’Arran en saccageant toutes les villes et tous les villages qu’ils traversèrent. Ils causèrent la dévastation et tuèrent tous les habitants sur qui ils mirent la main. Quand ils atteignirent Baylaqan, ils assiégèrent la ville. Les habitants leur demandèrent d’envoyer un émissaire avec qui ils pourraient régler les conditions de paix  mais quand ils envoyèrent un de leurs chefs comme émissaire, ils le tuèrent de sorte que les Tatars assaillirent la ville qu’ils prirent par la force des armes durant le mois de Ramadan de l’année 618 de l’Hégire (1221). Ils passèrent tous les habitants par l’épée et n’épargnèrent ni jeune, ni vieux et ni femelle. Ils éventrèrent le ventre des femmes enceintes et tuèrent même les fœtus. Ils violèrent également les femmes avant de les tuer. L’un d’eux serait entré dans un quartier contenant un certain nombre de gens et les aurait tué un par un jusqu’au dernier d’entre eux sans qu’un seul n’aurait osé lever le plus petit doigt contre lui.

Quand ils eurent fini avec la ville, ils saccagèrent et ravagèrent complètement tout le voisinage. Puis ils se rendirent à Ganja, la ville principale d’Arran dont il avait été informé de la large population, de leur bravoure résultant de leurs guerres fréquentes contre les Géorgiens et de la puissance de sa position. Ils ne firent donc aucun mouvement contre elle mais envoyèrent un messager à ses habitants pour demander de l’argent et des vêtements. Lorsque ce qu’ils demandèrent leur fut apporté, ils s’en allèrent.

 

De l’invasion des terres géorgiennes par les Tatars

 

Après avoir terminé avec les pays musulmans d’Azerbaïdjan et d’Arran, en partie conquis et en partie soumis à des conditions, ils marchèrent sur le territoire géorgien qui était également dans ces régions. Les Géorgiens s’étaient préparé en conséquence et avaient envoyé une large force à la frontière de leur pays pour empêcher les Tatars d’y pénétrer. Les Tatars vinrent contre eux et dans l’affrontement qui s’ensuivit, les Géorgiens ne tinrent pas fermes mais tournèrent le dos et s’enfuirent. Ils devinrent alors la proie des épées et seuls les quelques fugitifs survécurent.

J’ai entendu dire qu’environ 30 000 d’entre eux furent tués. Les Tatars ravagèrent et dévastèrent toutes les terres dans lesquelles ils entrèrent comme cela était leur coutume. Lorsque les fugitifs arrivèrent à Tiflis où se trouvait leur chef, ils levèrent d’autres corps de soldats qu’ils envoyèrent aussi contre les Tatars pour les empêcher de pénétrer dans le centre de leur territoire. Cependant, ils virent que ces derniers étaient déjà entrés dans le pays, ralentis par aucun obstacle que ce soit les montagnes, les passes et les cols étroits et voyant de surcroit ce qui était arrivé, ils se retirèrent en arrière à Tiflis et vidèrent le pays de troupes. Les Tatars firent ce qu’ils voulurent, pillèrent, massacrèrent et détruisirent. Néanmoins, quand ils virent que le pays avait beaucoup de routes et de cols étroits, ils ne prirent pas le risque de pénétrer plus profondément et se retirèrent.

Une grande frayeur d’eux saisit alors les Géorgiens, de sorte que j’entendis ce qui suit d’un des nobles géorgiens qui était venu en tant qu’émissaire : « Si quelqu’un vous dit que les Tatars ont été vaincus et fait prisonnier ne le croyez pas mais, s’il vous dit qu’ils ont été tués, croyez-le car c’est un peuple qui ne s’enfuit jamais. Nous avons déjà pris l’un d’entre eux prisonnier mais il refusa de se laisser prendre et se jeta de sa monture et se frappa la tête avec une pierre jusqu’à ce qu’il meure. »



[1] Voici ce qu’a rapporté le philosophe Nietzsche sur Frederik II dans son livre Der Antichrist (1888) (traduit en français chez Gallimard sous le titre l’Antéchrist) : « Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds (et je préfère ne pas penser par quels pieds!) – Pourquoi? Parce qu’elle devait le jour à des instincts aristocratiques, à des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, avec en plus, les exquis raffinements de la vie maure!… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière [...] Voyons donc les choses comme elles sont! Les croisades? Une piraterie de grande envergure, et rien de plus! La noblesse allemande, au fond une noblesse de Vikings, y était dans son élément: l’Eglise ne savait que trop bien comment on tient la noblesse allemande… [...] La noblesse allemande est à peu près absente de l’histoire de la culture supérieure: on en devine la cause… Le christianisme, l’alcool – les deux grands moyens de corruption… En soi, on ne devrait même pas avoir à choisir entre l’islam et le christianisme, pas plus qu’entre un Arabe et un Juif. La réponse est donnée d’avance: ici, nul ne peut choisir librement. Soit on est un tchandala, soit on ne l’est pas. « Guerre à outrance avec Rome! Paix et amitié avec l’Islam. » C’est ce qu’a senti, c’est ce qu’a fait ce grand esprit fort, le seul génie parmi les empereurs allemands, Frédéric II [Hohenstauffen]. »