De l’arrivée des forces égyptiennes par terre et mer

 

Au milieu du mois de Shawwal de cette même année, les forces égyptiennes commandées par al-‘Adil Sayf ad-Din Abou Bakr Ibn Ayyoub arrivèrent et leur arrivée releva énormément le moral des hommes dont la défense fut renforcée. Ils apportèrent avec eux une grande quantité d’équipement de siège, de plastrons, de boucliers, d’arcs et de flèches et aussi un grand nombre de fantassins.

Salah ad-Din de son côté rassembla beaucoup d’hommes des terres syriennes décidé à attaquer l’ennemi tant à cheval qu’à pied.

Ensuite la flotte égyptienne arriva, commandée par l’émir Lou'lou' qui était énergique, brave, audacieux, un navigateur compétent bien informé de la guerre navale et bénit d’une bonne fortune. Il arriva à l’improviste et tomba sur un grand navire de transport des croisés qu’il pilla, prenant de grandes sommes d’argent et des réserves abondantes qu’il apporta dans Acre. L’arrivée de la flotte calma les esprits des habitants et renforca leurs cœurs.

 

 

 

De la bataille des croisés avec l’avant-garde et du retour Salah ad-Din au blocus des croisés

 

 

 

 

De l’incendie des tours de siège et de la bataille de la flotte

 

 

 

 

 

 

De l’arrivée de l’empereur allemand en Syrie et de sa mort

 

 

Récit d’une bataille entre les Musulmans et croisés d’Acre

 

 

Comment les croisés sortirent de leurs tranchées

 

 

 

 

 

 

Bab

Vous vous rendrez bien compte que les civils musulmans aidèrent non seulement leurs ennemis à combattre les Musulmans mais aussi à rester sur leurs terres comme par exemple, en leur fournissant activement toutes sortes de denrées et de renseignements capitaux sur les affaires des Musulmans, leur montrant les routes, leur servant de guide et en travaillant pour eux

Que dis donc la jurisprudence islamique sur le sujet : Sont-ils donc considérés comme des traitres et passibles de la peine de mort ? Voici dont un extrait de La responsabilité criminelle dans la doctrine et la jurisprudence musulmanes d’Ahmad Fathi Bahnassi du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Caire et traduit par le Dr. Mohammad A. Ambar.

 

Crimes contre la sécurité de l’état à l’extérieur du territoire

 

« Le juriste musulman ne négligera point les dispositions relatives à la protection de l’Etat. Parmi les conseils d’Abou Youssouf à Haroun ar-Rashid, on relève ce qui suit : « J’ai interrogé le Prince des Croyants sur les espions qui se trouvaient parmi les Dhimmis (non-musulmans), les hommes d’armes et les Musulmans. Il répondit : « Si ce sont des Dhimmis, Juifs ou Chrétiens, décapite-les, si ce sont des Musulmans, jette-les en prison aussi longtemps qu’il leur faudra pour qu’ils se repentent[1]. »

 

Abou Youssef rapporte qu’al-Asha’at a dit sous l’autorité d’al-Hassan : «  II n’est pas licite qu’un Musulman fournisse des armes aux ennemis des Musulmans, qui les rendront plus forts. »

 

L’intention générale et l’intention spéciale de l’espion

 

Ibn al-‘Arabi a dit[2] :

« Quiconque informe les ennemis des Musulmans de leurs points faibles ou leur communique des nouvelles ne sera pas considéré comme impie, si le but visé est (informel ?). Ce jugement est exact, conformément à l’action de Hatib Ibn Abou Balta’ah lorsqu’il entendait par cela prêter secours sans proclamer son apostasie[3].

 

Si nous soutenons qu’il n’est pas un apostat, les avis seront partagés sera-t-il passible d’une peine mentionnée dans le Qur’an ?

 

Selon Malik Ibn al-Qassim et Asbah, l’Imam doit recourir à l’Ijtihad. ‘Abdel-Malik dit que si telle est son habitude, il doit être mis à mort, car c’est un espion. Au sujet de cette mise à mort, elle est méritée car l’intention était de nuire aux Musulmans. Si l’on dit, comme ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui), qu’il doit être exécuté sans discernement, à cela le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) a déjà répondu qu’il était présent à Badr. Cela implique que cette défense ne peut provenir que de lui seul. Et le fait d’exécuter autrui est une sentence canonique, ainsi que le comprit ‘Omar Ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) car le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) ne lui répondit que par le prétexte invoqué au sujet de Hatib. Nous avons précédemment souligné que ‘Omar (qu’Allah soit satisfait de lui) demanda son exécution parce qu’il le jugeait hypocrite. Peut-être le fut-il, peut-être aussi a-t-il visé un but personnel, tout en conservant sa foi. La preuve en est que l’anecdote rapporte cette parole du Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) : « O Hatib, as-tu écrit ce message ? » « Oui », répondit-il, reconnaissant ainsi sa faute et ne mentant point. Tel le cas de l’homme qui approuve a priori le divorce et dit « Je vise telle ou telle chose dans un but lointain. » Alors cet homme est digne de foi. Si l’on cite des preuves contre lui alors qu’il allègue des raisons lointaines, elles ne sont pas retenues.

 

On rapporte que Ibn al-Jaroud, le chef de la tribu de Ra bi’ah fit arrêter Darbass car on l’avait informé qu’il renseignait les ennemis des points faibles des Musulmans, alors, que ces derniers étaient sur le point de les attaquer, il le crucifia. Darbass cria par trois fois : « O Omar ! » ‘Omar vint à lui et lui cria par trois fois « Me voilà, Darbass, » et brandissant une lance il lui trancha le cou. On lui dit « Ne te hâte point. Il a envoyé des messages à l’ennemi et se préparait à les rejoindre. » Il répondit : « Je l’ai tué parce qu’il se préparait à cela. » Qui d’entre nous ne se prépare à agir sans que ‘Omar juge qu’il convient de le mettre à mort ; mais il mit en application l’avis d’Ibn al-Jaroud à ce sujet, quand il aborda le cas de Hatib. Peut-être Ibn al-Jaroud a pris en considération la récidive. Seulement Hatib fut saisi alors qu’il se préparait à agir, c’est-à-dire avant l’accomplissement de ce dessein.

 

Si cet espion est un impie, al-Awada’i juge que c’est un parjure. Asbagh avance que l’espion en matières militaires doit être exécuté. Quant à l’espion musulman ou le Dhimmi, ils doivent être punis et ne seront mis à mort que s’ils complotent contre les Musulmans. Ibn Abou Talib rapporte sous l’autorité du Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) qu’un jour, il fit comparaître devant lui un espion du nom de Farrat Ibn Habbane. II ordonna de le mettre à mort. L’homme cria : « O compagnons du Prophète : Serais-je mis à mort alors que j’atteste qu’il n’y de Dieu qu’Allah et que Muhammad est Son Prophète ? » Le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) ordonna aussitôt de le remettre en liberté. Puis il dit : « Il en est parmi vous ceux que nous respectons pour leur foi, et parmi ceux-ci, Farrat Ibn Habbane[4]. »

 

Le Musulman et le Dhimmi sont mis à mort s’ils ont eu pour but de nuire aux Musulmans. Mais si l’intention a été seulement criminelle, entendant par là qu’ils ne visaient point leur faire du tort, il leur sera infligé une peine, mais celle de la mort sera exclue[5].

 

Quant à l’espion étranger, il sera mis à mort pour avoir espionné et pour avoir violé son serment, son intention fût-elle générale ou spéciale. On rapporte que Malik dit que parmi les peines prévues par le Qur’an certains peuvent être condamnés à la peine capitale. Des disciples d’Ahmad approuvent comme lui la peine de mort infligée à l’espion musulman, s’il a été au service de l’ennemi. Malik et certains disciples hanbalites jugent qu’il peut être exécuté. Abou Hanifah, ash-Shafi’i et d’autres hanbalites comme le Qadi Abou Ya’la s’y opposent[6].

 

Il nous est possible de trancher cette divergence en rappelant ce que nous avons rapporté au sujet de la distinction entre l’intention criminelle spéciale et l’intention générale. Le critère qui permet cette distinction est la mise à mort de l’espion. Si cette intention est spéciale, il doit être exécuté. Mais si elle est générale, il subira une peine, celle de mort étant exclue[7]. S’il s’agit d’un étranger, il ne sera pas exécuté, quelle qu’ait été son intention.

 

Les crimes portant atteinte à la sécurité de l’Etat à l’intérieur du territoire

 

Les principaux crimes portant atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat sont : les tentatives de renverser par la force le système de gouvernement; le sabotage des édifices publics; la corruption etc. Les crimes les plus importants, à savoir : la sédition et l’apostasie. »

(Fin de citation et de chapitre)

 

 



[1] Abou Youssouf : Al-Kharaj, p. 190. Cela comporte aussi la fuite des capitaux vers l’étranger. Voir al-Fatawi al-Qamiliya p. 251. « Ceux qui, d’entre les ennemis, rejoignent les troupes de Musulmans et luttent à leurs côtés tout en aidant leurs ennemis ou leur communiquant des renseignements ou des documents, ceux-là suivront le sort des apostats. S’ils sont démasqués, ils devront être exécutés. »

[2] Ibn al-‘Arabi: Ahkam al-Qur’an p. 249.

[3] La Sourate al-Moumtahanah (l’Eprouvée) fut révélée en cette circonstance. Elle fut révélée à la suite de ce qui advint de la part de Hatib Ibn Abou Balta’ah un des soldats de l’Islam, lorsqu’une pauvre femme du nom de Sarab vint solliciter une pension, lorsqu’elle voulut retourner à la Mecque, Hatib lui donna dix dinars prix d’un message qu’elle devait remettre aux impies de Qouraysh. On y lisait ce qui suit : « De Hatib aux gens de la Mecque. Le Messager d’Allah (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) désire vous attaquer. Soyez sur vos gardes. » L’Ange Gabriel (‘aleyhi salam) informa le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) de ce fait. Il dépêcha alors ‘Ali, ‘Omar et une troupe de Musulmans (qu’Allah soit satisfait d’eux) pour se saisir de ce message avant qu’il ne parvienne à destination. Lorsqu’ils eurent rejoint la femme, et qu’ils se furent emparés du message, le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) demanda à Hatib ce qui l’avait poussé à faire cela. Hatib répondit : « O Prophète, je n’ai point abjuré Qouraysh depuis ma conversion. Mais j’étais un étranger à Qouraysh et j’ai des parents qui y vivent, j’ai  donc craint les représailles que l’on pourrait exercer sur eux. D’autres ont des parents puissants qui protègent les leurs. J’ai voulu apporter à Qouraysh une aide afin de protéger les miens. » Le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) le crut et accepta son repentir car il était de ceux qui étaient présent à Badr. » Sheikh ‘Abdel-Jalil ‘Issa : Tayssir at-Tafsir p. 734.

[4] Ibn Al-‘Arabi 249/II. L’espion est cité sous le nom de ‘Ayn » ou œil, car c’est cet organe qui lui permet de remplir cette mission criminelle.

[5] Dans al-Mouhadhab 242/11, on relève ce qui suit « Si un Musulman espionne dans l’intérêt des impies, il ne sera pas mis à mort, conformément à ce que cite ‘Ali : « Le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) nous dépêcha, moi ad-Doubayr et al-Qaddad et nous dit: « Allez jusqu’à la Vallée de Khakh. Vous y trouverez une femme porteuse d’un message. Emparez-vous-en. » Nous nous rendîmes à la Vallée et trouvâmes cette personne et lui réclamâmes le message. Elle nous le remit et nous le portâmes au Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) qui sut ainsi que Hatib Ibn Abou Balta’ah s’adressait à des gens de la Mecque, les informant de certains détails concernant le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui). Il lui dit donc : « O Hatib, qu’est cela ? » Celui-ci répondit : « Ne hâte pas ma fin. J’étais leur allié. J’ai voulu avoir chez eux un certain crédit pour protéger les miens. Je n’ai point apostasié. » « Il dit la vérité, » déclara le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) mais Omar intervint : « O Apôtre d’Allah, permets-moi de trancher la tête à cet hypocrite. » Le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) répondit : « Il a participé à la bataille de Badr ». Soufyan Ibn Ayyinah, récita alors ces versets : « Ô vous qui avez cru ! Ne prenez pas pour alliés Mon ennemi et le vôtre, leur offrant l’amitié, alors qu’ils ont nié ce qui vous est parvenu de la vérité. Ils expulsent le Messager et vous-mêmes parce que vous croyez en Allah, votre Seigneur. Si vous êtes sortis pour lutter dans Mon chemin et pour rechercher Mon agrément, leur témoignerez-vous secrètement de l’amitié, alors que Je connais parfaitement ce que vous cachez et ce que vous divulguez ? Et quiconque d’entre vous le fait s’égare de la droiture du sentier. » (Qur’an 60/1)

[6] Ash-Shoukani : Nayl al-Awtar 7/VIII et 211/VII. Salma Ibn Abi­‘Akwa’ rapporte ce qui suit : « On amena devant le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) un espion (‘ayn) alors qu’il était en voyage. Ce dernier, peu après s’esquiva. Le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) ordonna alors de le poursuivre et de le tuer. (Cité par Ahmad, al-Boukhari et Abou Daoud). En ce qui concerne Farrat Ibn Habbane, le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) ordonna de le mettre à mort. C’était un Dhimmi qui espionnait pour Abou Soufyan. Il était allié à un des partisans du Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui). Passant près d’un groupe, il dit : « Je suis Musulman. » Le Prophète (Salut et Bénédictions d’Allah sur lui) déclara alors que parmi ses suivants, un homme respecté pour sa foi était Farrat Ibn Habbane (cité par Ahmad, Abou Daoud, sous la rubrique de l’espion Dhimmi. L’anecdote relative à Farrat démontre que l’on peut tuer l’espion Dhimmi. Les Hadawiyah jugent que l’espion des infidèles doit être mis à mort s’il a déjà combattu ou s’il a déjà été cause d’un combat. Si cela n’a pas eu lieu, il doit être mis en prison.

[7] Cela se déduit aussi de Tabsirat al-Houkkam 138/II. On peut mettre à mort un homme qui réclame l’Amân, que si ce dernier est un espion. Sahnoun considère que le Musulman qui communique des informations à l’ennemi doit être mis à mort. Pas de rançon payée à ses héritiers, comme c’est le cas du combattant. Certains soutiennent qu’il doit être flagellé, emprisonné, exclu de son travail. D’autres veulent qu’il soit exécuté, à moins que son ignorance soit prouvée. D’autres enfin voudraient voir l’application de la peine de mort en cas de récidive habituelle. Autrement, d’après eux, la flagellation et la torture suffisent.






Bouclier de siège