Les Raïs

ou


Az-Zouhrat an-Nayirah

Muhammad Ibn Muhammad al-Tilimsani

 


Introduction

Les Barbaresques
Définition Wikipedia : Barbaresque est un terme tombé en désuétude au XIXe siècle qui désignait les pirates opérant dans le bassin méditerranéen après la conquête musulmane qui fit de la Méditerranée un vaste lac musulman. La durée de leur activité en mer Méditerranée est telle qu'elle peut être décrite depuis les premiers temps de l'Islam, alors associée à la conquête musulmane sur le continent européen, qui, une fois la péninsule ibérique prise, se prolonge par des incursions en Septimanie jusqu'à des prises de villes en Provence.

Dictionnaire de L'académie française (8 ème édition)
Qui appartient aux peuples de Barbarie. Navire, corsaire barbaresque. Les États barbaresques.

Pirates ou Corsaires ?

Par définition, les pirates agissent seuls, pour leur propre compte et uniquement pour s’enrichir tandis que les corsaires agissent sur commande d’un monarque contre les navires d’une puissance ennemie clairement désignée. Le but est d’affaiblir sa puissance navale et de couper ses voies d’approvisionnement, tout en s’enrichissant aussi par les prises réalisées ce que l'on nomme sous un autre nom : le Jihad Naval.


Ceci dit, afin de d'en savoir un peu plus sur un sujet que j'ignorais totalement, j'ai découvert trois siècle d'une histoire passionnate sur les mers que je tiens à vous partager. Voici un excellent article du professeur Moulay Belhamissi de l'Université d'Alger qui servira d'introduction au sujet des Barbaresques et qui nous rapporte autre chose que les contes ancestraux et médiévaux dont on bourre le crâne des gens depuis des siècles et ou l'on fait passer les Musulmans de l'époque pour des Barbares (les Terroristes de l'époque en d'autre terme et si vous utilisez Google pour "barabaresque"  vous verrez que les contes sont maintenant incrustés durs comme fer dans la conscience populaire et que la relation entre ces deux mots a aussi été faite) cependant ceux qui les accusent et bien qu'ils essaient par tous les moyens de blanchir (dans tous les sens du terme) l'Histoire et l'humanité à travers toute leur panoplie d'armes, ont incontestablement leurs mains souillées de sang et bien pire que ces malheureux Barbares quils accusent, les absents ayant toujours tords.

A-t-on jamais entendu un mécréant s'excuser pour un crime commis contre un Musulman ? Jamais, c'est pourquoi les trois millions d'Algériens tombés sous 160 ans d'occupations attendront encore longtemps puis, vous ne trouverez jamais un mécréant faire l'apologie d'un Musulman sauf si c'est un traitre ! Donc à chaque fois que vous les entendez faire les louanges d'un Musulman vous comprendrez ce qu'il était en vrai. Il est sans espoir qu'un mécréant reconnaisse ses crimes envers l'humanité tant qu'il est vivant mais quand il mourra il pourra alors faire grincer ses violoncelles avec ses cordes vocales à volonté et se lamenter sur ses crimes pour l'éternité.


Les barbaresques ou les Moujahidine Bahri sont donc nés suite aux pillages et aux innombrables enlèvements de Musulmans (y comprit femmes et enfants) de leurs villes ou villages par les forces navales croisées, prédominantes à l'époque sur les mers, qui allaient les vendre sur les marchés d'esclaves en Europe et qui rapportaient des sommes considérables d'argent pour leurs propres états, l'argent étant le nerf de la guerre. Ainsi pour les empêcher, les Musulmans créèrent des flottes "commandos" véloces pouvant se déplacer rapidement et disparaitrent aussi rapidement, de nuit comme de jour et entreprirent la reconquête de la mer Méditerranée et avec l'apparition des canons, il devinrent redoutables. Il serait faux de croire que ces Moujahidine étaient uniquement des "Arabes (comme les fameux "Arabes" de Poitiers qui étaient en fait tous des Berbères excepté leur chef)" mais un très grand nombre de convertis italiens, anglais, hollandais et autres rejoindront leurs rangs, prendront un nom musulman et gagneront la gloire du martyr comme des rois sur les mers. Ces moujahidine allaient en retour écumer la mer de la même manière que leurs ennemis le faisait, oeil pour oeil, dent pour dent comme nous l'avons déjà vu dans le volume 2 de l'Abrégé de l'Histoire du Maghreb ou nous avons déjà effleuré le sujet.


En attendant la suite de nos travaux, cet article de BelHamissi (l'original est ici avec toutes les références et des détails supplémentaires) vous permettra d'éveiller votre curiosité sur le sujet ainsi qu'une visite sur le site SKIKDA de Mr Kamel Boussaboua s'impose. Vous y trouverez de plus larges informations sur le sujet à travers sa page Histoire de l'Algérie.

 

...

 

 

Je viens juste d'apprendre via l'article de 'Abdelkader Boutaleb que Mr Moulay Belhamissi  est décédé en 2009. Je prie donc Allah Exalté à Lui les Louanges et la Gloire de lui faire miséricorde et de le récompenser largement pour ses excellents travaux qui sont :

• L’Algérie vue par les voyageurs marocains à l’époque ottomane
 • Histoire de Mazouna des origines à nos jours
 • Histoire de Mostaganem des origines à nos jours
 • Alger par ses eaux
 • Les Arabes et la mer dans l’histoire et la littérature
 • Histoire de la marine algérienne 1516-1830
 • Captifs algériens en Europe chrétienne
 • Alger, la ville aux mille canons
 • Al-Bahr Wa-Al-Arab Fi Al Tarikh Wa-Al-Adab

 

Selon Abdelkader Boutaleb :

Enseignant-chercheur El Hadj Moulay est frustré par le traitement (qu’il juge injuste, biaisé et partiel) accordé à la marine algérienne par l’historiographie dominante. Il s’attelle donc à la tâche et effectue des recherches aux quatre coins du monde.

Selon lui :

 

« Il fallait résoudre trois ou quatre problèmes avant d’écrire une histoire dépassionnée. Les historiens français, par exemple, avaient fait une sélection documentaire partisane, manifestement orientée qui a fait endosser aux Turcs tout ce qui n’allait pas en Algérie. A titre indicatif, la marine algérienne, pour eux, était une malédiction. De leur point de vue, la marine n’était là que pour spolier les butins des Occidentaux. Quand on réunit toute cette production européenne de l’Algérie du XVIe - XVIIe S., qu’est-ce qu’on constate ? Que l’histoire de l’Algérie était en fait assimilée à celle de la piraterie que les captifs européens subissaient l’enfer à Alger, alors qu’il n’y avait aucune trace des captifs algériens retenus en Europe. Par conséquent, il fallait revoir toute cette vision tronquée et fausse de l’histoire, en allant consulter les milliers d’archives à la Chambre de commerce de Marseille et au Quai d’Orsay. Comme l’historien est insatiable, j’ai pris mon bâton de pèlerin pour faire le tour du Bassin méditerranéen, en commençant par Malte, qui a toujours été, sur le plan maritime, l’adversaire des Algériens. Puis ce fut au tour de l’Espagne, de la France… L’article intitulé ‘‘Le raid algérien sur l’Islande en 1627’’ que j’ai publié a eu un large écho et un intérêt insoupçonné. Comment des Algériens sont-ils partis sur des bateaux en bois au péril de leur vie, malgré les dangers de la mer du Nord. Finalement, c’était une expédition heureuse, car les marins ont mis la main sur un riche butin dont un butin humain de 400 femmes qui ont épousé des dignitaires dont le roi du Maroc. Une seule est retournée dans son pays, rachetée par le roi du Danemark. Jusqu’à nos jours, tous les ans, il y a une fête commémorant cet événement à Reykavik. C’est dire que le souvenir du raid est resté vivace. » (*)

El Hadj Belhamissi qui ne veut aucunement produire un travail partisan, en réaction aux écrits prédominants, passe plus d’une décennie à rassembler, traiter et analyser une documentation recueillie dans les plus grands centres d’archives connus. Il est d’ailleurs fier de confier sa méthodologie :

« J’ai voulu donner du poids au sujet, car je n’ai jamais été friand de sujets cuisinés, préparés ou traités par d’autres. J’ai toujours travaillé sur des archives vierges. C’est pourquoi mes travaux sur la marine consistaient à corriger les erreurs voulues par les historiens européens, à savoir que les corsaires n’étaient pas des brigands mais des soldats qui agissaient sous les ordres de l’Etat. De plus, les combats en mer n’étaient pas une spécialité algérienne mais un phénomène général qui remonte à l’Antiquité. S’il n’y avait pas de combats inter musulmans, les Européens ne s’empêchaient pas de livrer bataille entre eux. Enfin, un motif de fierté, je suis le seul à avoir évoqué les captifs musulmans en Europe que les deys ont toujours défendus avec le souci constant de les libérer. C’était une question d’honneur et de dignité. »

 

A suivre...




Course et contre-course en méditerranée ou comment les algériens tombaient en esclavage

Moulay Belhamissi - Université d’Alger

I L'enlèvements des riverains
II La capture en mer
III Les risques à l'étranger
IV La guerre des escadres

Trois siècles de luttes acharnées, de guerres meurtrières et d’atrocités entre une jeune Régence active et entreprenante à ses débuts, et la plupart des nations maritimes d’Europe mues par des préjugés anti-musulmans, un esprit de croisade et des appétits politico-économiques, engendrèrent toutes sortes de heurts et de malheurs. Aux milliers de morts de part et d’autre, de disparus en mer, s’ajouta le pitoyable lot de captifs.

C’est ainsi que dans de nombreux états chrétiens (Portugal, Espagne, France, Angleterre, Etats italiens, Malte et jusqu’à l’ancienne Russie) représentant une chrétienté militante, des milliers d’Algériens tombèrent aux mains de leurs ennemis et connurent les affres de l’esclavage.

Peut-on connaître dans le détail les circonstances de leur capture ?

Longtemps, la non-exploitation des sources appropriées rendit difficile toute tentative de tirer de l’oubli le drame qui les frappa.

Les critères occidentaux ont fait de l’esclavage en Méditerranée l’apanage des seuls Musulmans. Et tout a été dit et redit sur les malheurs des Chrétiens retenus à Alger, Tunis ou Tripoli. Consuls, prêtres, voyageurs, chroniqueurs et captifs ont multiplié les récits sur « l’enfer » de Barbarie. Par contre, le sort des Musulmans enlevés et condamnés à la galère ou aux travaux forcés fut à peine effleuré ou timidement décrit.

Pourtant, les nombreux documents d’archives, souvent inédits, les témoignages, les correspondances, les traités conclus avec Alger font mention de la tragédie vécue par les captifs musulmans.

Concernant la capture par laquelle tout commençait, nous nous proposons d’étudier « les quatre zones de dangers qui guettaient les Algériens » :
L’enlèvement sur leur propre littoral
La chasse organisée sur mer
Les risques des côtes et ports européens
Les incessantes batailles navales

I L'enlèvements des riverains

Procédé classique et ancien ! Bien avant l’arrivée des Turcs au Maghreb central, les nombreuses incursions chrétiennes sur les littoraux étaient un moyen aisé et peu risqué d’acquérir des esclaves, afin d’alimenter les marchés spécialisés ou les galères.

Le voyageur oriental Abd al Basat ibn Khalal visita le pays en 1464. Il fut amené à Tlemcen, onze Francs capturés sur la côte de Honaan. Ils s’y étaient rendus à bord d’un vaisseau afin de piller et razzier les riverains. Ensuite, il prit le bateau d’Oran vers Tunis. Mais les vicissitudes de la navigation obligèrent les passagers à descendre à Bougie. Ecoutons le récit de l’auteur : « Nous y trouvâmes, dit-il, des Berbères qui, à notre vue, prirent la fuite, croyant que notre bateau était celui des corsaires chrétiens qui avaient volontairement et par ruse, changé de costumes pour s’emparer des Musulmans ».


Lors de la première occupation d’Oran, quand la dynastie des Zyanides agonisait, les pirates espagnols pourchassaient les Maghrébins de la cité. Dans une lettre au Corrégidor d’Oran, Moulay ’Abd Allah se plaignait que : « des Maures qui ont été faits prisonniers par les gens de Carthagène ne sont pas de Tabaqrat (petit village près de Honaan) et sujets du roi, ce que ce dernier attestera par écrit, signé de sa main et s’il le faut, en donnant sa parole royale. »

Chaque année, l’Ordre de Malte « armait une douzaine de galères et opérait contre les côtes non défendues. »

Alenzo de Contreras fut un chasseur d’esclaves et de butin. Ses confessions montrent qu’il écumait les rivages du Maghreb et du Proche-Orient ; il s’en vantait sans rougir : « Nous y fîmes tant de prises que ce serait long à compter, l’on revint, dit-il, tous riches… Nous y fîmes d’incroyables voleries sur mer et sur terre. »

Juan Rey, patron de barque de La Ciotat, longeant le littoral algérien, enleva en 1563 une vingtaine d’habitants et s’en alla les vendre à Gênes comme galériens.

Au XVIIe siècle, les coups de main se multiplièrent. En 1607, les chevaliers de Saint Etienne se rabattaient sur Bône et s’emparèrent d’un riche butin et de deux cents riverains. Puis en 1611, une flotte, sous les ordres du Marquis Santa Cruz ; ravagea l’île de Kerkenna et, en revenant, incendia la ville de Gigel, arrachant des dizaines de citadins à leurs foyers.

Vers 1612, plusieurs jeunes, dont le propre fils du pacha, avaient été kidnappés par un corsaire génois, alors que « cette jeunesse algérienne sur la sérée d’un jour de printemps prenait ses bats au rivage de la mer ». Quant à Monsieur le Chevallier N. de Clerville, il n’arriva pas à Cagliari en janvier 1662 les mains vides. En route, il s’empara d’un sandale turc avec ses quarante huit hommes, « puis, passant à Stor (Stora) il prit douze mores qu’il a vendus ici. »

La liste des corsaires capturant des Musulmans est longue. Le Sieur Piquet commandait Bastion de France, près de la Calle. En 1698, pour se soustraire à ses devoirs envers le gouvernement d’Alger, « il fit armer ceux qui pêchaient le corail, chargea si diligemment ce qu’il avait de meilleur dans la place… avec cinquante Mores » qu’il partit vendre à Livourne aux galères de Toscane.

Parlant des habitants de Majorque, Dancour disait qu’ils sont « tous bons matelots, corsaires et grands voleurs, écumant continuellement les côtes de Barbarie d’où ils enlèvent quantités d’esclaves ». En effet, la course chrétienne sévissait d’Oran à la Calle. Les razzias concernaient les endroits mal défendus. Le valencien Juan Canète, Maître d’un brigantin de quatorze bancs, basé à Majorque « arrivait de nuit, y ramassait les Musulmans qui dormaient sous les remparts ».

L’activité des Espagnols restait soutenue tout le long de la période. En 1717, un brigantin de Majorque « prit cinq Turcs sur le bâtiment de service du Bastion qui allait de cette ville à Bône ». Deux corsaires d’Iviza ramassèrent en 1755 « sept bâtiments et quatre- vingt esclaves sur la côte algérienne. »

De tous les ports d’Espagne, des navires armés parvenaient jusque devant le rivage algérien pratiquant le rapt et le pillage.14 Le 21 mai 1775 plusieurs galiotes européennes donnèrent la chasse, sous les remparts de la Calle, à trois sandales de la région. « Si un bâtiment put se sauver, les autres furent capturés avec vingt deux membres de l’équipage qui furent vendus à Malte ».

Le chevalier de Valbelle, écrit de Grammont, débarquait à l’improviste et enlevait des hommes dont le nombre atteignit cinq cents qui allèrent grossir la chiourme de Malte. Le comte de Verée s’embusquait hardiment dans une petite crique voisine d’Alger. Il s’empara à la pointe du jour, d’un bateau « sur lequel il trouva quatre gentilshommes maures et le neveu du Pacha ».

Des années durant, les incursions maltaises avaient entretenu sur les côtes algériennes , un état permanent d’insécurité. Gosse avoue que « les chevaliers de Saint-Jean vécurent du pillage des ennemis de la foi ».


II La capture en mer

Le péril majeur pour les marins et les passagers était d’être enlevés en mer. Une rencontre inattendue, un abordage réussi et voilà la fin de la liberté et le commencement d’une vie de tourmente et d’enfer ! Les corsaires chrétiens, très actifs, sillonnaient la Méditerranée et l’Atlantique.

Perafon de Ribera commandait la place de Bougie en 1534. Dans une lettre adressée à Charles Quint le 17 mai, il rappelait la décision de son maître par laquelle ce dernier lui accordait le 1/5 sur les prises faites avec sa galiote « sauf, dit-il, en ce qui concerne les Maures et les Turcs qui doivent servir sur les galères », ce qui lui paraissait juste.

Après avoir relâché à Oran (occupée par les Espagnols), Ph. De Condi, général des galères de France, enleva à l’abordage le 22 juillet 1620 deux bâtiments algériens et « mit aux fers une cinquantaine de marins. »

Le Chevalier Razilly, en mission au Maroc, rencontra en 1629, non loin de Salé, un bateau d’Alger, commandé par Muhammad Khodja, s’en empara et l’équipage tomba en esclavage. La même année, une tartane algérienne se laissa prendre par un bateau et l’équipage envoyé aux galères.

Les accrochages avec le chevalier Garnier, en septembre 1634, coûtèrent à la flotte d’Alger des centaines de tués et de prisonniers. Deux galiotes algériennes allaient à Istanbul en 1638 quand elles furent attaquées et prises par des galères toscanes. Le Pacha tomba prisonnier ainsi que d’autres « chefs et gens de marque ».

Dans une lettre de Cadiz (le 27 novembre 1655), on peut lire : « Le commandant Gidéon de Wilde a capturé en pleine mer et amené ici un navire turc de qualité, équipé de 32 pièces (canons). A bord se trouvaient 250 turcs et environ quarante esclaves. Les Turcs seront vendus pour le remboursement des frais et, en plus, pour le butin des officiers et matelots. Avant-hier, les esclaves chrétiens sont partis à bord d’un navire hollandais qui allait de Venise à Amsterdam. »


Le Chevalier d’Escrainville, représentant de la France à Malte, se vantait d’avoir enlevé en 1664 et 1665, avec deux vaisseaux seulement, quatre bâtiments musulmans d’un convoi, ce qui rapporta deux cent mille écus. Et les corsaires anglais Prince Frédéric et Prince George, s’attaquant à un bâtiment français, non loin de nos cités, s’emparèrent de six Algériens qui se rendaient à Livourne.

La chasse aux Musulmans était soit le fait de corsaires « privés » qui se moquaient des traits conclus, soit le fait d’escadres. L’état de guerre permanent ou presque avec la Régence en fournissait le prétexte.

Godefroi d’Estrades écrivait de Londres à Louis XIV le 9 mars 1662, la lettre dont voici un extrait : « Le meilleur parti que votre Majesté puisse prendre pour exécuter ce dessein, c’est d’obliger la flotte que le Roi d’Angleterre tient dans le Levant et à Tanger d’amener à Toulon tous les esclaves qu’elle fait dans ces mers et de les vendre à un commissaire que Votre Majesté commettra pour cela au lieu des les aller trafiquer en Espagne comme elle fait… Et de cette façon, l’on m’assure que dans peu de temps, elle en aura un nombre suffisant mais qui lui en coûtera 360 qui est le même prix qu’ils vendent en Espagne. Comme ce sont tous des gens faits à la mer et accoutumés à l’air de nos côtes, il est sans doute que V/M. en tirera un meilleur service que ceux de Guinée. »

Interpellant le Diwan d’Alger, le général Mortemart disait en 1687 : « J’ai arrêté un de vos navires parce que son passeport était trop vieux…A l’égard des six Turcs retenus par un navire de mon escadre, sur ce que le passeport de leur caravelle s’est trouvé daté de deux ans… »

Quelques jours après le fameux vaisseau algérien Le Soleil tomba également entre les mains des corsaires avec ses cent vingt-cinq hommes d’équipage. Le bâtiment revenait du Texel lorsque se fiant au traité de paix de 1684, il se laissa contrôler par un navire français, opération qui aboutit à la capture des « marins, raïs, écrivain, timonier, soldats, teinturier, boulanger, barbier… » tous prenant le chemin de la détention. Le 5 août, ce fut le tour d’une caravelle avec ses soixante-cinq matelots.

Le Sieur Fourmilier coutumier de ces pratiques eut souvent l’occasion d’enlever des Algériens. En janvier 1687, il confia trois esclaves au duc de Mortemart « dont le vaisseau amiral Le Magnifique touchait Marseille le 16 ».

Les croisières rapportaient beaucoup plus que les razzias isolées. Une seule sortie permit au duc de Noailles de capturer cinquante et un Algériens. L’année suivante un autre vaisseau de la Régence fut pris par d’Amfreville, chef d’escadre qui commandait Le Sérieux : il rencontra fin novembre dans la « mer de Sardaigne » le bâtiment algérien qui, se jugeant hors d’état de combattre fut contraint d’aller s’échouer sur la côte méridionale de l’île près de San Antonio et de Vaca. Il était pourvu de trente-six canons et de trois cents hommes… On ramena tout ce monde à Toulon.

L’année suivante, cinq Algériens en mission à Salé furent pris ainsi que leur barque chargée de blé par un navire français qui confisqua leurs biens et les conduisit à Marseille.

A la tête de douze vaisseaux de guerre, Tourville captura un bâtiment algérien dans le détroit de Gibraltar : le Raïs Vali se défendit vaillamment avec son artillerie et sa mousqueterie mais son navire fût coulé et ses hommes prirent le chemin de la captivité.

Une barque espagnole qu’on avait armée à Pignon « qui est tout proche du dit Mellit, prit une frégate d’Alger avec dix sept Maures et trois femmes : une Juive et deux Maures ».

Au total, près de deux cents Algériens capturés en deux mois.

Cette chasse en mer permettait à l’Europe et plus particulièrement au Roi de France, de pourvoir ses galères en rameurs. Si, en vingt-sept mois, Louis XIV ne put acheter que 257 galériens, ses vaisseaux mirent la main, en deux mois de croisière, sur 241 captifs. Peu importait leur âge ! Muhammad Ibn’Abd al Rahmès d’Alger, matricule 3653, avait dix ans… Un de ses compagnons d’infortune en avait soixante- dix-neuf !

Deux corsaires de Malte s’emparèrent, en 1711, d’une unité de la Régence qui fut conduite à Majorque avec ses deux cents hommes d’équipage.

Parallèlement, de grands drames endeuillaient la capitale. Celui du navire Le Dantzik en fut un. L’Augustus III fut enlevé aux Dantzikois en 1749. Grand, beau, neuf… Le Dey en fit un vaisseau amiral. Mais en décembre 1751, lors d’un violent combat contre les navires de guerre espagnols, et après une résistance qui dura quatre jours, il fut incendié. Les pertes humaines furent considérables ! Trois cent quatre-vingt marins capturés et quatre-vingt blessés dont le raïs Chérif.

Quatre années plus tard, une formation de chebecs espagnols appuyée par des vaisseaux, coula trois unités algériennes, non loin du Cap Saint Martin. Plus de cinq cents matelots furent conduits à Carthagène. L’armement de ces bâtiments comprenait mille cent hommes « tous jeunes, choisis et embarqués de bonne volonté sous le commandement des trois plus fameux Raïs de la Régence : Hadj Mïs, Husayn Barboucha et Husayn dit le petit ».

Barcelo, corsaire espagnol promu amiral, prit entre 1762 et 1769 dix-neuf navires dont les équipages furent envoyés aux galères. Dans un dossier des archives espagnoles, il est question, en 1784, de prisonniers maures pris sur un navire français.

Après une délicate mission à Istanbul, Si Hasan, sur le chemin du retour à bord du navire français La Septimane, spécialement affrétée par le Dey, fut enlevé par les Espagnols. Il venait de quitter Tunis et, arrivé en face de l’île de la Galite, il fut assailli par deux bâtiments de guerre. Avec sa suite et sa cargaison, il fut conduit à Carthagène où il subit « toutes sortes de mauvais traitements ».

Le Marquis de Castries donnait en novembre 1781 au dey Muhammad Ibn’Uthmin des nouvelles du Raïs Cadoucy capturé par les Gênois dans les eaux de France, entre Saint-Tropez et l’île Sainte Marguerite.

Parfois en mer, une mutinerie des captifs chrétiens se déclenchait quand la surveillance se relâchait. En cas de réussite, on vendait les Musulmans marins ou voyageurs comme esclaves. On s’emparait du navire et on libérait les esclaves chrétiens.

Les pèlerins n’échappaient pas à ces captures, sur leur route vers Alexandrie. En effet, il partait annuellement, deux ou trois bâtiments, chargés de fidèles, malgré les risques de l’entreprise.

Un vaisseau d’Alger, commandé par le Raïs Bostandji cinglait en mai 1687 vers l’Egypte, avec « cent trente passagers de Fès qui passaient à Alger pour aller à la Mecque ». Il fut capturé par les Anglais. « On a pris beaucoup d’or » dit un document.

Deux années plus tard, huit Algériens qui voulaient accomplir leur devoir religieux, embarquèrent sur un navire anglais. A leur sortie de Tunis, ils furent enlevés par des corsaires français.

La prise endeuilla tout Alger. Le drame de ces victimes amena le gouvernement à adresser requête sur requête. En décembre 1690, un mémoire envoyé à Louis XIV à leur sujet décrit le triste sort de ces captifs et les préoccupations des Algériens qui réclamaient : « qu’il leur soit restitué huit pauvres pèlerins … gens de place et de vertu exemplaires, qui n’avaient aucune part à la guerre et qui furent pris les années passées sur un vaisseau anglais en compagnie des Tunisiens. Ces pauvres gens, ajoute le mémoire, avaient abandonné leur patrie, comme des religieux en dessein d’aller se prosterner au pied de la Maison de Dieu qui est à la Mecque et ils ont été amenés esclaves… »

Tout Algérien, important ou pas, commerçant ou matelot, soldat ou pèlerin était concerné. La capture nécessitait corruption, complicité ou trahison (comme les drones de nos jours).

En pleine guerre turco-russe, des négociants algériens, en 1771, montés sur la polacre française La Rose, venaient d’Alexandrie à Alger. Ils furent arraisonnés par un navire russe, faits esclaves et conduits à Malte.

Le capitaine Claude Bartole, de Saint-Tropez, commandait en 1777 la polacre L’heureux Saint Victor. Il fut arrêté le 28 août de cette année par une frégate espagnole La Vierge des Carmes et conduit à Carthagène avec ses 184 passagers algériens qui regagnaient Alexandrie, dans le but d’accomplir leur devoir religieux.

Quelques années plus tard, Hadj’Uthman voyageant d’Alger à Istanbul signalait en 1796 à Hassan Pacha, la capture « dans les eaux orientales » de cinquante Musulmans qui se trouvaient à bord d’un bâtiment Maltais.


III Les risques à l'étranger

Certains Algériens se trouvaient, pour une raison ou pour une autre (voyage d’affaires, commerce, transit) dans un port étranger. Il arrivait aussi aux marins de la Régence de mouiller dans les ports européens, conformément aux accords conclus. Dans ces cas le danger était toujours présent.

Un brigantin français, chargé d’orge et venant de Tripoli, via Malte, accosta en Espagne. A peine arrivés, les cinq passagers musulmans, dont un Algérien, Qara Muhammad, furent arrêtés par la douane espagnole.

On n’était à l’abri nulle part, pas même chez des amis. Incidents et drames se multipliaient.

Début 1620, un navire algérien, fut jeté par la tempête près de Cherbourg. On s’empara violemment du bâtiment, de sa cargaison et de son équipage « qui n’avait donné lieu à aucune plainte ». Quelques jours après, las de courrir et de garder les captifs, on les lâcha à travers champs, en plein hiver, sans vivres ni ressources… Quant au Raïs, on le jugea. Le lieutenant de l’Amirauté le condamna à être pendu45. Rappelons qu’un traité de paix et de commerce avait été conclu le 21 mars 1619 entre la Régence et la France !

Le cas n’est pas isolé. Le 31 octobre 1689, à Palma, une tartane algérienne était retenue au lazaret, arraisonnée par les Mayorquins. Les Musulmans (ils étaient 74 aux ordres de Méhmet Bibi, alias Robocalis) furent faits prisonniers.

La passivité ou la complicité française encourageait les assaillants. Les traités signés restaient souvent lettre morte.

En septembre 1716, un vaisseau français coula au fond dans un endroit peu profond du port de Syracuse. Il avait à bord 159 passagers musulmans (Turcs et Algériens) dont 26 femmes et enfants. Les Siciliens se saisirent sur le champ de tout ce monde et de leurs biens…Voici une longue lettre envoyée par les captifs au Dey Bib‘Al le 27 janvier 1717 : « Gloire à Dieu, le Tout puissant et miséricordieux… A notre roi et souverain maître, à nos seigneurs du conseil et à tous nos frères, les vrais croyants d’Alger, nous vous certifions qu’étant sortis… du port d’Alger à bord du vaisseau français commandé par le capitaine Guillaume Aquilton nous arrivâmes à Tunis en bonne santé. Ils s’y embarqua avec nous plusieurs personnes pour le Levant.
Nous mouillâmes dans peu de jours à Malte munis de lettres pour le consul français… Une tempête dans le golfe de Tibes… Nous priâmes le capitaine de cingler vers Tripoli que nous avions sous le vent ; mais il nous répondit que Malte ou la Sicile lui convenait également. Enfin, après avoir battu les mers pendant 4 jours, nous abordâmes Syracuse. Nous formâmes un petit camp sur le rivage avec les voiles du vaisseau et nous abordâmes le pavillon blanc en signe d’amitié.
Nous fûmes entourés d’une multitude de gens à pied et à cheval. Ils pillèrent tous nos effets et nous menèrent à Syracuse, puis à un endroit où on nous obligea à une quarantaine de quatre lunes (mois).
Nous fûmes ensuite partagés en deux compagnies et confinés pendant deux mois dans des châteaux forts séparés. Nous sommes présentement enfermés tous ensemble dans une maison où l’on a enregistré nos noms, nos qualité et lieu de naissance ».
Ceux qui ont de quoi payer une bonne rançon resteront ici, mais les indigents vont avoir les galères en partage. Quelle affligeante pensée que 159 Musulmans, outre 26 femmes ou enfants gémissent ici dans l’esclavage ! Ceux de notre sexe pourraient supporter la servitude avec quelque fermeté ; mais Seigneur ! les femmes et les enfants réclament votre secours… Si vous qui êtes ici bas notre roi et notre père, le leur procurez bientôt, vous deviendrez responsable de tous les pêchés qu’ils pourront commettre… »
A Syracuse vers la fin de Muharram, l’an 1129. Ibrahim Cheri ben Assem, Muhammad ben Hadj Mustapha, ‘Ali ben Ramdhène

Les vicissitudes de la navigation, le caprice des vents et la furie des vagues poussaient quelquefois marins et passagers à des extrémités.

Deux Chebecs d’Alger ayant été jeté par mauvais temps sur les côtes de France, entrèrent dans la rade de Toulon. Ils furent retenus durant vingt jours puis autorisés à repartir . Une frégate du roi, Le Zéphir, mettait la voile en même temps que les chebecs, « confiants, tant sur la côte de France ». Mais un des deux navires fut attaqué par une galère espagnole et poursuivi jusqu’au port. Quelques marins se jetèrent à l’eau, d’autres prirent des chaloupes de secours. Tous voulaient éviter d’être pris par l’assaillant. Le Raïs, présumant qu’il allait être capturé par l’Intendant, s’abstint de tirer. Peine perdue ! Les soldats furent pris et jetés sur la galère espagnole…

Rien n’était moins sûr que les ports de France. Fezoullah Raïs l’apprit à ses dépens. Il commandait une galère du Dey, un jour, il se saisit d’un bâtiment gênois « chargé de café et de riz ». Il s’en rendit maître mais fut bientôt attaqué par des corsaires de Gênes. Il se réfugia avec sa prise sur les côtes « et sous la protection des canons ». Mais les armements ennemis, sans tenir compte des batteries, vinrent enlever le tout à quelques mètres du fort. Cargaison et équipage furent transférés à Gênes.

Les protestations énergiques d’Alger firent agir le ministre français. Celui-ci tranquillisa le Dey : « J’attends, dit-il, d’un jour à l’autre des réponses du Sénat auprès duquel S.M. Impériale a fait réclamer le navire génois, sa cargaison ou leur valeur dans le cas où il aurait été vendu ou dénaturé. Je voudrais que le nouveau consul (de Gênes) pût amener avec lui cet équipage et vous garantir la certitude de la restitution de la prise ».

D’autre part, il faut signaler que, même dans les ports musulmans, les Algériens couraient le risque d’être pris. Un exemple, autre autres, suffira pour montrer l’extension du danger. En mars 1828, Porto Farine, un navire d’Alger armé de 6 canons y était entré. Il fut aussitôt attaqué et ses 63 marins embarqués sur la frégate française L’Astree.


IV La guerre des escadres

L’assistance permanente accordée par Alger au Sultan ottoman dans ses nombreuses guerres mobilisa une grande partie de la flotte. Les accrochages ne manquaient pas : « Aucun événement, notait Baudicour, ne s’accomplissait sur le bassin de la Méditerranée sans que les corsaires algériens y prissent part. La force principale de toute la marine ottomane reposait sur eux ».

Mais ces heurts coûtaient cher. Ils causaient des pertes en hommes et en matériel. De très nombreux marins et parmi les meilleurs, tombaient entre les mains de l’adversaire.

La bataille de Tunis en 1535 fit perdre à Khayr al Dine, des fustes et des hommes. Celle de Preveza en 1538 également. En 1540, alors qu’une formation algérienne voguait vers Gibraltar, elle fut surprise par une escadre espagnole. Le choc fut bref mais dur. Des dizaines de matelots y laissèrent ou leur vie, ou leur liberté.

La guerre de Lépante, en 1571, coûta cher à la Régence : des morts, des blessés et des prisonniers par centaines. Le butin de Lépante (1571) a-t-on dit, fut d’abord un butin humain. Parmi ces derniers, on citera l’ex-pacha d’Alger, Muhammad ainsi que plusieurs notables, dont le fils du Pacha‘Ali. Ils passèrent de longues années en captivité.

Le témoignage de Haedo, même s’il se rapporte à la fin du XVIe siècle laisse deviner l’ampleur des pertes humaines : « En 1590 nous dit-il, quatorze Raïs de galiotes et brigantins se trouvaient dans les prisons de Castel Novo, pris à différentes époques et par diverses personnes, parmi eux, Mostefa Arnaout, célèbre corsaire algérien, homme puissant, marié à une parente du capitaine Arnaout Mami. »

Les pertes étaient encore plus élevées quand les marines espagnole et française coopéraient contre les Algériens. Ouvertement parfois, secrètement souvent, les deux flottes assenèrent des coups sensibles aux Raïs.

Ainsi le Chevalier Garnier, en septembre 1634, mena une action contre la marine de la Régence qui perdit nombre de tués et de captifs.

Puis vint le grand désastre. Les combats de la Vélone en août 1638 permirent aux Vénitiens de détruire dix-huit navires. L’amiral Capello, avec ses vingt bâtiments, surprit la flotte ancrée dans le port. Entassés, les Algériens ne purent ni manœuvrer ni se servir de leur artillerie. Quant au total des tués, et des prisonniers, il fut impressionnant.

En 1657, l’Amiral Husayn se battait dans les Dardanelles mais il fut fait prisonnier par les Vénitiens.

La coalition des marines chrétiennes privait la flotte algérienne de ses meilleurs capitaines et de ses meilleures unités.

La capture de La Perle d’Alger eut lieu en juin 1663. Ce navire avait livré bataille, un an auparavant, au vaisseau français La Lune. Il dut, cette fois, se rendre au bâtiment français Le Soleil commandé par Duquesne.

En 1695, deux cents Algériens et en 1698 quatre-vingt furent victimes des corsaires du Souverain pontife.

Toutes les nations chrétiennes avaient pour but d’affaiblir voire de détruire cette importante marine.

En 1709, les chevaliers de Malte, commandés par Mongon, avaient pris La Capitaine d’Alger, pourvue de 650 hommes et de 46 captifs chrétiens. Le combat des trois vaisseaux d’Alger contre les quatre maltais fut si dur que deux cents Turcs et deux esclaves furent tués et tout l’équipage fait prisonnier.

Les Espagnols, malgré la résistance des Algériens, purent en 1751 mettre la main sur le fleuron de la flotte de la régence, Le Dantzik. La bataille, longue et meurtrière, se solda par 320 matelots capturés, 80 blessés dont le Raïs et 22 tués.

Il serait trop long et fastidieux de relater ici tous les évènements tragiques qui endeuillèrent la Marine, la privant de ses meilleurs hommes. En effet, de Preveza à Navarin (1827), les guerres d’escadre avaient causé la perte de centaines de Raïs et de marins. Les coups de mains, les croisières et les blocus firent le reste.

Cette longue période de conflits armés et de tensions persistantes vit un grand monde de Raïs, matelots, mousses, enfants, femmes, vieillards, commerçants ou pèlerins prendre le douloureux chemin de l’esclavage pour de longues années ou pour la vie.


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Si cet article concerne uniquement les Algériens quand est-il alors du reste du littoral musulman ?

 

 

 

 

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